Le vrai facteur critique dans les causes de violence :Les études longitudinales qui enregistrent les indices de troubles psychiatriques dès leur apparition et qui observent leur conséquences sur l’incidence de violence conjugale à l’âge adulte ne sont pas très nombreuses, mais celles qui existent sont assez explicites. Par exemple, le Dunedin Multidisciplinary Health and Development Study, montre clairement la liaison entre les deux.
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Pratiquement tous les agresseurs de sexe masculin
(88 %) qui avaient exercé de la violence grave satisfaisaient
Aux critères de un ou plusieurs types d’un vaste éventail
de troubles psychiatriques92. Près de la moitié (48 %)
de ces agresseurs ayant eu recours à la violence grave
étaient affectés de deux troubles psychiatriques et
plus.
Parmi les femmes victimes de violence conjugale à
21 ans, plus de la moitié (55,7 %) rencontraient les
critères d’au moins un type de problème de santé
mentale et présentaient, relativement aux femmes
exemptes de violence, des odds signifi cativement
élevés de troubles de l’humeur et de troubles des
conduites alimentaires (Danielson, Moffi tt, Caspi et
Silva, 1998 : 132).
Chez les femmes victimes de violence grave, la
majorité (65 %) satisfaisait aux critères de un ou
plusieurs problèmes de santé mentale du DSM-III-R
et présentait, relativement aux femmes exemptes de
violence grave, des odds signifi cativement élevés de
troubles des conduites alimentaires, de troubles de
l’humeur, de troubles liés à la consommation de substances,
du trouble de la personnalité antisociale ainsi
que des symptômes de schizophrénie et du trouble
schizophréniforme. Danielson, Moffi tt, Caspi et Silva
(1998 : 132) concluent que les formes les plus graves
de violence conjugale sont vraisemblablement subies
et exercées par des individus ayant des problèmes de
santé mentale.
(…)
La distinction entre la violence sans conséquence
clinique et l’abus cliniquement signifi catif amène les
chercheurs à constater que, contrairement à ce que
Johnson (1995) avançait lors de l’élaboration de sa
typologie, la violence mineure sans conséquence
clinique est constituée de façon prédominante par de
la violence unidirectionnelle des femmes envers les
hommes, et non par de la violence mutuelle (Capaldi,
Kim et Shortt, 2007 : 101; Ehrensaft, Moffi tt et Caspi,
2004 : 264, 267)95. Les femmes vivant dans des unions
caractérisées par de la violence clinique et celles vivant
dans des unions où la violence est sans conséquence
clinique étaient similaires : les femmes de ces deux
groupes faisaient montre de personnalités agressives
et/ou de désordre des conduites à l’adolescence et
elles affi chaient un niveau comparable de comportements
violents (Ehrensaft, Moffi tt et Caspi, 2004 :
264, 267).
Par ailleurs, les hommes qui ont exercé de la violence
exempte de conséquences cliniques étaient semblables
aux hommes non violents. Ils ne présentaient pas
d’antécédents notables sur le plan développemental,
n’avaient pas de problème de personnalité et n’exerçaient
qu’un très faible niveau de comportements
violents. Les hommes impliqués dans les unions
caractérisées par la violence clinique différaient de
façon marquée : ils présentaient un historique de
psychopathologie tant dans l’enfance qu’à l’adolescence,
des déviances considérables sur le plan de la
personnalité et avaient recours à une gamme étendue
de comportements violents envers leur partenaire
(Ehrensaft, Moffi tt et Caspi, 2004 : 267).
De l’avis d’Ehrensaft, Moffi tt et Caspi, ce qui distingue
une situation de violence sans conséquence clinique
d’une situation d’abus cliniquement signifi catif, c’est
que, dans les relations marquées par l’abus clinique,
il y a violence mutuelle96. Les hommes prennent part
à la violence de même que les femmes. Mais lorsque
les hommes prennent part à la violence, la situation
s’étend sur un plus grand nombre de mois, avec davantage
d’incidents chaque mois. Il s’ensuit que plus
de femmes reçoivent des soins pour blessures et que
plus d’hommes font l’objet d’une condamnation pour
violence conjugale. Les femmes du groupe des victimes
d’abus clinique font aussi état d’abus de contrôle
et de pouvoir de la part de leur partenaire, mais pas
les hommes.
Selon Ehrensaft, Moffi tt et Caspi (2004 : 268)97, ces
résultats ne concordent pas avec la théorie excluant
que la violence grave puisse résulter principalement
de la psychopathologie des agresseurs et qui privilégie
plutôt l’hypothèse que les normes sociales patriarcales
constituent la cause principale de la violence clinique,
comme le soutient Johnson (1995 : 284, 287). Cela
amène Ehrensaft, Moffi tt et Caspi à formuler une nouvelle
hypothèse selon laquelle la violence perpétrée par
les femmes est la situation la plus commune, à tout
le moins chez les jeunes adultes, mais que l’escalade
au-delà de ce pattern habituel jusqu’à un niveau de
gravité se traduisant par des blessures et l’intervention
des pouvoirs offi ciels nécessite que le conjoint masculin
présente un historique de psychopathologie. Ils
soulignent que cette hypothèse exige une vérifi cation
empirique directe et découle du fait que leurs constats
antérieurs montrent que les profi ls de risque de chacun
des partenaires accroissent de manière indépendante
et additive le risque de violence conjugale (Ehrensaft,
Moffi tt et Caspi, 2004 : 268).
Le constat de la présence d’un historique de violence
tant chez les hommes que chez les femmes aux prises
avec une situation d’abus clinique concorde avec les
données montrant que les individus antisociaux ont
tendance à choisir des partenaires présentant le même
profi l, et avec les études indiquant que les comportements
antisociaux sont liés de manière prospective
à la violence conjugale (Ehrensaft, Moffi tt et Caspi,
2004 : 268)98.