Les endossements n'assurent pas la fiabilité

 

Stephen Barrett, M.D.

 

Si une personne de renom apporte son soutien public à un supplément diététique ou une herbe médicinale, est-ce que cela assure l'efficacité du produit tel qu'il est annoncé? Si une entreprise utilise des aviseurs ou conseillers reconnus ou  possède un département de recherche, doit-on se fier sur l'opinion de ces personnes au sujet des produits annoncés? Si un magazine, bulletin, ou site web soulignent qu'ils ont un comité aviseur médical, est-ce que cela assure la fiabilité de son contenu?

La réponse à chacune de ces questions est non. Les produits légitimes n'ont pas besoin de soutien public, et peu de scientifiques sont prêts à en fournir. Les aviseurs dans l'industrie des suppléments diététiques vont rarement s'attarder à connaître comment les produits arrivent à être commercialisés. Par ailleurs, plusieurs comités éditoriaux ont peu à faire avec ce qu'ils publient.

Les applus publics les plus remarquables que j'ai vus étaient liés à United Sciences of America, une entreprise à paliers multiples qui vendait plusieurs produits vitaminiques et qui prétendait que ces produits protègeaient contre plusieurs maladies.  En 1986, la compagnie annonçait avec fierté que ses produits étaient endossés par un comité scientifique aviseur composé de15 membres renommés dont deux recipiendaires du prix Nobel. Toutefois, dans la réalité, il en était tout autrement. Les membres du comité s'étaient vu offrir une rémunération annuelle et on leur avait assuré qu'un pourcentage des ventes des produits serait réservé à un fond de recherches dont ils pourraient se prévaloir. On leur avait aussi promit que leurs noms ne seraient pas utilisés dans la commercialisation des produits. La plupart des membres ont démissionné du comité une fois qu'ils ont appris de quelle façon ils avaient été manipulés. Cette conduite en plus d'actes dérogatoires aux directives gouvernementales ont fait que la compagnie a dû fermer ses portes en 1987, mais leurs ventes totales avaient probablement déjà dépassé de 50 millions de dollars.

Une autre compagnie, sur laquelle j'ai enquêté, avait obtenu le soutien public de cinq personnalités bien connues du monde des sports pour une ligne de produits à l'intention des athlètes. Les intéressés avaient accepté de se joindre à un comité, mais ils ne savaient pas que leurs noms seraient utilisés pour des tactiques de marketing. Lorsqu'ils l'ont appris, il ont demandé à la compagnie de retirer leurs noms des campagnes publicitaires.

Ne présumons jamais que le département de recherche d'une compagnie qui fait la commercialisation de suppléments vitaminiques soit nécessairement impliqué dans un programme de recherche scientifique sérieuse. Certains 'directeurs de recherche' ne sont nommés que comme 'prête-noms,' et toute la recherche ne se limite qu'au procédé de fabrication. Il y a plusieurs années, un scientifique de renom dans le domaine de la nutrition m'a rapporté qu'une grande maison de suppléments vitaminique lui aurait offert 100 000$ annuellement s'il devenait leur directeur de recherche. Il n'a pas accepté l'offre puisqu'il n'approuvait pas les produits de la compagnie. Il ne croyait pas non plus qu'il serait jamais impliqué dans un programme de recherche significatif.

Certaines compagnies embauchent des experts pour avoir leurs conseils sur certains produits. tandis qu'elles mettent des produits de valeur discutable sur le marché. Un expert que je connais était consultant pour une compagnie qui vendait des produits homéopathiques sans valeur aussi bien que d'herbes médicinales légitimes. La compagnie acceptait ses conseils sur les herbes médicinales mais pas ceux impliquant les produits homéopathiques. Je lui ai demandé de ne pas laisser la compagnie utiliser son nom comme aviseur, mais rien n'a changé.

Certaines compagnies utilisent les endossements d'athlètes bien connus pour promouvoir leurs produits. Il ne faut pas présumer que le produit ait été responsable du succès personnel de l'athlète ou que le produit va faire un champion d'un autre utilisateur. L'ingrédient majeur d'un succès pour un athlète est le travail qu'il consacre à son sport. Certaines compagnies subventionnent des clubs d'athlètes ou des évènements sportifs (comme les Jeux Olympiques) dans le but de promouvoir leurs produitsé Cela ne doit pas nécessairement être interprété comme la preuve que ces produits ont une influence sur les performances athlétiques.

Certains magazines de qualité inférieure peuvent publier des articles élogieux écrits par des professionnels de renom. Ne supposez pas que parce que les professionnels sont renommés que ce qui est écrit est nécessairement valable.

Le fait qu'un magazine ait un comité de rédaction qui semble renommé est un plus, mais il ne faut pas supposer que : (a) les membres du comité lisent les articles ou approuvent les annonces publicitaires, (b) ces membres sont reconnus à cause d'un degré universitaire ou un titre; ou (c) le comité a une influence sur ce qui publié. Dans bien des cas, ils n'en ont pas.

En 1986, le magazine "Prevention" de Rodale Press m'a engagé comme consultant éditorial. J'ai accepté de leur donner mes conseils professionnels à condition que mon nom n'apparaisse nulle part dans le magazine avant que je sois satisfait de l'exactitude du contenu. Suite à cette demande, les éditeurs ont mis en place un processus de revue des articles par un comité expert de prépublication et la qualité du magazine a été améliorée. Toutefois, ils ont continué à publier des éditoriaux et des annonces auxquelles je m'opposais. Notre engagement a duré plusieurs années, durant lesquelles ils ont accepté certains de mes conseils et j'ai continué de critiquer publiquement ce que je trouvais inapproprié. Après que j'ai quitté la maison de publication, le processus de revision a été interrompu et l'éditeur a créé un site Web qui publiait des conseils douteux. Actuellement, je ne suis pas certain de ce qui préférerait Rodale: obtenir encore mes conseils ou tenter de faire cesser ma critique.

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Cet article traduit a été affiché le 13 février, 2003. Il a été revisé et corrigé par M Georges-André Tessier le 8 mars, 2004.