Sorcière

Femme réputée avoir passé un pacte avec Satan, esprit du mal en rébellion contre Dieu (qui ne l'en laisse pas moins exister).

Sorcière

De nos jours, on représente la sorcière comme une vieille femme vêtue de noir, chapeau pointu sur la tête, traversant le ciel sur un balai les soirs de pleine lune. En Amérique du Nord, bien des petites filles empruntent ce déguisement les soirs d'Halloween, au grand dam de certains chrétiens traditionnalistes. De son côté, Hollywood nous montre des sorcières pourvues d'attraits féminins considérables, mais aussi de pouvoirs paranormaux comme la psychokinèse, le contrôle de l'esprit, la capacité de jeter des sorts et autres talents occultes. On identifie parfois aux sorcières les religions «païennes» ou Nouvel Âge opposées au christianisme parce que certains chrétiens traditionnalistes croient qu'on y pratique la sorcellerie, ou parce que les membres de ces religions disent s'adonner à la «magie» ou aux «arts occultes». Quelques membres de ces groupes vont jusqu'à se qualifier d' «enchanteurs». Bien que certains participants n'aiment pas du tout l'appellation de «sorcier», certains se réclament de ce titre et adorent Satan, c'est-à-dire qu'ils croient en lui et accomplissent des rituels susceptibles, d'après eux, de leur conférer une partie de ses pouvoirs surnaturels. La plupart des sorcières version Nouvel Âge ne rendent pas un culte à Satan, toutefois, et préfèrent éviter entièrement le sujet. Elles aiment mieux être associées à l'occultisme ou à la magie, ou aux tentatives de résurrection des religions de la nature qu'elles voient dans les anciens cultes païens, en particulier ceux de la Grèce antique et du monde celtique, surtout le druidisme. La sorcellerie néo païenne peut se pratiquer autant par des hommes autant que des femmes. L'une des religions de la nature les plus populaires et les plus répandues est la wicca.

Les sorcières de la mythologie chrétienne étaient réputées entretenir un commerce charnel avec Satan et mettre leurs pouvoirs magiques au service du mal. Le folklore entourant la sorcellerie a atteint son point culminant du XVe siècle au XVIIIe siècle dans la description du sabbat des sorcières. Il s'agissait d'une parodie rituelle de la messe à laquelle elles se rendaient la nuit en s'envolant par la cheminée sur des balais ou des chèvres. La cérémonie, de nature blasphématoire, était présidée par le diable (sous la forme d'un crapaud à plumes, d'un corbeau, d'une corneille ou d'un bouc). Il y avait aussi des danses obscènes, un banquet et la concoction de potions magiques. Les convives consommaient des enfants rôtis à la broche, de la charogne ou autres mets délicats du genre, et les potions servaient à tuer autrui ou à lui faire du mal, ou encore, à mutiler le bétail. Les initiés aux mystères sataniques portaient tous une marque physique quelconque, la trace d'un coup de griffe sous l'œil gauche, par exemple. On représentait le diable sous la forme d'un bouc, d'un satyre ou d'un être mythologique possédant des cornes, des griffes, une queue ou des ailes étranges - une caricature d'ange, d'homme et d'animal, somme toute. Les participants au sabbat étaient censés se soumettre à un rituel particulier: le baiser du derrière du diable, geste par laquelle on se moquait de l'obligation faite aux chrétiens de s'agenouiller devant des religieux de haut rang pour leur baiser la main ou l'anneau symbolisant leur fonction. On a consigné de nombreux témoignages portant sur le sabbat des sorcières. Par exemple, au milieu du XVIIe siècle, une bergère, Anne-Jacqueline Coste, a raconté que durant la nuit de la Saint-Jean, ses compagnes et elle-même ont entendu un grand bruit et

regardant de tous côtés pour voir d'où pouvaient venir ces hurlements effrayants de toutes sortes d'animaux, elles virent au pied de la montagne une assemblée de chats, boucs, serpents et dragons, et toutes sortes d'animaux cruels, impurs et immondes qui tenaient leur sabbat dans un tintamarre épouvantable, proférant les paroles les plus infâmes et les plus sacrilèges, remplissant l'air des blasphèmes les plus exécrables. (de Givry, 76) [traduction libre]

On a rapporté de tels récits pendant des siècles, et des chrétiens dévots les ont tenus pour vrais sans la moindre hésitation. On n'y voyait aucunement du délire, mais des faits réels.

Pierre de l'Ancre, auteur d'un ouvrage sur les anges, les démons et les sorciers publié en 1610, décrit ainsi la célébration du sabbat:

Voilà les conuiues de l'assemblée ayant chacune un démon près d'elle, et en ce festin, ne se sert autre viande que charoignes, chair de pendus, cœurs d'enfans non baptisez et autres animaux immondes, du tout hors du commerce et vsages des Chrestiens, le tout incipide et sans sel.

Ce qu'on décrivait dans des livres comme celui de de l'Ancre, et ce que montraient les œuvres d'art de l'époque à propos du sabbat n'était vu ni comme des fictions humoristiques ni comme des manifestations de problèmes psychologiques. Aussi absurdes qu'elles puissent nous paraître, elles étaient acceptées telles quelles par des millions de pieux chrétiens. Fait encore plus étrange, on trouve des gens, même aujourd'hui, qui croient des récits semblables à propos de cannibalisme d'enfants et de sacrifices rituels d'animaux, combinés à des sévices sexuels et à des possessions sataniques.

Laissons aux psychanalystes freudiens le soin d'interpréter ces mythes persistants de créatures sataniques à l'appétit sexuel démesuré, portant des cornes et de grosses queues rouges, de femmes chevauchant de longs bâtons et enduisant leur corps d'onguent pour s'envoler et s'unir avec un bouc démoniaque, ainsi que d'êtres capables de métamorphoses. Tout indique que cette image de la sorcellerie est sortie tout droit de la répression sexuelle exercée par l'Église, et qu'elle a servi à la production et à l'échange, par les arts et la littérature sinon dans la vie au quotidien, d'une forme de pornographie créée et approuvée par cette institution.

Sans aucun doute, il y a eu persécution, surtout dans les campagnes, de ceux qui désiraient maintenir des liens avec leur passé païen. Mais il est difficile de croire que les descriptions des méfaits arrachées par la torture siècle après siècle ne venaient pas avant tout de l'imagination des tortionnaires. Le pouvoir des inquisiteurs était si vaste, et les sévices qu'ils infligeaient si variés et si sadiques, qu'ils ont réussi à faire croire à des milliers de leurs victimes qu'elles étaient possédées par le diable et damnées. En Angleterre, la chasse aux sorcières n'a été interdite qu'en 1682, mais elle s'était bien sûr étendue aux Amériques. En 1692, à Salem, au Massachussetts, on a pendu 19 sorcières. (En 1711, l'Assemblée législative de l'état a exonéré de tout blâme l'ensemble des accusées, sauf six. En 1957, elle a adopté une résolution exonérant Ann Pudeator «et d'autres personnes», nommées plus tard dans la loi qui les exonérait toutes en 2001.)

La dernière exécution pour sorcellerie en Europe a eu lieu en Pologne en 1793, quand on a envoyé deux vieilles au bûcher. Un sorcier est cependant mort en Angleterre en 1865, à la suite d'une ordalie extra judiciaire par l'eau, et en 1900, deux paysans irlandais ont tenté de faire brûler une sorcière dans son propre foyer. (Smith, 295).

Peu importent les raisons psychologiques pour lesquelles on a créé un mouvement anti ecclésiastique dans lequel des sorciers et des sorcières invoquaient Satan pour se moquer des rites et symboles de l'Église, le seul résultat a été justement le renforcement de cette Église. Nul ne sait combien de sorcières, de sorciers ou d'hérétiques ont été torturés ou brûlés vifs, mais la peur engendrée par l'Inquisition en Europe, et particulièrement en Espagne, ont dû toucher toute la chrétienté. Une accusation de sorcellerie équivalait à une condamnation à mort, et tout nier revenait à reconnaître sa culpabilité, puisque jamais une sorcière n'allait avouer qu'elle avait pactisé avec le diable. Jetez-la à la rivière! Si elle se noie, c'est qu'elle était innocente. Si elle survit, c'est que le diable la protège. Tirez-la de l'eau et portez-la au bûcher, car l'Église ne veut pas qu'on verse le sang! L'Église a sans doute fait régner une terreur pire que celle de Hitler ou de Staline, car si ces deux dictateurs ont fait davantage de victimes, l'Église, elle, a étendu son action à toute la chrétienté, et ce, pendant des siècles.

L'Église s'en est prise aux hommes comme aux femmes, mais a laissé l'impression de s'être attaquée surtout à ces dernières, sans doute à cause d'événements comme les procès de Salem, pourtant étrangers au règne de terreur de l'Église. Quoi qu'il en soit, les religions contemporaines dont les membres se réclament des sorciers et sorcières d'antan sont souvent antichrétiennes et païennes, axées sur les femmes, ou sataniques. Les religions du Nouvel Âge mettent souvent de l'avant ce que l'Église condamnait (tel que l'égocentrisme et une sexualité adulte, homosexuelle ou non, envisagée positivement) et condamnent ce que l'Église préconisait (tel que le don de soi et le maintien de la femme dans une position inférieure).

La sorcellerie se pratique encore dans certains coins du monde. En Malaisie, une sorcière, son mari et son acolyte ont récemment été pendus pour un meurtre particulièrement macabre. Avant de tuer leur victime, ils l'ont maintenue au sol, attendant que de l'argent tombe du ciel. Ils l'on ensuite «décapitée à la hache, écorchée et découpée en 18 morceaux, qu'ils ont enterrés dans un trou et recouverts de ciment» (Reuter). En Tanzanie, on a battu à mort un homme âgé qu'on accusait d'avoir causé, à l'aide de pouvoirs surnaturels, un accident de la route où 32 personnes avaient péri. On l'avait surpris à chercher des têtes et autres membres parmi les victimes (Reuter). En Arabie saoudite, un ressortissant soudanais, Hassad bin Awad al-Zubair, a été décapité après avoir été convaincu de sorcellerie.

 

Voir également: Enchanteur; Magie; Miracle; Païen; Satan; Sorcellerie; et Wicca.

 

"Pourquoi les sorcières chevauchent-elles des balais ?", sur la chaîne YouTube Pour La Petite Histoire.


Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)