Bambou jaune

(Yellow Bamboo *)

D'après ses adeptes, forme de magie blanche (c'est-à-dire de sorcellerie «positive») et technique de croissance personnelle, d'autodéfense et de guérison. En fait, il s'agit d'un art martial reposant sur l'utilisation du chi pour maîtriser et désarmer les agresseurs, affirmation extravagante mais vérifiable. Dans la vidéo ci-dessous, le chi n'est d'aucun secours au maître du Bambou jaune contre son assaillant.

L'échec du maître à cette épreuve toute simple permet d'infirmer une des croyances fondamentales de la secte, à savoir qu'il existe une «puissance au sein de l'univers» que l'on peut absorber et utiliser à des fins de protection et de guérison. Pour mieux expliquer les guérisons attribuées à cette fameuse «puissance», il faut plutôt invoquer le pouvoir de la croyance et de la suggestion, et étudier l'effet placebo au lieu du chi ou d'un art martial quelconque enseignant la maîtrise de forces occultes.

La secte du Bambou jaune est née à Bali, et son site Web affirme qu'elle compte plus de 30 000 adhérents partout dans le monde. Non contents de guérir et d'assommer autrui sans contact physique, ses adeptes racontent aussi qu'ils lévitent.

Les membre du Bambou jaune sont bien connus pour le déluge de messages électroniques qu'ils envoient au sein des groupes Internet dédiés aux arts martiaux en tous genres dans le but de s'attirer davantage de monde.*

L'homme au tee-shirt noir, de la bande vidéo, s'appelle Peter Dellys, adepte brésilien du jiu-jitsu. «Depuis des années, [les gens du bambou jaune] vantent leurs capacité d'infliger des "knockout sans contact" dans Usenet (particulièrement dans rec.martial-arts), et, il y a quelque temps, Dellys et Fraser Johnston, autre adepte brésilien du jiu-jitsu, les ont pris au mot» sur une plage de Perth, en Australie.

Ceux qui pensent que le terme de «secte» va trop loin pour décrire le mouvement devraient lire ce conseil, tiré du manuel d'instructions du groupe:

Quand vous entamez le Bambou jaune, vous devez accomplir la cérémonie pasupati (d'initiation). Il faut la reprendre chaque fois qu'on monte d'un niveau. Pendant que le chant se déroule, ouvrez le sommet de votre tête et sentez la lumière blanche de la puissance de l'univers pénétrer votre corps. Si possible, accomplissez la cérémonie une nuit de pleine lune.*

Ils peuvent aussi regarder la vidéo suivante et se faire leur propre opinion.

[cette vidéo n'est plus disponible, l'utilisateur youtube l'ayant suprimée]

Il y a quelques années (le 24 février 2004), le mouvement a affirmé dans un communiqué de presse que l'un de ses maîtres avait démontré sa capacité de renverser un adversaire sans aucun contact, et que le mouvement avait remporté le défi paranormal de James Randi et son prix de un million de dollars, somme que Randi refusait de remettre. Ni l'une ni l'autre de ces histoires n'était vraie. L'affaire est racontée en détails dans le blog de Michael Prescott. Tout en précisant qu'il «n'est pas un fan de Randi», Prescott dit comment les représentants du Bambou jaune n'ont pas respecté les conditions du défi, et comment la seule «preuve» qu'ils donnent de leur maîtrise du «pouvoir de l'univers» n'est qu'une mauvaise vidéo tournée la nuit à l'aide d'une caméra numérique bas de gamme, et dans laquelle on distingue des adeptes de la secte courant avec la personne qui attaque le maître, lequel est censé repousser l'agression avec son chi.

Selon le communiqué de presse: «Le 14 septembre 2003, M. Nyoman Serengen, fondateur du Bambou jaune (mouvement comptant plus de 40 000 membres [quelques-uns ont dû se volatiliser ces dernières années!]), a réussi à maîtriser, sans contact physique, le représentant de James Randi, M. Joko Tri, faisant ainsi une démonstration claire de ces capacités paranormales extraordinaires». Voyons un peu ce qu'en pense M. Prescott.

Ce qui s'est passé est clair: les membres de la secte affirmaient que M. Serengen pouvait assommer un assaillant à l'aide de sa force mentale. Le représentant du Défi, Joko Tri, a accepté de mettre Serengen à l'épreuve: il courrait vers lui d'une façon menaçante, et Serengen le renverserait sans contact physique.

Mais on ne s'est pas conformé au protocole de l'épreuve. Elle a eu lieu après la tombée du jour plutôt qu'en pleine lumière, dans de mauvaises conditions visuelles. Au lieu de courir seul, Joko était accompagné de trois ou quatre membres de la secte. Le tout a été filmé par une seule caméra numérique de mauvaise qualité, qui n'était pas équipée pour le tournage nocturne, ce qui a donné des images de très piètre qualité.

Étant donné l'obscurité et le nombre de personnes entourant Joko pendant sa course, il est entièrement possible qu'un des membres de la secte lui ait administré une décharge de pistolet à électrochocs. Le petit groupe l'entourant a très bien pu cacher ce geste aux yeux des observateurs. (Il semble également que la plupart des «témoins oculaires» étaient des membres du Bambou jaune.)

La secte insiste beaucoup sur le fait que Joko et Serengen n'ont jamais été en contact physique, mais en réalité, la chose est dénuée d'importance. Ce qu'il faut vraiment savoir, c'est si l'un des membres de la secte qui couraient côtés de Joko a eu la possibilité de le toucher? Un contact d'une fraction de seconde aurait suffi pour lui administrer un choc et l'immobiliser.

Après avoir visionné la vidéo filmée par les membres de la secte, James Randi a écrit:

J'ai évité de sauter aux conclusions à ce sujet, même si ce qui est arrivé à M. Joko Tri, l'expert en arts martiaux de Java qui a accepté de se rendre à Bali pour mettre à l'épreuve M. Serengen, le maître du Bambou jaune, a semblé passablement évident non seulement à mes yeux, mais aussi à ceux d'autres membres de notre organisation. Comme je l'ai déjà dit, Joko ne s'est pas conformé à mes instructions, rendant la démonstration non acceptable. Je répète que je ne critique en aucune façon Joko, qui a reconnu dès le départ qu'il n'avait pas d'expérience dans ce genre de choses. Il a fait de son mieux. Je regrette qu'au moment où j'écris ces lignes, le Bambou jaune menace Joko de poursuites.

J'ai reçu plus de 75 messages de lecteurs qui ont visionné les images granuleuses et sombres de la vidéo - la seule qui existe de l'événement, et qui est totalement inacceptable. Soixante-dix d'entre eux m'ont fait part indépendamment de scénarios qui correspondaient à mon analyse initiale de l'épisode. L'un d'eux pensait qu'une des personnes talonnant Joko aurait pu lui donner un coup de tête, et un autre, qu'on l'avait fait simplement trébucher. Les deux personnes qui le suivaient de très près auraient pu faire ce genre de choses, mais Joko en aurait été très conscient. Dans les faits, il a dit qu'il ignorait ce qui était arrivé, mais que il s'était retrouvé subitement étendu par terre sans comprendre pourquoi. Vous vous souviendrez que l'on voit son corps en convulsions tandis qu'il gît sur le sol, inconscient, ce qui donne à penser qu'on a opéré de façon différente.

J'ai consulté des experts en techniques policières, et quand je leur ai dit ce que Joko m'avait expliqué et ce qu'on voyait dans la vidéo, ils ont tous eu la même réponse: selon eux, Joko Tri a reçu une décharge d'un pistolet à électrochocs, un Taser. Il s'agit d'une arme à haut voltage (voir la photo) qui produit un puissant choc électrique au contact avec la victime. L'effet physique qui en résulte ressemble à ce qu'a éprouvé Joko. Le sujet se retrouve subitement au sol sans savoir comment. Il est sonné, son corps entre en convulsions, et - fait très important - il est souvent confus et ne se souvient pas de ce qui s'est passé, en particulier pendant les convulsions. L'arme ne laisse aucune marque. Certaines personnes ne se souviennent pas d'avoir éprouvé une douleur quelconque, mais d'autres gardent la sensation d'avoir été fortement secouées. La durée de l'application, d'une demi-seconde à deux secondes, semble produire des résultats différents selon les sujets. Comme les conditions de l'épreuve menée par Joko étaient idéales pour une telle possibilité - l'obscurité, les personnes immédiatement adjacentes, la confusion et l'énervement général - je peux raisonnablement croire que c'est bien ce qui s'est passé. En même temps, je ne peux laisser entendre qu'une autre personne que celle qui portait le pistolet était au courant du complot. M. Serengen et les autres pouvaient très bien ne rien savoir de la ruse qu'on mettait en œuvre.

Comme toute personne familiarisée avec le Défi de Randi le sait, quiconque désire remporter le million doit d'abord se soumettre à un test préliminaire avant de passer l'épreuve principale en Floride, dans des conditions contrôlées appropriées. Ce n'est pas à cette personne de déterminer la nature du test préliminaire ni de décider si elle a réussi l'épreuve ou non; une telle condition serait absurde. Certains sceptiques ne croient pas qu'il faille toujours des preuves extraordinaires pour des affirmations extraordinaires. Une épreuve toute simple, comme celle qui se déroule au grand jour sur la plage où M. Dellys ou M. Johnston attaque avec succès le maître du Bambou jaune, suffit dans le cas de ceux qui disent que le chi peut les défendre contre des agresseurs.

 

Voir aussi: Qigong.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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