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Réchauffement climatique 1

1- Réchauffement ou refroidissement ?

Dans sa conférence et son article de février 2008 intitulé « Climatiser la Terre », Alain Bonnier posait la question, « Le climat se réchauffe-t-il vraiment ? »  (http://www.sceptiques.qc.ca/assets/docs/Climat_Bonnier.pdf) et y répondait par la formule suivante : « … Toutefois, l'amplitude de ce réchauffement est du même ordre que l'incertitude liée aux méthodes d'estimation pour les années anciennes. Ce qui fait dire à certains que l'on ne peut pas encore éliminer complètement la possibilité que ce soit une variation "normale". » Quant au lien entre l’augmentation accélérée des températures, la consommation humaine des combustibles fossiles et le rôle du CO2 dans le réchauffement, l’auteur terminait son argumentaire par un doute : « … Certains physiciens − dont Claude Allègre − contestent cette interprétation à l’effet que le CO2 émis par l’homme soit responsable du réchauffement climatique observé au XXe siècle. » Ces deux questions étaient donc répondues par des « oui, mais… ». Par ailleurs, monsieur Bonnier résumait ainsi dans la revue Québec Sceptique #71 ses positions dans les deux formules suivantes : 1- Il y a une forte présomption d’un réchauffement climatique en cours et que ce réchauffement soit attribuable aux GES. 2- Or, il y a une forte présomption aussi selon laquelle une proportion importante des GES qui se trouvent présentement dans la haute atmosphère soit imputable à l’activité humaine des deux derniers siècles.

On aurait pu percevoir de ces énoncés l’attitude d’une personne qui attend encore plus de preuves avant de reconnaître l’anormalité du réchauffement et sa cause humaine, ce qui était parfaitement compréhensible. Toutefois, que le réchauffement soit normal ou anormal, la réalité du problème commandait quand même à l’auteur un plan B basé sur une technologie originale de géoingénierie, soit le déploiement d’un parasol spatial déviant une portion du rayonnement solaire pour l’empêcher d’atteindre la Terre. L’auteur validait ainsi la présence d’un réchauffement qui se poursuivrait pendant quelques siècles et qui nécessiterait des moyens gigantesques pour le contenir.

Or, en préambule d’une conférence tenue le 13 mai 2010, l’auteur a entériné les positions anti-GIEC de Claude Allègre dans son livre « L’imposture climatique ou la fausse écologie », et a fait sienne l’idée qu’entre 1990 et 2000 il n’y aurait pas eu d’augmentation de température notable, alors qu’il  aurait dû y avoir quelques dixièmes de degrés supplémentaires de réchauffement. Monsieur Bonnier s’interrogeait au point même de laisser planer la possibilité que, plutôt qu’un réchauffement issu d’une stratégie alarmiste du GIEC, il y aurait à l’inverse un refroidissement climatique, puisque la nature ne suivrait pas les prévisions faites il y a 20 ans. Selon lui, la notion de réchauffement serait donc une « balloune » gonflée qui se dessoufflerait lamentablement. Et il terminait en recommandant fortement la lecture de ce livre « qui ne se prétendait pas comme un livre scientifique », mais constituait une opinion éclairée, parce que Allègre connaissait très bien le déroulement du GIEC depuis 20 ans.

Bon, à ce moment-ci, mes questions sont multiples. Devons-nous maintenant consommer plus de combustibles fossiles pour générer plus de CO², augmenter l’effet de serre et combattre ainsi le refroidissement ? Ou faut-il placer dans l’espace des millions de tonnes de déflecteurs qui réfléchiraient les rayons solaires vers la Terre ? Quelles sont les données scientifiques qui ont fait que l’auteur a abandonné son adhésion au réchauffement ? Est-ce que c’est la seule révélation par Claude Allègre d’un complot planétaire du GIEC qui lui ferait maintenant entrevoir le refroidissement planétaire ? Monsieur Bonnier devra fournir des explications sur ce revirement et nous diriger vers des arguments autrement plus scientifiques que l’opinion « éclairée » d’un imprécateur anti-GIEC.

Ce sujet est-il à ce point rempli de tromperies par le GIEC que nous sommes dupés au point de ne pouvoir développer notre propre opinion éclairée ? Ce débat est-il si complexe que nous ne pouvons rien en comprendre si nous ne sommes pas du côté des bons scientifiques ? Ou peut-être n’y a-t-il rien à s’ameuter, la température serait « business as usual » ? S’il y a un réchauffement, la méthode scientifique nous enseigne que s’il y a des analyses de données et de faits, nous pourrons effectuer un cheminement suffisant pour juger du bien-fondé de son existence, avec tout le recul nécessaire pour en départager les pour et les contre. S’il y a vraiment un réchauffement accéléré, et si nous sommes d’opinion que des facteurs peuvent faire varier son importance, nous devons alors tout mettre en œuvre pour en amoindrir ses causes et ses effets. Et s’il y a vraiment un refroidissement dommageable, ce sera vraisemblablement une cause naturelle sans responsabilité humaine, et nous devrons aussi tout mettre en œuvre pour nous y adapter. Réchauffement ou refroidissement ? Comment y voir clair ?

Ce qui importe, c’est de comprendre les arguments scientifiques sur le sujet, pas les opinions sans fondement exprimées par chacun. Ils constituent notre seule défense, notre seule certitude pour envisager une solution ou l’autre. Consultez la page deux du QS #71 et vous trouverez cette citation de Carl Sagan : « La science est loin d’être l’outil parfait de la connaissance. C’est simplement le meilleur que nous ayons. » J’ajouterais que c’est le seul que nous ayons présentement. Le bon sens ne peut malheureusement nous aider actuellement, il fait dire à Claude Allègre qu’il n’y a pas de réchauffement global « parce que les stations de sports d’hiver ont enregistré une excellente saison ! » Ce type d’artisan du gros bon sens me fait penser au skieur dévalant une pente à grande vitesse et qui ne voit rien d’autre que l’arbre qui occupe de plus en plus de place dans son champ de vision.

Claude Laforest, 16 mai 2010.

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