Pardalis a écrit:
Si vous croyez réellement en une chose, je m'attends à ce que vos agissements suivent logiquement.
C'est une aberration de fanatique de penser que l'humain doit forcement être en adéquation avec l'ensemble de ce qu'implique ses croyances sinon ça signifie qu'il n'y croit pas réellement.
L'humain n'a pas qu'un seul filtre de lecture de la réalité, il en a plein qui sont plus ou moins rationnels selon les sujets qu'ils entreprend d'analyser, donc il n'est pas surprenant que même un croyant assez fervent se perde dans une contradiction apparente avec sa croyance lorsqu'il agit, simplement parce qu'il n'aura pas utilisé le même filtre d'analyse pour une action qu'il suppose en rapport direct avec sa croyance et une action qu'il ne suppose pas en rapport direct.
Je prends un exemple simple. Je suis persuadé qu'il y a parmi les sceptiques des supporters d'équipes de sport. Pourtant, le fait de "supporter" une équipe plutôt qu'une autre est irrationnel, ça ne l'aide pas à gagner, ça ne sert à rien, pourtant ça n'empêche pas de hurler devant une télé quand un joueur réussit quelque chose.
Autre exemple plus évident: beaucoup de monde joue à la loterie, même ceux qui savent que les chances de gagner de l'argent son sensiblement plus faible que celle d'en perdre.
Ca n'est pas réellement rationnel comme comportement, personne ne parierait en temps normal et aussi massivement sur un évènement qui a une chance sur des millions de lui arriver.
Mais pourtant, même parmi ceux qui savent, il y en a qui joue, parce qu'il existe toujours une grille de lecture purement humaine qui rejette le hasard et ce dit qu'aujourd'hui est un bon jour et que ça va être la bonne fois. Bien sur, on n'y croit pas beaucoup, mais on y croit quand même un peu, le temps de perdre.
Exemple plus ancien que j'ai rencontré au cours de mes études (je ne cache jamais, ma passion pour l'antiquité romaine, donc c'est issue de ça.)
Les romains consultaient les augures avant une bataille et normalement, si l'augure était négative, il ne partait pas au combat. L'idée c'était que les dieux seuls donnaient la victoire et que si l'augure était mauvaise, c'est que les dieux ne donneraient pas la victoire.
Ca n'empêchait pas les généraux romains, pragmatiques quand il s'agissait d'évaluer leur chance de victoire, de recommencer les augures jusqu'à ce qu'elles soient bonnes quand ils étaient certains que la bataille devait avoir lieu. Ca ne les empêchait pas de croire que les dieux donnaient la victoire, mais ils avaient aussi le bon sens de savoir quand une bataille était favorable et donc s'accommodait de leur croyance en l'adaptant à une réalité pratique.
Ca n'est pas parce qu'ils y croyaient à moitié, mais parce que quand il y a conflit entre le sens commun et une croyance religieuse, souvent c'est le sens commun qui l'emporte comme grille de lecture et la croyance s'adapte derrière (surtout que les croyances de l'époque étaient très adaptables, ce qui facilitait le problème.)
Et c'est la même chose pour nombre de croyance. Le décalage entre la lecture du monde par la croyance et la lecture de l'environnement immédiat, souvent plus pragmatique, amène souvent la croyance à s'adapter.
Un conspiro, s'il n'agit pas plus qu'en gueulant sur internet, ce n'est pas forcement parce qu'il n'y croit pas réellement, mais parce qu'il croit que loin de lui, dans les hautes sphères inaccessibles du pouvoir, des méchants conspirent et qu'il voit autour de lui que sa femme s'en contrefiche de ses lubies de conspirations, que son patron s'attend à ce qu'il soit à l'heure, que son compte en banque lui explique qu'il est trop vide pour se lancer dans une folle aventure contre des puissants et que ça serait fatigant et incertain de se lancer dans une telle croisade tout seul.
Du coup, face à sa réalité ordinaire confortable mais contraignante, il se convainc que parler sur internet et refaire le monde autour d'une table de café avec des amis conspiros, ça suffit comme action et que "la vérité triomphera".
Ca ne l'empêche pas de croire, mais c'est comme quand on refait le monde autour d'une table, on est souvent convaincu que nos idées marcheraient mieux que celles des responsables en place et c'est une conviction réelle, pourtant, on ne s'engage pas plus en politique ou dans un syndicat, parce qu'il y a un décalage entre la réalité quotidienne et notre lecture plus globale du monde à partir de la croyance qu'on peut faire un monde meilleur. Le fait de refaire le monde en une discussion et d'éventuellement convaincre une personne suffit à évacuer la contradiction.
Rare sont les croyants, toutes croyances confondues (je dirais même,toutes opinions confondues), assez fanatique pour faire d'une croyance la quasi unique grille d'analyse pour les choix à prendre dans leur vie. Heureusement, la plupart des humains sont plus pragmatiques que ça et s'arrange très bien avec les contradictions.