La réponse la plus simple consiste à faire remarquer que le passage :
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En remarquant qu'il n'existe pas de forme d'ailes intermédiaires (à mi-chemin entre les ailes "classiques" et les ailes "feuilles"
est déjà erroné. Tous les niveaux de camouflage et de mimétisme existent dans la nature : ça va d'une simple similitude de couleurs (qui permet de se fondre vaguement dans son environnement face à un prédateur pas trop regardant), à une similitude des motifs plus élaborée jusqu'à des ressemblances parfaites*. Autant l'évolution de l'oeil peut être difficile à concevoir de premier abord (même si elle a été reconstituée), autant les camouflages et mimétismes de tout genre sont un exemple parfait de caractères qui, de façon assez évidente, n'ont pas besoin d'être parfaits pour fonctionner.
La réponse au calcul de probabilités s'ensuit logiquement : évaluer la probabilité d'obtenir une ressemblance parfaite du premier coup est très amusant, mais c'est sans rapport avec l'évolution. Il suffit qu'une ressemblance grossière (purement chromatique, par exemple) apparaisse - ce qui n'est pas si improbable, un changement de pigmentation peut nécessiter une simple mutation - puis qu'elle soit progressivement améliorée par la sélection naturelle, jusqu'à parvenir à un mimétisme très fidèle. Trouver une île du premier coup en désignant au hasard un point dans un vaste océan est peut-être impossible, mais si on peut facilement tomber sur un point de départ à partir duquel le chemin est balisé, la difficulté disparaît. Il ne s'agit pas d'une simple vue de l'esprit : ces formes imparfaites de camouflage existent effectivement dans la nature et les espèces qui les présentent survivent avec. Dawkins explique bien ce type de raisonnements **.
Cette explication montre que ce genre d'arguments ne constituent pas une objection valable contre la théorie darwinienne de l'évolution, parce qu'ils en méconnaissent la logique, ou parce qu'ils font fi de l'existence d'étapes intermédiaires fonctionnelles. Ça n'empêche pas que l'évolution réelle des phasmes a pu être plus complexe que cela ; par exemple, les particularités de leur anatomie qui leur servent pour le camouflage ont pu apparaître pour une autre raison. Les changements de fonction sont fréquents au cours de l'évolution (on parle de prédaptation, d'exaptation ou de co-optation suivant ses sympathies, son humeur et en fonction de la pression atmosphérique) ; lorsque les plumes ont commencé à évoluer, elles ne servaient probablement pas à grand-chose pour le vol (même plané), mais les plumes les plus simples ont pu servir d'isolant thermique, par exemple. En fait, un caractère peut même apparaître et se répandre dans une espèce sans avoir de fonction adaptative (pour des raisons diverses ; il peut être un "effet secondaire" d'une mutation avantageuse par ailleurs, par exemple), puis être co-opté ensuite. En pratique, l'évolution est donc souvent plus tortueuse que les scénarios adaptationnistes simples, et c'est aussi ce qui fait son intérêt. Mais la logique de base du darwinisme est robuste et elle reste un outil extrêmement efficace pour explique la genèse des adaptations les plus complexes.
* J'avoue que je connais mal le cas des phasmes, mais des exemples similaires ne sont guère difficiles à trouver dans le monde animal.
** Il a écrit trois livres (pas moins) sur cette seule question,
L'horloger aveugle,
Qu'est-ce que l'évolution ? et
Climbing Mount Improbable. Le troisième, qui est le seul à ne pas être traduit, est évidemment aussi le plus intéressant.