La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

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Kraepelin
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La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 14 déc. 2016, 16:07

LES MOTS ET LES CHOSES

Les mots et les émotions entrent en dynamique. Les mots que l'on choisit pour décrire une réalité sont en partie déterminés par nos émotions, mais ils conditionnent en retour notre réaction émotionnelle face à cette réalité. Par exemple, si de retour à la maison l'on remarque que la serrure a été fracturée et que le téléviseur a disparu, on peut parler de l'évènement en différents termes:

1- Mon téléviseur a été volé;
2- J'ai été volé;
3- J'ai été victime d'un larcin;
4- J'ai été victime d'une introduction par effraction;
5- J'ai été victime d'un cambriolage;
6- On a défoncé ma porte, violé mon intimité et dépossédé de mon bien;

Certains termes ont pour effet de minimiser, lénifier presque étouffer la gravité d'une situation. Ils peuvent décrire objectivement la situation, mais en lui faisant perdre la charge qui devrait y être normalement associée. Ainsi, des civile victimes d'attaques militaires deviennent des «dommages collatéraux».
Inversement, d'autres termes auront pour effet de dramatiser une réalité en l'associant à un complexe de représentations cognitives et émotionnelles plus lourdes qui conduisent à des réactions émotionnelles et comportementales disproportionnées. Il y a quelques années, la victime d'une introduction par effraction affirmait à la télévision qu'elle s'était «sentie violée». Je n'ai pas pu m'empêcher de me dire que la madame n'avait surement jamais été victime d'une agression sexuelle sérieuse dans sa vie parce qu'autrement elle aurait surement mieux mesuré toute la distance qui sépare un simple vol de téléviseur dans un appartement vide d'un viol caractérisé.

«CULTURE DU VIOL»
Tout ça pour en venir à cette curieuse expression (ou théorie) qui voudrait que l'occident patauge dans une «culture du viol». Les faits qui sont évoqués pour justifier cette expression me semblent souvent vrais, du moins à la base, mais mal pondérés et surtout très mal décrits par une terminologie tendancieuse.
Wikipédia définit la culture du viol comme «un concept établissant des liens entre le viol (ainsi que d'autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.»
Les faits rapportés se classeraient en trois groupes*:

Négation et minimisation du viol
FAIT: Il serait «courant» de remettre en cause la parole de la victime.
Est-ce vrai?
On prend la mesure de la «culture» d'une société par ses lois et règlements, par la façon dont elles sont appliquées par les institutions qui représentent la loi. La question devient donc: la parole des victimes de viol est-elle systématiquement mise en doute dans nos institutions? La réponse est non. Comme pour n'importe qu'elle crime contre la personne, les victimes de viols sont presque toujours crues d'amblée. Leurs plaintes sont prises au sérieux, elles sont enregistrées. Des enquêtes sont ouvertes, les mises en accusation sont fréquentes. C'est tellement dans notre culture, que dans les postes de police des enquêteurs sont spécialement formés pour recevoir ces plaintes. C'est tellement dans notre culture que les dans les hôpitaux des infirmières et des travailleuses sociales sont "désignées" et spécifiquement formées pour soutenir les victimes et amasser la preuve nécessaire à une condamnation des agresseurs présumés. C'est ça la culture dans laquelle nous vivons.
Il arrive que des remises en question surviennent, surtout lorsque le contexte soulève la possibilité d'une fausse accusation. Pas sans raison, d'ailleurs, si l'on prend comme exemples les accusations récentes contre des professeurs de l'université du Québec à Montréal. Mais ces rares mises en doute ne sont pas vraiment courantes et elles ne sont surtout pas le témoin d'une culture du viol? Par exemple, il est tout aussi courant de remettre en question les déclarations de «vol par effraction» lorsque les déclarations sont faites dans un contexte qui soulève la possibilité d'une fausse déclaration. Vivons-nous pour autant dans une «culture du vol par effraction»?

FAIT: On entend parler du viol comme d'une chose normale.
Est-ce vrai? Oui! Qui n'a pas entendu cette vieille blague niaiseuse qui affirme que «les lois sont comme les femmes, elles sont faites pour être violées». Mais qui sont ceux qui font cette blague ou qui rient de cette blague? Ces personnes estiment-elles vraiment que le viol est une chose normale? S'indignent-elles moins devant un crime véritable?

FAIT: «La minimisation du viol est favorisée par le vocabulaire de certaines victimes. (…) des victimes se sont entendues dire que d'autres avant elles l'avaient subi en faisant moins d'histoires (pas de plainte), voire en continuant une vie normale»
Je ne sais pas vous, mais moi je n'ai jamais entendu ça de la bouche d'une victime et pourtant mon travail me conduit à en rencontrer plusieurs. Les victimes que je connais sont bien conscientes d'avoir été la cible d'un acte criminel et elles ne sont pas sujettes à en minimiser les conséquences.

FAIT: Il y aurait une représentation du viol typique: commis la nuit, dans la rue par un inconnu. Les viols qui ne présenteraient pas ces caractéristiques seraient plus sujets à être niés.
La plupart des délinquants sexuels que j'ai évalués dans des pénitenciers avaient agressé des personnes de leur entourage. La police et la justice ne semblent donc pas être trop influencées par cette équation.

Négation du non-consentement
FAIT: il serait «courant d'entendre dire qu'une femme qui dit « non » pense « oui », et que la séduction consiste à la faire céder»
Il est vrai que l'on entend de semblables choses et il est vrai que bien des personnes croient ces choses. Mais, est-ce le témoin d'une culture du viol?

FAIT: «Ce mythe s'immisce parfois jusque dans la victime qui garde longtemps le sentiment que son corps l'a trahi car les zones érogènes sont régies par des mécaniques : la victime peut donc prendre du plaisir, sa sexualité se déconnectant de l'ensemble de son être et créant une ambivalence écœurante.»
Les victimes d'agression sexuelles (enfants ou adultes) ont systématiquement tendance à se sentir coupables, du moins à un certain niveau. C'est un fait commun qui ne dépend pas des réactions physiologiques pendant le viol. Cela peut cependant dépendre du discours tenu par l'agresseur pendant l'agression: «tien salope, tu l'as bien cherché!». Que les agresseurs sexuels véhiculent souvent des croyances qui rationalisent leur conduite, c'est un fait. Mais ces rationalisations sont-elles les témoins de l'ensemble culturel dans lequel vivent les délinquants? C'est moins sûr! En effet, les assassins psychopathes, les escrocs et les pyromanes font la même chose sans que nous estimions vivre dans une culture de l'assassinat, une culture de l'escroquerie ou une culture de la pyromanie.

Blâme de la victime

FAIT: Lorsqu'un viol est rendu public, il est courant de faire porter sur la victime la responsabilité du viol». Il arriverait, par exemple, que soient soulignés des aspects des mœurs de la victime (ou sa tenue vestimentaire) qui pourrait être interprétée comme des incitations à avoir des rapports sexuels avec elle, constituait une légitimation du viol ou au moins constituerait une circonstance atténuante du crime.
Oui, on retrouve encore les traces de cette victimologie intuitive qui avait largement court au début du siècle. Je la trouve bien moins fréquente que dans ma lointaine jeunesse, mais elle perce encore ici et là. Elle est bien contestable, mais elle ne m'apparait pas refléter la culture ambiante. C'est une impression subjective que je ne saurais démontrer, mais mes interlocuteurs ne le pourraient pas davantage.

Il y a encore des chose toutes croches qui habitent nos mentalités notre société, mais il y en a bien d'autres de très honorables et lorsque l'on p=prend la mesure de nos lois, de nos règlements et des institutions qui les représentent, je trouve que de parler de «culture du viol» est une dramatisation très inappropriée pour écrire ce qui se passe vraiment dans les sociétés occidentales.

:hausse:
* Je ne retiens que les faits qui pourraient se présenter en occident. Je ne retiens pas non plus ceux qui apparaissent parfois dans nos sociétés, mais seulement dans des groupes circonscrits de personnes provenant de pays non occidentaux, faits qui seraient, dans ces circonstances, les témoins d'autres cultures que la nôtre.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Inso » 14 déc. 2016, 17:29

Merci Kraepelin de cette analyse, avec laquelle je suis plutôt en phase.

Concernant le blâme de la victime, et particulièrement de l'aspect vestimentaire supposé de la victime, je vois ça comme une excuse minable de la part du criminel qui se base sur des propos trop souvent répétés (dans les médias et les divers commentaires). Est-ce un genre de culture ?

Je suis bien d'accord avec l'importance des mots, et la manière de présenter des faits influe beaucoup sur la représentation des événements. L'appel à l'émotion marche très fort (et sur la plupart des sujets).

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Etienne Beauman » 14 déc. 2016, 18:17

C'est une impression subjective que je ne saurais démontrer, mais mes interlocuteurs ne le pourraient pas davantage.

:clapclap:
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 14 déc. 2016, 18:43

Etienne Beauman a écrit :Pendant ce temps là...


Bof! Sur 66 millions d'habitants, ces chiffres ne sont pas particulièrement impressionnant. Compare, par exemple, avec les cambriolages en France: 372,076 par année. En France, il y aurait donc 1,4 cambriolage toute les minutes. C'est 6 à 36 fois plus que les viols. Les français vivraient-ils plus dans une «culture du cambriolage» que dans une «culture du viol»?

Tu vois que les chiffres ne sont pas, en soit, aussi significatifs qu'ils apparaissent. Et encore, nous sommes loin de parler de «culture». Dans un société donnée, pour définir un trait comme culturel il me semble nécessaire qu'il soit en "cohérence" avec l'identité et les valeurs de la communauté. Affirmerais-tu que le viol est en cohérence avec les valeurs et l'identité française? En tout cas, pour le Québec, moi je le nierais.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Etienne Beauman » 14 déc. 2016, 19:10

Kraepelin a écrit :Dans un société donnée, pour définir un trait comme culturel
:nan:
Kraepelin a écrit :un concept établissant des liens entre le viol (ainsi que d'autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 14 déc. 2016, 21:13

Etienne Beauman a écrit :
Kraepelin a écrit :Dans un société donnée, pour définir un trait comme culturel
:nan:
Kraepelin a écrit :un concept établissant des liens entre le viol (ainsi que d'autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.


Et?
La pauvreté ce n'est pas des logements insalubres où s'entassent des familles de dix. C'est n'avoir jamais été aimé ni respecté de toute sa vie. C'est ignorer la différence entre amour et maltraitance et s'attendre à ce qu'une caresse soit suivi d'une pluie de coups.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Etienne Beauman » 14 déc. 2016, 22:40

Kraepelin a écrit :Et?

Et t'essaye de faire passer que la culture du viol serait dans l'esprit de ceux qui la dénonce un trait culturel de la société. C'est évidemment pas de ça dont il s'agit.
L'expression n'est pas à prendre au pied de la lettre.
Tu tentes de minorer chaque point avancé dans le wiki, mais c'est complétement passé à côté du sujet. Y a t il des femmes violées chaque jour ? y a t il des femmes harcelées dans la rue chaque jour ? y a t il des femmes harcelées au travail chaque jour ?
Oui, oui et oui.
Est ce acceptable ?
Non.
Y a t il des raisons culturelles qui explique que les mentalités n'évoluent pas ?
Malheureusement oui.

La culture du viol c'est une dérive misogyne d'une part de la société qui peut engendrer discriminations, moqueries, harcèlements et/ou viols. C'est pas considérer que le viol serait revendiqué comme une culture.

As tu vu ça ?
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Cogite Stibon » 15 déc. 2016, 04:34

Etienne Beauman a écrit :As tu vu ça ?

C'est désespérant.
Pour les échantillons statistiques, comme dans d'autres domaines, il n'y a pas que la taille qui compte.
Raisonner a l'instinct sur des problemes de probabilites, c'est le desastre assuré. (Spin Up)
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 08:08

Etienne Beauman a écrit :
Kraepelin a écrit :Et?

Et t'essaye de faire passer que la culture du viol serait dans l'esprit de ceux qui la dénonce un trait culturel de la société. C'est évidemment pas de ça dont il s'agit.
L'expression n'est pas à prendre au pied de la lettre.

BINGO! Je suis heureux que tu admettes que le pieds des lettres utilisées pour composer l'expression ne sont pas appropriées. C'est exactement là où je voulais en venir.

Lorsqu'une expression n'est pas appropriée, on la change. Je propose: manifestations d'attitudes tolérantes face aux agression et aux comportements sexuels inappropriés.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar spin-up » 15 déc. 2016, 08:18

Kraepelin a écrit :Lorsqu'une expression n'est pas appropriée, on la change. Je propose: manifestations d'attitudes tolérantes face aux agression et aux comportements sexuels inappropriés.

Et ca en fait une expression inutilisable en communication du fait de sa longeur. Ce qui explique très bien pourquoi "culture du viol" est utilisé: c'est court, tranché, percutant, interpelle (par la formlation excessive), ca souleve des questions, ca permet de repandre un concept dans l'espace public.

C'est une question de strategie de communication pas de fond. Meme quelqu'un qui désapprouvera la formule sera eventuellement amené a chercher plus loin, a prendre connaissance des aspects que tu as detaillé.

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Etienne Beauman » 15 déc. 2016, 09:22

Kraepelin a écrit :Je propose: manifestations d'attitudes tolérantes face aux agression et aux comportements sexuels inappropriés.


T'aurais du le proposer il y a 40 ans quand l'expression est sortie.
C'est de toute façon réducteur, les mecs qui sifflent les filles dans la rue, les mecs qui se frottent dans le métro, les mecs qui appellent la serveuse poulette, etc. sont englobés dans la culture du viol.
C'est bien plus que de la tolérance.


T'as des suggestions pour remplacer "langue de bois", "pot de vin", "caisse noire", etc. ?
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar LoutredeMer » 15 déc. 2016, 10:03

Kraepelin a écrit :...

Tu oublies un élément essentiel : le silence. Il faudrait le mentionner. Ce que tu appelles culture du viol pourrait etre englobé dans une notion plus générale de culture du silence. Pour les raisons suivantes :

- le déni, l'oubli inconscient ou l'acceptation en silence de la femme qui a subi une tentative de viol, un attouchement, un chantage, un harcèlement sexuel.

- Idem pour l'inceste.

- le silence des personnes environnantes qui se doutent, voient ou savent.

- le silence de l'agresseur.
Les boniments et l'hypocrisie sont deux supports des fausses croyances

Au lecteur : j'aime parfois pratiquer l'humour noir en évoquant des situations absurdes. Ne les reproduisez pas chez vous..

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar uno » 15 déc. 2016, 10:26

LoutredeMer a écrit :Le silence de l'agresseur.

Il existe déjà un terme on appelle cela «La Loi du Silence» et est valable pour tout crime ou délit étouffé au sein d'un milieu familiale, communautaire ou autre. Maintenant je pense que ce qui dérange dans «culture du viol» est que ce terme peut et de fait est interpréter différemment, sans qu'on sache au final ce qu'il veut réellement dire. Je pense que dénoncer le viol et le silence qui peut entourer les crimes sexuels dans certains milieux suffit déjà largement. Ensuite on peut souligner certains facteur culturels plus forts dans certains pays ou milieux sociaux mais toujours en étant un minimum spécifique afin de ne pas partir dans tous les sens.

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 11:29

Etienne Beauman a écrit :
T'as des suggestions pour remplacer "langue de bois", "pot de vin", "caisse noire", etc. ?

Contrairement à l'expression «culture du viol» qui, comme tu dis, ne dois pas être pris au pied de la lettre, je ne trouve pas que ces expressions "métaphoriques" sont inappropriées.

J'aime bien aussi l'expression «se battre contre des moulins à vents» :mrgreen:
Dernière édition par Kraepelin le 15 déc. 2016, 15:29, édité 3 fois.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 11:40

LoutredeMer a écrit :Tu oublies un élément essentiel : le silence. Il faudrait le mentionner. Ce que tu appelles culture du viol pourrait etre englobé dans une notion plus générale de culture du silence. Pour les raisons suivantes :

- le déni, l'oubli inconscient ou l'acceptation en silence de la femme qui a subi une tentative de viol, un attouchement, un chantage, un harcèlement sexuel.

- Idem pour l'inceste.

- le silence des personnes environnantes qui se doutent, voient ou savent.

- le silence de l'agresseur.


Loin de contester l'expression «culture du silence», je suis plutôt enclin à l'utiliser moi-même. Dans ce cas, mon sentiment est qu'il s'agit bien d'un phénomène "culturel" qui mérite d'être identifié (et dénoncé) comme tel. On ne peut cependant pas facilement agir au plan institutionnel comme on les fait par exemple contre les actes d'agression ou de harcèlement eux-mêmes.

La «culture du silence» repose probablement sur des phénomènes voisins ,mais étranger aux agressions, par exemples, les hontes précoces pendant le développement.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 11:47

spin-up a écrit :Et ca en fait une expression inutilisable en communication du fait de sa longeur. Ce qui explique très bien pourquoi "culture du viol" est utilisé: c'est court, tranché, percutant, interpelle (par la formlation excessive), ca souleve des questions, ca permet de repandre un concept dans l'espace public.

C'est une question de strategie de communication pas de fond. Meme quelqu'un qui désapprouvera la formule sera eventuellement amené a chercher plus loin, a prendre connaissance des aspects que tu as detaillé.

:dix:
Absolument!
Si c'est pour chercher l'attention et la discussion, on ne s'y prendrait pas mieux. La valeur communicative et politique de l'expression est incontestable.

Mais voilà, justement, j'ouvre la discussion. Et je constate qu'il y a souvent un danger à la dramatisation qui n'est pas moindre que le danger de la minimisation d'un problème. Constatons donc le problème. Mesurons le. Décrivons le pour ce qu'il est: un ensemble de comportements disparates (reliques de notre propre passé, apparition nouvelles de sous-cultures marginales ou importations récente d'autres cultures) qui peuvent avoir pour effet de rendre plus tolérant face à des viols (des actes sexuelles agressifs, irrespectueux) ou qui peuvent diminuer le soutien social auquel les victimes devraient avoir automatiquement droit.
Dernière édition par Kraepelin le 15 déc. 2016, 12:06, édité 1 fois.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 12:05

uno a écrit : Maintenant je pense que ce qui dérange dans «culture du viol» est que ce terme peut et de fait est interpréter différemment, sans qu'on sache au final ce qu'il veut réellement dire. Je pense que dénoncer le viol et le silence qui peut entourer les crimes sexuels dans certains milieux suffit déjà largement. Ensuite on peut souligner certains facteur culturels plus forts dans certains pays ou milieux sociaux mais toujours en étant un minimum spécifique afin de ne pas partir dans tous les sens.


+1
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Lulu Cypher » 15 déc. 2016, 12:33

Kraepelin a écrit :Contrairement à l'expression «culture du viol» qui, comme tu dis, ne dois pas être pris au pied de la lettre, je ne trouve pas que ces expressions "métaphoriques" ne sont pas inappropriées.
3 négations dans la même phrase .... pas simple à comprendre (en tout cas pour moi) surtout que je pense (sauf erreur de ma part que tu as dit le contraire de ce que tu penses.
"ne sont pas inappropriées" => sont appropriées => donc : Tu ne les trouves pas appropriées

Or il me semblait que tu souhaitais dire que l'expression "culture du viol" était inappropriée par opposition aux expressions métaphoriques données en exemple par EB ?

Et Dieu dit : « que Darwin soit »
------------------------------
Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman (P. Desproges)
------------------------------
Attention ce post est susceptible (lui-aussi) de contenir des traces d'humour. L'auteur tient à signaler qu'il décline toute responsabilité quant aux conséquences de leurs mésinterprétations.

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 12:52

Lulu Cypher a écrit :
Or il me semblait que tu souhaitais dire que l'expression "culture du viol" était inappropriée par opposition aux expressions métaphoriques données en exemple par EB ?


Exactement! Je me suis trompé en corrigeant mon propre texte ... :oops:
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Etienne Beauman » 15 déc. 2016, 12:59

Kraepelin a écrit :Si c'est pour chercher l'attention et la discussion, on ne s'y prendrait pas mieux. La valeur communicative et politique de l'expression est incontestable.

Allo ?
T'as quarante ans de retard !
Le terme est apparu aux États-Unis lors de la seconde vague du mouvement féministe. Jusque dans les années 1970, la question du viol était peu abordée et mal connue.
En 1974, Noreen Connell et Cassandra Wilson emploient le terme « Culture du viol » dans leur livre Rape: The First Sourcebook for Women (Viol : le premier livre d'information pour les femmes), publié en collaboration avec le groupe des New York Radical Feminists. Cet ouvrage est l'un des premiers à proposer des récits de viol à la première personne et contribue à sensibiliser le public à cette question.


Kraepelin a écrit :Et je constate qu'il y a souvent un danger à la dramatisation qui n'est pas moindre que le danger de la minimisation d'un problème.

Oula depuis la création de cette expression des millions de femmes ont du se faire violer en occident mais faudrait pas l'utiliser car le risque serait comparable à celui de minimiser le problème !?
:grimace:
Non mais qu'est ce que tu racontes ?

Quel danger ? Pour qui ?
:ouch:
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar LoutredeMer » 15 déc. 2016, 13:49

Hi hi hi
Les boniments et l'hypocrisie sont deux supports des fausses croyances

Au lecteur : j'aime parfois pratiquer l'humour noir en évoquant des situations absurdes. Ne les reproduisez pas chez vous..

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Invité » 15 déc. 2016, 14:10

Un peu H.S. mais si on se fie à google trends l'expression "rape culture" dans les requêtes de recherche, a augmenté de 600-700%* depuis 2012.

https://www.google.ca/trends/explore?q= ... culture%22

I.

(*) À l'oeil
"Whatever intelligence is, it can't be intelligent all the way down. It's just dumb stuff at the bottom." [Andy Clark]

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Kraepelin
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 15:17

Invité a écrit :Un peu H.S. mais si on se fie à google trends l'expression "rape culture" dans les requêtes de recherche, a augmenté de 600-700%* depuis 2012.

https://www.google.ca/trends/explore?q= ... culture%22

D'où le peu d'intérêt que présente la détermination de l'origine historique d'un terme pour cerner le courant politique à la mode qui l'adopte.

:hausse:
La pauvreté ce n'est pas des logements insalubres où s'entassent des familles de dix. C'est n'avoir jamais été aimé ni respecté de toute sa vie. C'est ignorer la différence entre amour et maltraitance et s'attendre à ce qu'une caresse soit suivi d'une pluie de coups.
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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Pardalis » 15 déc. 2016, 15:59

Invité a écrit :mais si on se fie à google


Bad idea.
"To say that you won't respect the results of the election is a direct threat to our Democracy. The peaceful transfer of power is one of the things that makes America, America!…Look, some people are just sore losers.”" Hillary Clinton

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Re: La culture du viol, la réalité et les mots pour la décrire.

Messagepar Kraepelin » 15 déc. 2016, 16:04

Pardalis a écrit :
Invité a écrit :mais si on se fie à google


Bad idea.

Ça dépend pourquoi! Ici Invité utilise Google Trent pour mesurer l'évolution de la popularité d'une expression. Ça me semble un bon usage puisque le recherches Google sont d'assez bons témoins de l'intérêt d'une expression précise.
La pauvreté ce n'est pas des logements insalubres où s'entassent des familles de dix. C'est n'avoir jamais été aimé ni respecté de toute sa vie. C'est ignorer la différence entre amour et maltraitance et s'attendre à ce qu'une caresse soit suivi d'une pluie de coups.
Jack Williams, SOS Sages-femmes


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