La prétendue irresponsabilité des femmes lors d'un avortement

Mythes, bouche-à-oreille et ragots populaires : séparons ici le vrai du faux.
Avatar de l’utilisateur
LoutredeMer
Messages : 3385
Inscription : 30 juil. 2008, 17:34

Re: La prétendue irresponsabilité des femmes lors d'un avortement

#126

Message par LoutredeMer » 15 janv. 2017, 11:30

LoutredeMer a écrit : Ce qui voudrait dire si j'ai bien compris que jusqu'à présent, l'anesthésie n'était pas obligatoire. :interro:
Non, j'ai mal compris et j'ai été mauvaise langue, il est déjà question d'anesthésie dans le protocole de l'ARS de mars 2001. Avec cependant des nuances et des compléments d'information que j'apporterai bientot.

Avatar de l’utilisateur
LoutredeMer
Messages : 3385
Inscription : 30 juil. 2008, 17:34

Re: La prétendue irresponsabilité des femmes lors d'un avortement

#127

Message par LoutredeMer » 16 janv. 2017, 12:38

Tandis qu'en 2001 deux types d'anesthésies sont proposées : anesthésie locale (AL) et anesthésie générale (AG), le protocole de 2016 ne retient que l'anesthésie locale, en raison de dangers constatés avec l'anesthésie générale (par ex hémorragie).

Les patientes se plaignant dans les temoignages étant conscientes, on va donc s'interesser à l'anesthésie locale pendant l'intervention uniquement.
---

Des études ont été faites et figurent dans le protocole 2001 pages 69 et 70. La douleur varie selon le type d'AL effectué.

Douleur pendant l’aspiration sous anesthésie locale (AL)
Les techniques d’AL décrites sont le bloc paracervical ou l’infiltration du col utérin et du segment inférieur par un anesthésique local


Pour Smith et Al, 97% des femmes expriment de la douleur, l'intensité sévère et très sévère étant de 34%. les plus jeunes expriment les douleurs les plus intenses. L'âge gestationnel joue un rôle, la douleur étant plus intense avant 8 SA ou après 12 SA (semaines d'aménorrhée).

Pour Bélanger et Al, 97% des femmes expriment de la douleur, l'intensité sévère et très sévère étant de 38%. Sont également associés aux douleurs plus intenses (Bélanger) : un état dépressif avant l'IVG, une anxiété significative, le jeune âge, l'existence d'une dysménorrhée et un utérus rétroversé, ainsi que l'age de la grossesse (avant 8 semaines ou entre 9 et 14 semaines d'aménorhée page 68 où la péridurale pourrait etre préconisée).

Pour Wiebe et Rawling, le moins douloureux serait l'injection profonde de lidocaine dans le muscle utérin couplé à 600 mg d'ibuprofène par voie rectale.

---
A ce stade, on peut se demander si les douleurs "atroces" des patientes témoins sont le fait d'une absence d'AL ou d'une méthode d'anesthésie moins appropriée et donc plus douloureuse...
---

On trouve des études faites auprès des femmes ayant subi l'ivg page 54. La question de la douleur ressentie au cours d'ivg instrumentale (=chirurgicale) n'est pas clairement prononcée. "Il ne s'agit donc pas d'une étude randomisée de satisfaction mais d’une étude
historique chez des patientes ayant été confrontées aux deux méthodes"

On y relève : "92 % des femmes ayant eu une interruption chirurgicale opteraient de nouveau pour cette méthode en cas de nouvelle interruption, dont 77 % souhaitant une anesthésie générale et 16 % une anesthésie locale."

---

En 2010 (protocole ARS 2012) , bien que :

p34
les recommandations et références professionnelles ANAES 2001 – HAS 2010 indiquent : « lors de la première consultation, des informations claires et précises sont apportées à la patiente sur la procédure (méthode médicamenteuse ou chirurgicale) et les choix offerts de recours à l'anesthésie locale ou générale , ainsi que sur le temps de réflexion"

on note que :
p36
"l’étude [Statistique annuelle des établissements de santé (SAE)] ne précise pas si chacun de ces établissements [de santé] propose les différentes méthodes, les différents choix d’anesthésie et les prises en charge jusqu’à 14 SA (semaines d'aménorhée)"

et que :
p40
" il est complexe d’évaluer l’objectivité de l’information délivrée pour permettre aux femmes d’exercer un choix réel quant à la méthode. "

et que :
p47
"Un recueil de la parole des femmes trop insuffisant"

"Si les bilans annuels de la plateforme téléphonique régionale du planning familial intègrent la parole des femmes ayant besoin d’interrompre leur grossesse, ce recueil pourrait être étoffé."
L’Agence pourrait élaborer des enquêtes qualitatives auprès des femmes ayant réalisé une IVG. Les questions pourraient concerner la qualité de la prise en charge notamment:
o Le choix de la méthode et de l’anesthésie
etc

"Une appréciation des capacités de réponses opérationnelles du dispositif de prise en charge insuffisante"

En lien avec le Planning familial, l’Agence pourrait veiller à la réalisation de « testing » régulier, les analyser et proposer des actions d’amélioration

- Une sous exploitation des enquêtes au sein de l’Agence

On remarque toutefois que : "Un programme national d’inspection sur la totalité des établissements de santé pratiquant les IVG sur la période 2006-2010 a été mis en place et reste d’actualité à ce jour. " mais qu'il n'est pas respecté.
SpoilerAfficher
Ce programme a pour objectif de sensibiliser les équipes
hospitalières afin de faire évoluer l’organisation des soins et améliorer la prise en
charge. Ce programme vise également à faire remonter au niveau national les
difficultés rencontrées.
Les bulletins d’interruption volontaire de grossesse (IVG) prévus à l’article
L.2212-10 du code de la santé publique sont routés chaque année par la
direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES)
dans les Agences Régionales de Santé (ARS).


Le recueil des bulletins d’IVG répond à une obligation légale. Bien qu’obligatoires, les bulletins IVG ne sont pas toujours communiqués régulièrement. Par exemple, en 2010, 39 495 bulletins ont été envoyés à l’ARS Ile-de France soit 3 327 IVG de moins que dans la SAE.


La Statistique annuelle des établissements de santé (SAE) est une enquête administrative exhaustive obligatoire, réalisée chaque année par la DREES auprès de tous les établissements de santé de France, pour recueillir des informations sur leur activité, leur capacité, leurs équipements, etc
---

Passons au protocole 2016

page 6
Comme je l'ai dejà dit, l'AG de meme que la sédation intraveineuse ne peuvent plus etre proposées en centre de soins, par risque de complications. Par contre, a coté de l'AL, l'anesthésie locorégionale (ALR) peut etre proposée, ce qui nécessitera un entretien pré-anesthésique.

Il existe des contre-indications à l'AL comme une allergie connue aux anesthésiques locaux.
---

A ce stade, on peut se demander si :

- la patiente a été informée qu'elle ne pouvait pas etre anesthésiée par risque de complication.
- Si une anesthésie locorégionale a été proposée à la place.
----

page 9
On note les nécessités suivantes :

- Une formation des medecins pratiquant l'ivg instrumentale à l'anesthésie locale, locoregionale et la sédation-analgésie.
- La nécessité de prévoir la surveillance et l’évaluation des évènements indésirables liés aux soins
- La nécessité de prévoir l’évaluation de la satisfaction des femmes ayant effectué une IVG instrumentale dans les centres de santé.(déjà évoqué dans le protocole 2012).
SpoilerAfficher
les médecins qui réaliseront les IVG instrumentales, doivent bénéficier d’une formation spécifique
sur :
- l’IVG instrumentale sous AL/ALR,
- la prise en charge des complications liées à l’IVG,
- l’établissement de la classification ASA2,
- la pharmacologie des anesthésiques locaux, leurs principales complications et les modalités de
traitement ainsi que les doses à utiliser et les doses maximum, une actualisation devant être organisée
au moins tous les trois ans (proposition du CNPAR),
- la sédation-analgésie (MEOPA).


C. Suivi des centres de santé et gestion de risques
Le niveau de qualité et de sécurité des soins doit être assuré quel que soit le lieu de réalisation.
Il est ainsi nécessaire de prévoir :
- le même système de gestion de risques qu’en ES avec la mise en place d’un système de recueil
et de traitement de données relatives à la surveillance et l’évaluation des évènements indésirables
liés aux soins ;
- l’évaluation de la satisfaction des femmes ayant effectué une IVG instrumentale dans les
centres de santé ;
- les mêmes procédures de certification et d’accréditation qu’en établissement de santé ;
- la mise en place d’une procédure pour pouvoir informer immédiatement les autorités compétentes
en cas de décès d’une patiente
---

Conclusion

Il est difficile d'établir l'intentionnalité des médecins depuis 2001 dans la douleur de l'IVG chirurgicale, en fonction des paramètres dépendant du type de produit utilisé pour l'anesthésie locale pratiquée, de la région locale anesthésiée et du terrain de la femme opérée, les douleurs très sévères sous anesthésie pouvant etre chez 2% des patientes, et jusqu'à 36% de douleurs sévères.

Cependant, il manque toujours en 2016 des initiatives et des données d'enquetes qualitatives auprès de ces femmes et le Programme national obligatoire d’inspection sur la totalité des établissements de santé pratiquant les IVG sur la période 2006-2010 ne semble pas respecté. Le protocole 2016 réitère donc ces obligations...

Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : neuneutrinos