Ne tenez pas compte des bruits alarmants au sujet des biberons

 

James C. Lamb, Ph.D.

 

Durant les quatre dernières décénies, des centaines de millions de parents ont fait usage de biberons de plastique polycarbonate. Ces biberons sont transparents, pour que les parents puissent voir quelle quantité de lait le bébé a bu; en plus ils sont durables, et on a pas l'inquiétude que le biberon se brise.

Le FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis, la Scientific Community for Foods de l'Union Européenne, le Ministry of Health japonnais, et d'autres organismes régulatoires internationaux ont conclut que le polycarbonate ne pose aucun danger lorsqu'en contact avec des aliments. Il est bien connu que le BPA (bispheno &endash;A) ne traverse pas le plastique des biberons dans les conditions normales d'usage. Toutefois, les médias ont fait beaucoup de bruit accusant le bisphenol-A (BPA) &endash; un ingrédient du plastique &endash; de s'échapper à des très basses concentrations pouvant être nuisible à la santé. Ces accusations sont basées sur une seule étude chez 14 souris, conclusions qui n'ont pas été démontrées dans d'autres études sur un total de 600 souris.

L'étude unique aurait été dirigée par Fredecik vom Saal, Ph.D., de l'Université de Missouri, Columbia [1]. Avec ses associés, son étude a porté sur 14 souris mâles dont les mères auraient reçus du BPA pendant 7 jours durant leur grossesse. Les quantités reçues par les mères étaient extrèmement petites: soit 2 ou 20 microgrammes par kilo de pds par jour, dissout dans l'huile de maïs. Les chercheurs ont rapporté que les souris naissantes mâles auraient montré une augmentation du poids de la prostate, une production de sperme diminuée, et d'autres effets sur les organes génitaux.

 

Conclusions non reproduites depuis

Des études subséquentes dans deux laboratoires différents --- utilisant un plus grand nombre de souris et des niveaux de traitement additionnels --- n'ont pas reproduit les conclusions décrites par vom Saal. Le docteur John Ashby de Zeneca Central Toxicology Laboratory au Royaume Uni a étudié les effets à basses doses de BPA et DES (diethylstilbestrol), utilisant au moins 29 souris enceintes pour chaque dose de BPA versus les 7 utilisées dans l'étude de vom Saal [2]. La Society of the Plastics Industry (SPI) et la European Chemical Industry Council (CEFIC) ont dressé une étude avec l'aide de vom Saal. Ils ont utilisé la même lignée de souris, les même modalités de traitement et les mêmes "endpoints", avec plusieurs améliorations significatives [3]. Dans l'étude SPI/CEFIC:

Autres études encourageantes

Plusieurs études animales ont évalué l'effet du BPA sur la reproduction ou le développement ou la possibilité qu'il soit cancérigène. Une étude à court terme (évaluation utérotrophique) publiée en 1936 aurait démontré une activité estrogène légère [5]. Aucun autre effet adverse ou potentiellement adverse n'a pu être démontré sauf à des doses toxiques pour la mère [6] -- des niveaux beaucoup plus élevés que ceux reliés à l'utilisation des contenants de plastiques par la population.

Aucune étude animale aurait démontré de preuve que le BPA serait cancérigène. Une étude du National Toxicology Program (NTP) a conclut que des rats qui en consommaient 1000 ppm tous les jrs dans leur diète (l'équivalent de 50 mg/kilo/jour) mangeaient moins bien et perdaient du poids après cinq semaines. Malgré l'exposition pendant deux ans, aucun autre effet adverse a été rapporté. La NTP a conclut qu'il "n'y avait pas de preuve convaincante" que le bisphenol-A causait le cancer chez des rats F344 ou souris B6C3F1 d'un sexe ou l'autre [7].

 

Marge de sécurité élevée

En 1988, l'Environmental Protection Agency (EPA) aurait conclut que le seul effet adverse le plus discret observé dans des études à long terme d'exposition était la réduction de poids observée dans l'étude NTP sur l'effet carcinogénique chez les rats. Basée sur cette conclusion, l'EPA et d'autres organismes régulatoires ont dressé une dose maximale acceptable (une "référence") de BPA de 0,05 mg/kilo de poids/jour [8], qui serait 1 000 fois plus basse que la concentration utilisée dans l'étude sur les rats. La transmission ("leaching" ou filtrage) de BPA des biberons n'a jamais été décelée dans l'usage normal. Toutefois, des études récentes auraient démontré que le potentiel d'exposition au BPA par la migration des contenants serait à peu près nul:

En 1997, les chercheurs du British Ministry of Agriculture, Fisheries and Food (MAFF) ont rapporté leurs études sur les biberons ayant subi des lavages, stérilisation, et usage simulé jusqu'à 50 fois. Suite au lavage et stérilisation, 8 onces soit de lait ou de jus de fruits, étaient secouées dans le biberon pendant 15 secondes, réchauffées dans un four à micro-ondes pendant 30 secondes, et laissées à la température de la pièce pendant 20 minutes. Les chercheurs n'ont pas pu déceler de BPA dans l'eau de rinçage (limite de 1.2 parties par milliard), ou dans le lait ou le jus de fruits (limite de 30 parties par milliard). [12-14]

 

Il n'y rien à craindre

La FDA a réaffirmé que les biberons de polycarbonate sont sans dangers à plusieurs reprises depuis le début de la peur. Par exemple, le docteur George Pauli, directeur de la Division of Product Policy, avait ceci à dire dans le numéro du 20 mai du Endocrine/Estrogen Letter:

"A moins que l'on puisse reproduire quelque chose, on ne peut pas interpréter sa signification. . . . Notre conclusion est d'accepter les résultats des investigations. Nous avons évalué le contact des aliments avec le bisphénol A d'une façon intense et conclut que son emploi est sans danger. Nous n'avons pas eu d'indication pour nous faire changer d'avis [15].

Aucun groupe a besoin de renseignements plus précis que les parents qui veulent protéger leurs enfants. Le soin des jeunes enfants &endash; et leur protection du danger &endash; sont déjà des tâches assez difficiles sans avoir à être effrayé par des bruits alarmants à leur santé. L'évidence scientifique démontre que la peur au sujet des biberons de plastique n'est rien d'autre qu'une réaction alarmiste suite à une étude limitée qui n'a pas été reproduite. Les parents peuvent continuer à employer des biberons de plastique, un produit sûr qui a mérité leur confiance pendant plus de quarante ans.

 

Références

1. vom Saal FS and others. A physiologically based approach to the study of bisphenol A and other estrogenic chemicals on the size of reproductive organs, daily sperm production, and behavior. Toxicology and Industrial Health 14:239-260, 1998.
2. Ashby J. Reproducibility of endocrine disruption data. Presented at the International Symposium of Environmental Endocrine Disruptors, Kyoto, Japan, December 11-13, 1998.
3. Waechter JM Jr and others. Evaluation of reproductive organ development in CF-1 mice after prenatal exposure to bisphenol A. Poster presentation at the Society of Toxicology meeting, New Orleans, Louisiana, March 15-19, 1999.
4. Cagen SZ and others. Normal reproductive organ development in CF-1 mice following prenatal exposure to bisphenol A. Toxicological Sciences, in press.
5. Dodds EC, Lawson W. Synthetic estrogenic agency without the phenanthrene nucleus. Nature 137:996, 1936.
6. Morrissey RE and others. The developmental toxicity of bisphenol A in rats and mice. Fundamental and Applied Toxicology 8:571-582, 1987.
7. National Toxicology Program. Carcinogenesis bioassay of bisphenol A (CAS No. 80-05-7) in F344 Rats and B6C3F1 Mice (Feed Study). NIH Publication No. 82-1771, Research Triangle Park, N.C., 1982.
8. U.S. Environmental Protection Agency. Bisphenol A, Reference dose for chronic oral exposure (RfD). 1988. Integrated Risk Information System (IRIS), a toxicology data file on the National Library of Medicine's (NLM) TOXNET system,.
9. Krishnan AV and others. Bisphenol A: An estrogenic substance is released from polycarbonate flasks during autoclaving. Endocrinology 132:2279-2286, 1993.
10. Howe SR, Borodinsky L. Potential exposure to bisphenol A from food-contact use of polycarbonate resins. Food Additives and Contaminants 15:370-375, 1998.
11. Biles JE and others. Determination of bisphenol-A in reusable polycarbonate food-contact plastics and migration to food-stimulating liquids. Journal of Agricultural and Food Chemistry 45:3541-3544, 1997.
12. MAFF investigation into the potential degradation of polycarbonate baby bottles during sterilization with consequent release of bisphenol A. Central Laboratory Report FD 97/08, MAFF R&D and Surveillance Report 253, Ministry of Agriculture, Fisheries and Food, Library, Noble House, London, 1997.
13. Mounthfort KA and others. Investigation into the potential degradation of polycarbonate baby bottles of bisphenol A. Food Additives and Contaminants 14:737-740, 1997.
14. Nagel SC and others. Relative binding affinity-serum modified access (RBA-SMA) assay predicts the relative in vivo bioactivity of the xenoestrogens bisphenol A and octylphenol. Environmental Health Perspectives 105:70-76, 1997.
15. FDA Unimpressed by Low Dose Claims. Endocrine/Estrogen Letter. Vol. 5, No. 10, May 20, 1999.

 

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Le Dr. Lamb est Vice President, Scientific and Technical Services, de la firme de consultants de l'environnement, Jellinek, Schwartz & Connolly, Inc. (JSC).

Il a une expertise spéciale dans la toxicologie générale, la carcinogénèse, la toxicologie de la reproduction et le développement, l'évaluation des risques, et la politique règlementaire. Avant de se joindre à JSC, il était Assistant Spécial à l'Administrateur Adjoint de la section des pesticides et substances toxiques de la Environmental Protection Agency. Auparavant, il était directeur du Fertility and Reproduction Group of the National Toxicology Program. Le docteur Lamb a fait partie de deux comités du National Research Council/National Academy of Sciences: le Committee on Risk Characterization et le Committee on Hormone-Related Toxicants in the Environment, les deux étant à développer des monographies importantes au sujet d'évaluation des risques chimiques. Il a aussi été membre du Working Group on Reproductive and Developmental Toxicology for the Organization for Economic Cooperation and Developkment (OECD), qui formule et revise les directives d'évaluation toxicologiques utilisées par la plupart des pays industrialisés. Le docteur Lamb a aussi siégé sur d'autres comités, comme le EPA Science Advisory Board et l'Institute for Evaluation Health Risks

 

Cet article a été affiché le 17 juin, 1999 au site Quackwatch original.

 

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