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Des gènes porteurs de religiosité ?

Ce commentaire fait référence à la conférence de Daniel Baril ayant pour titre « Aux sources de l'anthropomorphisme et de l'idée de Dieu », donnée le 13 novembre 2006 dans le cadre des soirées-conférences des Sceptiques du Québec.

J'ai assisté à la conférence de Daniel Baril et elle m'a laissé très... sceptique. Si j'ai bien compris ses explications, la religiosité aurait un caractère inné, au moins à 55 %, aurait-il dit. Mes commentaires à ce sujet sont les suivants: où est l'instrument de mesure qui donne ce résultat ? De plus, quand il y a hérédité, il y a des gènes porteurs. Quels sont les gènes porteurs de religiosité ? Je ne crois pas qu'ils existent. C'est pourquoi je n'adhère pas à la théorie présentée par Daniel Baril.

Raymond Cardin


Réponse de Daniel Baril à Raymond Cardin

Je n’ai pas parlé d’hérédité, mais d’« héritabilité ». L’héritabilité désigne la part de la génétique dans la variation, pour un trait donné, observée entre deux sous-groupes d’une même population. Les études sur l’héritabilité comparent, par exemple, des jumeaux identiques qui ont le même génome et le même environnement avec des frères qui n’ont pas le même génome, mais partagent le même environnement. Toutes les études de ce type qui se sont intéressées à l’une ou l’autre des composantes de la religiosité ont montré un effet plus important du génétique que de l’environnement (éducation, contexte socioéconomique, etc.) dans la différence observée. Selon les études et les différents paramètres, la part de la génétique va de 52 % à 69 % (toujours dans la différence et non dans le comportement lui-même).

Je donne les références des travaux que je cite dans mon livre « La grande illusion, comment la sélection naturelle a créé l’idée de Dieu », que j’invite M. Cardin à consulter.

Les mesures de l’héritabilité ne permettent pas d’identifier des gènes et ce n’est pas leur but ; elles ne font que tenter de chiffrer approximativement la part de la génétique et de l’environnement dans la modulation du comportement. La question est beaucoup plus complexe que ce que j’en dis ici et c’est pour cela qu’on écrit des livres.

Cet aspect du comportement religieux n’est par ailleurs qu’accessoire à mon propos et je l’aborde dans mon livre justement pour corriger de fausses perceptions sur la génétique du comportement. Si j’ai abordé ce sujet à la conférence, c’était pour répondre à une question de la salle.

Je n’ai jamais affirmé non plus qu’il y avait un ou des gènes spécifiques à la croyance religieuse. Tout mon propos a pour but de soutenir le contraire : la religion étant un concept, il n’y a pas de « gène de la religion ». Par contre, tout comportement doit nécessairement reposer sur un substrat organique pour être possible et le génome spécifique d’un individu influe sur ce comportement, y compris le comportement dit « religieux » qui fait appel à l’ensemble de ce qui compose un être humain. La thèse que je soutiens est à l’effet que ce que nous appelons religion est un épiphénomène de nos dispositions sociales.

Daniel Baril

 

 


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