Fair a écrit:
Il semble ici s'agir de quelqu'un qui n'a pas d'espoir en la magnanimité (clémence, bienveillance) du Seigneur et d'un autre qui lui dit qu'il doit y croire parce que le Seigneur nous aurait "créés par phases successives". Quel est le lien entre le fait qu'il nous aurait créé "par phases successives" et sa "magnanimité" ?
En fait c'est tiré de l'histoire de Noé
http://oumma.com/coran/afficher.php?NumSourate=71#14Noé prêche à son peuple qui refuse de croire en Dieu et il leur demande pourquoi ils ne croient pas alors que Dieu les a crée.
La suite du texte éclaire un peu le "phases successives" qui n'a aucun rapport avec l'évolution mais fait référence en fait à la genèse en 7 jours.
13. Qu'avez-vous à ne pas vénérer Dieu comme il se doit,
14. alors qu'Il vous a créés par phases successives ?
15. N'avez-vous pas vu comment Dieu a créé sept cieux superposés
16. et y a fait de la lune une lumière et du soleil une lampe ?
17. Et c'est Dieu qui, de la terre, vous a fait croître comme des plantes,
18. puis Il vous y fera retourner et vous en fera sortir véritablement.
19. Et c'est Dieu qui vous a fait de la terre un tapis,
20. pour que vous vous acheminiez par ses voies spacieuses". On remarquera que le coup de la lune comme lampe et des cieux superposés sont éminemment scientifiques...
Bref, du concordisme bête et méchant qui se passe de contextualiser ce qu'il cite.
Citer:
Ici également, comment le Seigneur peut-il être "Maître de la miséricorde" (la pitié, le pardon et la clémence) et à la fois envisager pouvoir nous "anéantir" ? S'il peut nous "anéantir et vous remplacer par ce qu'Il voudra", il ne peut pas être à la fois "Maître de la miséricorde".
Pour ça, il faut reprendre le sens de miséricorde dans le monde ancien.
La miséricorde comme le pardon, sont l’apanage des puissants qui ont les moyens de vous détruire, mais par amour pour vous, ne le font pas.
Jules Cesar, par exemple, avait une politique de pardon auprès de ses ennemis (enfin les ennemis "civilisés") dont il usait pour faire valoir sa valeur de magnanime. Une manière de se créer, par ricochet, une réputation de puissant et de souverain, puisque seul celui qui possède la prééminence morale est apte à pardonner réellement. Sans ça, il s'agit d'un règlement à l'amiable.
Il faut voir aussi qu'on est dans une société clientéliste où le bienfait octroyé, même par miséricorde, fait de vous l'obligé du bienfaiteur, donc l'acte de don est un élément établissant les rapports sociaux entre client et patron.
En faisant acte de miséricorde, César ne faisait évidement pas de son ennemis un client, mais il indiquait aussi une infériorité de statut.
L'arrivée du pardon chrétien a changé un peu cette donne, même si de forte trace sont resté dans la noblesse et ses codes, notamment dans l'imaginaire courtois de la chevalerie, où le chevalier est preux (vaillant) et protège le faible et l'Eglise et traite son ennemi avec respect lorsqu'il ne s'agit pas d'un monstre ou d'un parjure.
On en a l'exemple avec la légende dorée de Saladin, qui laisse partir les chrétiens de Jérusalem sans les tuer après avoir conquis la ville et leur accorde un passage vers une terre chrétienne. En faisant ça (il l'a réellement fait) Saladin se construit une image positive de miséricordieux qui renforce sa valeur de "puissant".
Dieu est au sommet de cette pyramide de pouvoir, puisqu'il peut détruire toute l'humanité mais préfère lui pardonner ses erreurs et l'aimer.
Cette miséricorde de seigneur est d'autant plus vrai dans l'Islam où Allah n'est pas une figure paternelle ou un sauveur comme peut l'être Jésus par certain aspect, mais une divinité qui demande soumission.
C'est clair qu'aujourd'hui, les hiérarchies sociales n'existant plus comme à l'époque de rédaction, ça semble absurde de pouvoir être destructeur et miséricordieux, étant donné que la miséricorde n'a conservé que le sens de "aide du prochain", sans forcement de notion d'infériorité de celui qui reçoit cette miséricorde.
Une preuve de plus du décalage et du caractère obsolète des textes sacrés d'ailleurs.