Il est sûr que toute réforme de l'orthographe se heurte à sa double fonction : d'un côté, ce doit être un code de transcription de la parole qui se doit donc d'être simple, cohérent, sans ambiguïté et d'un accès le plus facile possible et de l'autre un rite de passage et d'appartenance à la fonction sociale forte.
Même s'ils ne le disent pas ouvertement, ceux qui s'opposent à une réforme le font sur la même base que les anciens élèves défendent le bizuthage. Comme l'ont dit Yquemener et PKJ : "J'en ai chié, il n'y a donc pas de raison que les autres n'en bavent pas". Comme cette motivation n'est pas très payante à exposer, ils soulèvent des objections techniques peu convaincantes et finalement d'importance marginale mais qui les replacent sur le plan d'une apparente rationalité.
Ces objections ont été pourtant parfaitement traitées par la plupart des pays européens qui ont procédé à une réforme. Les italiens, par exemple, l'ont fait d'une façon intelligente au point où l'orthographe n'est plus un obstacle pour quiconque. Les avantages (?) d'avoir un rite d'appartenance n'ont pas été suffisants pour prévaloir aux graves inconvénients qu'ils entrainent.
Wikipédia a écrit:
Comme le croate, l'espagnol, le tchèque, l'occitan et le roumain, l'italien présente une transparence presque sans faille dans la transcription grapho-phonémique. Selon Claude Piron, « En Suisse, les élèves de langue italienne écrivent correctement à la fin de la première année primaire, alors que les jeunes francophones n'écrivent pas encore correctement à l'âge de 12-13 ans. Pourquoi ? Parce que l'orthographe de l'italien est simple, cohérente, alors que celle du français contient un nombre impressionnant de formes arbitraires qu'il faut mémoriser avec le mot, sans qu'on puisse se fier à la manière dont il se prononce ».
La seule objection qui pourrait avoir un sens serait le côté pédagogique d'apprendre un système compliqué plein de règles qui s'emboitent parfois contradictoirement et d'exceptions dont la logique n'apparait pas immédiatement. Le monde est comme ça, non ?
Mais j'ai , hélas, l'impression qu'un pays qui peut perdre son temps à se prendre la tête sur son "identité" est trop vieux pour entreprendre une telle réforme.
Ça serait pourtant un beau projet pour la Francophonie : la majorité des pays qui parlent français n'ont pas les scléroses de mon antique patrie. Il serait temps qu'ils secouent le cocotier !