logo
Michel Bellemare - La pétition

Le 28 octobre 2002

Pourquoi aborder un sujet comme : « Les pétitions », sur un site dédié au scepticisme? Parce que les croyances ne se présentent pas toujours à nous, à visage découvert, clairement identifiées comme l'astrologie ou la numérologie. Les croyances s'insinuent en nous, en infiltrant tous les aspects de notre vie. Il est tout aussi important de démasquer ces croyances quotidiennes, et la seule façon de le faire, est de nous y arrêter quelques secondes, pour les confronter à la réalité. Nous nous targuons de vivre dans une démocratie. Dans ce type de société, l'État doit respecter la volonté de la majorité, c'est le gouvernement du peuple par le peuple. Mais de tout temps, certains groupes viennent imposer leur volonté au gouvernement. Hier, l'influence était unique, c'était celle de l'Église Catholique. Aujourd'hui, elle a été remplacée par l'influence d'une multitude de groupes de pression.

Chacun des groupes d'intérêt prétend que ses revendications représente la volonté de la majorité. Un sondage bien mené démontrerait aisément qu'il n'en est rien, et que le groupe de pression défend simplement les intérêts mesquins et corporatistes d'une poignée d'individus. Évidemment, on utilise pas le sondage, on présente une « pétition » à l'appui de ses demandes. La pétition est l'outil privilégié des groupes de pression. C'est sur la pétition que le groupe de pression assoie la légitimité de sa démarche. Mais, la pétition est-elle un outil démocratique valable? La question mérite qu'on s'y attarde.

Un sondage est un outil scientifique, qui donne un image fidèle de l'opinion publique, à un moment donné. Pour ce faire, on essaie de contrôler les variables qui influenceraient l'expression de cette opinion. Un sondage doit être fait avec un minimum d'individus pour être valable. La pétition n'a pas pour but de refléter fidèlement la réalité, c'est un outil promotionnel. Le but est d'amasser le plus de signatures possible, par n'importe quel moyen. Une pétition de 10 000 signatures sur 15 000 personnes approchées, a-t-elle la même valeur qu'une pétition 10 000 signatures recueillies auprès de 100 000 personnes, consultées sur une période de deux ans et demi? On s'en fout, le seul nombre qui compte est « 10 000 ».

Dans un sondage, le libellé de la question est d'une extrême importance. On ne veut pas influencer l'opinion des gens, seulement la recueillir. Pour vous amener à signer un pétition, on peut vous dire n'importe quoi. L'information est partielle et partiale, le but n'est pas d'informer, mais de convaincre… et de vous faire signer le plus rapidement possible.

Et au Québec, on signe allègrement! Je ne sais pas si ce sont des relents de notre éducation, du temps où notre mère nous disait que « ce n'est pas beau de faire de la peine à quelqu'un », mais on signe (comme on donne des ovations debout à tous les spectacles). Ça fait plaisir… et ça ne coûte pas cher. La pétition est la solution de la facilité.

Dans un sondage bien mené, non seulement le nombre de personnes consultées est important, mais leur distribution dans les différents groupes de la société aussi. On essaie d'avoir une représentation adéquate des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, selon la scolarité etc. Quand ce n'est pas le cas, on fractionne les résultats selon les couches de population consultée. Dans la pétition, seul le nombre de signatures compte. J'aurais pu avoir une pétition contre l'avortement (avec un nombre de signatures impressionnant), en recueillant celles-ci lors des J.M.J (Journées Mondiales de la Jeunesse). Tout comme je pourrais avoir une pétition toute aussi impressionnante pour l'avortement, en me postant à la porte des cliniques d'avortement. La réalité est que, dans un cas comme dans l'autre, ces pétitions ne valent strictement rien. Elles ne nous renseignent en rien sur l'opinion de la majorité. La valeur de la pétition comme outil démocratique est tout aussi un mythe… que l'Astrologie.

 

Michel Bellemare

Copyright © 1999-2016 Les Sceptiques du Québec, inc.