logo
Accueil » Ressources » Notre revue » Articles publiés » Une astrologue professionnelle relève notre « Défi du 100 000 CAD »

Une astrologue professionnelle relève notre « Défi du 100 000 CAD »

par Donald Gilbert, Denis Labelle et Claude Lafleur.

Extrait du Québec Sceptique no 23, page 4, septembre 1992.

La tension était à son comble lorsque, au soir du 22 juin dernier, nous avons dévoilé publiquement les résultats de l'expérience menée conjointement avec madame Agathe Vir Landriault. Une bonne cinquantaine de Sceptiques avaient répondu à notre invitation, ainsi qu'une dizaine de partisans de l'astrologue. Cette dernière réussirait-elle à faire la preuve de la validité de ses méthodes astrologiques et, ce faisant, à nous confondre?

Madame Vir Landriault avait pris place à la table d'honneur aux côtés de messieurs Donald Gilbert, Philippe Thiriart et Denis Labelle. À droite de cette table était installé un tableau sur lequel on pouvait lire les 49 notes que les sept volontaires avaient attribuées aux portraits astrologiques.

Il restait toutefois à déterminer quel portrait correspondait à quelle volontaire. À ce moment-là, personne ne disposait de cette information…

La soirée a débuté par quatre courtes présentations. Philippe, l'un des fondateurs des Sceptiques du Québec, a présenté brièvement les activités du groupe en mettant l'accent sur le « Défi du 100 000 CAD ». Donald, qui est responsable dece comité, a ensuite fait part du déroulement de l'expérience astrologique (voir article suivant), alors que Denis, en sa qualité de statisticien, a expliqué la nature des tests statistiques qui ont permis l'analyse des résultats de l'expérience. Il a ainsi révélé que, suivant le pointage indiqué au tableau des résultats, si l'on additionnait sept combinaisons de notes prises au hasard, on obtiendrait, en moyenne, un score de 203. Or, pour que l'astrologue ait une chance sur mille de « faire mieux » que le hasard, il fallait que l'addition de la note que les sept volontaires ont accordée à leur portrait respectif soit supérieure ou égale à 285.

La parole a ensuite été laissée à madame Vir Landriault. Sur un ton assuré et d'une voie forte, elle a déclaré : « Il y a vingt-cinq ans, j'étais une sceptique, mais depuis lors, je suis en mesure d'affirmer que tout est écrit dans le ciel. Je veux, à travers ce défi, redonner à l'astrologie la dignité qui lui revient. Au cours de ces années, j'ai fait des études et des recherches, en les mettant en pratique, [et toutes] se sont avérées positives… Je ne fais aucune voyance ni aucune intuition dans mon travail. Je n'ai aucun don paranormal. Toutes mes méthodes sont mesurables, calculables et vérifiables. Si mes travaux ne m'avaient pas donné des résultats aussi positifs, il y a longtemps déjà que je ne ferais plus d'astrologie ! »

Par la suite, Dominic Larose (ex-président des Sceptiques, assis dans l'assistance), a eu la brillante idée de demander aux quatre panellistes comment ils réagiraient advenant que les résultats de l'expérience soient contraires à leurs attentes.

Sans hésiter, madame Vir Landriault a affirmé : « Même si je ne réussissais pas le test, je ne redeviendrais pas sceptique. Ce ne sont pas sept personnes [c.-à-d. les volontaires] qui vont venir déterminer si ce que je fais est bon… [il y a] tous les résultats que j'ai accumulés au cours des 25 dernières années. » Elle a néanmoins ajouté : « J'aurais été plus satisfaite de faire des [portraits] de vingt pages, mais lorsque j'ai pensé à ces pauvres dames qui auraient à réviser 140 pages en plein mois de juin, j'ai alors décidé de réduire mes portraits à six pages, puis à trois (*). Il est possible qu'elles n'aient pas compris exactement ce que j'ai voulu dire; il arrive parfois que j'ai un client devant moi à qui je doive dire ce n'est pas cela que j'ai dit, c'est plutôt…" Donc, j'ai peut-être perdu quelques points, mais pas l'essence principale de l'information. Je vais l'avoir ! »

Quant aux sceptiques face l'éventualité que l'astrologue passe le test, Denis a tranquillement affirmé : « Je serais surpris. Je serais un peu ébranlé, mais pas suffisamment, car ça me prendrait une chance sur un milliard pour dire que cela a été démontré scientifiquement… Une chance sur mille, ce n'est pas un gros miracle, c'est un petit miracle. Donc, si l'expérience réussissait, je serais surpris, mais je ne serais pas encore convaincu que la position des planètes à la naissance contient une information utilisable concernant le caractère ou le destin des gens. »

Philippe, qui est psychologue, a enchaîné en évoquant : « Pour ma part, ce serait intriguant. Ça me porterait à faire une analyse psychologique des affirmations pour voir celles qui ont permis de discriminer et pour voir à quoi elles correspondent psychologiquement. Ensuite, je demanderais à madame Vir Landriault quel est son système et sur quoi il repose… Peut-être qu'à travers tout cela, il serait possible éventuellement de découvrir un gramme de vérité quelque chose de particulier lorsque les planètes sont dans telle position… »

C'est alors que l'on a enfin procédé au dévoilement des résultats. L'astrologue avait en sa possession une série de sept enveloppes dans lesquelles étaient indiqué à quelle date de naissance correspondait chaque portrait. De son côté, Donald tenait une feuille sur laquelle était inscrite la date de naissance de chaque volontaire. C'est uniquement en joignant ces informations qu'il a été possible d'établir à quelle volontaire correspondait chaque protrait. Madame Vir Landriault ouvrit donc une à une ses enveloppes en annonçant : « Le portrait A a été fait à partir de la date de naissance du… » Donald enchaînait en annonçant que cette date correspondait à la volontaire numéro…, et Denis encerclait la note appropriée, et ainsi de suite.

Une fois que les sept notes ont été encerclées, Denis a annoncé que l'addition de celles-ci donnait… 233. Il s'agissait donc d'un revers complet pour l'astrologue puisqu'elle était loin d'atteindre les 285 points requis pour « battre » le hasard. Denis ajouta qu'il y avait en fait une chance sur sept d'obtenir par hasard un score égal ou supérieur à 233. « C'est mieux que la moyenne (de 203), a-t-il souligné, mais ce n'est pas le 285 qui n'aurait eu qu'une chance sur mille d'être dû au hasard. »

Et quelle a été la réaction de l'astrologue face à l'échec?

Sur un ton hésitant, madame Vir Landriault a commencé par dire : « C'est sûr que je trouve les notes un peu basses. Mais je me dis qu'il y a des professionnels qui ont subi des échecs bien plus graves que moi. Je pense au pont de Québec qui est tombé deux fois, au pont de Trois-Rivières, au pont de Hull… Eh bien, est-ce qu'on a condamné ces professionnels-là?! »

Donald a par la suite louangé le courage de l'astrologue en soulignant qu'elle est la première au Québec (sinon au Canada) à s'être prêtée à une telle expérience. Sous les applaudissements nourris, madame Vir Landriault a alors reçu une gerbe de fleurs, gracieuseté des Sceptiques. En nous remerciant, elle a évoqué que ces fleurs témoignaient du respect mutuel qui a régné tout au long de l'expérience.

Interrogée quant à savoir si elle poursuivrait sa pratique astrologique, madame Vir Landriault a - comme on s'y attendait! - répondu par l'affirmative. « J'ai demandé à quelques-uns de mes clients, ajouta-t-elle, quel serait l'impact sur eux si j'échouais à un test. Ils m'ont répondu : - L'information que nous venons chercher [chez vous], on ne la trouve pas ailleurs. Ce ne sont pas les tests des Sceptiques du Québec qui nous ébranleront! - Ça fait 25 ans que je fais de l'astrologie, j'ai ma clientèle et je continuerai sans problème! »

(Voir aussi « Une fois de plus, l'astrologie échoue à un test », extrait du Québec Sceptique no 23, page 1, septembre 1992.)

Notes

(*) L'objection de l'astrologue ne tient nullement puisque, entre autres, il n'a jamais été question de portraits aussi longs. Non seulement c'est de son propre chef qu'elle a décidé de s'en tenir à trois pages, mais, de surcroît, si elle avait désiré soumettre sept portraits de vingt pages aux volontaires, nous aurions simplement laissé plus de temps à celles-ci afin de faire leur travail de lecture. En prenant comme exemple le portrait type, on constate que la lecture et la notation d'un portait de trois pages est si simple et si rapide que faire de même avec vingt pages n'aurait pas représenté un véritable labeur…


Copyright © 1999-2017 Les Sceptiques du Québec, inc.