Escroqueries au sujet de l'hormone de croissance

 

Stephen Barrett, M.D.

 

L'hormone de croissance humaine (HGH) est une substance secrétée par la glande pituitaire qui est responsible de la croissance durant l'enfance et l'adolescence. Elle agit sur le foie et d'autres tissus stimulant la production du facteur I (IGF-I) analogue à l'insuline, responsible des effets reliés à la croissance reflétant aussi la quantité produite. Les niveaux sanguins de l'IGF-I tendent à diminuer avec l'âge ou avec l'obésité [1]. Plusieurs promoteurs voudraient nous faire croire qu'en augmentant le taux sanguin de l'HGH aiderait à réduire le gras corporel, augmenterait la musculature, améliorerait le libido, le sommeil, l'acuité visuelle et la mémoire, empêcherait la perte des cheveux leur redonnant leur couleur, renforcirait le système immunitaire, normaliserait la glycémie, augmenterait l'énergie et "ferait reculer votre horloge biologique". Cet article retrace l'histoire de ces affirmations et les raisons pourquoi on ne doit pas en tenir compte.

 Les "jalons" de la promotion

La campagne pour populariser l'hormone de croissance a commencé il y a près de 20 ans avec la publication du livre Life Extension: A Practical Scientific Approach, (Le Prolongement de la Vie: Une Approche Scientifique Pratique) par Durk Pearson et Sandy Shaw [2]. La prémisse centrale du livre était que des grandes quantités de vitamines, de minéraux, d'acides aminés et d'autres substances donnerait à la population une musculature augmentée, la fonte du gras et une vie beaucoup plus longue. Malgré aucune base scientifique appuyant leurs conseils [3,4], Pearson et Shaw ont donné des centaines d'entrevues à des programmes de discussion qui ont aidé à augmenter les ventes des produits qu'ils recommandaient.

Peu après la publication du livre, plusieurs produits d'acides aminés ont été prétendus responsables de perte de poids nocturne en augmentant l'hormone de croissance. Des produits étiquetés "médiateurs de l'hormone de croissance" ont aussi été promus par des culturistes prétendant qu'ils aideraient à augmenter la musculature. De telles prétensions ne sont pas prouvées parce que les acides aminés pris par voie orale ne stimulent pas la libération de l'hormone de croissance. Ces affirmations sont basées surtout sur des études mal interprétées portant sur l'arginine intra-veineuse, qui peut augmenter les taux sanguins de l'HGH pendant près d'une heure. Prise par la bouche, l'arginine n'a pas de tel effet. La FTC [5-9], et le New York Department of Consumer Affairs [10] se sont opposé aux affirmations de "libération de l'hormone de croissance"de certaines compagnies, mais ces démarches n'ont eu qu'un impact léger sur leur commercialisation globale.

En 1990, Le  New England Journal of Medicine a publié une étude qui a attiré beaucoup l'attention des médias. L'étude portait sur 12 hommes, âgés entre 61 à 81 ans, apparemment en bonne santé mais qui avaient un taux sanguin d'IGF-I inférieur à ceux de jeunes hommes normaux. Les douze hommes ont reçu des injections d'hormone de croissance trois fois par semaine pendant 6 mois tandis qu'un groupe de 9 hommes ont reçu aucun traitement. Les douze hommes ayant reçu l'hormone ont vu une réduction de leur tissue adipeux (le gras) et une augmentation musculaire et de la densité osseuse de la colonne vertébrale [11]. Un éditorial joint avertissait que certains des sujets traités ont eu des effets secondaires et que les effets à long terme de l'administration de l'HGH à des adultes en bonne sainté n'étaient pas connus. L'avertissement aussi mentionnait que les injections de l'hormone étaient coûteuses et que l'étude n'aurait pas évalué si les hommes qui ont reçu l'hormone avaient amélioré leur force musculaire, leur mobilité ou leur qualité de vie [1].

Malgré l'avertissement, l'étude aurait inspiré plusieurs médecins excentriques à se présenter comme « spécialistes anti-vieillissement ». Plusieurs de ces médecins offrent des analyses coûteuses qui supposément déterninent « l'âge biologique » du patient, qu'ils promettent réduire avec des injections aussi coûteuses d'hormone et avec des suppléments diététiques. En 2001, Dateline de NBC ont diffusé ce qui est survenu lorsqu'une femme âgée de 57 ans a visité la clinique Cenegenics à Las Vegas, au Nevada. Elle a subi des analyses qui lui ont coûté $1,500 et offerte un régime d'hormone et de suppléments sous forme de 40 comprimés par jour, dont le coût serait de $1,500 par mois. On lui avait dit que ses analyses la plaçait à un « âge de 54 ans », ses niveaux hormonaux étaient « sous-optimaux » et que « optimal » la placerait à un niveau d'une femme de 30 ans [13].

L'article de 1990 a aussi aidé à fonder l 'American Association for Anti-Aging Medicine (A4M) et la spécialité non reconnue de la « médecine anti-vieillissment ». Legroupe, établi en 1993, affirme avoir 11 500 membres, dont 80% sont des médecins conventionnels ou médecins ostéopathes [13]. Lors de leurs congrès, on peuvait trouver plusieurs exposants faisant la promotion de produits de valeur douteuse reliés à l'HGH.

L'internet a ajouté une autre dimension au marché de l'HGH. Des milliers de sites Web et courriels font la promotion de l'hormone, de ses médiateurs, des produits allégués d'hormones oraux (qui sont inefficaces puisque toute hormone de croissance serait digérée), et/ou des produits « HGH homéopathiques ». 

Il faut être prudent

L'HGH est utile comme traitement d'une déficience de l'hormone de croissance chez les enfants et chez les adultes et aussi dans d'autres cas prouvés (approuvés par la FDA [11]. Mais l'American Association of Clinical Endocrinologists prévient que l'usage clinique de l'hormone de croissance comme traitement contre le vieillissement ou pour les patients avec obésité ordinaire n'est pas recommandé [14].

Robert N. Butler, M.D., le réputé gérontologue qui a fondé et qui dirige l'  International Longevity Center-USA a aussi lancé l'avertissement que "La médecine contre le vieillissement est en grande partie une escroquerie. Nous n'avons tout simplement pas l'équivalent d'un appareil pour prendre la pression qui pourrait nous donner une évaluation du vieillissement ". Il ajoute :

"Malgré la diminution du taux de l'hormone de croissance avec l'âge, il n'a pas été démontré que de tenter de maintenir les niveaux que l'on voit chez les jeunes personnes soit bénéfique. Il est concevable que les changements hormonaux reliés à l'âge soient des marqueurs utiles du vieillissement physiologique. Toutefois, cela n'a pas été démontré en laboratoire chez les animaux ou dans des expériences chez l'homme. Bien que les essais de thérapie de remplacement aient donné des résultats positifs (du moins à court terme), il est clair que des effets secondaires négatifs peuvent aussi survenir sous forme d'un risque augmenté de cancer, de maladies caridio-vasculaires, et de changements de comportement.

 Il peut aussi arriver que les niveaux d'hormone de croissance bas soient un indice de bonne santé. Les résultats de recherche démontrent que les souris qui produisent plus d'hormone de croissance vivent moins longtemps, suggérant que la déficience de l'hormone de croissance en soi ne cause pas le vieillissement précoce, mais que le contraire soit vrai.

Les médecins qui affirmennt avoir l'habileté de mesurer les « bio-marqueurs du vieillissement » et les contrôler adéquatement n'ont pas de preuves scientifiques à l'appui "[15].

En mars, 2003, le New England Journal of Medicine, de façon exceptionnelle, a dénoncé l'abus suite à l'article de Rudman publié en 1990. L'article au complet a été affiché sur l'Internet pour que tous les visiteurs puissent lire exactement ce qu'il contenait, et les éditoriaux soulignaient que les rapports subséquents ne donnaient aucune raison d'être optimiste. Comme noté par l'editeur en chef, le docteur Jeffrey M. Drazen, M.D. :

 Bien que les résultats de l'étude étaient biologiquement intéressants, la durée du traitement était tellement courte que les effets secondaires avaient peu de chance de faire leur apparence, et les résultats n'étaient pas suffisants pour servir comme base de recommandations. . . . En effet, Mary Lee Vance de l'Universiy of Virginia, a fail la remarque suivante dans son éditorial, « Parce qu'il y a tellement de questions non répondues en ce qui a trait à l'hormone de croissance chez les vieillards et chez les adultes avec une déficience de l'hormone de croissance, son usage général en ce moment ou dans le futur ne sont pas justifiés ». Les opinions du docteur Vance sont reproduites dans ce numéro du Journal et sont essentiellement les mêmes. . .

Ce qui nous inquiète surtout c'est les courriels promotionnels qui réfèrent les visiteurs à notre site Web, à l'article original de Rudman et coll qui reçoit autant d'accès dans une semaine que tout autre article de 1990 reçoit dans une année. Si la population est encouragée de se procurer une « substance médiatrice de l'hormone de croissance » par le biais de recherche publiée dans le Journal, elle est dupée. Pour avertir tous ceux qui visitent notre site Web, cet article ainsi que les commentaires du docteur Vance seront inclus maintenant avec l'article de Rudman et coll. chaque fois qu'un téléchargent de l'article sera fait [16].

En citant plusieurs études sur des injections de l'HGH durant lesquelles des effets secondatires considérables sont survenus [17-19], le docteur Vance a conclut :

Les études qui ont suivi l'article de 1990 de Rudman et coll. confirment les effets de l'hormone de croissance sur la composition corporelle mais ne démontrent pas d'amélioration fonctionnelle. Au contraire, l'entraînement par résistance améliore la force musculaire et la fonction, soulignant que l'effort réel est bénéfique. Il n'y a aucune médication magique qui retarde ou le vieillissement ou le rend réversible [20].

Règlementation

En avril, 2003,  Nature's Youth, LLC, de Centerville, au Massachusetts, a bénévolement détruit près de 5 700 boites de "Nature's Youth HGH" ayant un pris au marché de près de 515 000$. Cela a eu lieu après que la FDA aurait avisé la compagnie que les prétentions faites au sujet du produit étaient non prouvées et alors illégales. La compagnie prétendait que le produit, décrit comme une substance médiatrice de l'hormone de croissance, rehausserait la production naturelle » des facteurs 'Human Growth Factors' et un facteur analogue à l'insuline, le 'Insulin-like Growth Factor-1' par l'organisme, améliorerait la performance physique, accélélerait la convalescence suite à l'entraînement, augmenterait le débit cardiaque, augmenterait les fonctions immunitaires et serait « votre meilleure défense de votre organisme contre le veillissement » [21].  Lorsque demandé pour des preuves, la compagnie citait le rapport de Rudman de 1990, lequel, tel que noté plus haut, n'appuit pas de tels prétentions. Le plus grand promoteur a été G. Gordon Liddy, conspirateur bien connue dans l'affaire Watergate qui a passé 5 ans en prison et maintenant l'hôte d'un programme de discussion syndiqué à 160 stations de radio. En 2002, le site Web Nature's Youth affichait ce témoignage de Liddy

 

"Je suis fréquemment demandé pourquoi je demeure virilie, vigoureux et productif. Le secret est que, en plus de ne pas fumer ou boire de l'alcool, de faire de l'exercice et suivre une diète basse en calories, en matières grasses et en viandes rouges, haute en poissons, je prends depuis quelque temps un médiateur de l'hormone de croissance (Human Growth Hormone Releasant) spécialement formulée pour moi à date non disponible à la population. Maintenant, sous le nom commercial Nature's Youth HGH, la formulation exacte que j'emplois est maintenant disponible à tous. Mon secret n'est plus. Nature's Youth HGH est la raison pourquoi je demeure « Prêt à l'action ". [21].

 

Conclusion

Malgré la diminution des niveaux de l'hormone de croissance avec l'âge, il n'a pas été prouvé que tenter de maintenir les niveaux qui existent chez les jeunes serait bénéfique. Considérant le coût élevé, les effets secondaires considérables et l'absence de preuves de son efficacité, des injections d'HGH semblent être un très mauvais investissement. Les allégués « médiateurs de l'hormone de croissance », « l'hormone de croissance » de forme orale et les produits « d'HGH homéopathique » sont totalement sans valeur quelconque

 

Références:

 

1.Vance ML. Growth hormone for the elderly? New England Journal of Medicine 323:52-54, 1990.

2. Pearson D, Shaw S. Life Extension: A Practical Scientific Approach. New York: Warner Books, 1982.

3. Barrett S. Book Review: Life Extension: A Practical Scientific Approach. ACSH News and Views 4(5):14-15, 1983.

4. Yetiv J. Popular Nutritional Practices: A Scientific Appraisal. Toledo, Ohio: Popular Medicine Press, 1986, pp. 82-101.

5. Weider to pay at least $400,000 in consumer redress and research grants under Federal Trade Commission agreement. FTC News release, Aug 19, 1985.

6. Franchisor of food supplement stores prohibited from making false claims, under consent agreement with FTC. FTC News release, Jan 4, 1988.

7. General Nutrition Inc. agrees to pay $2.4 million civil penalty to settle charges it violated two previous FTC orders. FTC News release, April 28, 1994.

8. Nature's Bounty to pay $250,000 redress as part of settlement with FTC over supplement claims. FTC News release, April 27, 1995.

9. 3,044 victims of weight-loss clinics fraud case to get partial refunds, following FTC law enforcement action. FTC News release, April 10, 1997.

10. von Nostitz G and others. Magic muscle pills!! Health and fitness quackery in nutrition supplements. New York City Department of Consumer Affairs, 1992.

11. Rudman D and others. Effects of human growth hormone on men over 60 years old. New England Journal of Medicine 323:1-6, 1990.

12. Time in a bottle? Dateline NBC, March 6, 2001.

13. American Association of Clinical Endocrinologists Medical Guidelines for Clinical Practice for growth hormone use in adults and children -- 2003 update. Endocrine Practice 9-65-76, 2003.

14. AACE guidelines support proper use of growth hormone replacement therapy. American Association of Clinical Endocrinologists news release, Sept 9, 1999.

15. Butler RN. Some notes on "anti-aging" programs. Quackwatch

16. Drazen JM. Inappropriate advertising of dietary supplements. New England Journal of Medicine 348:777-778, 2003.

17. Vance ML. Retrospective: Can growth hormone prevent aging? New England Journal of Medicine 348:779-780, 2003.

18. Blackman MR and others. Growth hormone and sex steroid administration in healthy aged women and men: a randomized controlled trial. JAMA 288:2282-2292, 2002.

19. Papadakis MA and others. Growth hormone replacement in older men improves body composition but not functional ability. Annals of Internal Medicine 124:708-716, 1996.

20. Taaffe DR and others. Effect of recombinant human growth hormone on the muscle strength response to resistance exercise in elderly men. Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism 79:1361-1366, 1994.

21. Misbranded dietary supplements destroyed. FDA news relesase, May 1, 2003.

22. Nature's Youth Web site, accessed May 29, 2002.

 

Cet article a été revisé le 5 mai, 2003.