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Michel Bellemare - Colombo et le pendule

Le 5 décembre 1999

L'humanité a beaucoup de difficultés à ce débarrasser de ses atavismes, et le recours à la pensée magique est un de ceux-là. Les peuples primitifs, face à une famine ou une épidémie, faisaient des danses rituelles, ou sacrifiaient des animaux. Il n'y a pas si longtemps, face aux problèmes de la société, comme la pauvreté, on faisait une neuvaine. Aujourd'hui, on fait une marche de protestation, ou on fait signer une pétition. Cela n'a pas plus d'influence sur l'essence même du problème, mais ça nous donne « l'illusion » d'agir. Or les problèmes ne se règlent pas avec des illusions, mais avec des actions.

Le « new age » remplace aujourd'hui les bondieuseries d'antan, et nous amène les mêmes excès. Nous apprenions dans les journaux, que suite à la disparition de Julie Surprenant, une cinquantaine de voyants et de médiums, s'étaient manifestés pour proposer leur « aide ».

À la police de Terrebonne, tous ces renseignements sont vérifiés. À la Sûreté du Québec, on nuance davantage les propos, mais dans les faits, on agit comme à la police de Terrebonne. L'agent Gérard Carrier de la Sûreté du Québec confie aux journalistes : « Si les renseignements de ces gens, tout comme ceux du public en général, sont en relation avec le dossier et plausibles, il seront vérifiés. » Si je vous dis, M. l'agent, que le corps de Julie repose dans une grange, près d'une autoroute, c'est plausible. Si j'ajoute que j'ai obtenu ce renseignement à l'aide d'une boule de cristal, ça l'est un peu moins, et ça devrait allumer une petite lumière dans le cerveau de nos limiers.

Le temps consacré à vérifier toutes les élucubrations paranormales, ne l'est pas à recueillir des indices sérieux sur le terrain. Pourquoi les policiers perdent-ils leur temps avec ces superstitions? Plusieurs facteurs entrent en cause. Les croyances New Age sont très répandues dans la société, et plusieurs policiers y croient certainement. Cependant, je suis persuadé qu'il constituent une minorité des enquêteurs. Comment les policiers croyants arrivent-ils à persuader leurs confrères plus critiques, et détournent ainsi une enquête sérieuse? Tout d'abord, il y a le désespoir face au peu d'indices sérieux disponibles. Ensuite, il y le sentiment de culpabilité engendré, si on n'explore pas toutes les pistes disponibles. Il y a enfin la paresse, et le manque de talent des enquêteurs pour recueillir les véritables indices sur le terrain… et le temps qui passe n'arrange pas la situation. De la façon que cette enquête est menée, elle pourrait inspirer un nouveau Colombo, où le célèbre inspecteur troquerait son sens de l'observation, pour un pendule, et arriverait à dénouer l'impasse grâce aux confidences d'un médium.

 

Michel Bellemare

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