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La pauvreté de la foi


par David E. Walker, Ph.D.

Extrait du Québec Sceptique no 21, page 32, hiver 1992.

(Traduction de l'Américain)

Il est à noter que les Sceptiques du Québec ne se prononçent pas sur la validité des différents dogmes religieux et que cet article ne doit pas être associé à la position de notre groupe en la matière.

L'une de mes principales responsabilités en tant que philosophe et professeur est d'enseigner à mes élèves comment obtenir la connaissance. Ma tâche vise davantage à leur enseigner comment penser et non que penser. J'espère ainsi que lorsqu'ils auront appris à penser, mes élèves pourront réfléchir par eux-mêmes plutôt que de laisser les autres le faire à leur place. Évidemment, en assumant cette responsabilité, je suppose qu'il existe des façons correctes et incorrectes de penser.

Le mot « penser » possède bien entendu plusieurs sens, mais un seul d'entre eux entre en ligne de compte dans le présent contexte. Dire qu'il y a des façons « correctes » et « incorrectes » de penser revient à dire qu'il existe des façons correctes et incorrectes de faire des déductions, de tirer des conclusions, d'aboutir à des opinions et de les supporter. La pensée, telle que définie dans ce texte, est un processus de nature dynamique dont le résultat est la croyance dans la plupart des cas, et la suspension de celle-ci dans certains autres.

Connaissance et croyance.

Avant de poursuivre, il est nécessaire de définir deux autres termes : la connaissance et la croyance. Définissons la connaissance comme une croyance véridique et justifiée. En d'autres mots, lorsque quelqu'un croit en une chose véridique qui a été obtenue selon les normes admises du raisonnement, on dit qu'il possède la connaissance. Peu de gens disputeront cette conception, bien qu'il serait nécessaire d'y ajouter certaines subtili tés d'ordre technique pour satisfaire les épistémologistes sérieux.

Il est évident qu'une fausse croyance ne peut constituer la connaissance. Il serait ainsi absurde que je dise savoir que le président Reagan est un Démocrate. Je peux croire que Reagan est Démocrate (je peux même le croire de tout mon coeur), mais je ne peux pas « savoir » qu'il est Démocrate puisqu'il ne l'est pas! Je pense seulement le savoir, ce qui est très différent et il est évident que la force de notre conviction n'a rien à voir avec le fait qu'une connaissance soit vraie ou non.

Maintenant, s'il est nécessaire qu'une notion soit vraie pour constituer la connaissance, ce n'est certainement pas suffisant. On peut avoir une connaissance qui soit vraie même si la méthode utilisée pour y aboutir est farfelu e. Par exemple, je peux prétendre qu'un tremblement de terre se produira à Los Angeles d'ici vingt-quatre heures, ce qui peut s'avérer être exact. Mais si ma prédiction (ou plutôt la croyance sur laquelle celle-ci s'appuie) est le résultat de la consultation d'un astrologue ou d'un tableau de ouïja, alors on ne peut pas dire que je savais qu'un tremblement de terre était imminent. Ainsi, il ne suffit pas d'avoir raison, il faut avoir raison de la bo nne manière pour posséder.

Nous pourrions illustrer ce point par le biais de l'analogie suivante : l'argent qu'un voleur ou un politicien malhonnête met dans ses poches est en sa possession - il a cet argent - mais il n'en est pas le propriétaire puisqu'il l'a obtenu de façon illégitime. De même, il faut posséder ses propres opinions pour avoir la connaissance.

Reste maintenant à définir le mot croyance. Une croyance est une disposition ou une tendance à admettre une phrase sous certaines conditions spécifiques. Par exemple, nous disons que monsieur Smith croit que 2 + 2 = 4 si et seulement si il admettait la phrase « 2 + 2 = 4 ». Les conditions sont que Smith est capable d'admettre, qu'il n'a aucune intention de nous tromper, et ainsi de suite. (Je devrais mentionner que, en termes stricts, seules les phrases peuvent être vra ies ou fausses.)

La foi comme base de la connaissance.

La question cruciale est bien entendu la suivante : quelles sont les mesures valables à suivre pour parvenir à une croyance? Quelles sont les normes et les méthodes admises pour justifier les croyances? Bref, par quel moyen obtient-on la connaissance?

On l'obtient en se conformant aux lois de la déduction et aux principes des probabilités et de l'inférence statistique. Toutefois, la difficulté et la complexité de ces lois sont considérables et toute tentative d'en exposer ici les grandes lignes ne servirait à rien. Il vaut cependant la peine d'énoncer ce que cela signifie, c'est-à-dire qu'il n'existe pas de raccourci vers la connaissance.

Cependant, certains irrationalistes voudraient nous faire croire qu'il existe une méthode très simple et facile pour obtenir la connaissance qui évite tout le dur labeur, le tourment et le désintéressement intellectuel r equis par les « lois de la pensée ». Ils appellent cette méthode la foi. Qu'est-ce donc, la foi? C'est simplement la « méthode » pour parvenir à une croyance soit en l'absence de preuve à l'appui ou, pis encore, malgré des preuves contraires. Lorsqu'il est question de foi, les preuves n'entrent simplement plus en ligne de compte.

Martin Luther était un défenseur acharné de la foi, ainsi que Thomas d'Aquin, Kierkegaard et d'autres. Luther blâmait la raison d'être « une belle putain » et la « fiancée du diable ». Il écrivait : « Il n'existe sur Terre, parmi tous les périls, rien de plus dangereux qu'une raison adroite et bien pourvue, surtout si elle s'occupe de questions spirituelles qui touchent à l'âme et à Dieu » (1). Il poursuit en disant que la foi est le seul moyen de parvenir à en ce qui a trait aux questions spirituelles. Luther a-t-il raison à ce sujet? La réponse, à mon avis, est un non catégorique et absolu.

La foi ne reconnaît en effet aucun critère selon lequel nous pouvons discerner le vrai du faux. Par exemple, je puis dire que je sais qu'il y aura un tremblement de terre à Los Angeles demain. Mon critique risque de me demander comme nt le sais-je. « J'ai la foi, c'est uniquement par la foi que j'en suis arrivé à savoir au fond de mon coeur qu'il y aura un tremblement de terre à Los Angeles demain. » « Il n'y a rien à craindre, répondra mon critique, car je crois moi qu'il n'y aura pas de tremblement de terre demain, et moi aussi je tiens mon opinion d'une foi inflexible. » Voyez comme la foi est merveilleuse : mon interlocuteur et moi avons des opinions contradictoires obtenues selon la même m& eacute;thodologie! Bien entendu, il est vrai que ceux qui adoptent les principes de la raison parviennent aussi à des opinions contradictoires, mais il existe une différence très importante entre les deux situations : la foi est sans issue.

En effet, dans cet exemple imaginaire, mon critique et moi ne pouvons discuter. Nous ne pouvons essayer d'invoquer des raisons pour défendre nos positions, car cela consisterait à sortir des limites de la foi et à faire appel aux pre uves. Cette façon de procéder reconnaîtrait la raison comme le tribunal de dernière instance, et non la foi. Bref la foi, parce qu'elle ne reconnaît aucun critère, aucune norme, ne peut se prononcer sur deux opinions contradictoires. Telle est la pauvreté de la foi.

Ma foi me révèle que…

Certains défenseurs de la foi clameront que l'exemple du tremblement de terre évite la vraie question, à savoir que celle-ci est une méthodologie à utiliser uniquement pour les questions spirituelles. Le phénomène des tremblements de terre relève d'une branche de la science empirique et la foi ne devrait jouer aucun rôle dans ce genre de questions. Il est cependant aisé de montrer que la foi souffre des mêmes carences lorsqu'il s 'agit de questions touchant à l'âme et à Dieu.

Ainsi, je puis dire « Il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de vie après la mort ». Comment le sais-je? « La foi, mon frère! Il s'agit là d'une question spirituelle et je le sais par la foi. » Je suis immunisé contre la critique. Ma position serait solide parce que si mon critique offrait une preuve de mon erreur (c'est-à-dire une preuve qu'il existe un Dieu ou une vie après la mort), je pourrai rapidement lui faire remarquer que le fait d'utiliser des preuves constitue une tentative de trafic avec « cette putain de raison », ce qui n'a rien à faire avec des questions si nobles…

Un fidéiste honnête et convaincu devrait donc se satisfaire de cette position étant donné que j'ai fidèlement et constamment respecté le principe de la foi. Certains fidèles s'obstineront cependant dans leur dogmatisme : « La foi véritable, diront-ils, mène à une opinion correcte, et l'opinion correcte en cette matière est qu'il existe un Dieu et une vie après la mort ».

Mais comment savoir, leur demanderai-je alors, que je suis parvenu à la mauvaise conclusion? En fait, comment savons-nous que la foi n'a trait qu'aux questions spirituelles? On ne peut pas dire que la foi révèle que je suis parven u à la mauvaise conclusion parce que c'est elle-même qui m'a révélé mon opinion en premier lieu. Qui peut prétendre que ma façon d'obtenir la foi n'est pas aussi bonne que celle de mon critique? Nous voici donc de nouveau dans une impasse. Il devrait maintenant être évident que la foi n'est pas simplement un moyen, mais un moyen totalement voué à la faillite lorsqu'il s'agit de parvenir à la vérité. (Il vaut la pe ine de faire remarquer que l'on ne voit jamais des athées faire appel à la foi pour « défendre » leur position. Pourquoi donc ceux-ci ne tirent-ils pas avantage de ce puissant moyen pour soutenir leurs opinions? Ont-ils si peu d'esprit pour ignorer la voie la plus aisée et la plus évidente de parvenir à la connaissance? Ou se pourrait-il que leur point de vue se défende de lui-même? Se pourrait-il que, pour vendre leur doctrine, les théist es doivent faire appel à la foi parce qu'ils essayent de vendre un produit inférieur?) Le fait est qu'il est simplement incohérent de prétendre que la foi mène à la connaissance.

J'ai foi en la raison!

J'ai déjà fait remarquer que la connaissance est une croyance dont la vérité est justifiée. Le fait de recourir à la foi revient donc à avouer que l'on ne peut justifier ce que l'on avance. Lors de débats d'ordre spirituel, on entend souvent des remarques telles que : « Eh bien, il se peut que vous ayez raison, tout ce que je sais, c'est qu'il faut avoir la foi. » Voilà une confession flagrante. Elle se traduit par : « Je dois avouer que pour croire ce que je professe, vous devez l'accepter sur la base de la foi puisque je ne puis le justifier autrement ». Il est cependant évident qu'une croyance sans preuve à l'appui est une simple opinion et ne peut compter parmi cette sorte d 'opinion spéciale que l'on appelle la connaissance. Tout le monde peut avoir une opinion, mais n'importe qui ne peut posséder la connaissance : elle est réservée aux personnes rationnelles.

L'irrationaliste accusera parfois le rationaliste d'hypocrisie. Il soutiendra que ceux qui défendent la raison le font parce qu'ils ont foi en elle ou en la science. Cette critique découle d'une erreur si rudimentaire que j'hésitera is à la mentionner si ce n'était qu'elle est commise si souvent. L'erreur est évidente : il s'agit du sens équivoque du mot « foi ». Celui-ci est parfois synonyme de secte on dit « Il a épousé la foi juive ». Il est aussi parfois synonyme de confiance « J'ai une foi totale en ma Datsun », ce qui signifie simplement que ma Datsun fonctionnera bien. C'est avec ce sens du mot « foi » que l'équivoque a lieu.

J'ai certainement foi en la raison, c'est-à-dire que je suis sûr que la raison fera ce qu'elle est supposée faire. Je pense que ma confiance est bien fondée puisque la raison a fait ses preuves en tant que moyen fiable pour par venir à la connaissance et à la compréhension. Mais je n'ai pas foi en la foi parce qu'elle ne mène pas à des résultats, excepté par un heureux hasard.

Raisonnements circulaires… ou irrationnels.

À ce propos, certains critiques du rationalisme disent que le défenseur de la raison argumente en rond puisqu'il fait appel à la raison pour défendre la raison ce qui présumevrai le sujet en question.

J'admets volontier que le fait d'argumenter en faveur de la raison au moyen de celle-ci est dans un certain sens circulaire, mais essayez donc d'argumenter contre la raison! Voilà qui est contradictoire au mieux et inintelligible au pire. Il serait d'ailleurs tout à fait absurde de donner des raisons pour rejeter la raison, car cela reviendrait à utiliser ce que l'on prétend dénoncer. Par conséquent, s'il me faut choisir entre un cercle et une absurdité, j'opte pour le premier.

En outre, les partisans de la foi ne répugnent eux-mêmes pas à tourner en rond lorsqu'ils font remarquer que la foi « se justifie par elle-même ». Ainsi donc, le fidéiste essaierait de maintenir le rationaliste à des normes de non-circularité que lui-même ne peut ignorer! Cette hypocrisie est évidemment inacceptable.

On entend souvent dire que chacun a droit à ses propres opinions : « Si quelqu'un veut croire telle chose (aussi absurde soit-elle), il en a le droit tant qu'il n'impose pas ses opinions aux autres… » Ce libéralisme malencontreux est danger eux, car il s'agit d'une tentative de rendre l'irrationalisme acceptable… de dire que c'est bien d'être irrationnel. Or il n'en est rien, car l'alternative de la raison est le chaos, l'intolérance et la tyrannie.

Jacob Bronowski établit ce point mieux que quiconque en parlant des horreurs d'Auschwitz : « C'était commis par arrogance. C'était commis par dogme. C'était commis par ignorance. Lorsque les humains croient qu'ils possèdent la connaissance absolue, sans la vérifier en réalité, voilà comment ils se comportent. Voilà ce que font les hommes lorsqu'ils aspirent à la connaissance des Dieux » (2). Il n'y a pas de doute que nous avons le droit d'avoir des opinions non fondées c'est-à-dire un droit légal étant donné qu'aucune police des idées n'existe pour arrêter ceux qui se nourrissent de pensées non orthodoxes. Toutefois, les droits légaux ne font nullement l'objet de la présente discussion puisque nous nous en tenons aux droits intellectuels. Ainsi, les seules opinions que nous avons le droit intellectuel d'avoir sont celles qui sont appuyées par les preuves disponibles. Pour toutes personnes rationnelles, plus les preuves disponibles sont fortes, plus leur croyance sera forte, alors que plus les preuves seront faibles, plus leur conviction est faible.

À l'opposé, nombreux sont les irrationalistes pour qui le contraire est vrai. Il semble même que ce soit un point d'honneur pour eux de voir qui possède la plus forte croyance avec le moins de preuves.

Ne pas confondre méthode et but.

J'ai dépeint la foi et la raison comme étant en conflit, comme étant des ennemies mêmes. Ne peut-on donc pas utiliser les deux méthodes de façon complémentaire? Un thomiste (Gilson) a écrit : « … Étant donné que l'homme a besoin de la connaissance du Dieu infini (qui est sa fin), et puisque cette connaissance dépasse les limites de sa raison, il doit simplement l'obtenir au moyen de la foi » (3).

Gilson a les idées embrouillées. Comme bien des gens qui n'ont pas réfléchi assez soigneusement à cette question, il ne voit pas que le raisonnement est une procédure, une méthode, un processus qui finit (habituellement) par la croyance, alors que le raisonnement correct est une méthode qui suit certaines normes. Saint-Thomas lui-même en était pourtant conscient : « Le raisonnement consiste à passer d'un élément de compréhension à un autre… Il est évident que le raisonnement est à la compréhension ce que le mouvement est au repos, ou ce que l'acquisition est à la possession… » (4).

Il est malheureux que Saint-Thomas n'ait pas apprécié les implications de cette perspicacité, car la foi n'est pas du tout une procédure. Il n'y a aucun mouvement de la pensée (bon ou mauvais) dans la foi. On ne peut d écrire un processus parce qu'il n'y en a pas : il s'agit d'une simple croyance et rien de plus. Le fait de croire ne renforce cependant pas la raison; c'est la fin vers laquelle tend celle-ci. Conséquemment, la foi qui consiste à croire sans (ou en dépit de) preuves n'est pas ce qui peut renforcer la raison. L'analogie suivante aidera à illustrer ce point.

Supposons que vous décidiez d'aller à Miami, votre objectif est donc d'être à Miami. Il existe plusieurs méthodes de parvenir à cet objectif : vous pouvez voyager en voiture, en autobus, en avion ou en bateau. Il s'agit de méthodes de parvenir à votre but. Mais le but lui même (le fait d'être à Miami) n'est pas une méthode, mais plutôt le résultat d'une méthode. De même, la croyance « fondée sur la foi » consiste simplement à croire sans se donner la peine d'utiliser un moyen quelconque pour parvenir à cette croyance c'est être à Miami sans avoir voyagé.

Vous voyez donc que la foi ne peut renforcer la raison, mais elle peut uniquement la frustrer parce qu'elle n'est pas du tout une procédure. Elle est littéralement une fin non justifiée.

Esprit ouvert et intolérance.

Certaines remarques finales s'imposent. Je suis raisonnablement certain d'avoir laissé le lecteur sous l'impression que je suis intolérant à l'égard de la foi et que je n'ai pas l'esprit ouvert à ce sujet. Après tout, dans notre société, c'est l'incrédule qui a l'esprit obtus et non le croyant.

Mais je ne suis pas un incrédule, je suis même un croyant. Je crois fermement que la foi est inutile en tant que moyen de parvenir à la connaissance et qu'elle est de fait une force très destructrice qui doit être combattue par ceux qui recherchent la vérité. L'impression du lecteur seraît donc juste à cinquante pour cent : je suis intolérant à l'égard de la foi (tout partisan de la vérité le serait) parce que la foi est anti-intellectuelle, et je pense que c'est l'intellect de l'homme qui peut faire le plus de bien en ce monde.

À présent, cette intolérance à l'égard de la foi exclut-elle l'ouverture d'esprit? Au fait, qu'est-ce qu'un esprit ouvert? Il s'agit d'un esprit réceptif à la raison, celle-ci étant ce à quoi les esprits ouverts sont ouverts.

Voici ce que j'ai défendu dans ce discours : le « marchand de foi » n'a pas l'esprit ouvert étant donné que par définition celle-ci ignore la raison, et qu'un esprit qui agit de la sorte n'est pas un esprit ouvert.

J'ajouterais que le seul fait qu'une personne possède des opinions fortes n'est pas une raison de présumer qu'elle n'ait pas l'esprit ouvert. Le fervent catholique romain, juif ou athée n'a pas l'esprit borné du fait qu'il soit fervent ou parce qu'il est convaincu qu'il a raison. Cependant, l'un ou l'autre a l'esprit borné s'il rejette, par principe, la raison et l'évidence sous prétexte qu'elles n'ont pas de rapport avec son système de croyance.

Pour ma part, je suis absolument convaincu que le Soleil se lèvera demain, j'y crois de tout mon coeur. Toutefois, s'il y a des raisons de croire autrement, je désire certainement les entendre… De même, je suis absolument convaincu qu'il n'y a pas de Dieu, pas de ciel ni d'enfer, pas de vie après la mort. Je suis cependant disposé à écouter les raisons qui soutiennent l'opinion contraire.

En terminant, je désire souligner une notion à propos des principes de la raison que l'on appelle les « lois de la pensée ». Ces principes font partie du domaine public depuis bien plus de deux mille ans. Les hommes et les femmes raisonnables ne les embrassent pas parce qu'ils mènent aux opinions et aux eacute;tienté étant l'une d'elles) parce qu'elles ne résistaient pas à un examen critique et minutieux.

Le libre penseur n'est pas libre dans un sens : il est obligé de croire à ce que l'évidence lui montre, quelque décevante, désagréable ou décourageante cette croyance puisse être. Il doit être disposé à mettre ses croyances en jeu, à les exposer toutes à l'examen le plus minutieux et à la critique la plus poussée.

Notes

Traduction libre de citations parues dans les ouvrages suivants :

(1) Walter Kaufmann, Critique of Religion and Philosophy, Harper and Brothers (New York) 1958, p. 218.

(2) Jacob Bronowski, The Ascent of Man, Little, Brown and Company (Boston) 1973, p. 374.

(3) Etienne Gilson, The Christian Philosophy of St. Thomas Aquinas, Random House (New York) 1956, p. 17.

(4) Vernon J. Bourke, Ed., The Pocket Aquinas, Square Press (New York, Washington) 1960, p. 128.


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