Art et illusion

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Corwin
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Art et illusion

#1

Message par Corwin » 13 oct. 2015, 14:28

Puisque la fin du monde est proche… pourquoi ne pas cesser de s'écharper sur des sujets qui de toutes façons disparaîtront bientôt pour toujours de l'actualité.

On pourrait plutôt se faire plaisir, en attendant…

A partir d'une simple petite question, on est arrivé, dans le même fil, à aborder les thèmes aussi divers que l'humour, la presse, la censure, la publicité, la consommation, la pollution, l'humanitaire, la philosophie, l'athéisme, le fanatisme, le terrorisme, le blasphème, les religions (quasiment toutes) l’extrême droite, le totalitarisme, l'esclavage, la colonisation, le racisme, l'antisémitisme, le nazisme, la Shoah, la xénophobie, la pornographie, la pédophilie, internet, Hollywood, le World Trade Center… Et ce dès les huit premières pages.

On est passé de la Tunisie à l’Égypte, la Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Inde, la Birmanie, la Chine, le Japon, la Russie, la France, l'Italie, la Côte d'Ivoire,…

On a parlé de Cavanna, Cabu, Val, Plantu, Dieudonné, Soral, Bolloré, Sarkozy, Le Pen, Thatcher, Lady Diana, Céline Dion, Brassens, Hannah Arendt, Stanley Milgram, Martin Luther King, Jésus, Mohammed, César, Napoléon, Batman, les Guignols…

Et on y a traité du dessin de presse, et de l’héroïsme.
Ainsi que, plusieurs fois, de l'art, et de la peinture.

Alors, justement …


« L'art est un mensonge » disait Picasso « qui nous fait comprendre la vérité. »¹

Illusion et mensonge, en effet, sont les cibles privilégiées du scepticisme, qui est ainsi cerné de toutes parts, car il se méfie tout autant de la vérité.

Sauf lorsqu'il s'agit d'art.
Les œuvres de l'esprit, en effet, sont les consolations au désenchantement du rationaliste.
Celui-ci en accepte les artifices et les tromperies, avec reconnaissance même, en réclamant souvent davantage.

A la condition, toutefois, que ces vagabondages de la pensée ne prétendent pas nous manipuler plus que de raison.
Ce risque, d'ailleurs, ne semblerait guère apparemment concerner la peinture.
Personne ne pense en effet que Dali, par exemple, peignait pour nous convaincre de la réalité de ses délires.
(même s'il pensait vraiment que des chouettes se tenaient perchées sur la tête de ses amis).

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Trois dessins signés et datés des années cinquante, authentifiés comme étant de Dali après sa mort (agrandir)
Mais l'art, pour autant, n'est pas intangible. Il est fait d'objets, lesquelles expriment, témoignent, influencent, agissent. Mensonge et illusion, alors, peuvent ne plus se contenter d'agrémenter nos dérives contemplatives et nos rêveries éveillées. Ils sortent des œuvres, et alimentent l'Histoire.

Laquelle commence souvent par un petit "h".

Ainsi, Un beau jour, des marchands d'art fort connus avaient-ils des doutes sur l'authenticité d'une aquarelle, qu'un courtier attribuait à Chagall. Ils convièrent alors Ida Chagall, la fille du peintre. « Elle est authentique » déclara-t-elle « J'ai vu mon père la faire. » Les galeristes firent donc l'acquisition, satisfaits.²

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Trois tableaux authentifiés comme Chagall posthumes (agrandir)
Pas autant que le vendeur. Un beau chèque en poche, il était même particulièrement réjouit. Il savait bien, en effet, que personne n'avait vu peindre cette aquarelle. Car il l'avait faite lui-même, dans le secret de son atelier. Pourtant, cette peinture, il aurait pu le certifier, était vraiment unique : il ne copiait jamais en effet une œuvre existante.

Ce faux courtier, vrai peintre, authentique génie, mais légèrement usurpateur, vous en avez sans doute entendu parler. Guy Ribes, en effet, a défrayé la chronique au début de la décennie, à l'occasion de son procès.

Particularité de ce roi des faussaires : ne produire que des tableaux nouveaux, et être ainsi capable d'ajouter des pièces à la collection d'à peu près n'importe quel artiste : Picasso, Renoir, Van Gogh, Utrillo, Fragonard, Ernst, Dali, Matisse, Modigliani, Léger… toutes ces gloires trop tôt arrachées à notre admiration, et bien d'autres, peuvent ainsi, du haut de leurs cieux de cæruleum, voir leurs signatures sur des réalisations qu'ils n'avaient jamais imaginées.

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Picabia, Van Dongen, Pisarro, Atlan, Dufy, Braque, Laurencin, etc., ainsi, bien sûr, que les Dali et Chagall présentés
plus haut. Démonstration d'un génie polymorphe. Des années d'expertises scientifiques longues et coûteuses auraient été
nécessaires pour apporter la preuve des contrefaçons. Afin de bénéficier de l'indulgence du tribunal, Guy Ribes a donc
reconnu la paternité de 382 œuvres saisies (pour agrandir : cliquez ici, puis sur l'image).
Guy Ribes ne copie donc pas. Il imite.
C'est du moins ce que nous dirions.
Mais pas lui :

« Je me mettais dans la peau de l'artiste. Lorsque je peignais un Picasso, j'étais Picasso. Lorsque je peignais un Chagall, je pensais comme Chagall. Pour retrouver l'émotion, reproduire leurs gestes, j'en ai bousillé, des pinceaux ! »³ « Quand j'y arrivais, c'était magique ! »²

La magie existerait-elle donc dans le monde de l'art ? Ce monde, il faut bien le dire, a quand même beaucoup aidé notre illusionniste. Jamais, en effet, il n'aurait persévéré dans cette vaste entreprise d'enrichissement du patrimoine culturel de l'humanité, si tous ses tableaux n'avaient été authentifiés par les meilleurs experts.

Mais tout a une fin. Dénonciation, arrestation, saisie …
Près de 400 de ces œuvres ainsi contrefaites ont été montrées à son procès.

Mais… « ce n'est que le sommet de l'iceberg » avoue-t-il. Après quarante ans d'activité², en effet, il reconnaît une production de plusieurs centaines de pièces, dont beaucoup ornent toujours musées et collections privées à travers le monde. Et qui y resteront sans doute à jamais. Il en voit d'ailleurs passer régulièrement dans les catalogues. Certains spécialistes évaluent même le nombre de ces faux, devenus définitivement vrais, en milliers (vidéo 1 et notes ⁴-⁵).

« Il m'est arrivé que la police me demande de reconnaître certains trucs… Mais bon… moi, la police, hein… c'est pas mes copains. j'ai rien contre, ils font leur boulot, mais moi je fais le mien aussi » (vidéo 2)

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De gauche à droite et de haut en bas : faux Léger (cinq), Vlaminck, Lebasque, Bonnard, Degas, Gris
Vlaminck, Matisse, Foujita (deux). Un autre aperçu des capacités du plus grand mime de la toile (de lin)
(pour agrandir : cliquez ici puis sur l'image).
Finalement, tout ça c'est parce que notre bonne boule de Guy – mais n'évoquez pas trop son embonpoint – n'aime pas décevoir (cf. radio-reportage). Il faut dire que lorsqu'on a réussi à acquérir pour juste un petit million d'euros un dessin de Picasso miraculeusement exhumé de la période cubiste, on n'a pas forcément envie quelques années plus tard de savoir qu'il avait été en fait griffonné deux jours avant la vente, en quelques minutes, sur un coin de table de cuisine, par un inconnu, qui ne deviendra illustre que comme faussaire.

Cependant, nous affirme notre chevalier des arts et lettres anonymes « … ces faux n'ont pas trahi les artistes ; au contraire, ils les respectaient. Et le collectionneur, lui, n'était pas volé : il possédait une œuvre qui lui plaisait, avec son certificat. Tout le monde était content. »³

Après tout, les mécènes de la Renaissance ou du Grand Siècle, lorsqu’ils commandaient un tableau, ne se souciaient guère que l'œuvre eût été exécutée par le maître en personne ou l'un ou l'autre de ses élèves, ni même qu'elle fût copiée d'un autre artiste. L'ouvrage valait par sa qualité, la cession par le maître en était la garantie, et la signature, éventuelle, simplement le point final.
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La Joconde - l'authentique, et une copie anonyme d'avant 1750
la Joconde, par exemple, est attribuée sans conteste à Léonard de Vinci grâce à la documentation qui existe depuis sa conception jusqu'à nos jours. Les œuvres parfaitement identifiée fournissent ainsi des éléments permettant l'expertise d'autres œuvres. Mais cela ne suffit pas toujours pour établir leur paternité avec certitude.

Ainsi, nous savons que parmi les autres nobles dames ayant eu les honneurs de l'atelier du génie de la Renaissance, se trouve une certaine Duchesse de Mantoue, dont le portrait est également exposé aujourd'hui au musée du Louvre. Rebaptisé pour toujours (suite à une erreur) « La Belle Ferronnière », la peinture ne peut cependant pas être certifiée comme étant vraiment du maître en personne.


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La Belle Ferronnière
A gauche : huile sur panneau (62 x 44cm), attribué à Léonard De Vinci ou à l'un de ses élèves (entre 1490 et 1496).
A droite : copie tardive sur toile (55 x 43,5 cm) d'un auteur inconnu, probablement d'avant 1750 (agrandir).
Cela n'a pas empêchée le tableau de faire l'objet de plusieurs copies, dont la plus célèbre, reproduite ci-dessus, fut bradée en 2010 chez Sotheby's pour la modique somme de 1,53 million de dollars.⁶ Une paille, comparé à ce qu'elle vaudrait si, comme on le pensait d'ailleurs à son arrivée aux USA, elle avait été estampillée de Vinci.

En 2005, par exemple, un Christ « Sauveur du monde », acheté une cinquantaine de dollars, se révéla une fois décapé être une œuvre de la main même du maître. En 2011 sa valeur était estimée à 160 millions de dollars. En 2013 le tableau a été vendu pour seulement 127,5 millions à un riche amateur. Mais il fit arrêter peu après l’intermédiaire, qui avait empoché 50 millions au passage (en plus de sa commission d'agent).⁷

Ah ! c'est pas facile, la vie de riche…


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Salvator Mundi, avant-après - Huile sur panneau (65,6 x 45,4 cm) considéré comme un authentique de Vinci
Finalement Guy Ribes n'est rien d'autre que le fervent disciple posthume de tous ces génies.
D'ailleurs, devant la cour, Gilles Perrault, l'expert artistique à son procès, a déclaré : « Si Picasso était vivant, il l'embaucherait. »

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Quatre Picasso * - À l'âge de 12 ans, Picasso peignait comme Velasquez, mais il fallut lui toute sa vie, écrivit-il, pour
apprendre à peindre comme un enfant. Quelques semaines cependant suffirent à Guy Ribes pour manier le pinceau comme
le maître. Il faut reconnaître qu'il est plus facile d'atteindre son but en suivant une voie toute tracée. Mais, ce faisant,
on n'arrive jamais le premier (*) Vrais ou faux ? Réponse : ƨɘɿƗuɒ ƨɘI ɘmmoɔ (agrandir)
Notre brillant apprenti, en tout cas, avait réussi non seulement à capter la sensibilité de Picasso, mais aussi à intégrer sa philosophie, que le grand homme exprimait par ces mots : « L'artiste doit connaître le moyen de convaincre les autres de la véracité de ses mensonges. »¹

Le disciple s'est donc bien montré digne, sur tous les plans, du maître.
Mais que voulez-vous, le mérite n'est pas toujours récompensé.

« Je me doutais que le système exploserait. Mais je n'arrivais pas à abandonner. J'étais trop habitué à l'argent. (…) Quand ils m'ont arrêté, j'étais presque soulagé. Parce que j'en avais marre de ces escrocs. Avec eux, il n'y avait plus rien de magique. Et je ne savais plus qui j'étais. (…) J'ai vécu comme un roi pendant trente ans. Et j'ai réalisé des œuvres que je considère comme de l'art. Mais la chute a été rude. »³

Condamné en 2011 à trois ans de prison, dont deux avec sursis, notre homme doit se résigner désormais
à vivre… de sa peinture.

Mais pas seulement la sienne.
Si vous avez vu le film Renoir de Gilles Bourdos, ce sont ses toiles, réalisées spécialement, que vous avez pu admirer, et ses mains qui manipulent les pinceaux.

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Si vous insistez vraiment, il acceptera peut-être même de composer spécialement pour vous une œuvre absolument originale d'un peintre de renom. Mais ornée, à présent, de sa propre signature.

Heureusement, me direz-vous, que Guy Ribes, lui, n'a pas eu de disciples.

Des disciples non.
Mais des émules…
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L'année même où les juges statuaient sur son sort, en effet, un autre philanthrope incompris était condamné à six ans de prison : Wolfgang Beltracchi.

Ce peintre allemand avait entrepris de réparer en quelque sorte les torts de son pays, en ressuscitant les toiles disparues du fait des exactions nazi. Il avait commencé par recréer des tableaux d'après photos, puis continua sur la base de simples descriptions, pour en venir ensuite à des pièces simplement connues par un nom, un numéro d'inventaire, ou seulement comme projet. Finalement, il en arriva à réaliser des œuvres qui n'avaient jamais existé même dans l'esprit des maîtres.

En rétribution de sa bonne volonté, il ne demandait quasiment rien : juste de quoi subsister, ici ou là, dans divers palaces à travers le monde, acquérir en Forêt-Noire une maison de maître, une superbe villa dans l'Hérault, un appartement en Andorre, rouler en Jaguar, et entretenir un yacht.


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Mais vous connaissez les gens. Vous aurez beau vous dévouer corps et âme à la meilleure des causes, il y aura toujours des ingrats, des jamais contents…
Ainsi, certains collectionneurs estimèrent que les quelques millions qu'ils avaient déboursés pour une toile, justifiaient d'exiger que celle-ci fût constituée de matériaux ayant existé à l'époque alléguée de sa réalisation.

Faut-il être matérialiste, tout de même.
C'est comme ça qu'on étouffe une splendide vocation.
Celle-ci n'eut donc pour s'exprimer que tout juste une petite trentaine d'années, à peine le temps d'honorer la mémoire d'une petite cinquantaine d'artistes, en faisant malgré tout « l'admiration des collectionneurs, des maisons de ventes aux enchères et, surtout, des plus grands experts ».⁹
Ce coût d'arrêt aux activités de ces créateurs prodigues et imaginatifs a-t-il du moins mis un terme, pour quelque temps, à la prolifération des faux ?

Pas sûr : « un nouveau scandale de faux tableaux, de dimension bien plus importante encore que l'affaire Beltracchi, a éclaté en juin en Allemagne, impliquant cette fois des œuvres de l'avant-garde russe – plusieurs centaines de toiles et aquarelles de Kandinsky, Gontcharova, Malevitch…, tous honnis par Staline. Comme si l'affaire Beltracchi n'avait pas eu le moindre effet. » écrit Lorraine Rossignol, dans son article sur le Wolfgang des faussaires.⁹

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Mon gamin pourrait en faire autant, entend-on souvent. C'est peut-être ce qui a encouragé
le jeune Guy Ribes. Mais pour signer Dali ou Mirò, il vaut mieux savoir déjà un peu écrire.
Au moins, cela devrait sans doute freiner chez les nouveaux fortunés l’enthousiasme à investir dans l'art.

Pas sûr : « Le problème, c'est que presque tous les chefs-d'œuvre sont aujourd'hui dans les musées, et qu'il n'y a plus tant de tableaux de maîtres à découvrir, tandis que le nombre de riches amateurs qui veulent investir leur argent dans l'art, lui, ne tarit pas », explique Tobias Timm, journaliste allemand spécialisé.⁹

En effet, sur le marché de l'art, les records ne cessent d'être battus, et atteignent même
des « chiffres vertigineux ».10-11
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Indice global des prix du marché de l'art depuis 2004. On note un pic
précisément à l'époque où Ribes et Beltracchi furent condamnés
(source Artprice - pour agrandir cliquez ici)
Puisque les amateurs dépensent sans compter, les faussaires se dépensent sans compter.
Normal. Et puis, quand on aime, on ne compte pas
(sauf les années de prison, peut-être, mais quand on n'en fait que deux sur les six prononcées).⁹

Mais être acheteur d'art ne signifie pas que l'on s'y connaît.
Heureusement, il y a les spécialistes.
À qui on ne la fait pas : « ce sur quoi tout le monde s'accorde désormais : au fond, Beltracchi ne peignait pas si bien que cela… » avoue l'experte Aya Soika.
Qu'est-ce que cela aurait été s'il avait peint si bien que ça…⁹

Ceux qui ont peur pour leurs placements peuvent donc se rassurer : s'ils se font avoir, ils ne retrouverons peut-être pas leurs millions, mais les escrocs seront implacablement dénigrés.

Ah ! Évidemment, c'est dur ! Mais la société se doit d'être impitoyable !

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Nu - Lithographie, une œuvre cette fois
absolument authentique de Guy Ribes (agrandir)
Enfin ça, c'est en Allemagne.
Parce qu'en France, selon Remi Douat, producteur à France Culture et auteur d'un reportage sur Guy Ribes pour France Inter, les toiles portant la signature de notre caméléon des palettes s'arracheraient à présent comme des petits pains.² Vous en trouverez cependant sur internet, ici ou , de très abordables.

Mais peut-être vous demandez-vous ce que deviennent toutes ces magnifiques toiles de vrais maîtres contrefacteurs. C'est que même reconnues fausses, elles peuvent susciter pas mal de convoitises. Au procès de Guy Ribes, par exemple, tandis que l'on présentait les œuvres saisies, les magistrats se plaisaient à évoquer entre eux leur rêve d'en acquérir.¹³

D'ailleurs, tout le monde ne déboulonne pas non plus Beltracchi. Un américain qui avait amené comme preuve à son procès un Marx Ernst qu'il avait payé 7 millions de dollars avant qu'il soit reconnu faux, a ramené le tableau aux USA, le considérant toujours comme l'un de plus beau Max Ernst qu'il ait jamais vu.¹²

C'est ce qui s'appelle faire contre mauvaise fortune bon cœur.

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Un Max Ernst qui serait parmi les plus beaux qui soit, inventé
par un faussaire « qui ne peignait pas si bien que ça »


Mais il y a des mauvaises fortunes plus difficile à digérer. Il y a peu, un collectionneur britannique qui avait envoyé en France, à des fins d'expertise, un tableau du maître récemment acquis à prix d'or, a eu la mauvaise surprise de se voir signifier par le musée Van Gogh d'Amsterdam que l'œuvre non seulement n'était pas authentifiée, mais qu'elle ne lui serait pas restituée, et allait être détruite en Hollande. Pourtant rien ne prouve qu'elle est vraiment fausse. Mais les ayants droits de Van Gogh, qui ont le dernier mot en la matière, refuse systématiquement de reconnaître toute œuvre ne figurant pas à leur catalogue. Il leur arrive cependant de devoir changer d'avis, suite aux travaux de chercheurs.¹⁴

Le destin des grands faux est donc assez mystérieux. Même les photos sont difficiles à trouver. Il y en a très peu, par exemple, montrant les contrefaçons de Guy Ribes, et elles sont généralement « caviardées ».
D'où viennent, alors, me direz-vous, celles qui sont montrées dans cette intervention ?
Et bien… j'ai un tout petit peu triché…

Petit exemple : Finalement, quasiment toutes les reproductions des faux de Guy Ribes de cet article sont des faux clichés de faux tableaux.

Que voulez-vous…

« L'art est un mensonge… »

Ces photos sont issues en fait pour la plupart du site de Gilles Perrault. Cet expert est en outre l'auteur de nombreuses chroniques judiciaires et techniques, dont l'une se termine par cette conclusion :

« Le risque " qu’il y ait mort d’homme " ou atteinte aux bonnes mœurs est peu élevé dans les affaires de contrefaçons d’objets d’art. L’expert ne se trouve donc pas délié systématiquement de ses obligations de secret et confidentialité. Ne pouvant intervenir volontairement pour la défense des biens d’autrui, ses actes se cantonnent au constat des faits et non à leur divulgation. Il supporte donc souvent seul le poids de la vérité. »¹⁵

En gros : quand les experts ne se trompent pas, ils ne peuvent rien dire.

Le bon temps n'est donc pas fini pour les polycopieurs en herbe… si la fin du monde veut bien attendre un peu.
Guy Ribes superstar a raconté sa vie dans un livre, co-écrit avec Jean-Baptiste Péretié, Autoportrait d'un faussaire.⁸ Un documentaire, réalisé par Jean-Luc Léon, est aussi annoncé au cinéma pour la fin de l'année.

Sur Wolfgang Beltracchi existe aussi un livre (cf. notes 16-17) et un article très documenté de Tea Zine.com.18

Radio-reportage "Portrait d'un faussaire" (Guy Ribes), février 2011 (53 mn, France Culture - débogage) 12
Diaporama peintures et sculptures signées Guy Ribes (1'09, YouTube)
Vidéo 1 "Guy Ribes, faussaire repenti", reportage FranceTvInfo, juin 2015 (3'37, YouTube)
Vidéo 2 "Guy Ribes, l'artiste en son royaume", Paris-Match, avril 2015 (5'12, YouTube)
Vidéo 3 "Guy Ribes, faussaire", reportage France 2, avril 2015 (5'55, YouTube)


Sources :
SpoilerAfficher
1. Picasso parle, interview par Marius de Zayas in The Arts, New York 1923, cité dans CAS AH 356 par Daniel Lesbaches, 2011.
2. L'Humeur Vagabonde, Guy Ribes, entretien avec Remy Douyat sur France Inter, 2015 (à 42'50°)
3. L'étonnant destin d'un faussaire de talent, Guy Ribes, propos recueillis par Annick Colonna-Césari, l'Express (06/08/2015)
4. Guy Ribes : portrait d’un faussaire de génie sur France Culture, Martine Lecœur, Télérama.fr (31/03/2015).
5. Une vie de faussaire : saisir le génie des grands peintres, Jean-Francois Lixon, francetv.fr (13/06/2015)
6. Mona Lisa She Is Not, but Coveted Nonetheless, Carol Vogel, The new York Times (28/01/2010)
7. Accusé d’escroquerie, le "roi des ports francs" Yves Bouvier riposte, Gilles Clémençon, RTS Info (22/03/2015)
8. Autoportrait d'un faussaire, Jean-Baptiste Péretié et Guy Ribes, Presse de la Cité, 2015
9. Beltracchi, grand faussaire du XXIe siècle : un faux air de génie, Lorraine Rossignol, télérama.fr (10/08/2013)
10. Les chiffres vertigineux du marché mondial de l'art en 2014, Leila Marchand, Le Monde (14/05/2015)
11. The Art Market In 2014, artprice.com
12. Beltracchi’s forgeries have made the covers of Christie’s catalogs, Illicit Cultural Property (février 2014)
13. Portrait d'un faussaire, Jean-Baptiste Péretié et Yvon Croizier, France Culture (16/02/2011)
14. Le "faux" Van Gogh était en fait un vrai, L'Obs (09/09/2013)
15. L’expertise des objets d’art, secret ou divulgation, Gilles Perrault, article pour la Revue Experts n°112 (février 2014)
16. Wolfgang Beltracchi, le prince des faussaires fait l'objet d'un livre, Vanessa Fize, francetv.fr (02/05/2013)
17. L'affaire Beltracchi, enquête sur l'un des plus grands scandales de faux tableaux du siècle et sur ceux qui en ont profité, Stefan Skoldehoff et Tobias Timm, éditions Jacqueline Chambon, 2013
18. L'affaire Beltracchi ou comment duper le marché de l'art, Olivier, Tea zine.com (28/08/2014)
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lau'jik
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Re: Art et illusion

#2

Message par lau'jik » 13 oct. 2015, 15:00

Super Corwin,
j'ai lu avec plaisir, et zieuté avec délectation.
Bon c'est pas tout ça, je vais aller me faire un faux O' Keefe pour arrondir les fins de mois. :mrgreen:
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Corwin
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Re: Art et illusion

#3

Message par Corwin » 14 oct. 2015, 15:46

(je pensais bien qu'il y aurait au moins une personne qui apprécierait…)
lau'jik a écrit :Bon c'est pas tout ça, je vais aller me faire un faux O' Keeffe pour arrondir les fins de mois.
Il faut reconnaître qu'il pourrait être tentant de glisser en douce une plante, un escargot, ou un crâne de vache (voire un gratte-ciel) au milieu de ce magnifique catalogue.

Il semblerait pourtant que les faussaires aient plutôt épargné pour l'instant Georgia O'Keeffe.

Il est vrai qu'elle a vécu très longtemps, 98 ans, et fut capable de créer quasiment jusqu'à la fin.
Elle était donc en principe apte, encore au milieu des années 80, à confondre d'éventuels fraudeurs.¹

Ceux-ci sont peut-être également peu encouragés par sa technique élaborée et la taille de ses œuvres.
On n'expédie pas un O'Keeffe comme un Mirò, un Pollock, ou un Atlan.

Il est sans doute significatif que les seuls faux reconnus, la fameuse série Canyon Suite - qui pourtant, lorsqu'elle fut tardivement découverte, avait été « saluée par une foule de spécialistes de l'art »²-³ - soient des aquarelles de petite taille, dont le style pourraient faire figure d'ébauches en comparaison des tableaux qui ont hissé O'Keeffe au rang d'artiste majeure du 20e siècle.

Lesquels tableaux, en outre, sont vraisemblablement tous recensés.

Image
Six des vingt-huit aquarelles de la Canyon Suite (agrandir)
Cela dit, la production de O'Keeffe se monterait à quelques 900 pièces, alors une de plus… Ceux qui n'ont pas peur d'user de la toile, des pinceaux, de la peinture, de l'essence de térébenthine, et de l'huile de coude, peuvent toujours essayer d'ajouter leur petite contribution à ce florilège. Le risque en vaut peut-être la peine, puisque la cote de O'Keeffe est aux alentours de 10 millions de dollars (personnellement je me contenterais même des alentours, qui représentent plus ou moins 2 à 3 millions $).

Elle a même battu en 2014 les records pour une artiste femme, avec une toile, la Jimson Weed/White Flower No. 1, vendue 44,4 millions chez Sotheby's.⁴-⁵

Image
Georgia O’Keeffe, Jimson Weed/White Flower No. 1 - Huile sur toile, 122 x 102 cm (1932)
(agrandir)
Sources :
1. Georgia O'Keeffe Biography, Jon C. Hopwood, IMDb
2. Disputed collection of O'Keeffe paintings declared fakes, CNN.com 21/12/1999
3. The case of the counterfeit O’Keeffes, Jeffrey Hogrefe, D magazine, juillet 2000
4. Sotheby’s $44.4M Georgia O’Keeffe Shatters Auction Record for Work by a Female Artist, Alanna Martinez, Observer.com 11/20/14.
5. Iconic Georgia O’Keeffe Painting at Sotheby’s Auction, Renee Phillips, Manhattan Arts.com 12/09/2014
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Re: Art et illusion

#4

Message par lau'jik » 14 oct. 2015, 17:27

Bonsoir,
Corwin a écrit :(je pensais bien qu'il y aurait au moins une personne qui apprécierait…)
lau'jik a écrit :Bon c'est pas tout ça, je vais aller me faire un faux O' Keeffe pour arrondir les fins de mois.
Oh la faute.. et en plus je me suis relue !
Oui j'apprécie d'autant que je n'ai actuellement pas encore déballé tout mes livres d'images (même si c'est un maigre tout) et que si la vie au grand air me convient parfaitement j'aimerais parfois me téléporter dans les musées.
Bon, je laisse tomber Georgia : pas assez discret. Un dessin façon Aubrey Beardsley peut être ? Ou Bilibine ?
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Re: Art et illusion

#5

Message par Lulu Cypher » 14 oct. 2015, 18:49

Corwin a écrit :(je pensais bien qu'il y aurait au moins une personne qui apprécierait…)
Oh mais il y en a plus d'une mais si je te dis pour chacun de tes post que j'aime que j'apprécie ce que tu fais sur le forum tu vas finir par le croire ... alors ... ;)

Et Dieu dit : « que Darwin soit »
------------------------------
Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman (P. Desproges)
------------------------------
Attention ce post est susceptible (lui-aussi) de contenir des traces d'humour. L'auteur tient à signaler qu'il décline toute responsabilité quant aux conséquences de leurs mésinterprétations.

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Chanur
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Re: Art et illusion

#6

Message par Chanur » 14 oct. 2015, 22:31

Corwin a écrit :(je pensais bien qu'il y aurait au moins une personne qui apprécierait…)
Oui, il y en a plus d'une, mais je suis tellement ignare que je n'ai vraiment rien à dire d'intéressant ... :(
Le fait que je sache que quelque chose est vrai n'est pas une preuve. :chat:

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Re: Art et illusion

#7

Message par LoutredeMer » 15 oct. 2015, 08:17

Corwin a écrit :Art et illusion
Oui oui ca vient... :) (18 005 lignes illustrées, ca se digère ). Belle performance Corwin.

Puisque tu parles d'illusion, je reviendrai sur Mona Lisa que tu as déjà citée, sur laquelle je me suis penchée l'année dernière. A vrai dire, les paysages derrière m'intéressent plus que le portrait. Si vous cliquez sur la vignette du Louvre et une ou deux fois sur l'image ensuite, vous aurez une définition en 2048 pixels de large, ce qui change le regard sur le tableau. Sinon, vous pouvez télécharger l'image, ce sera peut etre plus pratique.(2,31 Mo)

Image

Les paysages à droite et à gauche sont différents. Mais plus flagrant, l'avant-plan et l'arrière-plan sont distincts, dans les teintes d'abord (brun chaud marqué pour l'avant-plan et bleu gris froid pastel pour l'arrière-plan), et dans le contenu. Le premier est aménagé par l'homme et organisé (le pont, la route, un village et probablement une église derrière le pont) alors que l'arrière-plan, plus sauvage, devient chaotique, onirique et imprécis et qu'il n'y a quasiment plus de verticalité.

Et c'est là que ca devient intéressant : si l'on zoome sur ces parties oniriques, on y découvre bien des surprises :

- En bas à gauche, les rochers au-dessus de la route en zigzag dévoilent une tete couchée de statue de l'ile de Paques, un portique d'entrée dans la roche de type égyptien (j'ai oublié le nom) , et un sphinx près des cheveux.

-Au fond à gauche, dans les rochers pres des cheveux : une forteresse. A sa droite, peut etre l'autoportrait de Da Vinci, en pied (visage avec longue barbe).

- Au fond à droite, parmi ces rochers dressés en forme de gemmes de quartz angulaires, deux rochers dressés aux formes arrondies elles, évoquant chacun un phallus.

- Tout au fond à l'extreme droite, une anse dans la montagne percée laissant entrevoir un obélisque blanc, et derrière, la roche qui se fond en nuages avec le ciel.

Et surement bien d'autres choses que je vous laisse découvrir.

Hasard? paréidolies? Intentions de l'artiste? A vous de voir...

J'en profite pour recommander la série Da Vinci's Demons, un régal à tous niveaux.
Dernière modification par LoutredeMer le 15 oct. 2015, 13:35, modifié 1 fois.

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Re: Art et illusion

#8

Message par unptitgab » 15 oct. 2015, 09:14

lau'jik a écrit :Super Corwin,
j'ai lu avec plaisir, et zieuté avec délectation.
Bon c'est pas tout ça, je vais aller me faire un faux O' Keefe pour arrondir les fins de mois. :mrgreen:
Attention il y a de la concurrence
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Le pape qui veut lui même être une grande fleure de O'Keeffe.
Con, cul, bite sont des mots qui appartiennent à la langue française, mais putain "malgré que" est impropre!

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Re: Art et illusion

#9

Message par switch » 16 oct. 2015, 04:48

Merci pour cet excellent sujet ! J'ai découvert pleins de choses !
« La Science est une méthode pour décider si ce que nous choisissons de croire se base ou non sur les lois de la Nature ».

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Re: Art et illusion

#10

Message par Corwin » 16 oct. 2015, 09:18

lau'jik a écrit :Bon, je laisse tomber Georgia : pas assez discret. Un dessin façon Aubrey Beardsley peut être ? Ou Bilibine ?
En effet, et ça serait certainement moins laborieux.
Mais ça rapporterait peut-être moins aussi.

Un lot de 19 dessins de la main de Beardsley insérés dans une édition originale (1894) ne s'est vendu que 30 000 $ en 2015 (ce qui était son estimation maximum).¹ Bilibine pourrait peut-être valoir davantage le coup. Un seul dessin, bien plus récent (1934) et pareillement inséré, à atteint 28 000 $.²

Mais il faudrait trouver papier, crayon, encres et couleurs d'époque.
(et je me demande s'ils ne peuvent pas analyser les traces de gommes…)

Il vaut mieux écouter Stefan Simon, l'homme qui a confondu Beltracchi en analysant le blanc d'une de ses toiles : « Une course s'est engagée entre nous et les faussaires. D'ici dix ou quinze ans, avec le matériel dont nous serons dotés, nous la gagnerons sans problème… Cela dit, je me permets de leur donner un conseil : qu'ils ne copient que des œuvres d'après-guerre, dont on se procure aujourd'hui encore aisément les pigments ! »³
LoutredeMer a écrit :18 005 lignes illustrées, ca se digère
Et encore, je me retiens…
Puisque tu parles d'illusion, je reviendrai sur Mona Lisa (…) on y découvre bien des surprises (…)
Pour des surprises…
Léonard aurait donc peint l'île de Pâques 220 ans avant sa découverte par Jakob Roggeveen.
Sans doute, dira le docteur Smith, suite à un voyage astral…
SpoilerAfficher
Image
Il pourrait être intéressant de compléter cette analyse grâce aux copies :
Un focus du Louvre.fr permet d'ailleurs la comparaison de la Joconde avec celle du Prado.

On remarque les couleurs chatoyantes de l'espagnole, dues à la restauration.⁴
La grande sœur en aurait aussi bien besoin, « mais toucher à La Joconde déclencherait un émoi planétaire. » écrit Florence Evin dans le Monde.⁵
Néanmoins, le sujet n'est plus aussi tabou, et l'idée commence même à être envisagée sérieusement.⁶
Mais ce n'est pas pour tout de suite. En attendant, on peut déjà avoir une idée de ce à quoi elle ressemblerait :

Image
Au milieu : un dévernissage virtuel obtenu grâce aux analyses des différentes couches du tableau effectuées par l’Institut des nanosciences de Paris.
A droite : l'interprétation d'un infographiste, ayant traité le tableau comme s'il s'agissait d'une vieille photo (il affirme y avoir passé six semaines).
agrandir
Mais certains ne se contentent pas de rajeunir la Joconde. Il voudraient aussi la moderniser :

Image
Comme on disait dans le temps, il faut savoir rester dans le vent…

… capter le rythme de l'époque…
Image
Mais on ne va pas faire le tour de toutes les interprétations.

Pas tout de suite…

Image

Sources :
SpoilerAfficher
1. English Literature, History, Children's Books & Illustrations, lot 94, eCatalogue Sotheby's, 14/07/2015
2. Russian Art, lot 114, eCatalogue Sotheby's, 15/04/2008
3. Beltracchi, grand faussaire du XXIe siècle : un faux air de génie, Lorraine Rossignol, Télérama.fr, 10/08/2013
4. Quand une copie de la Joconde fait pâlir l'original, Benjamin Leclercq, myeurop.info, 20/02/2012
5. Deux monuments de la peinture italienne en restauration, Florence Evin, le Monde.fr, 21.01.2014
6. Nouvelle politique de restauration au Louvre, Sabine Gignoux, La Croix.com, 17/01/14
7. Rétrospective : ça s'est passé en 2008…, Science Actualités.Fr
8. I touched up Mona Lisa…, Occasionally called Robbie, robbiesbubbles.com, 20/01/2011 et 18/06/12
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » (Pierre Desproges)
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Re: Art et illusion

#11

Message par Lulu Cypher » 16 oct. 2015, 09:59

:bravo:

Et Dieu dit : « que Darwin soit »
------------------------------
Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman (P. Desproges)
------------------------------
Attention ce post est susceptible (lui-aussi) de contenir des traces d'humour. L'auteur tient à signaler qu'il décline toute responsabilité quant aux conséquences de leurs mésinterprétations.

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Re: Art et illusion

#12

Message par Jean-Francois » 16 oct. 2015, 10:50

Dis monsieur Corwin, raconte encore l'art avec des images! Merci, monsieur :a4:

Jean-François
"Both life in general and consciousness in particular are embodied, meaning that they depend on a material body and a material brain, respectively, for their existence."
("Autant la vie en général que la conscience en particulier sont incarnées, ce qui signifie qu'elles dépendent, respectivement, d'un corps matériel et d'un cerveau matériel pour leur existence.")
P. 19, Feinberg & Mallatt (2017) The ancient origins of consciousness. The MIT Press

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Re: Art et illusion

#13

Message par LoutredeMer » 16 oct. 2015, 13:26

Corwin a écrit :
Puisque tu parles d'illusion, je reviendrai sur Mona Lisa (…) on y découvre bien des surprises (…)
Pour des surprises…
Léonard aurait donc peint l'île de Pâques 220 ans avant sa découverte par Jakob Roggeveen.
Sans doute, dira le docteur Smith, suite à un voyage astral…
Bah en effet c'est ballot. Ca doit plutot etre la tete que j'avais sur ma cheminée alors :mrgreen:

Chacun y voit ce qu'il veut, Léonard n'est plus là pour l'expliquer. Cependant, derrière le balcon à colonnades de la bourgeoise modeste gentiment assise, j'aurais vu davantage un patio, une rue, un immeuble ou un parc rempli de vaches à pois bleus...

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Re: Art et illusion

#14

Message par lau'jik » 16 oct. 2015, 14:11

Bonsoir,
Corwin a écrit :
lau'jik a écrit :Bon, je laisse tomber Georgia : pas assez discret. Un dessin façon Aubrey Beardsley peut être ? Ou Bilibine ?
En effet, et ça serait certainement moins laborieux.
Mais ça rapporterait peut-être moins aussi.

Un lot de 19 dessins de la main de Beardsley insérés dans une édition originale (1894) ne s'est vendu que 30 000 $ en 2015 (ce qui était son estimation maximum).¹ Bilibine pourrait peut-être valoir davantage le coup. Un seul dessin, bien plus récent (1934) et pareillement inséré, à atteint 28 000 $
même un érotique de Beardsley ? :?
M'enfin moi ça me va dans les 30 000 €, ça me fait quelques années de salaire. :a2:
Vivement que mon atelier voit le jour ... on peut toujours rêver :roll:
"Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir." Pierre Dac
"Ne pas connaître son talent, c'est faciliter la réussite des médiocres."

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Re: Art et illusion

#15

Message par Corwin » 24 oct. 2015, 14:43

Jean-François a écrit :Corwin, raconte encore l'art avec des images!
lau'jik a écrit :même un érotique de Beardsley ?
Si vous insistez.

Alors c'est l'histoire d'une certaine Lysistrata, racontée par Aristophane au 5e siècle av. J.-C..
Ce poète dramaturge utilisait l'humour pour dénoncer les travers de la société athénienne, qui connaissait alors son apogée.
La pièce est particulièrement licencieuse, souvent même qualifiée de vulgaire.
Elle avait donc tout pour intéresser les dandys comme Beardsley, qui s'opposaient au puritanisme victorien par une esthétisation extrême des sujets les plus scabreux.

Le thème : lasse de la guerre entre Athènes et Spartes, la belle Lysistrata convainc les athéniennes de faire la grève du sexe, pour obliger les hommes à cesser les combats.
lau'jik a écrit :on peut toujours rêver
Entre adultes consentants…
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Texte de la pièce sur Remacle.org
Quand on pense que l'on dit « sage comme une image »…

Revenons plutôt à nos musées nationaux, réputés, eux, pour leur sérieux.

Un peu trop, même, selon certains, qui les qualifient volontiers de poussiéreux et figés.
L'art y serait « en cage », hors des lieux de vie.

Pourtant, on y trouve aussi de la beauté vivante…

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Raquel Zimmermann et Charlotte Rampling, photographiées devant la Joconde par Juergen Teller en 2009
Très vivante, même…
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Les amateurs d'art académique peuvent trouver toutes les photos sur The Quiet Front.com
Mais une œuvre n'a pas besoin d'être belle pour être au Louvre, ni même pour être de l'art.
Il suffit qu'elle ait « une âme ».
C'est l'âme d'une œuvre qui fait rêver la nôtre.

(je suis sûr d'ailleurs que vous avez remarqué la très belle âme de Raquel Zimmermann)

Alors… à quoi rêvent donc ces âmes qui nous font rêver ?
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Mona Lisa est si familière que l'on reconnaît toujours son visage, quelque soit le contexte, même si le reste du tableau a disparu.

A condition que ce soit le bon visage.

En comparant celui du Louvre avec la réplique trouvée récemment à Madrid dans une cave¹, on comprend que l'Espagnole, même peinte dans l'atelier du maître, n'est pas de Léonard.

Image
Animation réalisée à l'aide de la comparaison dynamique du Figaro.fr
En revanche, si on juxtapose le visage de notre Joconde avec celui du tableau d'Isleworth, dont la composition est pourtant sensiblement différente, on est frappé par la similitude…

Cette ressemblance est une des nombreuses raisons qui font penser aux spécialistes qu'il s'agit bien d'un portrait de Lisa del Giocondo, peint par de Vinci dix ans avant celui du Louvre.²

Le visage le plus connu du monde est, comme on le voit, d'une telle subtilité, que l'on comprend qu'il faille prendre garde à tout ce qui pourrait en modifier la subtile harmonie. On peut juger par exemple des conséquence d'une restauration grâce à celle effectuée, à la demande du Louvre d'ailleurs, sur la réplique du Prado.³

Ceci explique pourquoi, lorsqu'il s'agit d'appliquer un traitement analogue à la nôtre, nos conservateurs restent un peu… conservateurs.

Note pour les amateurs de symboles : s'il est difficile d'en trouver réellement sur la Joconde du Louvre, en revanche celle du Prado, supervisée par Léonard, pourra leur sembler plus intéressante.
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En effet, en bas et à gauche du portrait figure distinctement le nombre 666.

Or le tableau a été redécouvert, restauré, et exposé au Louvre à grand renfort de publicité, en 2012, année attendue comme celle de l'apocalypse maya. En outre, cette œuvre aurait été peinte par un Espagnol, élève de Léonard, dans les années 1510, précisément à l'époque ou les Espagnols rencontrèrent les Mayas.⁴




On pourrait voir cependant d'autres explications à la présence de ces chiffres.

Ce pourrait être par exemple un numéro d'enregistrement, bien qu'il ne soit pas d'usage de faire figurer ce genre d'inscription sur l'œuvre elle-même. Mais l'historique ne fait pas apparaître une telle référence (on trouve, selon les collections, les numéros 588, 76, 195).
Serait-ce alors une évocation de l'année où cette réplique apparaît pour la première fois, de façon officielle, en Espagne, dans la collection royale de l'Alcazar, à savoir en 1666 ? ³-⁵

Dans ce cas, où est passé le 1 ? Il semble y avoir un autre nombre, un peu effacé, à sa gauche (zoom). Cela ressemble à 199, bien que, à y regarder de près, le 1 ne soit pas non plus certain.

Art… fin du monde…
Illusion…

En tout cas, la boucle est bouclée…
En attendant, tout est fait pour ménager la diva.
Vous avez sans doute remarqué, par exemple, qu'elle est maintenant assez isolée.

En fait, c'est pour lui épargner un voisinage dérangeant.
Avant, c'était un peu comme ça :

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A présent, depuis le nouvel agencement du musée, dès que les visiteurs sont partis, elle peut se la couler douce, la Mona.

Image

Sources :

1. Le Prado a trouvé une copie d’époque de «La Joconde», Etienne Dumont, Tribune de Genève 02.02.2012
2. Une "Mona Lisa" antérieure attribuée à Léonard de Vinci présentée à Genève, Le Monde, 27.09.2012
3. Nouvelle Joconde : «En aucun cas Léonard n'y a mis la main», Eric Bietry-Rivierre, Le Figaro.fr, 03/02/2012
4. Los mayores expertos italianos apuntan a un discípulo español de Leonardo, Angel Gómez Fuentes, ABC.es, 03/02/2012
5. Mona Lisa o La Gioconda, Museo Nacional del Prado, Galería online.
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » (Pierre Desproges)
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Re: Art et illusion

#16

Message par unptitgab » 24 oct. 2015, 15:15

Corwin a écrit :
A présent, depuis le nouvel agencement du musée, dès que les visiteurs sont partis, elle peut se la couler douce, la Mona.
En es tu si sur Corwin? Elle a tout de même une joyeuse bande de soiffards en face d'elle, ayant déjà tout picolé Jésus fut forcé de transformer l'eau en vin lors de ces Noces de Cana.
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Con, cul, bite sont des mots qui appartiennent à la langue française, mais putain "malgré que" est impropre!

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