Il y quelques semaines, je suis tombé sur une étude récente de la collaboration Cochrane sur l'oseltamivir (Tamiflu et Relenza) intitulée
«Possible harms of oseltamivir - a call for urgent action». Les chercheurs impliqués s'inquiètent de certains effets nocifs potentiels sur les adolescents qui ont été rapportés et se demandent comment les essais cliniques ont manqué de mettre en lumière ces «accidents». Je m'étais promis de faire un suivi sur ce dossier, histoire de savoir comment la communauté médicale réagit à un tel message d'alarme. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait de suites avant plusieurs mois.
La semaine dernière, le dossier Tamiflu a toutefois connu des rebondissements majeurs. Suite à un commentaire d'un lecteur de l'
étude épidémiologique originale de la collaboration Cochrane sur le Tamiflu, les chercheurs ont entrepris de se pencher sur certains détails suspects de l'étude principale sur laquelle s'appuie le fabricant, Roche, pour prétendre à l'efficacité du Tamiflu pour les adultes en santé. Les chercheurs se sont vu forcés (voir plus bas pour en apprendre plus sur les circonstances) de reprendre leur travail à la suite de quoi ils ont modifié les conclusions de l'étude originale en ce qui concerne la capacité du Tamiflu à prévenir les complications de l'influenza chez les adultes autrement en bonne santé.
L'étude mise à jour du groupe Cochrane a été publié par le BMJ il y a quelques jours, le 8 décembre.
La chaîne de télévision britannique Channel 4 s'est intéressé à l'affaire. On peut trouver sur le site Web de Channel 4, un article intitulé
«New doubts over Tamiflu» qui fait un résumé de la situation. Un clip du reportage télé est aussi disponible sur la même page.
Le site Web du BMJ (
British Medical Journal) a été depuis quelques jours l'objet de réactions intenses, qui se sont manifestées à travers une série d'articles très vigoureux. L'éditrice en chef du BMJ, Fiona Godlee semble s'être faite la figure de proue de ce mouvement de réaction critique, qui ne réclame rien de moins qu'une refonte radicale de la manère dont est menée et publiée la recherche sur les nouveaux médicaments.
Les articles suivants du BMJ donnent un aperçu détaillé de la controverse :
We want raw data, now
Why don't we have all the evidence on oseltamivir?
Complications : tracking the data on oseltamivirNeuraminidase inhibitors—the story behind the Cochrane review
Roche replies to the authors of the Cochrane Review on oseltamivirSur le blogue américain très fréquenté
effect Measure, certains accusent le BMJ de vouloir «vendre de la copie» et la collaboration Cochrane d'être zélée. On y dit aussi que l'efficacité limitée du Tamiflu n'est pas une vraie nouvelle, mais que comme le Tamiflu est d'une réelle utilité dans certaines situations, il n'est peut-être pas très opportun d'attaquer le Tamiflu en pleine période de pandémie. Il semble aussi y avoir un consensus contre Roche et les pharmaceutiques qui retiennent ou déforment l'information et un autre appuyant une réforme des standards de recherche clinique.