Salut à tous,
Content de voir que le sujet suscite encore l'intérêt en mon absence.
Je vais essayer de répondre en vrac.
Hallucigenia a écrit:
Ce qui est inné par contre, chez les primates, c'est le réflexe d'apprendre en imitant les autres - et en premier ses propres parents. C'est certainement pour ça que beaucoup d'enfants jouent avec
des bébés baigneurs. Le jeune enfant va reproduire le comportement maternel sur son propre jouet. Sans pouvoir déjà parler d'un "désir d'enfant", on pourrait y voir quelques prémisses.
Rien qu'à ce stade, qu'est-ce qui est d'origine biologique, et qu'est-ce qui est du modèle familial ? Les deux sont intrinsèquement mêlés, l'enfant est biologiquement formé pour imiter, mais le comportement qu'il imite lui vient de son environnement.
Bien sûr, chez une femme adulte, les choses sont plus complexes. Le désir de fonder une famille et d'avoir des enfants est évidemment lié à la connaissance du modèle social coutumier, dans lequel les femmes ont généralement des enfants passé un certain âge. Mais le besoin de se conformer (et de s'intégrer) au modèle social est aussi un comportement naturel~normal chez un animal social tel que l'homme. Impossible donc de séparer les deux de façon tranchée !
Et bien que le désir d'enfant soit (lui aussi) plus complexe que ça, et ne s'explique pas seulement par l'instinct d'imitation, on voit déjà sous cet angle particulier que ce sont des capacités biologiques, innées et instinctives qui vont permettre
potentiellement à ce désir de grandir chez la personne. Et ce désir sera évidemment inspiré de ce qu'aura vécu la personne lors de ses interactions sociales, donc de son passé, des modèles auxquels elle aura été confrontée, de ses expériences, etc.
La question de départ est donc biaisée : il est vain de chercher à savoir si le désir d'enfant est de nature biologique
ou (exclusif) le fruit d'une influence sociale. Le désir d'enfant est évidemment le fruit des interactions sociales, mais il s'exprime en ayant pour support des potentialités biologiques parfaitement naturelles, voire même instinctives.
Bien d'accord avec tout ça.
Je pense tout de même qu'on peut déterminer si tel ou tel comportement tient principalement de l'inné ou de l'acquis.
Tu parles de la tendance à se conformer au modèle social. C'est un bon exemple de la difficulté à différencier inné et acquis. Si on prend par exemple la religiosité (animiste, polythéiste, monothéiste, peu importe), on se rend compte que la grande majorité des sociétés humaines ont été religieuses et le sont encore. Malgré cela, il existe tout de même des athées pour échapper à la règle. Bien qu'il ne soit pas incontournable, on constate que c'est un comportement omniprésent et on peut en déduire qu'il est solidement ancré dans la psychologie humaine, et qu'il y a donc probablement une grande partie d'inné là dedans.
Pour le désir d'enfant, c'est plus compliqué étant donné que le choix d'avoir des enfants ou non est apparu récemment grâce à la contraception. Etienne citait l'empathie envers les enfants (phénomène inné) comme "facteur prédisposant" à vouloir des enfants. Hallucigénia cite nos tendances (naturelles) à se conformer au modèle social. Du coup que deviendrait ce désir d'enfant dans une société où le modèle social n'est ni en faveur de la procréation, ni en sa défaveur ? Notre désir de se conformer au standard social n'est finalement pas que notre capacité à être influencés par notre environnement ?
Si je dis que le désir d'enfant est d'origine essentiellement culturelle, c'est forcément une simplification. Les individus sont influencés différemment par l'empathie envers les enfants ou par le besoin de se conformer au modèle social. Certains ressentent l'envie quasi-irrépressible d'avoir des enfants, d'autres sont pratiquement indifférents à la question*.
C'est pourquoi, dans la mesure où notre besoin de créer des liens empathiques peut être comblé de diverses manières, et en l'absence d'un mécanisme spécifique poussant à vouloir des enfants, je considère que le désir d'avoir des enfants tient principalement du culturel. D'ailleurs, la baisse de la natalité dans les sociétés ayant largement accès à la contraception, l'augmentation de l'âge moyen auquel les couples font leur premier enfant, et l'augmentation du nombre de childfree dans ces mêmes sociétés tend à confirmer cette hypothèse.
Et pour ceux que ça pourrait rassurer : mon article n'a pour but que de démystifier l'idée que le désir d'enfant est un processus purement biologique (je fais d'ailleurs référence à l'influence de l'empathie dans ce comportement), et non de définir ce comportement comme strictement culturel**. En fait, l'idée m'est venu après avoir vu des amies qui, lorsqu'elles exprimaient leur indifférence face à la maternité, se sont vu répondre : "Tu verras, ça viendra", comme si c'était une fatalité***. C'est ce genre de comportement que je trouve anti-féministe, et c'est donc cette vision des choses que je souhaite remettre en question.
Poulpeman
* Je sais qu'on va me dire que le conformisme social nous incite à la religiosité alors je prends les devants : c'est plus pour l'exemple que pour la solidité de la conclusion que j'ai cité ce cas.
** J'ai reconsidéré mon 100% suite aux remarques concernant l'empathie.
*** Les hommes aussi y ont parfois droit.