Quelques remarques  sur Viola  Frymann, D.O.

Stephen BARRETT, M.D. 

(traduction soumise volontairement par le Docteur Alain Guierre DO (UK) www.osteoweb.com le 4 avril, 2003)

 

Viola Frymann, D.O., F.A.A.O., F.C.A., qui a fondé il y a environ 20 ans l'« Osteopathic Center for Children (OCC) » , préconise la thérapie crânienne et l'enseigne aux universités ostéopathiques et aux dentistes lors de conférences de formation continue.  Les praticiens crâniens prétendent que la restriction du mouvement des os de crâne peut nuire à l'écoulement normal du liquide céphalo-rachidien (le liquide qui entoure le cerveau et le cordon médullaire), peut-être la cause de maladies, et que des problèmes dans l'organisme peuvent être résolus en corrigeant cette restriction [1].  Elle préconise également des traitements ostéopathiques pour «des problèmes liés au développement neurologique.»  [2]  Ces idées sont infondées [3]- [4] et se fier à celles-ci peut être dangereux en retardant une prise en charge médicale urgente. Cet article résume comment le Dr. Frymann a été condamnée par l'instance ordinale de son État dans deux tels cas. 

Rappel 

Le Dr. Frymann, née en 1921, est diplômée en 1949 du «College of Osteopathic Physicians and Surgeons» de Los Angeles [5].  Elle semble n'avoir obtenue ni internat, ni spécialité reconnue [2] [5] [6].  Les initiales «F.A.A.O.»  et «F.C.A.»  indique qu'elle est «membre» de l'American Academy of Osteopathy (qui préconise des méthodes non éprouvées) et de la Cranial Academy (un composant de l'AAO qui revendique des faits extravagants concernant la thérapie crânienne).  L'aperçu biographique sur le site Web de l'OCC mentionne que Viola Frymann «est considérée par ses pairs comme une légende vivante du leadership médical ostéopathique» et liste six récompenses qu'elle a reçue de différentes organisations ostéopathiques [2].  Il mentionne plus loin que son centre «concerne le traitement de tous les enfants, incluant ceux pour qui le premier souci est la prévention d'une santé sous-optimale, ainsi que ceux qui ont des problèmes graves et complexes et qui cherchent à optimiser leur potentiel.»  [2]  Viola Frymann prétend que 80% des bébés ont des «petits problèmes» avec leur mouvement crânien qui peut être détecté par des ostéopathes formés pour les déceler.  Elle affirme que ces prétendues perturbations peuvent être responsables de problèmes de succion, d'otite, d'hyperactivité ainsi que d'autres problèmes fréquents, et que l' «équilibrage» du bassin et du sacrum peut corriger des problèmes structuraux déclenchés par l'accouchement [7].  A l'instar de quelques chiropraticiens, elle prétend dans un article concernant la manipulation que:  «Les dommages occasionnés par la naissance varient de l'imperceptible, qui peut seulement être détecté par des doigts habiles et entraînés, au flagrant, immédiatement évident à l'œil nu qui peut-être la première cause à laquelle de nombreux effets adaptatifs sont surajoutés.  Un accident de voiture à cause duquel une blessure du type «coup du lapin» a été occasionnée est une autre de ces causes primaires souvent obscures qui accumule au cours des années des compensations, jusqu'au moment où cette accumulation se manifeste par un ulcère gastrique, un problème cardiaque, une arthrite, une colite, ou n'importe quelle autre maladie.

De nombreuses «maladies» moins bien définies comme la nervosité, la fatigue, l'insomnie, l'indigestion, le mal de dos, les céphalées, etc…ont persisté tellement longtemps qu'elles ont été considérées comme normales. Quand ces déséquilibres structuraux produits par la lésion originelle sont corrigés, le patient est étonné de constater que ses symptômes persistants habituels ont disparu [8].» Dans un article sur un autre site Web, elle déclare: «J'ai le sentiment que l'on peut retrouver les traces de beaucoup de cas d'allergies infantiles dans les sollicitations musculo-squelettiques qui voient le jour lors de la naissance…  et le développement d'une scoliose pendant l'enfance et l'adolescence est, dans de nombreux cas, la conséquence de la scoliose crânienne commençant pendant la naissance…  Ainsi, l'identification et le traitement du dysfonctionnement du mécanisme crânio-sacrée dans la période postnatale immédiate représente une des plus importante, sinon la plus importante étape de médecine préventive dans la pratique de la médecine ostéopathique »[9].  Pour cette raison, elle prétend:  «Le mécanisme crânio-sacré du nouveau-né devrait être examiné durant les premiers jours de sa naissance.  Il n'y a probablement aucun autre champ de diagnostic ostéopathique où l'injonction "si vous ne réussissez pas du premier coup, essayez, essayez encore" ne s'applique plus, que dans l'examen crânien du nouveau-né.»  …  le traitement, en résumé, consiste à trouver le point d'équilibre du mécanisme de la tension membranaire, le retenir, et permettre à la force thérapeutique inhérente interne de normaliser l'organisme» [10].   Les idées développées ci-dessus sont sans fondements et manquent d'un raisonnement scientifique plausible. 

Le rapport disciplinaire

En 1991, le directeur exécutif du « California Board of Osteopathic Examiners » a accusé Viola Frymann «d'actes répétés de négligences graves, ou d'incompétence» en relation avec sa prise en charge d'un enfant en bas âge de 1 semaine qu'elle a mal traité en 1990 [11].  Selon la plainte, Viola Frymann a prescrit de la vitamine C et une manipulation crânienne alors que la mère était venue consulter pour de la fièvre et de la diarrhée.  Peu de temps après, bien qu'une numération globulaire ait fait penser que l'enfant avait eu une infection grave, Viola Frymann n'a pas mis en route le traitement approprié ou adressé ce patient au moment opportun et l'enfant a du être hospitalisé (pour une infection urinaire) sous antibiotiques.  La plainte à l'Ordre mentionnait que Viola Frymann n'a pas procédé à une évaluation médicale complète, n'a pas noté l'état de santé de l'enfant, et n'a pas fait le nécessaire pour une hospitalisation immédiate.  En 1992, Viola Frymann et le Conseil ont signé une clause selon laquelle elle admet le mauvais  traitement à cet enfant.  Aux termes de l'accord stipulé, elle a été dans l'obligation de suivre des cours  de sémiologie, de pharmacologie, de perfectionnement en pédiatrie, et a été mis à l'épreuve pendant cinq années [12].  Après qu'elle ait accomplie environ la moitié de la période de mise à l'épreuve, le Conseil a conclu qu'elle avait satisfait à toutes les conditions et qu'il n'y avait "aucune raison de croire" qu'elle constitue une menace à la santé publique.  [13]  En 1999, le directeur exécutif de l'Ordre  des Ostéopathes de Californie a accusé Viola Frymann de «négligence grave», «récidive d'actes négligents» et d' «incompétence» en relation avec la prise en charge d'un enfant de 9 mois qu'elle a mal traité en 1996 [14].  Selon la plainte, l'enfant en bas âge avait eu des antécédents de vomissements, de congestion, d'éruption cutanée, de léthargie et n'avait pas acquis le poids normal pour son âge.  Bien que les médecins de l'université de California-Davis aient recommandé l'hospitalisation, les parents ont adressé l'enfant à Viola Frymann pour une vérification. Viola Frymann a vu l'enfant sept fois sur une période de trois semaines pendant laquelle le poids de l'enfant est demeuré presque le même. Suivant la plainte du Conseil, Viola Frymann n'a pas procédé à un examen physique approprié, n'a pas prescrit les examens de laboratoire qui conviennent, n'a pas fait de courbe de croissance, ou n'a pas noté les causes possibles de ce «déficit de croissance».  Au lieu de cela, elle a noté  l'impression diagnostique de «plagiocephalie» et de «compression du sacrum», aucune de ces maladies n'étant médicalement reconnue. Le traitement de Viola Frymann comprenait une «manipulation ostéopathique» à chaque visite, en continuant à s'opposer à une hospitalisation bien que l'état de l'enfant paraissait se détériorer. Deux jours après le dernier rendez-vous chez Viola Frymann, les parents ont amené l'enfant dans le service d'urgence de l'hôpital U.C. Davis, où il s'est avéré qu'il souffrait d'une infection urinaire très sérieuse, qui, une fois traité, a résolu le problème de croissance.  En 2000, Viola Frymann et le Conseil ont signé une clause dans laquelle elle a admis le mauvais traitement de l'enfant.  La plainte déposée en 1999 recommandait l'annulation du permis d'exercer de Viola Frymann, mais aux termes de l'accord stipulé, elle a simplement été condamnée à payer 3.800$ de frais et à subir cinq ans de mise à l'épreuve, incluant des cours supplémentaires et un suivi de sa progression par un pédiatre certifié [15].  Je crois que la thérapie crânienne est si bizarre que celui qui la pratique doit avoir une capacité de jugement sérieusement altérée et devrait-être sévèrement sanctionné. Les documents du Conseil n'indiquent pas la raison pour laquelle l'autorisation d'exercice n'a pas été retiré à Viola Frymann, ni pourquoi on ne l'a pas obligée à arrêter de pratiquer la thérapie crânienne et les manipulations sur des enfants.  Avait-il peur d'une longue bataille judiciaire?  A-t-il cru que Viola Frymann était suffisamment âgée pour partir bientôt à la retraite?  A-t-il cru que sa progression sous surveillance permettrait au Conseil de prendre davantage de mesures?  (le document donnait la possibilité à Viola Frymann, avec l'approbation du Conseil, de choisir son tuteur, mais il n'a pas indiqué si celui-ci devait-être quelqu'un qui partage sa croyance dans la thérapie crânienne ou les manipulations ostéopathiques d'enfants en bas âge.  Le conseil a-t-il craint qu'attaquer ces pratiques créerait des problèmes politiques avec les organisations ostéopathiques ou avec d'autres ostéopathes?  Ou pire encore, certains membres du conseil sont-ils eux aussi impliqués dans ces pratiques ?  Quoi qu'il en soit, Viola Frymann semble avoir une croyance inébranlable dans les théories qu'elle a utilisée pendant toute sa carrière et continue à les préconiser et à les enseigner.  Pensez-vous qu'elle devrait-être considérée comme digne de confiance?

 

Références

1 - Common problems. Cranial Academy Web site, accessed Jan 26, 2003.

2 - Viola M. Frymann, D.O., F.A.A.O., F.C.A. OCC Web site, accessed Jan 25, 2002.

3 - Barrett S. Dubious Aspects of Osteopathy. Quackwatch, updated Dec 23, 2002.

4 - Barrett S. Cranial therapy. Quackwatch, updated Sept 23, 2002.

5 - AOA Yearbook and Directory. Chicago: American Osteopathic Association, Jan 1997, p 205.

6 - AMA Physician Select, searched Jan 26, 2003.

7 - Frymann VM. Osteopathy for Parents. OCC Web site, accessed Jan 25, 2003.

8 - Frymann VM. What is osteopathic manipulation? OCC Web site, accessed Jan 25, 2003.

9 - Frymann VM. The trauma of birth -- Introduction. DrFeeley.com Web site, Accessed Jan 26, 2003.

10 - Frymann VM. The trauma of birth -- Examination. DrFeeley.com Web site, Accessed Jan 26, 2003.

11 - Bergmann L. Accusation. In the matter of the accusation against Viola M. Frymann, D.O. No. 91-19, Nov 7, 1991.

12 - Stipulation in settlement and decision. In the matter of the accusation against Viola M. Frymann, D.O. June 19, 1992.

13 - In the matter of the petition for termination of probation of Viola Muriel Frymann. OAH No. N-9411102.

14 - Bergmann L. Accusation. In the matter of the accusation against Viola M. Frymann, D.O. No. 99-18, Dec 15, 1999.

15 - Stipulation in settlement and decision. In the matter of the accusation against Viola M. Frymann, D.O. July 21, 2000.

(affiché le 6 avril, 2003)