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Le cas que tu cites est différent de celui de l'Inquisition.
Pas réellement. Dans les deux cas, il y a un jugement moral sur un fait passé, même s'il est proche dans le temps. Dans les deux cas, il s'agit d'une construction mémorielle conduisant au jugement de l'idéologie qui sous-tend l'évènement.
Les considérations d'aujourd'hui sur la Shoah, par exemple, ne se nourrissent pas uniquement des faits et des jugements déjà portés à l'époque, mais trouve aussi un écho dans les faits présent qui servent à sa réinterprétation.
Par exemple, c'est un évènement fortement réinterprété à l'aune du conflit israëlo-palestinien. Ce conflit a fait revoir le jugement de la Shoah pour certain à la mesure de la brutalité d'Israël, puisque, pour beaucoup, la Shoah est directement responsable de la création d'Israël (c'est faux, historiquement parlant, c'est plus compliqué, mais la mémoire n'est pas l'histoire, il s'agit plus d'une prise en compte de la symbolique des choses que de leur contexte, pour justement en tirer un jugement.)
La seule différence entre la construction d'une mémoire d'un évènement contemporain et la construction d'une mémoire d'un évènement plus lointain, c'est l'éclairage que peu en donner l'histoire, donc le recul qu'on peut avoir avant de porter le jugement.
Citer:
En résumé, un jugement moral qu'on peut avoir sur un événement est d'autant plus pertinent qu'il en est proche dans le temps et dans l'espace.
Je n'ai pas dit autre chose, mais le processus qui conduit au jugement reste le même peu importe l'époque de l'évènement, il est simplement de plus en plus parasité par le recul sur l'évènement qui devient plus fort à mesure que l'évènement est lointain et exotique (se passe dans un contexte social ou idéologique différent du notre).
Cela dit, si ce jugement est d'autant plus pertinent qu'il est proche parce que l'individu est en mesure de comprendre l'époque qu'il juge d'autant plus facilement, ce jugement est d'autant plus chargé émotionnellement, donc dangereux (peu conduire à la formation d'une mémoire nationale revancharde par exemple, si le jugement de l'époque place la population dans un rôle de victime)
Donc pertinent, certes, mais pas pour autant forcement mieux employé qu'un jugement sur un évènement lointain dont on aura moins de chance de tirer une envie de revanche ou une idéologie destructrice.
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C'est pour cela que je me garderai bien de porter un jugement sur la Loi du talion, par exemple. Quand elle a été décrété, elle constituait un progrès moral puisque ses seuls opposants étaient ceux qui la trouvait trop douce. Que ces progrès aient été insuffisants à nos yeux n'a pas grande importance.
Considérer qu'une loi est un progrès parce qu'elle va vers moins de violence est déjà un jugement à l'aune des considérations modernes qui voit la justice selon un angle finalement très chrétien basé sur la repentance du prisonnier et le pardon de la société. Selon cet angle, une diminution de la souffrance du criminel qui purge sa peine est une bonne chose tant qu'il purge cette peine.
C'est très moderne comme conception. La loi du Talion s'inscrit d'avantage dans une époque où la justice était punitive sans volonté éducative (autre que celle d'effrayer) et sans notion de pardon.
C'était d'avantage une règlementation de la vengeance privée et l'essentiel de la justice de l'époque est plus vue comme un règlement entre celui qui commet le crime et celui qui le subit qu'une réparation d'une faute entre une victime et un criminel. D'ailleurs la notion de victime n'existe pas réellement au sens où on l'entendrait maintenant.