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Réchauffement climatique 2

2- Esprit critique, où es-tu ?

Dans son livre « L’imposture climatique ou la fausse écologie », Claude Allègre accuse le GIEC :

« Dans le système de distribution mondialisé et chaotique des informations dans lequel nous sommes plongés, il est maintenant établi que quelques individus, agissant de façon discrète et coordonnée, ont les moyens de manipuler l’opinion, en-tout-cas de l’orienter »…

« Bien sûr que l’imposture numéro un, c’est d’avoir tu, caché, occulté, nié les véritables problèmes qui se posent à notre planète, et cela non pas dans cent ans, mais demain matin ! Or ces problèmes, ils sont nombreux, urgents, potentiellement dévastateurs ».

Les propos d’Allègre sont on ne peut plus clairs, ils convergent vers l’idée d’un complot planétaire orchestré par un groupe malveillant qui interprète les évènements selon une idéologie pro-GIEC et pro-réchauffement causé par les activités humaines. Et ce complot aurait comme objectif de tromper l’opinion publique pour lui faire croire que le problème le plus urgent, c’est celui du réchauffement, alors qu’il considère que ce seraient davantage la démographie mondiale, l’éducation et l’emploi des femmes dans le tiers-monde, l’eau et la nourriture, la pollution, le gaspillage d’énergie, la pauvreté, le chômage, les déchets et la biodiversité, qui primeraient parce qu’ils sont immédiats, et qui devraient par conséquent attirer toute notre attention et monopoliser nos ressources. Il n‘y a pourtant pas d’opposition entre travailler à amenuiser ces problèmes et en combattre simultanément un nouveau qui est étroitement relié à six d’entre eux. Allègre nie ainsi la réalité du réchauffement climatique accéléré, il croit que ce problème est totalement surévalué ou inexistant !

Voici quelques-uns des éléments qui lui permettent d’échafauder sa théorie du complot autour des activités du GIEC.

Définition de la théorie du complot (Wikipédia) : On la reconnaît à l’existence d’un petit groupe... Allègre affirme que les conclusions du GIEC n’engagent qu’une centaine de personnes triées sur le volet, et que seules 34 personnes du Groupe de Travail 1 ont été vraiment essentielles pour orienter toute l’évaluation des aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat lors du rapport publié en 2007.

…décidé à influer sur les événements, à en prendre le contrôle ou à les provoquer… Selon lui, les rédacteurs scientifiques n’approuvent pas nécessairement les conclusions des documents restreints, on ne fait que leur demander par exemple, « Quelle serait l’influence sur les vers de terre si le climat augmentait de 10º C ? ». Et le biologiste spécialiste des vers de terre répondrait par un article scientifique qui soulignerait les dangers potentiels encourus. Donc Allègre pose ici que les rédacteurs scientifiques font leur travail par commande, mais que ce sont les mêmes personnes qui ont initié ces travaux qui sont ensuite chargées de digérer et résumer ces articles, et qui impriment leur analyse biaisée dans les rapports finaux du GIEC. Le « climategate » et le « glaciergate » ne seraient que deux volets d’un complot planétaire qui ferait en sorte qu’un bâillon serait imposé par le GIEC, les scientifiques et les revues scientifiques spécialisées pour dicter cette vision unilatérale biaisée sur le réchauffement climatique et étouffer la communication d’informations contraires.

…de façon secrète… Selon Allègre, c’est de façon discrète et coordonnée que les manipulations sont réalisées.

…afin de prendre ou conserver un pouvoir économico-financier, et/ou culturel, etc., dans ce cas-ci scientifique et politique. Selon Allègre, le GIEC serait l’instrument de propagande politique, sous une apparence pseudo-scientifique, pour assurer la continuité de l’entreprise d’Al Gore. Selon lui, Gore « rêvait à l’origine de devenir président des États-Unis, et le voilà qui découvre le business écologique, un business lucratif et souterrain qui, finalement, va lui donner une position extraordinaire. Par ce biais-là, n’a-t-il pas retrouvé son ambition initiale de devenir le maître du monde ? » Théorie du complot - Wikipédia

L’imposture climatique ou la fausse écologie, par Claude Allègre.

Louis Dubé a très bien résumé les limites de cette approche alors qu’il concluait sur les lacunes des défenseurs d’un supposé complot qui aurait animé les évènements du 11 septembre 2001.

« Les conspirationnistes commettent l’erreur d’argumentation la plus commune : ne pas tenir compte des faits qui contredisent leurs thèses. Une question ne se résout pas par une logique argumentative restrictive ; il faut connaître les faits pertinents et tenter de tous les expliquer de façon cohérente. Analogies et justifications circonstancielles ne constituent pas des preuves suffisantes ; ces explications simplistes sont plus faciles à comprendre, mais nous induisent souvent en erreur. Nos convictions personnelles peuvent facilement obscurcir notre jugement. Il faut vouloir exercer son esprit critique sur tous les aspects de l’affaire. Il est beaucoup plus facile de croire qu’on a des arguments décisifs que d’essayer de comprendre pourquoi les arguments de l’opposant lui paraissent aussi solides ». Les théories du complot : l’effroyable sélection des faits, par Louis Dubé, Québec sceptique #61.

Puis, rejoignant une partie des propos d’Allègre, monsieur Bonnier a développé depuis deux ans et demi une critique éreintante du GIEC. En fait foi la grande variété de qualificatifs qu’il utilise sur le thème de la manipulation pour piquer le GIEC et noircir ses agissements :

« …Tournure idéologique et religieuse du débat, dogmatisme, évangélisme, propagande, alarmisme, débat manichéen (polarisation noir ou blanc), considérations philosophiques abstraites, mythologie climatique, endoctrinement, croyances irrationnelles et duperie généralisée ! »

Selon ses propos, nous assisterions à une campagne de propagande et à une duperie généralisées à tous les niveaux scientifiques et politiques ! Nous serions endoctrinés par des croyances et des mythes, nous serions apeurés par les catastrophes anticipées par les messages alarmistes du GIEC ! Pourtant, est-il venu à l’esprit des opposants au GIEC que nous serions nombreux à défendre consciemment les arguments qui reconnaissent un réchauffement accéléré et causé principalement par notre consommation de combustibles fossiles, en nous fondant sur des explications rationnelles explicites et sur des faits qui, en plus de faire consensus scientifique (nonobstant les allégations de complot), sont observables de manière ponctuelle dans notre vie quotidienne (augmentation des épisodes de smog et des canicules, baisse du niveau de l’eau du fleuve St-Laurent, hivers plus doux, intensification des tempêtes tropicales, etc.) » ? Le consensus scientifique sur le réchauffement climatique est un ensemble de faits et d’analyses qui affirment que ce seraient d’ailleurs nos latitudes qui seraient les plus touchées avec une augmentation de température d’au moins 5º C. N’est-ce pas ce qu’on voit se développer avec la fonte accentuée du pergélisol en été et de la banquise arctique ?

Nier cette réalité et utiliser une série de qualificatifs nous présentant comme des gens manipulés est une attitude qui dévalorise notre capacité à comprendre les enjeux de ce débat. Ce type d’argumentation fait appel au tout ou rien : ou bien vous êtes rationnel et lucide et vous croyez, du moins en partie, à la théorie du complot, ou bien vous croyez aux informations du GIEC et vous êtes stupide et manipulé. Dans ce faux dilemme, Bonnier cherche ici à convaincre que les positions du GIEC sont inacceptables, alors que celles l’opposant au GIEC sont celles qu’il voudrait nous voir adopter. Entre ces deux options, il en existe pourtant de nombreuses autres qui sont motivées par des arguments autrement plus rationnels et factuels.

Suivre la voie de la condamnation du GIEC, c’est attendre désespérément qu’on prouve que, puisque le GIEC serait fautif dans quelques-unes de ses activités, alors il serait fautif en tout, et le réchauffement serait nécessairement un mensonge incroyable ! Mais, cette position, basée sur la généralisation hâtive, n’a pas avancé d’un poil en deux ans et demi sauf de crier victoire lors du « climategate » et du « glaciergate ». Et qu’est-ce qui a changé depuis ces « scandales » ? Le réchauffement s’est-il soudainement arrêté ?

Dans leur optique, l’opposition au GIEC est une finalité en elle-même, il nous est impossible de deviner la suite. Le GIEC doit-il disparaître ? Ou doit-il être transformé ? Faut-il mettre à sa tête des partisans du refroidissement ? Faut-il arrêter de s’occuper du climat ? Aucune réponse, l’opposition au GIEC ne poursuit aucun objectif autre que de s’opposer au GIEC ! À ce jour, leurs arguments n’ont servi qu’à détourner l’attention vers la voie de garage. Ici, Allègre et Bonnier pratiquent le scepticisme radical qui consiste à douter pour la seule fin de douter, et qui mène au cul-de-sac. À l’inverse, le doute prôné par les associations sceptiques est un doute méthodique qui trouve sa motivation dans la découverte, l’investigation, et dans le désir d’en savoir davantage, pas dans le refus d’apprendre. Entre les deux, tous les autres scepticismes qui se respectent devraient nous permettre de converger vers des analyses scientifiques communes. (Consultez : Vers un nouveau scepticisme, Philippe Thiriart, Québec sceptique #31).

Ce débat doit donc être recentré sur les arguments scientifiques, et les opposants au GIEC devraient présenter un ensemble de faits exhaustifs – et non pas soigneusement sélectionnés – et d’analyses cohérentes qui, avec démonstration scientifique et d’un point de vue global, affirmeraient

  1. que la température moyenne planétaire n’a pas augmenté de façon accélérée depuis quelques décennies, et qu’au contraire, elle aurait diminué,
  2. que le niveau des mers n’a pas augmenté, ou que s’il a augmenté, ce n’est pas à cause d’un réchauffement,mais en raison d’autres facteurs connus,
  3. que la banquise et les glaciers n’ont pas reculé de façon accélérée, ni même reculé puisqu’on serait plutôt en période de refroidissement,
  4. que la majorité des nombreux modèles de simulation climatique sont atteints d’incapacité à fournir des prévisions fiables au-delà d’un horizon de 30 ans.
  5. et que le GIEC est gangrené de bas en haut, et que ses tentacules annulent l’indépendance des organisations scientifiques dans leurs études et recherches sur le thème du réchauffement climatique.

Et si les opposants au GIEC sont incapables de produire une hypothèse scientifique cohérente englobant tous ces facteurs, alors qu’ils cessent de claironner sur tous les toits qu’Al Gore et le GIEC n’ont qu’un objectif en tête, soit de nous berner et d’abuser de notre intelligence !

Réchauffement ou refroidissement ?
Esprit critique, où es-tu ? Pourrais-tu te manifester ?

Claude Laforest, 20 juin 2010

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