Questions courantes sur la science et les méthodes "alternatives"

 

Gregory L. Smith

 

La méthode scientifique est un ensemble d'outils utilisés pour la réflexion et l'investigation du monde autour de nous. Les scientifiques font des hypothèses sur la façon que le monde existe et ensuite procèdent à des expériences pour les évaluer. Pour être évaluables, les hypothèses doivent être aussi refutables, i.e. les études doivent être structurées pour soit les accepter ou les refuter.

Q. Qu'est est le lien avec la santé?

R. La communauté scientifique cherche à évaluer la validité d'idées au sujet de la nature et le traitement des maladies. Les jugements sont basés sur la méthode scientifique. Pour plus de 150 ans, la majorité du progrès en médecine -- et toutes les autres sciences -- en est le résultat.

Q. Qui rend les jugements?

R. Les scientifiques en charge des expériences qu'ils considèrent significatives habituellement rapportent leurs résultats dans des revues revisées par leurs pairs. L'éditeur de la revue envoit des copies à d'autres scientifiques qui sont des experts dans le même champ d'activités. Ils vérifient si le travail est exact, à la page, et s'il adhère aux principles de l'investigation scientifique. L'étude est alors acceptée, refusée, ou retournée à l'auteur avec des suggestions pour sa revision. L'examen par le comité des pairs alors sert d'outil pour éliminer les études mal faites avec des conclusions qui ne tiennent pas. La publication dans une revue revisée par les pairs indique que l'étude était acceptable selon ses critères. Evidemment, toutes les revues n'ont pas le même statut dans la communauté scientifique. La publication dans une revue comme Nature, Science, The New England Journal of Medicine, ou JAMA (Journal of the American Medical Association) est un fleuron dans la couronne d'un scientifique!

Q. Que pensez des témoignages? Est-ce que les expériences personnelles servent à démontrer l'efficacité d'une thérapie?

A. Les "témoignages" sont des reportages personnels des expériences de quelqu'un avec une thérapie. Ils sont généralement subjectifs: "Je me sentais mieux," "j'ai eu plus d'énergie," "je n'avais pas autant de nausées," "la douleur est disparue," etc. Les témoignages sont fondamentalement sélectifs. Les gens sont plus aptes à parler de leur "guérison étonnante" que de quelque chose qui n'a pas été efficace. Les adeptes des méthodes "alternatives" peuvent choisir les témoignages qu'ils vont utiliser. Par exemple, supposons que 100 personnes sont malades, 50 vont guérir spontanément sans avoir rien fait. Alors, si les 100 personnes prennent un certain médicament, la moitié vont guérir même si le médicament n'a aucun effet bénéfique. Ces personnes vont pouvoir dire "j'ai pris la thérapie X et ma maladie est partie!" Ceci serait complèment honnête, malgré que la thérapie n'a fait absolument rien. Alors, les témoignages sont inutiles pour juger de l'efficacité d'un traitement. C'est fort possible que les personnes qui témoignent sont les seules à se sentir mieux. Ou, supposons que des 100 personnes ayant essayé la thérapie, 10 n'ont eu aucun changement, 85 étaient pires, et 5 se sentaient mieux. Les 5 qui étaient mieux peuvent dire honnêtement qu'elles se sentaient mieux, malgré que presque tout le monde qui a essayé la thérapie n'ont eu aucun changement ou étaient pires.

Q. Je ne peux pas voir comment les scientifiques puissent être plus précis. Ne font-il qu'offir leurs observations comme des "témoignages"? Comment puissent-on savoir qu'ils ne font pas erreur?

R. Les scientifiques utilisent des études au hasard contrôlées (randomized controlled trials ou RCT) pour résoudre ce problème. Les RCT évaluent des groupes de patients et utilisent des statistiques pour déterminer ce qui est efficace. Pour arriver à des conclusions fiables, les scientifiques ont plusieurs "règles":

Les critères d'inclusion doivent être stricts, i.e. on doit être certain que les
gens évalués présentent la condition qu'ils essaient de traiter. Si vous essayer une
nouvelle médication pour le cancer, mais vous n'avez pas de cancer, votre
expérience n'aidera pas ceux qui l'ont.
 
On doit rendre compte de tous (ou presque tous) les candidats qui prennent part à
une étude. On peut voir comment cela pourrait être important si on revient à
l'exemple mentionné plus haut dans lequel 5% des gens sont améliorés. Si vous
entend parler que des 5 personnes améliorées, vous allez être convaincus que la
médication est excellente. Mais, qu'est-ce qu'on doit pensez si les 95 autres
personnes qui ont reçu la médication sont devenus pires qu'avant l'avoir reçue?
Soudainement, le 5% ne parait pas si impressionnant!
 
Les personnes recevant le traitement sont comparées à un groupe contrôle. Cela
nous permet de comparer le groupe recevant la thérapie avec des patients qui ne la
reçoivent pas. Par exemple, si dans notre exemple 5% du groupe traité ont été
améliorés et 5% du groupe non-traité ont été améliorés, on pourrait conclure que la
thérapie est inefficace. Si 5% du groupe traité ont été améliorés et 10% du groupe
contrôle ont été améliorés, on pourrait décider que la thérapie aggrave la condition.
Il est à noter que malgré que cette étude démontre une aggravation (deux fois plus
de personnes ont été améliorées sans la thérapie qu'avec la thérapie) il y aurait
encore des gens qui pourraient témoigner qu'ils ont été guéris!
 
Finalement, les études au hasard, contrôlées, visent l'objectivité. Les scientifiques essaient de mesurer le progrès de la maladie sans se fier seulement sur "comment
le patient se sent," puisque les sentiments peuvent changer même si la maladie ne
change pas ou s'aggrave. Pour augmenter l'objectivité, les patients sont choisis au
hasard pour le groupe traité ou contrôle pour éviter d'avoir un parti pris de la part
du scientifique qui pourrait croire que certains patients répondraient mieux au
traitement. Idéalement, ni les scientifiques ou les patients doivent connaitre qui
reçoit quoi jusqu'à la fin de l'étude -- une étude appelée évaluation "à double insu"
(ou "double aveugle")

Q. Pourquoi toute cette préoccupation avec un groupe contrôle et le choix au hasard? Ne serait-il pas plus simple de donner le traitement aux patients et tout simplement observer les résultats? Après tout, on sait bien que les personnes n'ayant pas recu le traitement ne seront pas améliorées!

R. Vous soulevez un bon point. C'est une question qui est au coeur des RCT (études au hasard et contrôlées). Dans les années '50, les scientifiques ont trouvé que grosso-modo un de trois patients se sentirait amélioré même s'il recevait une substance inerte pharmacologiquement comme, disons, un comprimé de sucre. Cela est appelé "l'effet placébo." La façon que l'on perçoit nos expériences corporelles peut être modifiée par notre humeur et nos croyances. Le nombre de gens qui répondent à un placébo peut même être plus élevé, surtout si le patient ou le médecin croit avec ferveur que le traitement va être efficace. C'est la raison pourquoi on se sert d'un groupe "contrôle" ou groupe "placébo" -- le groupe qui est traité reçoit, disons, le médicament qu'on veut évaluer, et le groupe contrôle reçoit le comprimé de sucre. Les deux groupes peuvent montrer de l'amélioration, mais si l'amélioration est identique dans les deux groupes, on doit conclure que c'est l'effet "placébo." On choisit les patients au hasard pour un groupe ou l'autre pour la même raison -- pour que le scientifique ne sache pas qui reçoit quelle thérapie. Comme mentionné, les croyances du médecin donnant la thérapie peut augmenter l'effet placébo, alors le choix au hasard assure que tous les patients vont être traités de la même façon.

Q. Est-ce que vous dites que les témoignages ne valent rien?

R. Non. Les témoignages peuvent être un très bon point de départ pour obtenir des réponses, mais ils ne devraient pas être considérés comme concluants. Beaucoup de découvertes scientifiques débutent avec une observation qui mène à une hypothèse qui éventuellement peut être évaluée avec des essais cliniques à double insu. Toutefois, ceux qui utilisent des témoignages ont peu d'autre à offrir. Après tout, on peut obtenir un témoignage de quelqu'un pour presque n'importe quoi. Dans le 19e sciècle, les médecins charlatans vendaient des remèdes qui étaient radioactifs ou donnaient à leurs patients des morceaux de métaux radioactifs à porter près de la peau. Beaucoup de patients ont donné des témoignages enthousiastes. Ils se sont sentis mieux sincèrement, mais l'expérience a démontrer qu'ils n'ont pas été aidés -- éventuellement ils étaient rendu pires.

Q. Il me semble que vous suggérez que les scientifiques sont plus savants et plus intelligents que d'autres personnes normales.

R. C'est plutôt l'opposé. La méthode scientifique n'est pas une façon de dire que les scientifiques ont toutes les réponses. Les scientifiques l'utilisent parce qu'ils réalisent comment c'est facile d'étre trompé ou de se faire avoir soi-même même sans le savoir, spécialement quand on désire tellement que quelque chose soit vraie. C'est pour cette raison que la science toujours évalue les remèdes de telle façon qu'elle puisse prouver qu'ils sont inefficaces, et structurer des investigations en conséquence.

"Liberté de choix"

Q. Ok. Je vois pourquoi les scientifiques travaillent de leur façon. Mais cette procédure prend du temps -- ne pensez-vous pas que certains malades qui ne sont pas aidés par la médecine scientifique deviennent impatients et voudraient essayer d'autre chose?

R. Vous venez de mettre le doigt sur le point important. C'est l'élément important pour le patient, qui fait que j'ai beaucoup de sympathie pour ceux qui recherchent des thérapies douteuses. Toutefois, j'en ai moins pour ceux qui les encouragent sans être totalement honnêtes ou francs. Le point clé pour le patient est "qu'est-ce qui va m'aider MOI?" Toutefois, les médecins, les législateurs, et la société ont une autre question. La société doit assurer les meilleurs soins médicaux au plus grand nombre de personnes, dans une temps opportun, avec des ressources limitées. Alors, elle doit essayer (par l'entremise de méthodes scientifiques) à déterminer quelles sont les thérapies efficaces. Evidemment, les patients sont libres de faire ce qu'ils veulent, mais est-ce que la société, les compagnies d'assurance, etc doivent être responsables du coût de ce que les patients décident qu'ils veulent? Si moi je décide que me baigner dans l'eau remplie de poussière d'or est la guérison de ma maladie, est-ce que vous [avec les taxes ou votre assurance que vous défrayez] avez à payer pour une thérapie qui n'est pas efficace? On s'attend aussi à ce que nos médecins nous donnent des soins médicaux sûrs et fiables, moraux et éthiques. Est-ce qu'on doit tenir les médecins responsables du point de vue professionnel ou criminel, s'ils ne font pas l'effort, disons, d'essayer des lavements de café comme traitement du cancer seulement parce que quelqu'un maintient que c'est efficace? Le choix intelligent dépend sur l'habilité de séparer ce qui est efficace de ce qu'on désire comme réel. Les méthodes scientifiques offrent la meilleur façon d'accomplir cela.

Q. Même avec la méthode scientifique, est-ce possible que les scientifiques puissent être motivés pas des désirs immoraux dans le but d'avoir leurs thérapies approuvées? N'essayer pas de me dire que les compagnies pharmaceutiques ne sont pas aussi également intéressées à avor leurs médicaments approuvés et vendus!

R. Exactement. C'est pour cette raison que les déclarations doivent être appuyées par de l'évidence. L'approche scientifique est structurée de façon à identifier et éliminer les idées qu'on voudrait être véridiques, mais qui ne le sont pas. Evidemment les maisons pharmaceutiques veulent avoir leurs médicaments vendus -- mais elles doivent prouver qu'ils sont efficaces et avec le moins de dangers. Pourquoi ne pas avoir les mêmes critères pour toutes les thérapies? Quiconque veut profiter d'une médication ou guérison a un intérêt direct dans sa vente. L'examen minutieux schientifique est la seule façon de connaître si ça vaut réellement la peine-un retour ou recul au temps des soins de santé non règlementés (comme au 19e siècle) n'est probablement pas l'intéret de personne sauf de ceux qui veulent en profiter sans preuve qu'ils apportent une bonne valeur et des réclâmes honnêtes.

Q. Pourquoi ne pas avoir un système dans lequel la population puisse aller où elle veut pour obtenir les soins qu'elle veut?

R. La plupart des gens diraient que nous avons un tel système. La question plus difficile est qui doit payer pour des traitements non prouvés. Quelles sont les limites de ce que les compagnies d'assurance doivent couvrir ou de l'intervention du gouvernement? La science est le seul critère objectif sur lequel on peut se baser.

Q. Si je cherche des souliers neufs ou une auto neuve, j'ai beaucoup de choix. Pourquoi le gouvernement doit-il règlementer ou se mêler des déclarations faites pour des approches de soins de santés variées?

R. Le libre marché permet à la population de rechercher qui ou quoi que ce soit dans les soins de santé (du moment qu'ils sont légitimes). Il y plusieurs différences entre l'achat d'une paire de souliers ou une auto et choisir les soins de santé.

Il est assez clair ce qu'on peut s'attendre des autos ou souliers à première vue. On
peut essayer les souliers, ou l'auto, comparer leur apparance et specifications, etc.
La période de tâtonnements pour décider ce qu'on veut peut être indéfinie, et nous
sommes responsables (en l'absence de la fraude) d'être assez sûrs de ce qu'on
achète. En réalité, le dicton, "acheteur attention" (caveat emptor) présuppose une
telle approche.
 
Le besoin de soins de santé n'est pas si facilement conrôlable ou reportable. Les
gens ne planifient pas leur maladie ou accident. Les soins sont requis
immédiatement, pas la semaine prochaine ou après avoir marchandé un temps. Et, le
temps est précieux -- essayer cinq paires de souliers avant de décider n'est pas une
grande perte de temps; essayer cinq différentes thérapies avant de décider laquelle
choisir c'est d'autre chose! De plus, on a aucun contrôle sur le type de maladie qu'on
puisse avoir et le traitement qu'elle va nécessiter. Si j'achète une auto, je peux
décider sur une Ford Pinto si je n'ai pas les moyens d'acheter une Mercedes. Les gens
avec défaillance hépatique ne peuvent pas décider de prendre quelques aspirines si
c'est tout ce qu'ils peuvent se permettre.
 
Traiter la maladie comporte toujours un élément d'incertitude. Les soins de santé
scientifiques sont basés sur une approche statistique qui détermine quelles
thérapies vont offrir les meilleures chances de succès. A cause du fait que les
maladies peuvent trainer et être cycliques, et parce que le corps a une habilité
merveilleuse de guérir soi-même, il est très difficile par l'expérience personnelle
d'une personne si une thérapie doit être recommandée pour tout le monde.
 
Il est difficile pour les non-experts (ce qui veut dire la plupart de nous, dans
beaucoup d'endroits) de prendre des décisions intelligentes au sujet des soins de
santé. Le corps demeure un mystère pour bien des gens, et la biologie est une des
sciences les plus complexes. Nous dépendons sur des personnes avec des années de
formation et expérience (on l'espère) de nous conseiller dans des domaines où nous
n'avons ni le temps, les moyens, l'éducation, ou (dans certains cas) même la volonté
d'apprendre assez pour pouvoir prendre une décision informée et rationnelle.

Nons comptons sur nos médecins de choisir ce qu'on a besoin pour comprendre comment prendre une décision, et on leur fait confiance qu'elle soit la bonne. Cela est une confiance énorme, qui explique en partie le respect qu'on a vis-à-vis les médecins et aussi les réprimendes qu'on leur fait quand ils ne réussissent pas. Alors, il doit y avoir un moyen de protéger la population contre ceux qui nous donneraient des conseils incorrects. La population est libre de choisir, mais une partie de cette liberté est la capacité de préciser clairement ce qui est choisi.

Il y a, selon moi, un "contrat social" quand on consulte un médecin. On doit pouvoir faire confiance que ce qu'on va recevoir va être la meilleure et plus récente thérapie prouvée comme efficace. Les patients ne devraient pas s'inquiéter que possiblement les médecins qui vont les traiter sont des charlatans. S'il décident de consulter ailleurs, c'est leur droit -- mais le libre choix est entravé si les patients n'ont aucun moyen de distinguer entre les thérapies prouvées ou non. Si la médecine basée sur la science ne satisfait pas vos besoins, vous être évidemment libres de chercher ailleurs, mais vous devez réaliser que vous allez dans des eaux dont on a pas dressé la carte avec beaucoup moins de fiabilité. Il serait préférable de se demander pourquoi certaines méthodes lancées non prouvées veulent embrouiller ou cacher cette distinction.

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Gregory Smith, éditeur associé de Nutrition Forum, a consacré plus de temps dans des cours de science à l'université qu'il aime se rappeler, et il persiste avec aucun désire de cesser.

Cet article est basé sur des échanges sur NCAF's healthfraud-discuss list, qui est disponible à ceux qui veulent s'y joindre. J'aimerais vos commentaires.

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