curieux a écrit:
L'interprétation biblique semble cohérente pour expliquer cette race des demi-dieux antique.
Cohérente , mais ne correspondant pas aux faits.
L'idée d'une race de monstre ayant précédé les hommes se retrouvent dans un certain nombre de mythologies à travers le monde et a un sens précis au sein des communautés.
Pour comprendre, il faut voir que le dualisme originel n'est pas un dualisme bien/mal mais un dualisme chaos/ordre, et ce, dans un grand nombre de religions antiques. Les antiques considéraient que le monde était ordonné et qu'eux, en étant civilisé (peu importe la civilisation) contribuaient à garantir l'ordre du monde. Les dieux sont une personnification de cet ordre, ceux qui sont à l'origine de l'ordre dont les humains sont dépositaires et qu'ils doivent garantir par les actes religieux. A l'inverse, les monstres sont souvent une représentation symbolique de tout ce qui va contre l'ordre et qui le perturbe, que ce soit la nature sauvage, que l'homme doit domestiquer ou les ennemis du peuple dont vient la légende.
Plus qu'un souvenir passé sauvant l'honneur, je pense qu'il serait plus judicieux d'y voir une déformation mythique de la prise de conscience que l'homme peut domestiquer la nature, qui vient après l'agriculture.
D'ailleurs, c'est à partir du néolithique et du développement de l'agriculture que l'on voit se réduire l'influence de ce que l'on suppose être des cultes de la déesse mère et nourricière (c'est une supposition issus des fameuses vénus préhistorique, dont on constate la disparition au profit d'objet rituel plus guerrier ou plus masculin.), personnification probable de la terre, pour voir débarquer des représentations divines plus guerrière et masculine, qui mettent en ordre le monde.
La vision proposée par Remarque Simple est une vision évhémériste de l'histoire de la mythologie, vision rejetée par l'anthropologie moderne, aussi bien par les courants structuralistes que fonctionnalistes, mais aussi par l'Histoire.
Citer:
un récit naïf et ridicule de la prétendue vérité divine.
Les mythes sont loin d'être des récits naïfs, ce sont des premiers essais à la philosophie et à la science. Les explications sont effectivement fantaisistes pour nous, mais à l'époque, ils représentaient quelque chose de bien plus fondamentale pour les sociétés qui y trouvaient à la fois une source de valeurs communes et une première tentative d'explication du monde.
D'ailleurs, on en retrouve encore aujourd'hui et si l'empirisme et le rationnel ont forcé une séparation dans nos sociétés entre le mythe d'explication du monde et les mythes culturels, ils n'ont pas disparu pour autant.
C'est très condescendant de penser les humains d'alors comme naïfs, ils ne l'étaient pas et n'étaient pas moins intelligents que nous, ni même moins capables de découverte, simplement leur conception du monde n'avait pas encore inclue le rationalisme qui est une philosophie plus récente.
Que les gens qui les prennent au sérieux encore maintenant, alors même que cette mythologie n'est plus la leur, soient ridicules et naïfs, ça ne fait aucun doute, mais ce n'est pas pour ça que les textes le sont.