Salut Dave,
Ta réponse me fait grand plaisir et me donne envie d'aller modifier
mon message précédent pour y remplacer
« Je crois (au sens mou) ne pas avoir trahi ta pensée. Pas au sens dur. » par
« Je crois (au sens dur) ne pas avoir trahi ta pensée. ».Tu dis :
Citer:
J’en profite pour dire qu’il semblerait bien qu’il existe une interprétation réaliste (Théorie de Broglie/Bohm) qui survit toujours à l’interprétation de Copenhague.
Je ne connais pas grand chose en physique quantique. Pas plus qu'en neurobiologie ou en génétique. Je laisse modestement ça aux spécialistes. Pareil pour le jeu d'échecs ou la biographie de Napoléon. Comme je n'y connais rien, je laisse les spécialistes régler leurs disputes entre eux.
À propos de la PQ, mon impression candide est qu'on s'y complique la vie pour rien avec des modèles (et des notations) tarabiscotés où un chat est à la fois vivant et mort jusqu'à ce qu'un observateur, en ouvrant la boîte, provoque l'effondrement d'une fonction d'onde. Moi, je pense (réalistiquement?) que le chat est soit mort, soit vivant, mais qu'
on ne le sait pas, tout simplement. On le saura en ouvrant la boîte sans que rien ne s'effondre. Et c'est seulement ce "on" qui le saura (et ceux à qui il le dira, s'ils lui font confiance).
Par exemple, je viens de brasser une pièce de monnaie dans une tasse opaque, puis j'ai placé cette tasse, à l'envers, sur une tablette à 2 mètres à droite de mon ordi, en prenant grand soin de ne pas savoir si la pièce donne pile ou face. Je l'ai fait pour vrai, concrètement. Là-dessus, tu peux me croire au sens dur.
Eh bien, je suis tout à fait convaincu que, sous la tasse, la pièce est soit en position
pile, soit en position
face (avec une chance sur 2 pour chaque cas), mais qu'
elle n'est pas dans un état flottant entre les deux. Si un autre que moi va soulever doucement la tasse, observe la pièce, puis replace la tasse sans m'informer du résultat, qu'arrive-t-il de la pièce? Sa fonction d'onde s'est-elle effondrée? Certainement pas pour moi. De plus, je suis convaincu que si j'allais à mon tour voir ce que montre la pièce, j'apprendrais la même chose que ce qu'a appris le premier observateur (à moins qu'il se soit amusé à me jouer un tour). J'apprendrais ce que montre
présentement la pièce qui est sous ma tasse.
Penser que la pièce flotte entre deux états, c'est confondre grossièrement la
réalité concréto-objective et les divers
modèles mentaux qu'on s'en fait. C'est confondre le
"pays" et les diverses
"cartes" que chacun s'en bricole, chats compris.
Mais j'admets que, puisque je n'y connais rien, ma critique de la "pensée tarabiscotée" des quanticiens a de grosses chances d'être infondée. Après tout, c'est eux les spécialistes. Peut être que si je m'y connaissais plus, je constaterais que leur approche et leurs notations hermétiques sont la meilleure chose à faire pour avancer dans l'étude de certains phénomènes exotiques. Je suppose qu'en se compliquant la vie au départ, ça la leur simplifie dans un
"plus loin" que je ne connais pas. Sinon, ils s'y prendraient autrement.
Tu dis aussi :
Citer:
j’aimerais éventuellement poster un sujet à caractère philosophique (si ceux-ci sont permis bien sûr). Je n’ai pas vu de section « philosophie ». Serait-il préférable de l’inscrire dans « discussion générale » ou « culture »?
Tu fais comme tu veux. Tu sais mieux que moi ce que tu as envie d'écrire. Si tu me demandes de te suggérer une option, je le ferai à
"pile-ou-face" (ma tasse ne m'a pas vidé les poches).
Je n'ai rien contre la philosophie, sauf quand elle dérape dans le style
"théologie byzantine". Je n'ai rien contre
"penser", loin de là. Faut quand même essayer d'éviter les sorties de route.
Ça me rappelle une anecdote (
rapportée par Carl Sagan) qui me plaît beaucoup. Je l'ai souvent citée sur le forum. La rererevoici, suivie d'une traduction-maison :
Sagan a écrit:
In the 1920s, there was a dinner at which the physicist Robert W. Wood was asked to respond to a toast. This was a time when people stood up, made a toast, and then selected someone to respond. Nobody knew what toast they'd be asked to reply to, so it was a challenge for the quick-witted. In this case the toast was: "To physics and metaphysics." Now by metaphysics was meant something like philosophy -- truths that you could get to just by thinking about them. Wood took a second, glanced about him, and answered along these lines: The physicist has an idea, he said. The more he thinks it through, the more sense it makes to him. He goes to the scientific literature, and the more he reads, the more promising the idea seems. Thus prepared, he devises an experiment to test the idea. The experiment is painstaking. Many possibilities are eliminated or taken into account; the accuracy of the measurement is refined. At the end of all this work, the experiment is completed and ... the idea is shown to be worthless. The physicist then discards the idea, frees his mind (as I was saying a moment ago) from the clutter of error, and moves on to something else.
The difference between physics and metaphysics, Wood concluded, is that the metaphysicist has no laboratory.
Traduction-maison a écrit:
Durant les années 1920', lors d'un dîner, le physicien Robert W. Wood s'est fait demander de répondre à un "toast". Lors de tels dîners il était coutume qu'une personne se lève, prononce un toast, puis invite la personne de son choix à y donner suite. Personne ne savait sur quel thème il serait invité à se prononcer, c'était donc une sorte d'épreuve en vivacité d'esprit. Dans ce cas, le toast était : "À la physique et à la métaphysique". Par métaphysique, on entendait, grosso modo, la philosophie -- des vérités qu'on peut découvrir par la seule réflexion. Wood a hésité un moment, a z'yeuté l'assemblée, puis a répondu à peu près ça :
Le physicien a une idée, dit-il. Plus il y pense, et plus l'idée lui paraît sensée~intéressante. Il épluche la littérature scientifique et plus il s'informe, plus son idée lui paraît prometteuse. Il conçoit donc une expérience qui mettra son idée à l'épreuve. L'expérience est laborieuse. Plusieurs possibilités sont éliminées; d'autres sont prises en compte; la précision des mesures est améliorée. Finalement, l'expérience est réalisée et... l'idée est montrée sans valeur. Le physicien rejette alors l'idée, s'en libère l'esprit et va s'occuper d'autre chose.
La différence entre la physique et la métaphysique, conclut Wood, c'est que le métaphysicien n'a pas de laboratoire.
Bref,
"la philosophie philosophante", ce n'est pas tellement ma tasse de thé, mais je n'ai absolument rien contre
"penser". En général, c'est de loin préférable à son contraire.

Denis