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La légende de l'homéopathie : des mises au point qu'appelle la raison

par Georges-André Tessier

Extrait du Québec Sceptique no 26, page 31, été 1993.

L'ouverture de la Commission parlementaire sur les thérapies alternatives a été l'occasion de discours enfiévrés et d'une importante enflure de langage. Ces symptômes, croyons-nous, appellent une intervention thérapeutique qui faute d'être « alternative » se contentera d'être professionnelle.

Dès le début, nous ne prétendrons pas guérir, ni même soigner, tous les malades. Nous ne ferons que quelques mises au point sur les médecines douces en prenant un exemple particulier : l'homéopathie. Nous avons choisi cet exemple parce que l'homéopathie est la thérapie alternative dont les prétentions scientifiques sont les plus présomptueuses et parce qu'elle cherche actuellement à s'introduire subrepticement dans le système de santé en profitant de la percée et de l'écran que lui offre une technique beaucoup plus légitime qu'est l'intervention des sages-femmes.

Au niveau du discours, retenons ceci :

D'abord, l'homéopathie joue double jeu. Le moindre article sur l'homéopathie qu'on trouve dans les pages d'une presse complaisante(1) fait valoir tout à la fois cette technique comme « une thérapie nouvelle » et comme « remontant à la nuit des temps ». Il est normal de chercher à se faire du crédit en faisant valoir ses racines anciennes ou de faire excuser ses lacunes en plaidant sa jeunesse, mais dire à la fois qu'on est nouveau et ancien, n'est-ce pas beaucoup?

Ensuite, les homéopathes, pour se décrire eux-mêmes, brandissent des qualificatifs flamboyants qui ont bonne presse. On n'hésite pas à se dire « plus respectueux de l'individu, plus naturel, plus global », et surtout « holistique » le nouveau mot-clé des médecines occultes. Qu'est-ce qu'une thérapie cloisonnée aux symptômes et à une caractérologie douteuse peut avoir de plus global, de plus holistique? En quoi des granules et des gouttes homéopathiques dérivés de produits toxiques sont-ils plus naturels que des antibiotiques? L'homéopathie se garde bien de répondre à ces questions.

Finalement, les homéopathes prétendent que leurs potions ont des propriétés curatives. Elles aideraient, paraît-il, à stimuler le système immunitaire, à prévenir des maladies et à remettre sur pied des personnes déjà malades. Par ailleurs, ces résultats miraculeux des médicaments homéopathiques seraient obtenus « sans effets secondaires ».

Devant de tels énoncés, on se surprend que la plupart des médecins se privent d'un arsenal « aussi efficace » (!) pour faire la guerre aux maladies. Mais voilà où le bât blesse : l'homéopathie n'est efficace que dans l'imaginaire et le discours des homéopathes.

La science dit : Non!

Des centaines de recherches portent sur les principes chimiques présumés par les homéopathes et sur l'efficacité des médicaments homéopathiques. La plupart sont le fait d'homéopathes et, de l'aveu même des homéopathes (2,3), de très mauvaise qualité. Les seules recherches qui respectent les critères de rigueur scientifique montrent que les principes homéopathiques sont invraisemblables et que les granules homéopathiques ne sont pas plus efficaces que des granules de sucre de même apparence. Ils ne sont efficaces ni pour les adultes, ni pour les enfants, ni pour les animaux.

Une seule étude clinique a été réalisée conjointement par des homéopathes et des savants sceptiques dans le respect des critères de rigueur scientifique. Elle fut commandée en 1985 par le ministère des Affaires sociales français à l'I.N.S.E.R.M. L'évaluation portait sur deux médicaments homéopathiques censés hâter la reprise des transits intestinaux après chirurgie. Les résultats publiés dans The Lancet (4) montrent de façon incontestable l'inefficacité des deux produits.

Un conte de fée savamment entretenu

La vente des granules et des gouttes homéopathiques rapporte des centaines de millions (5) aux compagnies qui les fabriquent. Aussi, lorsque par accident ou par négligence, un chercheur isolé trouve des résultats qui semblent confirmer les chimères homéopathiques, il jouit automatiquement d'une large diffusion dans les pharmacies et les organismes de presse (en France, tout au moins) payée, bien sûr, par les compagnies pharmaco-homéopathiques. Par contre, lorsque dans les mois qui suivent, des laboratoires indépendants refont l'expérience de ce chercheur isolé et obtiennent de tout autres résultats, leurs conclusions négatives ne jouissent d'aucune publicité.

Si les médicaments homéopathiques reposent sur des principes farfelus, les campagnes de marketing des compagnies pharmaco-homéopathiques sont, par contre, beaucoup plus scientifiques.

Que contiennent les granules?

L'échec des médicaments homéopathiques sur le terrain de l'expérience clinique n'a rien de surprenant lorsqu'on prend la peine de demander aux homéopathes ce qui se trouve dans leurs granules. Les manuels d'homéopathie nous expliquent candidement que leur potion est préparée à partir de produits toxiques (exemple : pétrole, mercure, acide nitrique) censés produire en faible dilution les mêmes symptômes que ceux qu'ils prétendent soigner.

Ces produits sont ensuite dilués dans des volumes d'eau (ou d'autres solvants) considérables, généralement des milliards de milliards de fois plus importants que le produit. La dilution est si importante que, de l'aveu même des homéopathes, pour plusieurs prescriptions, les granules ne contiennent même pas une molécule du produit de départ. Pour expliquer l'action des granules où il n'y a plus de produit initial, les homéopathes sont alors contraints d'évoquer un mécanisme magique qu'ils appellent « la dynamisation ». La science et le bon sens, pour leur part, nous montrent plutôt que si les granules homéopathiques ne sont pas plus efficaces que des granules de sucre, c'est tout simplement parce que ce sont des granules de sucre et rien d'autre.

Le mystère de la foi

On ne peut raisonner un croyant et, autour de nous, on trouve beaucoup de croyants : telle amie souffrant d'hémorragies utérines et qui se refusait au curetage recommandé par son médecin est guérie par les granules, tel migraineux et tel enfant à otites répétées sont maintenant libérés de leurs souffrances par l'homéopathie.

Ces guérisons spectaculaires n'ont rien de surprenant. Elles ne sont pas particulières à l'homéopathie. La médecine de Moyen Âge réalisait les mêmes exploits isolés en pratiquant des saignées. Le frère André faisait des miracles avec de l'huile de Saint-Joseph. Dans les études expérimentales, on trouve en effet des sujets qui guérissent après avoir pris des granules homéopathiques, mais dans les « groupes contrôles » de ces mêmes études où les sujets ne reçoivent que des granules de sucre, on trouve le même nombre de guérissons miraculeuses.

La médecine moderne ne peut se satisfaire ni des saignées, ni de l'huile de Saint-Joseph, ni des granules de sucre, parce que leurs effets miraculeux sont trop rares et trop imprévisibles. Elle doit se construire sur des traitements, imparfaits certes, mais dont les résultats sont raisonnablement fondés.

Notes

(1) Nouvelles C.S.N., 29 janvier 1993, numéro 354, p. 12-13.

(2) Aulas, J.J., An Al. (1985), L'homéopathie (approche historique et critique, et évaluation scientifique de ses fondements empiriques et de son efficacité thérapeutique), Éd. Roland Bettex. Hill C. et Doyon F. (1990), « Review of Randomized Trial of Homeopathy », Revue d'épidémiologique et de santé publique, 1990, vol. 38 no 2, p. 139-147. British Medical Association, Alternative Therapy, Londres, British Medical Association, mai 1986.

(3) Aulas, J.J., Bardelaiy, G. (1992) Homéopathie (état actuel de l'évaluation clinique), Éd. Frison-Roche.

(4) The Lancet, 5 mars 1988, p. 528-529.

(5) Rouzé, M. (1989), Mieux connaître l'homéopathie, Ed. La Découverte.

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