Récemment, j’ai contacté les responsables du site des Sceptiques du Québec pour faire valoir que dire que l’entrée «
agriculture biologique » du dictionnaire sceptique est trompeuse et partisane. On me demande de présenter ici mes arguments. Elle se divise en trois parties :
1. L’article est incomplet;
2. Certaines informations présentées sont fausses, méritent d’être nuancées ou font l’objet d’un débat dans la communauté scientifique;
3. Certaines des sources utilisées à l’appui des graves accusations qui sont lancées sont biaisées en raison des prises position clairement partisanes de leurs auteurs.
Je n’ai pas le temps de reprendre l’article phrase par phrase et je ne prétends pas non plus que toutes les informations présentées sont fausses. Cependant, j’ai relevé suffisamment d’erreurs et de problèmes pour affirmer que l’article souffre de graves lacunes et qu’il devrait donc être retiré, car s’il était corrigé, il n’aurait plus sa place dans votre dictionnaire.
1 –
L'article est incompletJe commencerai par dire que règles générales, trois raisons sont invoquées pour faire la promotion de l’agriculture biologique :
a) Une plus grande « pureté » des aliments (goût, fraîcheur, authenticité, etc.)
b) Une alimentation plus saine (aliments plus « nourrissants », sans pesticides, etc.)
c) Une agriculture plus respectueuse de l’environnement (fertilité des sols, protection de la biodiversité.
Or, le dictionnaire sceptique ne s’embarrasse pas du troisième point et définit l’agriculture biologique de la manière suivante :
«
Forme d'agriculture regroupant un ensemble de techniques fondées sur des croyances antiscientifiques, des mythes et des superstitions.»
Le lecteur un tant soit peu renseigné sursautera forcément à la lecture d’une affirmation aussi gratuite. Des croyances antiscientifiques? Vraiment? Ce n’est pas l’avis de l’Institut national de la recherche agronomique de France :
http://www.inra.fr/la_science_et_vous/d ... biologiqueTout récemment, on a appris que les « abeilles sont clairement affectées par les pesticides»
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/aff ... icides.phpC’est ce genre d’informations qui intéressent les agronomes sérieux. Ces derniers s’intéressent à l’agriculture biologique parce que certaines des techniques utilisées sont éprouvées et que les effets bénéfiques sont démontrables. Cela ne signifie pas que ces techniques ne peuvent être améliorées.
2 -
Certaines informations présentées sont fausses, méritent d’être nuancées ou font l’objet d’un débat dans la communauté scientifiqueJe reproduis ici quelques renseignements que j’ai déjà soumis à certains responsables sur le manque de sérieux et le biais évident de votre article. Voici un exemple parmi d’autres. Vous (les Sceptiques du Québec) dites :
«
La contamination bactérienne produite par les fertilisants naturels est beaucoup plus susceptible de créer des problèmes (Stossel 2005, p. 194). En effet, la bactérie la plus dangereuse de tous les systèmes d'approvisionnement alimentaire des États-Unis est la E. coli, que l'on retrouve en abondance dans le fumier de bovins, fertilisant « naturel » favori de l'agriculture biologique. »
Voici ce que dit le site de l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture sur le sujet :
«
fumier. "Le fumier est souvent considéré comme source de contamination microbiologique. Puisque cet engrais naturel est employé dans l'agriculture tant traditionnelle que biologique, le risque s'applique donc aux deux systèmes. Le fumier, on le sait, est porteur d'agents pathogènes chez l'homme, mais correctement traité (c'est-à-dire composté), il constitue un engrais biologique sûr et une source de nutrition riche pour les cultures. Par ailleurs, les producteurs biologiques agréés ont l'interdiction d'utiliser du fumier non composté moins de 60 jours avant la récolte et sont soumis à des inspections pour vérifier le respect des normes et des limites imposées en la matière. "
E. coli. La contamination par E.coli, en particulier des souches virulentes comme E-coli 0157:H7, est également source de préoccupation. Selon le US Centre for Disease Control (CDC), la principale source d'infection humaine par E-coli est la viande contaminée durant l'abattage. Les recherches montrent que les souches virulentes se développent dans le tube digestif des bovins qui sont essentiellement nourris de céréales amylacées. Les vaches dont l'alimentation principale est le foin produisent moins de un pour cent des E.coli trouvés dans les matières fécales des animaux nourris aux céréales. Les ruminants élevés dans le respect de l'élevage biologique reçoivent une alimentation riche en herbage, ensilage et foin, ce qui réduit non seulement la dépendance à l'égard des fourrages produits à l'extérieur des exploitations mais aussi le risque d'infection par E.coli. »
http://www.fao.org/organicag/oa-faq/oa-faq4/fr/3 -
Certaines des sources utilisées à l’appui des graves accusations qui sont lancées sont biaisées en raison des prises position clairement partisanes de leurs auteurs.
Exemples :
- John Stossel est un libertarien notoire (Tea party?) et adepte de l'école de Chicago (néolibéralisme radical). C'est aussi un journaliste de Fox news. Il n'est sûrement pas malhonnête, mais son point de vue est évidemment biaisé. Ça n'a certainement pas plus de valeur que le point de vue de Greenpeace, pourquoi devrait-il prévaloir?
- Julian Morris et Roger Bate sont des lobbyistes néo-libéraux bien connus qui travaillent pour des regroupements d’entreprises et qui œuvrent dans des organisations faisant la promotion du libre-marché.
Certains soulèvent des questions intéressantes, mais on ne peut certainement pas les citer comme des sources scientifiques sans citer aussi les rapports des organismes environnementaux.