embtw a écrit:
Un véritable dogme porté par tous les vénérables scientifiques, par le système scolaire etc ...
Il est vrai que l'absence de neurogenèse dans le cerveau adulte était une idée répandue jusqu'aux années 1980 environ. Mais, on ne peut vraiment parler d'un dogme car l'absence de neurogenèse est une idée plus parcimonieuse que l'inverse, il était donc plus prudent de ne pas la tenir pour vraie en attendant que des données viennent la confirmer. De plus, cette question a été testée expérimentalement chez les primates vers le milieu des années 70 par Paslo Rakic (un scientifique dont la compétence dans le domaine de l'ontogenèse cérébrale ne peut être contestée), et que rien n'indiquait de renouvellement neuronal. Par contre, il peut être reproché que des études montrant des résultats contradictoires (par Joseph Altman et par Elizabeth Gould, par exemple) aient longtemps été ignorées, en partie à cause de la notoriété de P. Rakic et de la persistance du "dogme".
Ce sont des études chez d'autres classes de vertébrés (poissons, mais surtout oiseaux) qui ont remis à jour l'intérêt pour la neurogenèse chez le mammifère adulte.
Maintenant, à ce qu'on a découvert: chez les mammifères (étudiés), cette neurogenèse n'est pas très importante en termes de nombre de cellules produites et elle concerne certains systèmes spécifiques (bulbes olfactifs, hippocampe). Tout indique que pour la majorité du cerveau ou de la moelle épinière, il n'y a effectivement pas renouvellement des neurones.
Citer:
Au delà de la découverte scientifique en soi, qui fera sans doute l'objet d'un Nobel dans quelques années, n'est-ce pas là la preuve ultime, que même les scientifiques peuvent se laisser berner par une culture du communément acquis ?
Vous aviez besoin de ça pour découvrir que les scientifiques ne sont pas des êtres omniscients et qu'ils peuvent se tromper comme tout le monde? Personnellement, je trouve que ce que cela montre surtout c'est le pouvoir correctif de la méthode scientifique: une idée tenue pour acquise est renversée par les données factuelles. A mon avis, aucune religion ou système philosophique détachés des contingences de vérification empiriques n'offre la possibilité d'une pareille correction d'erreurs. Il est donc vrai qu'il n'y a pas de véritable milieu entre science et croyance: elle ne fonctionnent pas de la même manière, (un peu comme on ne peut pas vraiment dire que la marche est le "juste milieu" entre le vol et la nage). Une autorité religieuse aura toujours raison parce que rien ne permet de vérifier réellement ses affirmations, une autorité scientifique peut être démentie par les faits (cela même si cette personne/autorité peut, dogmatiquement, refuser les évidences contraire qui lui sont présentées). Au pire, parler de "dogme" c'est en quelque sorte reprocher aux scientifiques d'une époque d'ignorer les découvertes qui seront faites ultérieurement... bref, de ne pas lire l'avenir.
C'est pourquoi j'ai énormément de difficulté à voir accoler le terme "dogme" aux idées scientifiques. J'adhère parfaitement à ce que dit Rakic lui-même dans un article paru en 2002 (j'ai uniquement retiré les numéros renvoyant aux références):
"
Although a substantial rate of neurogenesis and neuronal turnover in many vertebrate species, including the dentate gyrus and olfactory bulb in mammals, has been established for decades, it was recently alleged that a ‘dogma’, originating with Albert von Kölliker,Wilhelm His and Santiago Ramón y Cajal at the turn of twentieth century and perpetuated by developmental biologists, has prevented advances in this subject. I disagree that the term ‘dogma’ fairly characterizes the standards and practice of science in this field. It is actually instructive to note how careful and responsible the old masters were when interpreting their data, which were obtained with relatively crude methods. The inadequacy of the methods was acknowledged even much later in the title of Altman’s 1964 paper: “Are new neurons made in adult mammals?” It turned out that the answer was yes, at least for the granule cells of the dentate gyrus, but the judicious use of a question mark served to indicate that he was aware that the data were not conclusive. The best illustration that ‘dogma’ is an unfair characterization of this field is that when the convincing evidence was obtained for adult neurogenesis in the dentate gyrus and olfactory bulb in mammals, it was readily accepted by the scientific community [...]"
(Rakic, P (2002) Neurogenesis in adult primate neocortex: an evaluation of the evidence. Nature Reviews Neuroscience, 3: 65-71.)
Jean-François