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Les thérapies du nouvel âge : à vos risques et périls

par Claude Lafleur

Extrait du Québec sceptique no 28, page 4, hiver 1994.

Nous rapportions dans le Québec sceptique no 27 (p. 8 à 10) la parution du guide pratique de l'ACEF-Centre sur l'industrie de la croissance personnelle, il s'agit de l'ouvrage intitulé Pour être bien dans sa peau sans y laisser sa peau. Nous en recommandons fortement la lecture à tous et à toutes, même aux personnes pour qui les cours de croissance personnelle ne sont d'aucun intérêt.

En effet, à la lecture de cet ouvrage, tout lecteur sceptique sera frappé par les similitudes entre ce domaine et celui des pratiques du nouvel âge (clairvoyance, ésotérisme, médecines parallèles, thérapies de tout acabit, etc.). Comme l'indique à juste titre le guide, les thérapeutes qui oeuvrent dans le domaine de la croissance personnelle ne sont pas tous blâmables, car il y a des professionnels, mais également quantité de profiteurs et de thérapies bidons. De même, ce constat sied très bien aux promoteurs du nouvel âge.

Les mises en garde effectuées par le guide de l'ACEF-Centre s'appliquent aussi à l'ensemble des pratiques paranormales, ésotériques et alternatives. Donc, en lisant les extraits que nous reproduisons ci-dessous, gardez à l'esprit que l'on parle en réalité de l'ensemble des pratiques qui nous préoccupent tous.

Rien ni personne ne garantit quoi que ce soit!

Comme le rapporte Pour être bien dans sa peau sans y laisser sa peau, nous éprouvons tous une tendance naturelle à croire que le professionnel d'un domaine quelconque est supervisé par une instance gouvernementale ou par un Comité d'éthique. Or, pour toutes les thérapies nouvelâgeuses, il n'en est rien. Ainsi on écrit :

Si le consommateur arrive difficilement à se procurer toute l'information pertinente pour faire ses choix, on pourrait croire que c'est un moindre mal. Une sérieuse institution quelque part doit bien contrôler les organisations de croissance personnelle et voir au respect d'un minimum de qualité dans les cours. Eh bien! c'est faux.

Le consommateur de cours qui n'a pas su se protéger lui-même en s'informant ne doit s'attendre à aucune protection de la part du milieu de la croissance ni de la part des autorités gouvernementales. Le consommateur qui achète un grille-pain aujourd'hui est mieux protégé que celui qui confie sa santé psychologique à un animateur de cours de croissance!

Les agences de voyage sont réglementées par une loi qui leur est propre et doivent aujourd'hui verser à l'Office de la protection du consommateur (OPC) une caution qui permet de dédommager les voyageurs victimes de pratiques douteuses. La vente itinérante est réglementée, tout comme l'industrie du taxi et certaines pratiques potentiellement dangereuses; on ne change pas l'entrée électrique d'une maison sans faire affaire avec un électricien dûment reconnu…

Mais en croissance personnelle, rien de tout cela. Pas le moindre règlement, pas le moindre contrôle, pas le moindre examen, pas la moindre caution à verser. Les consommateurs sont laissés à eux-mêmes. Rien, à part certains aspects de la Loi sur la protection du consommateur relatifs aux contrats (comment ils doivent être rédigés, ce qu'ils doivent contenir, les modalités de remboursement, les acomptes…) et aux pratiques commerciales comme la publicité.

C'est bien, mais cela ne règle en rien les problèmes plus importants posés par les cours : leur qualité et la pertinence des méthodes utilisées, la compétence des animateurs, les dommages psychologiques issus de pratiques douteuses, etc. Un cours de croissance personnelle tout à fait inadéquat peut être en même temps parfaitement légal aux termes de la Loi sur la protection du consommateur.

Pas d'association professionnelle (ou l'équivalent) non plus, ni de code d'éthique qui régirait les pratiques des animateurs et leurs relations avec la clientèle. Il y a peu ou pas d'auto-réglementation ou de tribunal d'arbitrage des plaintes organisés par le milieu, comme il en existe par exemple au Bureau d'éthique commercial (Better Business Bureau) pour les nettoyeurs. Les organisations qui offrent des cours de croissance, en concurrence les unes avec les autres, entretiennent très peu de rapports structurés entre elles.

Certains promoteurs admettent bien, en privé, que le milieu de la croissance compte sa part de charlatans. Mais rien n'est fait pour les identifier publiquement et les expulser du marché.
(p.19-20)

Au risque d'être redondant, répétons que tout ce qui précède s'applique aussi bien à la clairvoyance, à la médiumnité et à toute autre méthode du nouvel âge et quoi qu'en disent les promoteurs!

Mille et une cures pour tous les maux

Les thérapies de croissance personnelle et les nombreuses approches discutables se présentent souvent comme des cures miraculeuses, capables de traiter une vaste gamme de maux dont, surtout, les maladies réputées incurables. Généralement, mais sans nécessairement le dire, on crie aux miracles. Pour le constater, il n'y a qu'à lire les dépliants publicitaires que distribuent les « thérapeutes » ou, plus simplement, les petites annonces des quotidiens, les revues ésotériques ou même Les pages jaunes. Et pourtant…

Il ne semble pas y avoir de limites aux miracles que pourraient réaliser certains cours de croissance autres que l'imagination débordante de leurs promoteurs. Souvent, des buts de tous ordres sont promis en même temps : on améliore sa santé physique, on réussit en affaires, on trouve le bonheur et le confort psychologique, et on progresse spirituellement.
(p. 47-48)
De telles promesses sont rocambolesques et irréalistes. Elles trahissent un grave manque de sérieux de la part des organisations qui les énoncent. Que plusieurs personnes y prêtent foi dénote sans doute aussi chez elles une certaine naïveté ou à tout le moins un désir puissant de croire qu'il est possible d'améliorer dans des proportions aussi spectaculaires leur vie personnelle.
(p. 47)
Plus encore, on aura noté que toutes les merveilles de bien-être physique, psychologique, financier, amoureux et autre qu'on laisse entrevoir pourraient être acquises gràce à une seule et même méthode universelle. Beaucoup de promoteurs présentent leurs cours comme une sorte de remède unique pour tous les maux.
(p. 48)

Or,

même à l'ère du fast-food, la recette pour la transformation instantanée de l'esprit humain n'a toujours pas été inventée.
(p. 49)
Aucun cours de croissance personnelle ne peut prétendre être LA méthode convenant à tout le monde, peu importe les objectifs à atteindre ou les difficultés à résoudre.
(p. 50)
Une bonne formation des animateurs, loin de les amener à croire à leur toute-puissance, les rend modestes et capables d'accepter les limites de leur intervention. Étant conscient qu'il ne peut aider tout le monde, l'animateur devrait disposer d'une liste de ressources auxquelles il réfère les personnes dont le problème dépasse ses capacités. Mais encore faut-il qu'il puisse s'en rendre compte.
(p. 58)
Méfiez-vous des titres ronflants et rappelez-vous que le titre de « psychothérapeute » n'est encadré d'aucune façon que ce soit et qu'en conséquence, n'importe qui peut s'annoncer sous ce titre
(p. 59)

« À bat la Raison, et vive la Foi! »

Contrairement à ce qu'on prétend souvent, les connaissances nouvelâgeuses ne reposent sur rien de scientifique. Elles sont plutôt fortement basées sur la foi et la magie. Le mystère et le merveilleux y jouent d'ailleurs un rôle important pour captiver et entretenir l'intérêt du croyant.

Ainsi,

la logique et la raison, deux des fondements de notre existence, n'ont pas bonne presse à l'intérieur de bien des cours de croissance. Plusieurs d'entre eux, surtout ceux d'inspiration nouvel âge, disent offrir un « savoir plus complet » que ce que la raison permet d'obtenir. Ce savoir n'a pas à être expliqué ni prouvé. Ce n'est pas pour rien que les animateurs ne se donnent pas la peine d'expliquer leurs exercices.
(p. 111)
Avec la raison doit aussi être écarté ce qui l'accompagne : la patiente, laborieuse et incessante recherche de la vérité dans les faits, l'expérimentation, l'organisation systématique et la confrontation des informations recueillies, la vérification des hypothèses, le besoin de preuves pour soutenir un point de vue… Voilà autant de vieilleries que certains cours aimeraient bien reléguer dans les musées d'histoire ancienne.
(p. 112)

Dans certaines organisations de croissance, on se sert de la caution morale de la science, et des termes de la science, mais on pratique fort peu la rigueur scientifique. Les sources d'information restent incertaines, et trop souvent l'information prend plutôt l'allure d'anecdotes qu'on se répète de bouche à oreille ou d'un texte à l'autre sans qu'on puisse en vérifier la source.

Le problème avec cette remise en question de la raison, de la logique et du bon sens, c'est que les clients des cours de croissance n'ont plus aucune base pour jeter un regard critique sur ceux-ci. S'il ne faut plus de preuve pour avancer une idée, si les objections et les questionnements sont immédiatement repoussés et étouffés comme étant des émanations perverses de la raison, les clients se retrouvent démunis et livrés aux animateurs. Il leur reste à croire. Mais croire, ce n'est pas nécessairement croître.

(p. 114)

Après avoir terminé la lecture de Pour être bien dans sa peau sans y laisser sa peau, on réalise ô combien il est facile de tomber sous le charme des promoteurs des cours de croissance personnelle. Et, en élargissant notre réflexion à l'ensemble des pratiques du nouvel âge, on en vient à considérer qu'il est pratiquement impossible de ne pas se « faire avoir » un jour ou l'autre et d'une manière quelconque. Les « pièges » sont si nombreux et les « thérapeutes » si habiles…

En refermant l'ouvrage, on est tenté de se dire : « Allez, maintenant que je sais, je n'ai qu'à ne plus me faire prendre… » Mais on sait pertinemment bien que la tentation demeurera toujours grande!

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