Salut Feel,
Tu dis :
Citer:
bref, on convient tous les deux qu'il est moins dommageable pour tout le monde de briser 1 vitre sur 20 maison (20 personnes qui se partagent la tâche de changer 20 vitres) que 20 vitres sur une maison (1 personne qui a 20 vitres à changer toute seule).
Non. Je n'en conviens pas et ça reste une épine.
Je pense que c'est le contraire et je t'ai déjà présenté
ce modeste tracteur :
Denis a écrit:
Tu auras du mal à me convaincre que aller 20 fois à la quincaillerie pour, chaque fois, acheter une vitre et 20 grammes de mastic, c'est moins de trouble qu'y aller une seule fois pour y acheter 20 vitres et 4 kg de mastic. Tu peux essayer de m'en convaincre, mais je pense que tu auras du mal.
Bien sûr, si tous les dégâts sont concentrés sur une maison, rien n'empêche les voisins (qui n'ont subi aucun dégat) d'aller aider le sinistré. Ça pourrait même avoir du bon si ça permet à quelques voisins de mieux se connaître~apprécier. Ça, c'est, je pense, le plus robuste tracteur qui tire de ton côté.
Et si, parmi ces voisins, il y a un vitrier professionnel et son apprenti, les réparations ne traîneront pas.
Feel a écrit:
Mais je suis d'accord avec le fait que l'intensité compte. C'est avec le fait que le nombre compte que je suis en désaccord. C'est là-dessus que porte notre divergence.
On peut le voir comme ça.
Moi, je le vois surtout sous la forme :
« pour moi les deux comptent alors que, pour toi, seule l'intensité compte ».
Mais j'admets que la nuance est fine entre nos deux façons de dire la même chose.
Feel a écrit:
Si tu as le choix entre :
A - torturer atrocement une seule personne pendant des jours
B - piler une fois sur l'orteil d'un nombre N de personnes
Quelle valeur, selon toi, doit avoir N pour que A soit éthiquement supérieur à B?
Ta formulation laisse entendre que c'est MOI qui devrai torturer (atrocement, pendant des jours) ou piler sur les orteils. Ce n'est pas tout à fait clair et je vais traiter les deux cas de figure.
Cas 1) Si c'est
moi qui torture ou qui pile, il faut tenir compte, dans l'équation, de
mon malheur de devoir torturer de mes mains ou piler de mes pieds. Ça m'écoeurerait d'aplomb. Surtout le premier.
La valeur de N serait probablement énorme. Dans les centaines de millions. Ça serait B autant que je pourrai tenir avant de m'épuiser. Mais si ça m'oblige à faire du 9 à 5 d'écrasage d'orteils durant des années~décennies, ça commence à ressembler à une torture qui m'affecterait moi-même, et ça complique l'équation éthique.
Cas 2) Si c'est d'autres qui font la besogne. Ça serait encore dans les centaines de millions, même dans les milliards si on précise que les écrasements d'orteils ne causeront pas de fractures ou autres blessures susceptible de faire souffrir durant plusieurs jours.
Feel a écrit:
Moi je répondrais que B est toujours supérieur à A indépendamment de la valeur de N. Et toi?
On est d'accord sur
"N est énorme" mais je ne le considère pas infini, surtout si les écrasements d'orteils sont forts.
On pourra peut-être évaluer ce N quand on aura enrichi notre liste de sévices susceptibles d'être infligés à un homo sapiens adulte et valide qui serait
tiré au hasard (c'est important)
après (c'est important aussi) que la décision éthique (de l'épargner ou pas, selon l'alternative) aurait été prise.
J'avais 9 items. Tu viens de m'en suggérer deux nouveaux que j'ai ajoutés à la liste, en les rendant plus précis. J'en ai aussi ajouté un autre, puis j'ai ordonné ces
"malheurs" de mon mieux, du plus bénin au plus infernal. Si tu souhaites inverser quelques chaînons, tu n'as qu'à le dire.
1 - On ne lui fait rien.
2 - On lui coupe un cheveu.
3 - On lui donne une chiquenaude sur un coude.
4 - On lui pile sur un orteil (sans fracture, ni douleur durant plus de 2 minutes).
5 - On le force à déplacer à la main, sur 100 mètres, 100 briques de 3 kg chacune.
6 - On l'oblige à manger 100 grammes de savon.
7 - On lui coupe un petit doigt, chirurgicalement, avec douleurs minimales.
8 - On le rend sourd.
9 - On le tue sans douleur (disons, mini-bombe atomique durant son sommeil).
10 - On lui coupe les 4 membres (à mi-bras et mi-cuisse), chirurgicalement et avec douleurs minimales.
11 - On le torture atrocement durant une semaine (de telle sorte qu'il puisse se rétablir à > 99%, phisiquement et psychiquement, en moins de 3 mois de convalescence).
12 - On le tue ultra-cruellement après l'avoir atrocement torturé durant des jours, des semaines et des mois.
Dans certains cas (ex. 9 et 10, ou 10 et 11), j'ai eu un peu de mal et j'aurais pu ordonner autrement.
Ta question est d'estimer le rapport N qu'il y a entre infliger (11) à une personne et infliger (4) à N personnes. Difficile d'estimer ça directement. On risque de peau-de-bananer entre les zillions et les zilliards. Mieux vaut y aller de proche à proche, maillon par maillon.
Quel serait ton N entre (7) et (8) ? Si tu devais choisir entre
"N personnes (tirées au hasard) se font couper un petit doigt" ou
"une personne (tirée au hasard) devient sourde", à quelle valeur de N se trouverait le point d'équilibre ?
Pour moi, ça tourne autour de 100. Disons, entre 50 et 200.
Pour toi ?
Si on parvient à s'entendre sur ce rapport-là (je propose 100), on pourra essayer de traiter un autre chaînon. Et si on ne parvient pas à s'entendre, on pourra essayer de trouver un nouveau
"supplice" de gravité voisine de celles des cas difficiles à comparer.
Es-tu d'accord avec mon 100 ? Mets-tu beaucoup plus ? Beaucoup moins ?
Ça m'étonnerait que ça soit à ce chaînon-là que s'effectue le saut incommensurable (N infini) qui te tient à coeur. Si tu y tiens à tout prix, à ta discontinuité qualitative, où la places-tu, entre les items (1) à (12) ?

Denis