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 Sujet du message: Etat actuel des connaissances sur l'effet placebo
MessagePublié: 03 Aoû 2013, 15:43 
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Inscrit le: 13 Mai 2012, 04:14
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salut à tous,
J'ai réalisé une synthèse des connaissances actuelles sur l'effet placebo pour le forum de l'Observatoire Zététique (http://www.zetetique.fr/index.php/forum ... et-placebo)

Je me suis dit que cela pourrait intéressé certains ici, alors je vous la partage

J'ai tenté de faire une synthèse de ce qui pouvait être dit sur le sujet
Pour cela, je m'inspire surtout d'un article de Jean Brissonet et de deux autres sources plus mineures. Le tout est cité en fin de page.

1) Introduction et historique

D'après Jean Brissonet, Le concept d'effet placebo remonte à 1955-1960 et est à attribuer à un certain Haas qui aurait étudié de nombreuses études existantes et évaluaerait cet effet à 30%. Le chiffre aurait été validé par la suite par d'autres recherches. Depuis, ce chiffre a été souvent considéré comme la différence entre l'effet total observé et l'effet inhérent au médicament lui même. Brissonet fait remarquer que c'est donc une relation de causalité qui est supposée (alors que, selon lui, c'est une corrélation).
Il précise que, depuis, peu d'études ont étudié le placebo et qu'il a été utilisé abondament dans la litérature jusqu'à kienle et Kiene le remettent en question en 1997, suivi par d'autres.

« Les fausses impressions d’effets placebo peuvent être produites de différentes manières ». Ils citent de nombreux exemples parmi lesquels : « L’amélioration spontanée », « la fluctuation des symptômes », « la régression à la moyenne », « la prise d’un traitement supplémentaire », « un biais dans l’échelle d’évaluation », « des réponses de politesse » et bien d’autres encore. Et ils constatent : « Ces facteurs sont encore fréquents dans la littérature moderne sur le placebo ».

Suites à ces remises en question, les scientifiques ont répertoriés tout ce qui pouvait influencer l'effet d'un médicament et qui serait autre que l'effet des produit qu'il contient.

Ils ont répertoriés, testés et validés différents effets :

2) des effets et biais de mesure

"l'effet Hawthorne : la modification des comportements naturels de sujets d’étude en raison de leur participation à cette dernière peut entraîner une surévaluation des effets du traitement, en particulier dans le groupe contrôle."

"La régression à la moyenne : l’inclusion de patients avec des valeurs très élevées ou très basses à l’entrée dans une étude donne l’illusion que la variabilité statistique des mesures ultérieures est une amélioration sous traitement."

" Le paradoxe de Simpson : lorsque des facteurs déterminants (in)connus (« confounders ») influencent les données, le résultat global d’une étude (de cas témoins) peut être complètement modifié par des analyses de sous-groupes."

"Le phénomène de Will Rogers : l’accroissement des possibilités diagnostiques ou l’augmentation artificielle de la prévalence d’une maladie peut améliorer le pronostic d’un patient sans que ses paramètres de mesure aient subi un quelconque changement."

Extrait de : « Quatre effets, phénomènes et paradoxes de la médecine. Leur signification et leurs racines historiques », Peter Kleist. Forum Med Suisse 2006 ;6 :1023–1027
http://www.medicalforum.ch/pdf/pdf_f/20 ... 46-194.pdf

Kienle Et Kiene concluent :

"une autre erreur de jugement est le manque de clarté du concept de placebo lui-même ". Ils concluent sans ambages « que la littérature, relative à l’ampleur et la fréquence de l’effet placebo, n’est pas fondée et largement surestimée, si elle n’est pas entièrement fausse ». Ils posent enfin la question de savoir sil’existence du soi-disant effet placebo « n’est pas en effet lui-même engrande partie, ou totalement, illusoire ».

3) L'effet contextuel

Il a été proposé la chose suivante : l'effet placebo serait ce qui reste a expliquer quand on a déjà l'effet du médicament + les effets cités plus haut....Il reste alors un certain % d'effet qui est inexpliqué
plusieurs chercheurs (Di Blasi et al., 2003, Miller et Kaptchuk, 2008) proposent d'utiliser le terme d'effet contextuel au lieu de celui de placebo.
Ils pensent que cet effet contextuel contient plusieurs éléments... Voici ceux qui ont déjà été testé et validés actuellement :

Le rituel thérapeutique : les résultats sont différents selon la voie d’administration, le goût, le nom, le prix, la couleur, etc.

Les conditions environnementales : personnalité et croyances du patient, attitude de son entourage, lieu où se réalisent des soins, attention de l’équipe soignante, etc.
la relation patient/praticien.

Le conditionnement (au plus on repète un traitement qui semble efficace au plus on y croit...)

Les suggestions (prédire un bon diagnostique, donner une certitude de guérison,...)

Le lien entre effet contextuel et opioïdes endogènes (les substances émises par le cerveau lors de l'utilisation de différentes méthodes psychologiques de gestion de la douleur comme, par exemple, l'hypnose) ainsi que les liens entre effet contextuel et Dopamine (je ne rentre pas ici dans les détails car je n'ai pas le niveau pour les comprendre). On trouve également une augmentation de la sérotonine lors de l'utilsation d'un placebo contre la dépression...

Jean Brissonet conclut son article de la manière suivante : "Alors ! Placebo es-tu là ? L’objet placebo est là et bien là ! Il sera encore longtemps irremplaçable dans la réalisation des incontournables études cliniques contrôlées.
L’effet du placebo, lui, est inexistant. Quant à l’effet « dit » placebo, si son existence est incontestable, quoique limitée, il conviendrait plutôt de le nommer simplement « effet contextuel », afin de mieux faire comprendre sa vraie nature et d’en faire disparaître la connotation magique."

J'ai aussi trouvé dans d'autres articles les informations suivantes :

Au moins un gène est déterminant dans la réponse aux placébos, selon wikipédia

"Le gène en cause est le gène COMT (pour Catéchol-O-méthyltransférase). Il avait déjà été repéré dans le traitement de la douleur et de nombreuses affections (maladie de Parkinson) ainsi que dans le « comportement de confirmation de nouvelles informations selon nos croyances »20 ;
L’activation de ce gène modifie la production de dopamine (un neurotransmetteur qui est aussi une neurohormone, impliqué dans les circuits neuronaux de la récompense et de la douleur), semble-t-il via le contrôle d'un enzyme (Catéchol-O-méthyltransferase21). La dopamine participe aux voies neuronales impliquées dans l’anticipation (qui est en jeu dans l’effet placebo20).
Ce gène COMT conditionne ainsi l'ampleur de la réponse au placebo pour chaque individu ; certaines variantes de ce gène comprennent 2 copies de l’allèle « méthionine» (Met), 2 copies de l'allèle «valine» (Val), ou 1 copie de chaque. Le cortex préfrontal des personnes disposant de ces formes de ce gène semble produire 3 à 4 fois plus de dopamine que chez les porteurs de la forme simple du gène22. Or, le cortex préfrontal est la zone du cerveau associée à la cognition, à l'expression de la personnalité, à la prise de décision et au comportement social20. Cette découverte renforce l’importance du rôle de la dopamine dans le cerveau"

Après quelques recherches, il semble que l'effet placebo aie été découvert bien plus tot que ce qui est évoqué par Brissonet :

La première utilisation expérimentale documentée d'un placebo date de 180010 : autour de 1795-1796, le médecin américain Elisha Perkins (en) invente les « tracteurs de Perkins », baguettes métalliques brevetées (car prétendument faites en un alliage original doté de pouvoirs de guérison) censées soulager toutes sortes de maladies (rhumatisme, maux de tête) en les passant sur les nerfs du corps atteints d'inflammations. Alors que Perkins présente ses baguettes à Londres, le médecin épidémiologiste John Haygarth (en) répète les expériences de Perkins sur des malades avec des baguettes métalliques et des baguettes en bois : il obtient des résultats identiques (quatre des cinq malades déclarent aller beaucoup mieux) avec les deux types de baguettes. Haygarth dévoile ainsi la supercherie et décrit l'effet placebo dans un ouvrage en 1800 qu'il sous-intitule De la curieuse influence de l'imagination sur les fonctions du corps humain11

Voila
en guise de conclusion, je dirai donc qu'il y a pas mal d'éléments explicables et expliqués dans l'effet placebo et qu'il serait bénéfique pour la science de les utiliser à la place de cette notion floue et creuse à laquelle ce sujet est consacré. Ce qui est écrit plus haut permet déjà d'avoir une compréhension importante du phénomène

Ce sujet est essentiellement une synthèse de l'article de Jean Brissonet
ddata.over-blog.com/xxxyyy/4/01/72/86/Placebo.pdf

dans une moindre mesure, quelques informations viennent aussi de la page wikipédia
fr.wikipedia.org/wiki/Effet_placebo

et également d'une critique de l'effet placebo écrite par Philippe Pignarre
http://www.recalcitrance.com/placebo.htm


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 Sujet du message: Re: Etat actuel des connaissances sur l'effet placebo
MessagePublié: 16 Aoû 2013, 10:27 
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Messages: 646
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Jérémy a écrit:
......"Le gène en cause est le gène COMT (pour Catéchol-O-méthyltransférase). Il avait déjà été repéré dans le traitement de la douleur et de nombreuses affections (maladie de Parkinson) ainsi que dans le « comportement de confirmation de nouvelles informations selon nos croyances »20 ;.....
Salut Jérémy,
Je me demandais si parmi les croyances on pouvait inclure la foi, pour ceux qui sont croyants religieux, et ainsi considérer leur foi comme un effet placebo, ça fait du sens?


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 Sujet du message: Re: Etat actuel des connaissances sur l'effet placebo
MessagePublié: 16 Aoû 2013, 15:21 
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Inscrit le: 15 Juin 2013, 19:41
Messages: 1040
Pion a écrit:
Je me demandais si parmi les croyances on pouvait inclure la foi, pour ceux qui sont croyants religieux, et ainsi considérer leur foi comme un effet placebo, ça fait du sens?

J'avais entendu parler d'études faites aux Etats-Unis au sujet de l'efficacité médicale de la prière, et si je me souviens bien, les résultats étaient contrastés. Pour certains, on voyait une amélioration, et pour d'autres, le contraire (le fait de savoir que Dieu va intervenir pousse à être "passif" dans sa guérison). Je n'ai malheureusement plus les références, mais ça doit se trouver assez facilement.

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"Lourd est le parpaing de la réalité sur la tartelette aux fraises de nos illusions." - Boulet

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 Sujet du message: Les notes.
MessagePublié: 16 Aoû 2013, 15:34 
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Messages: 4252
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Salut à tous.

À lire dans le dictionnaire sceptique : fidéisme thérapeutique, ou guérison par la foi (la note n° 2 concerne les possibles effets négatifs de la prière).

_________________
Le sommeil de la raison engendre des monstres. Francisco de Goya.


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 Sujet du message: Re: Etat actuel des connaissances sur l'effet placebo
MessagePublié: 16 Aoû 2013, 18:26 
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Inscrit le: 13 Déc 2012, 17:53
Messages: 115
Il me semble que ce chiffre de 30% est une moyenne toutes pathologies confondues et que si l'on regarde pathologie par pathologie, ce pourcentage varie fortement.
Il me semble surtout que la guérison spontanée représente la part majeure de l'explication des effets positifs constatés dans la pratique des médecines dites douces sur les pathologies de faibles ampleurs.

Un autre volet très intéressant de l'effet placebo est le cas des enfants et des animaux :a2:
Combien de fois je ne me suis pas pris l'argument de "l'effet placebo n'existe pas chez les bébés/animaux, donc l'homéopathie c'est pas du flan"... :grrr:
Cadeau: http://www.omeopatia.org/upload/Image/m ... eworks.pdf

Dans la partie Materials and methods/Monitoring of behaviour and response to treatment, on peut lire
Citer:
Assessment of a dog’s fear severity was based on the owners’ perception of their dog’s behaviour, both before, during and after they had completed the trial period

et la Conclusion de l'article est la suivante
Citer:
No evidence for the specific efficacy of homeopathy for the treatment of fear of noises was found in this study.
However, significant improvements were reported with both the homeopathic and placebo treatments with approximately a 41–45% improvement in the behavioural signs of fear, an improvement seen in 68% of subjects and an approximate 10% complete recovery rate.
Evidence from this study highlights the caution required when interpreting the results of uncontrolled treatment trials for the management of fear of noises in dogs. To find the true efficacy of a treatment it is necessary to compare results to that of a placebo under the same circumstances.


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