logo
Accueil » Ressources » Notre revue » Articles publiés » Observer le monde avec scepticisme
Observer le monde avec scepticisme

par Raymond Chevalier

Extrait du Québec sceptique no 25, page 20, printemps 1993.

L'être humain est imparfait. Nos sens aussi sont imparfaits. Ils peuvent déformer, atténuer, occulter ou amplifier la réalité qui nous entoure de façon marquée ou imperceptible. Le robinet qui fuit nous apparaît souvent comme un tintamarre intolérable, tandis que nous ne remarquons presque pas le bruit des voitures qui circulent près de nous dans la rue.

Nous entendons souvent la sonnerie du téléphone lorsque nous sommes sous la douche, ce que nos proches s'empressent de nier : ils n'ont rien entendu… Une route qui semble mouillée vue de l'horizon s'avère bien souvent sèche lorsque l'on y parvient. Est-il vraiment possible de se fier à nos sens?

Ce que nous appelons « mémoire » est beaucoup plus que le rappel de ce que nos sens nous ont permis de percevoir. Lorsque l'on interroge différents témoins d'un même événement, on trouve des variations énormes d'une personne à l'autre. Des faits sont retranchés, des détails sont ajoutés.

Lors d'une expérience, on a demandé à des témoins s'ils avaient remarqué une voiture rouge qui était passée sur le lieu d'un accident juste après qu'il soit survenu. La plupart ont répondu non avec raison, puisqu'aucune voiture rouge n'était passée. Lorsqu'ils furent interrogés à nouveau quelques jours plus tard cependant, plusieurs ont mentionné la voiture rouge (1)!

La question originale leur avait laissé croire qu'une telle voiture devait faire partie de la scène de l'événement et leur imagination l'a tout simplement insérée dans leur souvenir. Notre mémoire nous trompe par interprétation, sélection, déformation et ajout. Est-il vraiment possible de se fier à sa mémoire?

Heureusement, dans les événements courants de la vie quotidienne, nos sens et l'expérience que nous accumulons depuis notre naissance nous permettent une assez juste appréciation de la réalité. J'affirme que je ne fais aucune erreur lorsque vient le temps de distinguer un poulet d'un cheval. L'expérience acquise nous permet par exemple de reconnaître avec certitude un objet comme étant une automobile même s'il s'agit d'un modèle et d'une couleur jamais vus auparavant! Devant les objets nouveaux, nous sommes moins perspicaces : les gens de ma génération ont tous bien rigolé quand on leur a présenté le premier four à micro-ondes en leur disant que ce machin pouvait cuire de façon invisible…

Dès que le phénomène qui nous intéresse est étrange, nouveau ou extraordinaire, l'expérience ne joue plus. On doit alors faire preuve de circonspection. Ainsi, si je prétends qu'il a plu hier, on peut raisonnablement croire mon évaluation de la situation, puisque l'expérience nous a enseigné qu'il arrive assez fréquemment qu'il pleuve, particulièrement au Québec…

Cependant, si quelqu'un prétend qu'il a vu une vache voler près de l'autoroute, notre expérience conteste énergiquement cet énoncé - parce que notre connaissance des vaches est assez complète, bien établie et que le vol ne fait pas partie de leurs caractéristiques reconnues!

On remettra ainsi en question son évaluation du fait qu'il s'agissait vraiment d'une vache, ou du fait qu'elle ait vraiment volé. Mais si quelqu'un parle de « soucoupes volantes » ou des pouvoirs de son esprit, comment le critiquer sans aucune expérience? Connaissant les limites de ses sens, comme des nôtres d'ailleurs, est-il sage de se fier à son témoignage simplement parce qu'il semble honnête et qu'il est convaincu de la validité de ses propos? Rappelons-nous qu'à un moment donné, toute la population de la planète était convaincue que la Terre était plate…

Y a-t-il donc une façon d'être sûr de ce que l'on perçoit? Existe-t-il une méthode pour évaluer si ce que l'on nous dit est vrai ou non? De quelles ressources disposons-nous pour évaluer les dires de tous ceux qui nous promettent la santé, la paix intérieure, un regard sur notre avenir ou un contact avec les morts?

La méthode scientifique : une méthode de mesure.

La méthode scientifique est née du besoin d'établir certaines choses comme étant vraies. C'est essentiellement une méthode qui mesure un objet ou un phénomène selon une façon qui peut être reproduite. La reproductibilité est ici capitale. Les mêmes causes doivent donner les mêmes effets! Personne ne se satisferait d'une ampoule qui ne s'allume qu'à l'occasion, d'une voiture qui peut se déplacer de temps en temps, d'un ordinateur qui donne une réponse différente à chaque fois que 2 + 2 lui est présenté.

Cette méthode a permis d'établir certains principes, certaines lois qui régissent le monde qui nous entoure. Nous avons ainsi pu établir que les objets tombent généralement vers le bas, qu'un bloc de granit ne flotte jamais sur l'eau, qu'un oeuf cuit en trois minutes dans l'eau bouillante, etc…

La méthode scientifique n'est pas abstraite et confinée aux universités ou aux grandes industries. Tous nous l'appliquons dans notre quotidien! Vous avez vous-même établi de façon scientifique la quantité de lait et de sucre qui convient dans un café, par exemple. Vous avez établi et reproduit souvent l'expérience : pour une tasse de café, votre quantité de sucre et de lait produit toujours le même résultat, c'est-à-dire un café à votre goût! Et vous avez bénéficié des recherches effectuées pour produire une cafetière qui fonctionne bien, elle-même alimentée par de l'électricité qui est toujours efficace, etc…

La méthode scientifique est peu exigeante. En fait, ses seuls préalables sont l'intégrité et l'honnêteté. On ne doit pas chercher à fausser les résultats d'une recherche ou à tromper ceux à qui on les communique. De plus, tout protocole expérimental doit être élaboré avec le souci d'éviter les erreurs possibles. Finalement, on doit abandonner de bonne foi les théories prouvées fausses - c'est là l'essence de l'évolution des connaissances!

Mais la bonne foi et l'honnêteté ne sont pas tout. Il est essentiel d'éliminer les erreurs de perception, les déformations et les interprétations hâtives ou mal étayées. On doit comparer nos conclusions à celles d'autres personnes indépendantes, les revérifier, mesurer leur impact sur les disciplines connexes. Finalement, on doit vérifier ses conclusions en les confrontant à la réalité.

Ainsi, si une étude préparée avec minutie par des savants de renom vous démontre qu'il est impossible qu'un oiseau puisse voler, la réalité exige que cette étude soit rejetée… C'est là l'essentiel de la méthode scientifique, la base de la science et de la technologie actuelle.

Tout phénomène présenté comme véridique ou scientifique doit ainsi absolument répondre à cinq critères incontournables :

  1. la logique et la validité;
  2. la falsifiabilité;
  3. la réplicabilité;
  4. l'exhaustivité;
  5. la cohérence.

1. La logique et la validité.

Il semble évident que l'on ne devrait accepter que les raisonnements logiques. Comment peut-on clairement déterminer qu'un raisonnement est logique? On peut le faire assez aisément en posant certaines questions.

Quelles sont les prémisses et les preuves? Sont-elles valides?

Le raisonnement doit avoir des bases solides. Les faits ou événements rapportés doivent être réels, mesurables, observables. On doit bien analyser les énoncés et les preuves présentées avant d'accepter le raisonnement qui en découle. Voici quelques exemples.

Le triangle des Bermudes

Quelques livres ont tenté de démontrer qu'une région était le lieu de phénomènes mystérieux par la présentation d'une série d'accidents et disparitions étranges. Des investigateurs sérieux ont analysé chacun des faits présentés pour constater que :

  • plusieurs avions ou navires présentés n'ont jamais existé;
  • plusieurs navires « disparus » voguent encore sur nos océans;
  • plusieurs incidents rapportés n'ont pas eu lieu dans le triangle!

En conclusion, il n'y a pas de triangle mystérieux (2)!

L'énergie vitale et les toxines.

On prétend souvent que tel objet ou telle thérapie rééquilibre l'énergie du corps et aide à éliminer les toxines de l'organisme… Qui a prouvé que nous avions une énergie vitale? Et qu'elle peut se déséquilibrer? Quelles sont ces toxines, d'où viennent-elles et où disparaissent-elles?

Les preuves apportées sont-elles suffisantes?

La preuve apportée doit être à la hauteur de la prétention présentée. Ainsi, si je dis qu'il a plu hier, rares sont ceux qui me demanderont une preuve. Cependant, si je prétends posséder le billet gagnant de la loterie, Loto-Québec exigera de le voir avant de me donner mon prix! De plus, le fardeau de la preuve repose sur le prétendant : on n'a jamais à prouver que quelqu'un a tort c'est à lui de prouver qu'il a raison! Voici quelques exemples types d'affirmations pour lesquelles les preuves sont absentes ou insuffisantes.

Témoignages sur la vie après la vie.

En analysant les témoignages de personnes « mortes » puis « ressuscitées », on a échafaudé une théorie de ce qui survient lorsque l'on meurt : passage d'un long tunnel, rencontre d'un être de lumière, vision de certains proches précédemment décédés, etc… Toutefois, les auteurs « oublient » ceci :

  • Les témoins ne sont jamais « morts », ils n'ont que frôlé la mort;
  • Le manque d'oxygène dans le cortex visuel explique amplement la perception d'un « tunnel » et de « points lumineux »;
  • Les victimes d'accidents rapportent couramment avoir vu près d'eux des personnes qui n'y étaient pas, c'est-à-dire des proches encore en vie…

Bref, des gens nous racontent une expérience traumatisante qu'ils ont vécue, avec plusieurs détails que l'on retrouve aussi chez d'autres patients dont le coeur n'a pas cessé de battre! Et alors (3)?

Le monstre du loch Ness.

On n'a jamais présenté une seule preuve de l'existence d'un animal extraordinaire dans ce lac d'Écosse. Chaque « preuve » présentée s'est révélée décevante ou simplement frauduleuse. Plusieurs personnes jurent cependant croire fermement avoir aperçu l'ombre d'un monstre hypothétique (4)

Elvis est toujours vivant!

Si oui, où est-il? Où sont tous ceux qui l'ont rencontré?

Les phénomènes psi.

Particulièrement difficiles à cerner, ces phénomènes… Ils ne se manifestent pas lorsque des témoins sceptiques sont présents (c'est dû aux fameuses ondes négatives) où lorsque des mesures sont prises. Lorsque des caméras et des microphones sont présents, ou bien les phénomènes sont absents, ou alors on découvre une fraude ou une tricherie! Où sont les preuves (5)?

Les témoignages présentés sont-ils valides?

Rappelez-vous que tout témoignage présenté en preuve doit tenir compte de la faillibilité de nos sens. L'expérience passée du témoin ne peut être retenue comme étayant sa capacité à évaluer le phénomène rapporté. La renommée d'une personne ou son sérieux ne peuvent garantir la fiabilité de ses sens… Au mieux, cela peut aider à écarter les possibilités de fraude.

Il faut toujours chercher à corroborer, recouper, valider et trouver des preuves tangibles. Plus le nombre de témoins « fiables » est élevé, plus on peut se fier aux témoignages s'ils concordent.

Doit-on accepter la citation d'une « autorité »?

On présente souvent le témoignage d'une personnalité comme donnant un poids certain à une théorie ou un produit. La renommée d'une personne n'en fait pas nécessairement une autorité reconnue dans tous les domaines. Cela est toutefois acceptable si les conditions suivantes sont respectées.

a) L'autorité présentée doit être bien identifiée. Par exemple, on ne peut accepter : « Le gouvernement me l'a confirmé! » Qui au gouvernement? Quel est son titre, son poste? Quelles y sont ses charges et responsabilités?

b) La personne doit faire autorité dans le domaine concerné. Le sirop pour la toux recommandé par l'entraîneur d'une équipe de hockey m'importe peu. Celui recommandé par mon pharmacien et mon médecin m'intéresse au plus haut point.

c) Un consensus doit exister dans le domaine concerné. Ainsi, l'opinion d'un dentiste sur une pâte dentifrice n'est pas recevable si elle va à l'encontre de celle défendue par l'Association Dentaire Canadienne! En paranormal, les appels à l'autorité sont toujours irrecevables, car il n'y a pas d'autorité ni de consensus dans ce domaine! Des témoignages non étayés sont peu suffisants pour valider une prétention extraordinaire.

La conclusion est-elle inéluctable?

Si les preuves présentées sont vérifiables, les prémisses clairement démontrées et les témoignages recevables, la conclusion n'est pas nécessairement valide! Pour qu'elle le soit, elle doit découler directement des preuves présentées et il ne doit pas exister d'autres conclusions possibles. S'il existe une autre façon d'interpréter les données et d'arriver à une conclusion, différente, on doit poursuivre la recherche pour déterminer laquelle est la bonne. Voici quelques exemples de conclusions prématurées.

  • Son énergie interne est mieux équilibrée puisqu'il dort mieux… (Est-ce la seule façon d'expliquer un meilleur sommeil?)
  • Ses toxines sont éliminées, il a moins de boutons… (A-t-on prouvé que les boutons étaient causés par des toxines?)
  • Le shampooing X est meilleur puisqu'il mousse plus… (A-t-on démontré que plus de mousse nettoyait mieux?)

Supposons que j'ai passé trois mois en forêt à observer les corbeaux. Je peux conclure sur la base de mes observations que tous les corbeaux que j'ai observés étaient noirs. Je ne peux cependant pas affirmer que tous les corbeaux sont noirs, puisque je n'ai pas vu tous les corbeaux de la planète! Pas plus que je ne peux garantir qu'il n'en existe pas un, quelque part, qui soit blanc!

L'anecdote suivante montre bien qu'une conclusion tirée trop rapidement est incomplète et risque d'être erronée… Quatre hommes visitent l'Australie pour la première fois. En voyageant par train, ils aperçoivent le profil d'un mouton noir qui broute. Le premier homme en conclut que les moutons australiens sont noirs. Le second prétend que tout ce que l'on peut conclure est que certains moutons australiens sont noirs. Le troisième objecte que la seule conclusion possible est qu'en Australie, au moins un mouton est noir! Le quatrième homme, un sceptique, conclut : il existe en Australie au moins un mouton dont au moins un des côtés est noir!

2. La falsifiabilité

La falsifiabilité d'une théorie est l'aspect le moins connu de la méthode scientifique. C'est un principe tellement évident et tellement simple que l'on a tendance à l'oublier :

Tout énoncé doit être falsifiable, c'est-à-dire qu'il doit exister au moins une façon de prouver qu'il est faux.

Nous sommes tellement préoccupés par la façon de prouver qu'une chose est vraie que nous oublions de vérifier s'il est possible de démontrer qu'elle est fausse. S'il n'est pas possible d'invalider une théorie ou un énoncé, c'est qu'il sera toujours vrai! Or, rien n'est toujours vrai…

Revenons par exemple au monstre du loch Ness. On n'a jamais eu une seule preuve de son existence, toutefois plusieurs tiennent cette existence pour vraie. Mais alors, comment pourrait-on prouver qu'elle est fausse? C'est impossible : il n'existe aucune façon de démontrer que le monstre n'existe pas! L'existence du monstre ne peut donc pas être acceptée sans preuve, sinon elle devient absolument vraie - infalsifiable…

Falsifiabilité ne veut pas dire vérité. Si je dis que tous les oiseaux sont jaunes, je fais un énoncé falsifiable. Vous pouvez en effet trouver un oiseau qui n'est pas jaune pour démontrer que mon énoncé est faux, ce qui n'est pas très difficile… Cela reste quand même un énoncé recevable, bien que de toute évidence faux.

Voici quelques exemples d'énoncés infalsifiables :

  • Elvis est vivant;
  • Les « soucoupes volantes » existent;
  • Il existe un complot américain pour cacher les extraterrestres;
  • Notre traitement rééquilibre le flux énergétique;
  • Je l'ai reçu par communication télépathique;
  • Vous allez rencontrer un étranger…

Ces énoncés ne sont pas forcément faux. On n'a tout simplement aucune façon de les vérifier. Ceux qui font ces affirmations doivent prouver leurs dires avec des preuves tangibles, mesurables, acceptables. Le fardeau de la preuve est sur eux.

3. La réplicabilité.

Comme on l'a déjà vu, nos sens sont faillibles. Pour éviter les erreurs et éliminer les coïncidences, il est nécessaire de reprendre la même mesure ou de refaire la même expérience plusieurs fois. Ainsi, si je prédis correctement le prochain lancer d'un dé, il est prématuré de conclure à mes pouvoirs de clairvoyance. Si je peux le refaire 25 fois de suite sans me tromper, j'ai un brillant avenir devant moi!

Chacun applique d'ailleurs cette règle de façon instinctive :

  • On s'assure deux fois que l'heure de lever sur notre réveil soit la bonne;
  • On vérifie plusieurs fois si toutes les portes sont fermées à clé avant de quitter la maison pour quelques jours;
  • On regarde plusieurs fois dans son rétroviseur avant de changer de voie sur l'autoroute;
  • On se pèse plusieurs fois pour être bien sûr que la balance est bonne!

Ces exemples tirés de la vie quotidienne montrent qu'il est bien normal de chercher à contre-vérifier les informations. Personne ne peut accuser de manque de confiance en soi ou de mauvaise foi celui qui relit sa liste d'épicerie une dernière fois avant de se diriger vers le comptoir-caisse…

La nécessité de reprendre plusieurs fois les mêmes tests est fondamentale, même si elle semble parfois superflue. Avant le décollage, un pilote d'avion fait et refait des vérifications de routine qui peuvent paraître inutiles. Qui est prêt à voler avec un pilote qui ne fait pas ces tests?

Certains croient que la réplicabilité exige qu'un phénomène puisse être reproduit sur demande, à volontéCe n'est pas le cas. Les volcanologues, par exemple, affinent leur « modèle » théorique décrivant les éruptions à chaque nouveau volcan qu'ils étudient. On ne leur demande pas pour autant d'être en mesure de provoquer une éruption sur commande! De même, si chaque relation sexuelle n'entraîne pas une grossesse, on ne remet pas en question la certitude que c'est comme cela que l'être humain se reproduit…

Toute expérience qui ne peut être reproduite doit être considérée d'emblée comme une coïncidenceLe coup de chance du médium lors de prédictions n'est pas une preuve tangible qu'il est clairvoyant. Cela prouve seulement que nul ne peut se tromper à 100 % des essais!

4. L'exhaustivité.

On requiert d'une théorie ou d'une affirmation qu'elle soit exhaustive. L'exhaustivité exige que toutes les données disponibles soient prises en compte pour tirer des conclusions. Plusieurs théories font fi du critère d'exhaustivité.

Pleine lune et accouchements.

Des médecins montréalais, curieux de vérifier l'adage selon lequel il y a plus d'accouchements les nuits de pleine lune, ont évalué le nombre moyen d'accouchements les soirs en question et lors des soirs sans pleine lune, et noté la phase lunaire lors des nuits « tranquilles » et lors des nuits « achalandées »Leur conclusion : il n'y a aucune corrélation entre les phases lunaires et le nombre d'accouchements! Si certaines anecdotes « prouvent » que la pleine lune augmente ce nombre, une étude de toute l'information les contredit (6)!

Biorythme.

Les tenants du biorythme présentent unepléthore d'événements dramatiques survenus alors que les individus concernés étaient à des jours « critiques » de leur biorythme. Ils passent sous silence les millions de jours « critiques » où rien n'est arrivé et les événements survenus pendant des jours « au beau fixe ». En analysant les biorythmes des joueurs des Blue Jays de Toronto, un « bioscientifique » a tenté de prédire les victoires lors de matchs de fin de saison. Ses résultats furent égaux au hasard (7).

Publicité subliminale.

On ressasse régulièrement la « démonstration » faite dans les années cinquante à l'effet que l'insertion d'images imperceptibles dans un film pouvait augmenter de façon dramatique les ventes de boissons gazeuses et de maïs soufflé dans les cinémas. Pourquoi ne mentionne-t-on pas que jamais personne n'a réussi à reproduire ce supposé phénomène? Pourquoi ne dit-on jamais que l'auteur de la fameuse étude, M. James Vicary, a confessé lui-même en 1962 avoir monté l'affaire de toutes pièces (8).

Présence extraterrestre dans notre passé.

Von Daniken est cet auteur rendu célèbre par sa présentation d'une peinture précolombienne présentant un homme aux commandes d'un « vaisseau spatial. » Il prétend que les archéologues sont désemparés devant ce phénomène. Pourtant, des archéologues sérieux ont bel et bien présenté l'illustration en question avec une explication très claire : elle symbolise la mort d'un homme et son retour à la terre d'où rejaillit la vie… Pourquoi Von Daniken passe-t-il cela sous silence (9)?

Invincibilité

Certains médiums disent être « imperméables » à la chaleur et prétendent le prouver en faisant couler sur leurs mains un métal liquéfié par la chaleur ou en marchant sur des tisons ardentsPlusieurs physiciens se sont penchés sur le problème et ont reproduit ces phénomènes à volonté.

Dans le premier cas, la chaleur du métal en fusion entraîne l'évaporation de l'humidité de la peau, y formant alors une couche isolante. Dans le second cas, l'isolation due aux cendres et la faible conductivité du bois expliquent facilement la « prouesse ». Nul besoin de pouvoirs paranormaux! Aucun de ces médiums ne peut manipuler impunément de l'eau bouillante ou mettre le pied sur une plaque chauffante de cuisinière. Par contre, en se léchant les doigts, n'importe qui peut éteindre une chandelle en pressant légèrement la mèche ou appuyer rapidement sur un fer à repasser brûlant pour en vérifier la température (10)!

Traces d'atterrissage d'ovnis.

Les botanistes savent depuis des dizaines d'années que certains champignons souterrains peuvent faire mourir la végétation de surface en forme de ronds ou de cercles de plusieurs mètres de diamètrePourquoi mettre ces connaissances de côté pour interpréter un cercle de végétation « brûlée » comme étant une trace d'atterrissage (11)?

5. La cohérence.

Les prétentions des charlatans contredisent souvent leurs actes et vice versa. On a maintes fois démontré que des sourciers sont incapables de localiser des conduites d'eau sous quelques pouces de terre alors qu'ils affirmaient pouvoir le faire aisément (12). Aucun astrologue ne peut distinguer un meurtrier en série d'un prix Nobel de la paix à partir de sa carte du ciel (13)… Les médiums prétendant voir une « aura » spirituelle autour de chaque personne sont incapables de réussir un test élémentaire pour le démontrer (14).

On parle ici soit d'incohérence, soit d'incapacité de produire les résultats que l'on promet. Dans le domaine pratique, ces incohérences rejaillissent rapidement. Ainsi, on a dû convenir que le milieu du cycle menstruel n'est pas une période d'infertilité, bébé oblige… Face à des prétentions paranormales qui ne se réalisent jamais, combien d'incohérences sont nécessaires pour que l'on abandonne les prétentions? On doit mesurer les prétentions paranormales à la lumière de leur cohérence.

Conclusion.

En appliquant la méthode scientifique, il est possible de comprendre l'Univers tel qu'il est vraiment, par-delà nos sens limités. Elle permet aussi de transcender nos émotions et nos désirs pour rationaliser le monde qui nous entoure. La méthode scientifique n'est pas une mode ou une autre façon de voir les choses. Elle est la seule façon fiable, reproductible et cohérente de mesurer la réalité.

Appliquer la méthode scientifique à la vie de tous les jours est relativement simple. Cela demande cependant un petit effort pour mettre en doute nos perceptions et questionner les informations qu'on nous présente comme des vérités établies et démontrées. En appliquant les critères que nous avons décrits, il est possible d'évaluer avec assez de précision la confiance qu'on peut mettre dans ce que l'on nous dit. Le scepticisme, c'est cela.

Être sceptique, c'est avoir un esprit ouvert, mais non crédule.

Un sceptique est quelqu'un de curieux, qui veut comprendre. Il est ouvert à tout ce qui l'entoure. Il ne nie rien à priori, mais n'accepte rien d'emblée, sans preuve. Il pose des questions et évalue les réponses qu'il obtient. Il croit que dans la majorité des cas, la réalité suffit à expliquer les phénomènes « étranges » et les coïncidences que nous rencontrons presque quotidiennement autour de nous. Il croit en l'intelligence et sait qu'il est souvent sage de remettre son jugement à plus tard lorsqu'il sent qu'il n'a pas en main toutes les informations nécessaires…

Notes

(1) L'expérience dont il est ici question est, entre autres, relatée par Elizabeth E. Loftus dans Eyewitness Testimony, publié au Harvard University Press en 1979. Cet ouvrage désamorce les prétentions que peuvent avoir les témoins d'un événement.

(2) Voir Larry Kusche, The Bermuda Triangle -- Solved, Prometheus Books, 1980; Jules Metz, La vérité sur le triangle des Bermudes, Robert Laffont, 1988Voir aussi les Québec sceptique #10, mars 1989, p. 14, et #24, décembre 1992, p. 25.

(3) Voir : Henri Broch, Au coeur de l'extra-ordinaire, L'horizon chimérique, et Paul Kurtz, The Transcendental Temptation, Prometheus Books. Voir aussi l'article de Susan Blackmore, « Expériences au seuil de la mort », à paraître dans le QS #26.

(4) Voir : Ronald Binns, The Loch Ness Mystery Solved, Prometheus Books.

(5) Voir : James E. Alcock, Parapsychologie : Science ou Magie?, Flammarion, 1981.

(6) Voir : Christian Hausser, Richard Bornais et Sylvie Bornais, « L'influence du cycle lunaire sur les accouchements », L'Union médicale du Canada, juillet 1985; I.W. Kelly, James Rotton & Roger Culver, « The Moon Was Full and Nothing Happened », Skeptical Inquirer, hiver 1985/86. Aussi, « Worldwide Disasters and Moon Phase », Skeptical Inquirer, printemps 1990, p. 298-301.

(7) Voir : Anthony Wheeler, « Biological Cycles and Rhythms Vs. Biothythms », Skeptical Inquirer, automne 1990, p. 75-82.

(8) Voir : Bernand Demers, « Le subliminal : de l'information à la désinformation », QS #23, septembre 1992, p. 26-29; « The Cargo-Cult Science of Subliminal Persuasion », « Subliminal Perception : Facts and Fallacies » et « Subliminal Tapes : How to Get the Message Across », Skeptical Inquirer, printemps 1992, p. 260 à 287.

(9) Voir : William H. Stiebing jr, Ancient Astronauts, Cosmic Collisions and Other Popular Theories About Man's Past (Atlantis, Pyramids, Noah's Ark), Prometheus Books, 1984, 215 pages.

(10) Voir : « Mind-Over-Matter Cults Play with Fire », Skeptical Inquirer, hiver 1985/86, p. 182; « Firewalking and physics », Skeptical Inquirer, printemps 1986, p. 384-386; « Firewalking », Skeptical Inquirer, hiver 1986/87, p. 134-135; « Science Walks the Hot Coals », Skeptical Inquirer, automne 1990, p. 28.

(11) Voir : Philip J. Klass, UFOs : The Public Deceived, Prometheus Books, 198?, 308 pages; Joe Nickell & John F. Fischer, « The Crop-Circle Phenomonon », Skeptical Inquirer, hiver 1992, p. 136-149.

(12) Voir le chapitre 13 de l'ouvrage de James Randi, Flim-Flam! (Psychics, ESP, Unicorns and other Delusions), Prometheus Books, 1982, 345 pages.

(13) Voir : « Astrologue, confieriez-vous vos enfants à…? », QS #20, janvier 1992, p. 4.

(14) Voir : Robert W. Loftin, « Auras : Searching For the Light », Skeptical Inquirer, été 1990, p. 403-409; Geoffrey Dean, « Psysiological Explanation of Human "auras" », Skeptical Inquirer, été 1991, p. 402-403.

Copyright © 1999-2016 Les Sceptiques du Québec, inc.