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Les « médecins du ciel » : Jusqu'où peuvent aller les méfaits des médiums?

par Yves Casgrain (Info-Secte), Benoît Lapierre et Richard Plante (La voix de l'Est), et Matha Gagnon (La Presse).

Extrait du Québec Sceptique no 24, page 12, décembre 1992.

À la fin de l'été dernier, un autre cas de médiums-prédisant-la-fin-du-monde-pour-bientôt a été mis au jour par les journalistes de La Voix de l'Est et de La Presse, avec le concours des enquêteurs d'Info-Secte. Nous reproduisons ci-dessous les cinq principaux articles relatant cette affaire. Vous constaterez jusqu'où peut mener l'exploitation de la crédulité de gens ordinaires.

C'est le journaliste Benoît Lapierre qui a dévoilé les premiers détails de l'affaire des « médecins du ciel ». Dans un article publié le 14 juillet dernier dans La Voix de l'Est, de Granby, il relatait :

Une médium prédit la destruction de la région
Elle incite plusieurs personnes à fuir Granby

Croyant dur comme le fer la prédiction d'une « médium-guérisseuse » qu'ils allaient consulter régulièrement, des gens de Granby ont plié bagage pour fuir un cataclysme qui, leur a dit cette femme, doit détruire toute la région vers le mois de septembre.

Ces personnes, qui n'ont pas hésité à laisser leur travail, à sortir toutes leurs économies de la banque et à abandonner leurs proches tellement elles ont peur, ont toutes mis le cap sur la région des Laurentides, comme la médium le leur avait recommandé. Car elle les a convaincu que toutes les basses terres de la vallée du Saint-Laurent seraient englouties mais que la région des Laurentides serait épargnée. Certaines de ces personnes sont déjà installées à Sainte-Agathe, Val David ou Saint-Sauveur, soutient un informateur qui a requis l'anonymat. Selon ce que lui a dit quelqu'un qui était en étroit contact avec la médium, une cinquantaine de personnes auraient fuit la région - ou s'apprêtraient à le faire - pour sauver leur peau.

S'il a raconté cette invraisemblable histoire à La Voix de l'Est, c'est que lui-même a vu partir une amie qui se trouve sous l'emprise de la médium Denise qui, du reste, a elle aussi quitté Granby pour se rendre dans les Laurentides (le contraire aurait été plutôt surprenant…). Quand il a su ce qui se passait, il était déjà trop tard : ni lui ni personne n'aurait pu empêcher la jeune femme de mettre ses projets à exécution tellement sa foi en Denise était forte; elle est donc partie voilà quelques jours, pour fuir ce désastre dont la médium a fait naître l'image dans sa tête.

Le journal s'est rendu cette semaine à l'appartement qu'habitait Denise, la médium. Il était effectivement vide; un petit écriteau indiquant qu'il était à louer. Le propriétaire, qui occupe l'appartement du dessous, a dit ignorer dans quelle ville son ancienne locataire habitait maintenant. Mais il se souvient qu'avant de partir, Denise lui avait mentionné qu'elle s'en allait « dans le nord », vivre dans une commune.

« Elle recevait beaucoup de clients », a indiqué le propriétaire, se demandant bien ce qu'elle pouvait leur faire car, dit-il, certains ont parfois semblé ébranlés après une séance chez la guérisseuse. Il se souvient qu'une fois, une jeune femme était restée assise dans sa voiture une bonne demi-heure avant d'être en mesure de démarrer…

Bref, Denise est partie et tout indique qu'elle est parvenue à convaincre bien de ses clients de la suivre, semant du même coup peine et consternation dans beaucoup de familles.

Chez Info-Secte, cet organisme montréalais qui fournit de l'information sur le phénomène des sectes et qui suit son évolution de près, on avait déjà entendu parler de cette histoire. Ce printemps, l'organisme a reçu deux plaintes émanant de Granby concernant une médium qui incitait des gens à partir pour fuir un grand cataclysme.

Selon les renseignements obtenus par Info-Secte, la médium de Granby n'oeuvrait pas isolément. Elle possédait un contact à Val David (tiens, tiens…) qui se prénomme Yves, probablement un médium comme elle. Tous deux appartiendraient à un groupe appelé les « travailleurs de la lumière ». Ce ne serait donc pas uniquement parce que la région des Laurentides est « plus sûre » que les autres que Denise a recommandé à ses clients de la suivre dans le nord.

« Dans un des deux cas qui nous ont été rapportés, la dame devait travailler avec des gens de là-bas », a précisé le directeur de la recherche chez Info-Secte, Yves Casgrain.

Il a indiqué que les « travailleurs de la lumière » prétendent avoir été contactées par une « entité » qui les a avertis que la Terre devait bientôt entrer en collision avec un autre objet céleste, ce qui provoquerait toutes sortes de bouleversements, tremblement de terre, raz-de-marée, etc.

M. Casgrain explique que l'annonce de catastrophes par des groupes qui vous promettent le salut si vous suivez leurs conseils est un courant très fort en cette période d'instabilité économique et politique. Ces gens, dit-il, exploitent la peur des plus faibles, qui ne demandent pas mieux que de les écouter. « Beaucoup plus de gens qu'on pense ont le mal de vivre et souffrent d'angoisse. Quand ils entendent ce genre de messages, pour eux, c'est comme un miroir; ils viennent de trouver quelque chose qui confirme leur angoisse et ils se disent « ;Ah! voilà pourquoi je me sens si mal! » Mais quel argument peut-on trouver pour les convaincre qu'il n'arrivera rien, que tout ce qu'on leur a dit est absurde? Personne ne peut le prédire » poursuit M. Casgrain.

Le seul conseil que celui-ci peut donner aux familles dont l'un des membres se trouve sous l'influence d'une secte, c'est de prendre les choses de façon calme et réfléchie. « Surtout ne pas couper les ponts : il faut à tout prix garder le contact avec la personne », assure-t-il.

Deux jours plus tard, Richard Plante, autre journaliste de La Voix de l'Est, rapportait :

Francine a décroché, mais sa soeur et son cousin ont suivi la médium.

Sa soeur et son cousin sont déjà partis dans les Laurentides, convaincus que la région sera détruite l'automne prochain, mais Francine, qui a aussi consulté la médium-guérisseuse Denise Rodrigue pendant plusieurs mois, n'a pas répondu à l'invitation.

« C'est rendu trop loin, ça n'a plus de sens », explique la jeune femme et c'est pour cette raison qu'elle a accepté de témoigner de son expérience avec Denise Rodrigue qui, avant de devenir médium, fut massothérapeute. Celle-ci a aussi travaillé au centre d'aide et de prévention contre les agressions sexuelles de Granby; elle vit depuis peu dans les Laurentides.

Au mois d'août 1991, Francine (qui refuse de dévoiler sa véritable identité) passe une mauvaise période; une fatigue morale et physique qui ne lui permet pas de fonctionner normalement. Sa soeur lui suggère de consulter un médium de Montréal, un dénommé Yves, qui a aussi ses quartiers à Val David. Mais Francine ne veut pas se déplacer dans la métropole. Qu'à cela ne tienne, sa soeur connaît un autre médium qui utilise les mêmes techniques à Granby, et Francine se rend à son bureau.

« Au début, ça allait. Les séances me faisaient du bien et je ressentais à chaque fois un regain d'énergie » raconte Francine. Les rencontres hebdomadaires durent d'août 1991 à mars 1992. Francine parle de ses problèmes pendant une demi-heure environ avant de passer à la thérapie. Étendue confortablement, elle écoute de la musique Nouvel Âge pendant que la médium lui transmet l'énergie des « médecins du ciel », avec qui elle est en contact. « J'étais moins anxieuse après les séances. Souvent aussi, je parlais de mon enfance à Denise et elle établissait des liens avec ma situation du moment. Elle faisait un peu de psychanalyse » rapporte Francine.

Jusqu'en février dernier, la médium ne faisait jamais allusion à de possibles catastrophes, ne suggère pas à ses « clients » de fuir la région, mais lorsqu'elle aborde le sujet, Francine décroche. « C'est quand elle m'a dit de sortir mon argent de la banque et de le cacher chez moi parce qu'il y aurait un crash économique au mois de mars que j'ai commencé à m'inquiéter, surtout qu'elle se faisait très insistante. Son attitude était presque du harcèlement » affirme-t-elle.

Francine ne croit pas que la médium voulait son argent. D'ailleurs le tarif des rencontres était fixé à seulement 10 CAD. Il semble que le prix variait selon les revenus de chaque client. (D'après Info-Secte, le fameux Yves propose pour sa part des séances qui peuvent coûter jusqu'à 1000 CAD.)

Le crash n'aura pas lieu comme prévu mais la médium n'en continue pas moins de se faire prophète de malheur. Cette fois, elle prédit la destruction de Montréal et de l'Estrie qui seraient englouties sous les inondations et les tremblements de terre l'automne prochain. « Elle prévoit aussi des bouleversements tels que les continents qui vont se déplacer » précise Francine. Quelques régions seraient épargnées de ces malheurs, dont les Laurentides bien sûr, mais aussi la Gaspésie et l'Abitibi.

Denise insiste encore auprès de Francine pour qu'elle déménage tout en lui disant que si rien n'arrive, elle ne perdra rien. « Quand elle m'a dit ça, c'en était fini. Je lui ai répondu que je ne croyais pas à ses histoires et elle a répliqué que c'est parce que je ne ressentais rien… Je suis sûre qu'elle est sincère, qu'elle croit vraiment à ses prédictions, mais moi je sais bien que nous serons encore là l'automne prochain », raconte Francine qui assure connaître bien des gens qui ont quitté Granby par peur des catastrophes dont sa soeur et son cousin, mais aussi des couples qui se sont séparés, des personnes qui ont quitté leur emploi et leurs amis pour répondre à la volonté de Denise Rodrigue!

« Il n'y a rien à faire pour retenir ceux qui sont convaincus qu'ils doivent partir. J'aurais bien voulu dissuader ma soeur et mon cousin de déménager, mais ils ont perdu leur autonomie de penser. On dirait que lorsque tu adhères à une pensée comme celle-là, tu t'isoles complètement, tu ne vois plus la réalité. Ma soeur m'a dit que j'étais chanceuse de savoir ce qui arriverait. Elle, elle y croit » confie Francine.

Chez Info-Secte, on suit l'affaire de près, mais Yves Casgrain affirme qu'elle reste encore nébuleuse. « Nous avons reçu des appels téléphoniques de Granby et nous recueillons le maximum d'informations. Souvent, le problème dans des cas comme celui-là, c'est que les personnes impliquées, et même les parents, sont réticents à se manifester. Ils réagissent comme s'ils se trouvaient devant une mafia spirituelle » explique monsieur Casgrain. L'anonymat requis par Francine en est sans doute une autre preuve.

Le lendemain, le 17 juillet, Richard Plante rapportait de plus :

Les témoignages affluent depuis qu'une partie du voile a été levée.

Sitôt la parution, dans la Voix de l'Est de mardi, de l'article sur les Granbyens qui ont fui la ville à cause des bouleversements annoncés par la médium-guérisseuse Denise Rodrigue, et qui sont censés anéantir la région, de nombreuses personnes ont contacté le journal pour apporter de nouvelles informations.

Info-Secte, un organisme montréalais qui a entre autres comme but de colliger les informations sur les mouvements sectaires, a aussi reçu des appels de Granby. Le scénario est toujours le même : la personne a eu des rencontres avec un médium pendant un certain temps, puis elle y a mis fin quand elle s'est rendue compte de la démesure des prédictions; dans d'autres cas, il s'agit de parents ou d'amis de ceux et celles qui ont déjà quitté Granby, qui viennent apporter leur témoignage.

À la lumière de toutes ces informations, il apparaît de plus en plus clairement qu'il s'agit bien d'un mouvement organisé qui fait appel à des forces spirituelles appelées « médecins du ciel ».

À Granby, Denise Rodrigue n'était pas la seule à « travailler » sous le titre de médecin-guérisseuse. Au moins une autre personne, Diane Picard, qui se présentait aussi comme massothérapeute (son bureau est maintenant fermé et son téléphone hors service) appartient au même cercle. Il y en a vraisemblablement d'autres.

Ces médiums-guérisseuses seraient actuellement dans les Laurentides, qui doivent être épargnées des cataclysmes et où la tête dirigeante du mouvement, Yves Blanchi, a établi ses quartiers à Val David, pour être précis.

Tous ceux et celles qui ont témoigné de leur rencontre avec les médiums de Granby connaissent le chef, souvent uniquement sous son prénom, et même si, dans certains cas, ils ne l'ont jamais rencontré. Mais on leur a parlé de Yves.

Actuellement, il n'est pas possible de connaître le nombre exact de Granbyens qui ont quitté pour habiter les régions censées être à l'abri des catastrophes. Chose sûre, il n'y a pas qu'à Granby que les prophètes sévissent. « On dirait que c'est dans l'air, avance Yves Casgrain, d'Info-Secte. À Kingsbury, près de Richmond, en Estrie, un autre médium-guérisseur, Normand Tremblay, qui se fait aussi appeler « le roi Penda », fait à peu près les mêmes prédictions, à appris Info-Secte.

Signalons que la dénomination « Penda », selon une certaine littérature ésotérique, représente une entité de l'au-delà. Le message de Penda est que la Terre en a assez et qu'elle ressent le besoin de vomir. Il prévoit aussi des grands bouleversements au Canada.

Un autre article, signé par Nathalie Collard et publié dans La Voix de l'Est du 25 juillet 1992, rapportait notamment que :

Depuis les deux ou trois dernières années, on évalue à une cinquantaine le nombre de personnes qui ont joint les rangs de cette secte.

En général, il s'agit de personnes issues de la classe moyenne, âgées entre 35 et 60 ans. Depuis que La Voix de l'Est a publié le premier article le 14 juillet dernier, Info-Secte a reçu une dizaine d'appels de gens qui connaissent quelqu'un dans la secte ou qui ont entendu parler des trois médiums Yves Blanchi, Denis Rodrigue et Diane Picard. […]

Finalement, un mois plus tard, toute l'affaire a rebondi lorsque La Presse a publié à la une de son édition du 22 septembre un article signé Martha Gagnon :

Dans les griffes des « médecins du ciel »
Une trentaine de victimes réclament une enquête sur des médiums-guérisseurs.

Des parents de Saint-Valérian, près de Saint-Hyacinthe, Aurel et Madeleine Labrecque, accusent des médiums-guérisseurs d'avoir poussé leur fille à la folie et d'avoir presque causé sa mort.

Le couple, avec l'aide d'Info-Secte et de deux CLSC de Granby, a réuni une trentaine d'autres victimes qui réclament une enquête sur ces médiums qui s'appellent les « médecins du ciel » et recrutent leurs clients un peu partout à Montréal, dans les régions des Cantons de l'Est et des Laurentides. Ils promettent à des malades de les guérir et leur demandent d'abandonner leurs traitements et leurs médicaments. Ces médiums affirment communiquer avec les esprits de médecins décédés à qui ils confient les patients.

Parmi les cas rapportés, il y a celui d'une femme de 38 ans, asthmatique et diabétique, qui est décédée en 1990 après avoir abandonné tous ses traitements médicaux. Il y a aussi des personnes bien vivantes qui disent avoir failli y laisser leur peau et veulent mettre en garde le public contre ces charlatans.

Le 19 mars, la fille des Labrecque, début de la trentaine, arrivait à l'urgence de l'hôpital du Haut-Richelieu, dans un état physique lamentable, maigre et complètement déshydratée. Enceinte de trois mois, elle faisait une fausse couche et sombrait dans un coma dont elle est finalement sortie, mais qui a laissé de graves séquelles. On ignore encore si elle pourra marcher. Elle a perdu la mémoire et ne reconnaît plus certaines personnes.

« Pour nous, le mal est fait » dit Madame Labrecque. « On veut maintenant empêcher que d'autres parents vivent le même calvaire que nous. Malgré nos efforts, on n'a pas réussi à sortir notre fille des griffes de ces médiums. On a consulté des prêtres et bien des gens ». Habitués à leur vie tranquille à la campagne, les Labrecque trouvent difficile et presque humiliant d'avoir à raconter publiquement leurs misères. « On le fait parce qu'on se sent obligés d'aider les autres ».

Les « médecins du ciel » ont convaincu leur fille qu'elle n'était pas enceinte, mais qu'elle avait plutôt un kyste sur un ovaire. Pour le guérir, elle devait suivre leurs conseils et se soumettre à un certain régime de vie. En dernier, elle dormait tout le temps et ne s'alimentait presque plus.

Pourtant, il ne s'agissait pas de sa première grossesse. Mère de trois enfants, elle avait été particulièrement souffrante au dernier et avait même été hospitalisée à cause de vomissements fréquents. D'après les parents, son conjoint, un homme dans la quarantaine qui occupe un emploi important, était lui aussi sous l'emprise des médiums.

Les autorités de l'hôpital ont avisé la Corporation des médecins du Québec, qui, selon les parents, dit ne rien pouvoir faire tant que leur fille ne sera pas en mesure de leur fournir des preuves suffisantes.

Une autre mère, Rollande Paré, de Brigham, près de Cowansville, affirme que les médiums-guérisseurs ont tué sa fille de 38 ans, Marie-Thérèse, une grande malade qui souffrait de diabète, d'asthme et de troubles de la glande thyroïde. Celle-ci est décédée le 29 juin 1990. On a retrouvé un journal intime dans lequel elle raconte avoir abandonné ses médicaments. Elle dit aussi avoir peur de mourir. « Ma fille n'acceptait pas son état. Ces gens lui faisaient croire que sa mort serait une délivrance et qu'elle reviendrait sur terre dans un corps en santé. Je n'ai rien pu faire pour la sauver. Ils lui avaient conseillé de s'éloigner de moi. Elle ne voulait plus me voir. »

Ginette Saint-Pierre, elle, est bien vivante. Asthmatique, elle a eu recours aux médiums en 1989. « On me disait que j'allais guérir si j'abandonnais tous mes médicaments. Ce sont eux qui prenaient possession de mon corps ». Après six mois, son état a commencé à se détériorer; elle a été hospitalisée. « J'ai fait une bêtise qui, je l'espère, servira d'exemple à tous ceux qui seraient tentés d'aller vers ces médiums ».

Le 24 septembre. Martha Gagnon rapportait : « Ils ont foutu le bordel dans ma famille »

Une mère de Pierrefonds, Nicole X., 33 ans, a passé plusieurs années avec les médiums-guérisseurs. Et plusieurs membres de sa famille l'ont suivie : son ex-conjoint, sa fille, sa soeur et sa belle-mère.

« Ils ont foutu le bordel dans ma famille. Même ma fille, qui avait 11 ans à l'époque, est allée les voir parce qu'elle faisait pipi au lit », raconte la jeune femme qui refuse de s'identifier.

« C'est humiliant d'admettre que tu as perdu la tête au point de penser que si tu échappes un couteau par terre, c'est un signe de ton guide spirituel. Si ta porte d'auto ne ferme plus, c'est aussi ton guide spirituel. »

Elle a hésité à raconter son histoire à Info-secte parce qu'elle craignait que les « guides spirituels » ne lui fassent du tort. « C'est idiot, je le sais. Mais tu en viens à perdre ton gros bon sens. C'est comme si tu n'étais plus la même personne, je sais que j'ai une part de responsabilité. Dépendante et naïve, j'ai mis beaucoup de temps à me réveiller. » Sa soeur, elle, n'a pas cessé les rencontres.

Nicole est allée voir Monique Forgues et son mari Yves Blanchi, médiums-guérisseurs, après avoir vu une annonce dans une revue. « Je filais un mauvais coton; j'étais tout croche en dedans. Monique est une femme très chaleureuse, très sympathique, à laquelle tu deviens attaché assez rapidement. Elle me disait qu'elle avait déjà guéri des personnes de plusieurs maladies… » Tranquillement, son ami a suivi et les autres membres de la famille aussi.

« Ils ne nous obligent pas à emmener nos frêres et nos soeurs. C'est beaucoup plus subtil que ça. On te fais comprendre que la thérapie peut échouer si les autres ne sont pas sur la même longueur d'onde. Alors, tu embarques tout le monde dans le même bateau. Et là, on nous monte les uns contre les autres. On lave le linge sale de la famille. »

Nicole explique qu'elle s'est mise à douter des pouvoirs de ces médiums. Un jour qu'elle avait ramassé une chatte blessée, on lui a dit que les esprits s'occuperaient de guérir l'animal. Sceptique, elle est quand même allée voir un vétérinaire qui lui a dit que la chatte ne pourrait pas accoucher de ses petits à cause d'une fracture à la hanche. « Monique m'a dit que l'animal guérirait. Or, au moment de l'accouchement, les petits sont restés prisonniers dans la ventre de leur mère. À les entendre, ils avaient des traitements pour les humains, les animaux, les plantes. Tout ce qui est vivant. »

D'après Nicole, les médiums-guérisseurs déménageaient souvent d'un appartement à l'autre. À un certain moment donné, des rencontres avaient lieu dans une chambre d'hôtel, à Montréal. « Ils me disaient qu'ils travaillaient sur moi, que je n'étais pas en dépression, mais en transformation. Je ne devais pas chercher à comprendre ce qui se passait, car c'était spirituel. »

Finalement, Nicole a décidé de mettre fin aux rencontres à cause de plusieurs problèmes qui sont survenus dans sa famille. […]

On peut communiquer avec Info-Secte au : 5655, Avenue du Parc, bureau 305, Montréal, H2V 4H2 Téléphone : (514) 274 - 2333.


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