Florence,
Est-ce que le tutoitement te gêne ? Je veux bien passer au vouvoiement, ce n'est pas par impolitesse que je te tutoie mais plus par un pli que j'ai pris avec le temps sur les forums. Mais si vous le voulez, je peux vous vouvouyer...
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Et vous pensez réellement que l'on puisse trouver un "équilibre psychologique" en jetant la rationalité aux orties ?
En passant, le rationalisme n'a jamais été dicté, il s'impose par sa force démonstrative. Pour convaincre de la validité de votre discours, vous devez bien convenir qu'il vous faut vous montrer rationnel, faute de quoi votre interlocuteur va bien vite en ressortir au sarcasme.
Je ne sais pas si tu m'as bien lu. J'ai dit que j'accepte le rationnalisme jusqu'aux confins de la science actuelle. Dans les zones de questionnements où la science n'apporte pas de réponse, je suis obligé de croire ou ne pas croire, d'établir mes propres théories qui ne reposent pas sur des bases scientifiques et que je reconnais comme telles. Je ne jette pas le rationnalisme aux orties, je spécule sur ce qui n'est pas éclairé par la science. Cette spéculation, notamment l'espoir d'une continuité de la conscience, me permet d'apaiser la peur de la mort et de combler un petit peu le vide existentiel en apportant un semblant de sens à la vie.
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On ne peut parler de "réalités subjectives" sauf à commettre un abus de langage. Malheureusement, l'abus de langage est trop souvent la pierre angulaire de l'irrationnel...
Et qui décide si c'est un abus de langage ou pas ? C'est toi ?
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Depuis Descartes, les ponts ont vu passer beaucoup d'eau. Je vous suggère de lire des travaux plus récents sur la conscience...
Je me doute bien. Que me conseilles-tu qui pourrait répondre à "Qu'est-ce que la conscience ? Qu'est-ce que le moi ? Qu'est-ce que la réalité ?"
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Extrêmement mauvais exemple: il est aisé de démontrer que je perçois le vert de la même façon que vous, à condition que vous ne soyiez pas daltonien. La compréhension du daltonisme, d'ailleurs, avec les travaux de Newton et de quelques autres sur la lumière et les couleurs (que détaille très bien Sachs dans le bouquin que je vous ai recommandé), est un des éléments qui permet de conclure à une constante dans les perceptions de certains aspects de la réalité.
Je vois qu'on ne parle pas de la même chose. Je parle de la représentation interne d'une perception, pas du fait que les représentations internes de personnes différentes représentent le même stimulus. Là-dessus, je suis parfaitement d'accord avec toi. Si je te montre un truc que je perçois comme vert pomme, tu seras probablement d'accord avec moi pour dire que c'est vert.
Maintenant, est-ce que ma façon de me représenter le vert est la même que pour toi ? Je n'en sais rien et je ne le saurais jamais puisque je ne peux pas me mettre dans ta tête. Ce que j'appelle la réalité subjective, c'est l'ensemble des représentations internes des perceptions. Supposons un bébé sur qui on applique une paire de lentilles qui inverse les couleurs (le blanc devient noir, etc.). Après plusieurs années, il grandit et se fait sa représentation du monde. Si je lui montre un objet noir et que je lui dis que c'est noir, il le verra blanc selon mon standard, mais il sera entièrement d'accord avec moi: pour lui, ce sera noir. Les sens agissent comme des filtres entre le moi et la réalité objective. Ce que le moi perçoit de la réalité est une version filtrée qui crée une réalité que j'appelle subjective.
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A nouveau, vous jouez sur les mots et déplacez les buts. Vous vous êtes vexé de mon analogie (un peu vacharde, à dessein, je le reconnais) entre vos propos et ceux des créationistes, mais malheureusement, vous usez exactement du même genre d'argumentation, à savoir tenter de faire passer une position pour l'autre et vice-versa. En l'occurence, faire passer une argumentation à fin de réfutation pour du prosélytisme, c'est de l'abus de langage, un parfait argument fallacieux.
Tu définis le prosélytisme comme le besoin de faire admettre la réalité de l'objet de sa croyance au sceptique (en essayant de faire valider cette croyance par la science tout en exigeant que ne lui soit pas appliquée une méthodologie susceptible de l'invalider). C'est demander à au scientifique d'abandonner son système de valeurs pour lui faire admettre sa croyance. Je suis d'accord avec toi sur ce point: ça arrive assez souvent et ça s'appelle double-standard.
Là où je trouve qu'il y a prosélytisme de la part des sceptiques, c'est dans l'attitude qui manque singulièrement de modestie qui est de ne pas reconnaître que la science n'explique pas tout et que l'absence de démonstration scientifique ne démontre pas la démonstration de l'absence. Le sceptique a tendance à se servir de cet argument-choc pour tenter de convaincre le croyant que ses croyances sont fausses. Ce prosélytisme prend souvent la forme du mépris des idées des croyants. Je suis d'accord pour dire que réfuter des arguments sur la base de choses démontrées ne relève pas du prosélytisme. Par contre, prétendre que l'autre a tort sur la base de choses non démontrées, c'est du prosélytisme puisqu'à une croyance on oppose une autre croyance et on tente de convertir l'autre à ses idées.
Typiquement, les débats du style "Où était Dieu ?" opposent les tenants d'une croyance en rien à ceux d'une croyance en quelque chose, croyance contre croyance = prosélytisme.
Je tiens à préciser quand même que le prosélytisme, c'est plus large que ça: c'est une démarche active de prêcher pour convertir les autres à sa philosophie/croyance/façon de penser. Les sceptiques, au même titre que les croyants, publient des magazines, ont des sites internet, font des conférences, passent à la télé, et tout le monde prétend détenir la vérité. Maintenant, je ne nie pas que le dossier des sceptiques, qui repose essentiellement sur la méthodologie scientifique n'est pas solide, loin de là. J'espère que tu comprends la nuance.
Yann