logo
Accueil » Ressources » Notre revue » Articles publiés » Le scepticisme des Sceptiques du Québec
Le scepticisme des Sceptiques du Québec

par Philippe Thiriart

Extrait du Québec Sceptique no 16/17, page 3-4, mars 1991.

Le terme scepticisme peut être compris de quatre façons différentes.

Selon une première définition, le sceptique douterait de tout, il ne tiendrait rien pour assuré. En prétendant que rien n'est assuré, il conclurait souvent que tout est possible, donc que ses propres croyances et opinions sont aussi vraisemblables que les faits scientifiques établis.

Par exemple, le fait qu'Einstein ait établi qu'un corps possédant une masse ne puisse pas dépasser la vitesse de la lumière n'empêche pas notre « sceptique » de considérer comme très vraisemblable que des vaisseaux extraterrestres fassent régulièrement la navette entre une étoile lointaine et la Terre à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Pour lui, la démonstration d'Einstein n'est qu'une conception provisoire susceptible d'être infirmée dans le futur. Son scepticisme lui permet de croire ce qu'il veut.

Ce « sceptique » est aussi enclin à se prétendre plus sage qu'autrui parce qu'il sait qu'on ne sait rien. Il utilise souvent ce procédé comme argument rhétorique lorsqu'il n'a pas d'arguments positifs à apporter dans un débat. Si on peut douter de tout, la position de l'adversaire en est affaiblie. Socrate utilisait ce procédé où l'individu doute de tout - sauf de lui-même! Comme l'écrit Isaac Asimov :

Je suis dégoûté de cette prétention selon laquelle savoir qu'on ne sait rien est une marque de sagesse.
Skeptical Enquirer, automne 1989, p. 39.

Ainsi, prétendre douter de tout ne caractérise pas les Sceptiques du Québec.

Selon une deuxième définition, face à l'affirmation d'un phénomène, le sceptique refuserait tout simplement d'y croire et de la considérer sérieusement. Il ne voudrait rien savoir. Or, au contraire, les membres des associations sceptiques sont, la plupart du temps, des personnes qui ont cru à certaines affirmations paranormales véhiculées par leur entourage culturel, qui les ont étudiées et qui ont découvert leur fragilité et leur peu de vraisemblance. Ils sont mieux informés à propos des supposés phénomènes paranormaux que les croyants de la population dans son ensemble. Ils sont ouverts à la connaissance.

Selon une troisième définition, le sceptique fait la différence entre une croyance et une connaissance. On peut croire qu'un dieu existe ou n'existe pas, mais on ne peut pas le démontrer. Mais, si quelqu'un affirme qu'un suaire a enveloppé un corps humain il y a deux mille ans, des scientifiques peuvent l'examiner et découvrir que ce suaire n'a que sept siècles d'existence et que les traces de sang qui y apparaissent sont en fait de la peinture.

Ainsi, une personne sceptique peut croire qu'une dimension parapsychologique existe, mais tant qu'elle n'a pas de preuves objectives et reproductibles de cette existence, elle sait que ce n'est qu'une croyance. Elle peut croire que des extraterrestres s'intéressent à notre destin, mais sans preuves contraignantes, elle reste sceptique. Dans tous les cas, lorsque la personne sceptique ne parvient pas à s'appuyer sur des connaissances objectives assurées, elle sait qu'elle reste au niveau des croyances ou des opinions.

Les Sceptiques du Québec sont sceptiques à l'égard de leurs propres croyances, alors que la plupart des gens ne cherchent qu'à promulguer leurs croyances.

On arrive ainsi à une quatrième définition de la personne sceptique : elle examine les conséquences objectives des affirmations paranormales. Face à une telle affirmation, elle demande : « Comment peut-on la tester objectivement? Quels sont les faits? » En somme, indépendamment de leurs convictions subjectives, les Sceptiques du Québec examinent si les prétentions paranormales correspondent à des faits objectifs assurés. Cet examen peut se faire à partir des documents écrits par les scientifiques.

En conclusion, il est faux que les membres des Sceptiques du Québec doutent de tout ou ne veulent rien savoir. Ils peuvent avoir des croyances dites paranormales du moment qu'ils se rendent compte qu'elles ne sont pas un savoir. Ils examinent si les affirmations paranormales correspondent réellement à des faits objectifs. Si elles n'y correspondent pas, ils veulent que la population en soit informée. Les Sceptiques du Québec sont des chercheurs et des diffuseurs d'informations objectives.

Copyright © 1999-2016 Les Sceptiques du Québec, inc.