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Le monstre du Loch Ness : une fin en queue de poisson?

par Danny Lemieux

Extrait du Québec sceptique no 30, page 4, été 1994

Source : « Le canular du Loch Ness : les Écossais font contre mauvaise fortune bon coeur », La Presse, 19 mars 1994, p. I-10, Pat Reeder, « The Third Eye » (chronique), The North Texas Skeptic, avril 1994, p. 6, et Au coeur de l'extra-ordinaire, Éditions L'Horizon chimérique, 1991, p. 16 et 17.

La plus connue des légendes écossaises a pris des allures de canular. La vérité a vu le jour après soixante ans de mystère. Néanmoins, chaque année, plus d'un demi-million de touristes viennent admirer la baignoire du serpent de mer…

Les premiers ressacs de cette histoire nébuleuse ont pris naissance dans un article de l'Inverness Courrier. En effet, dans l'édition du 2 mai 1933, on pouvait lire sous la plume d'un auteur anonyme le récit suivant : le vendredi précedent, un homme d'affaires local, John Mackay, et son épouse auraient vu quelque chose de bizarre dans le lac Ness. Rien de nouveau toutefois puisque d'autres témoignages abondaient déjà dans le même sens depuis 1850.

Mais, l'année suivante, une mystérieuse photographie est venue confirmer la présence du monstre de mer. Celle-ci montre la tête d'un énorme « poisson » nageant paisiblement sur les eaux du Loch Ness. Or, n'eut été de cette photo, la légende de Nessie n'aurait certainement pas fait le tour du globe.

Ce n'est que récemment - donc 60 ans plus tard - que Christopher Spurling, 90 ans, a dévoilé sur son lit de mort le pot aux roses. La fameuse photo n'était qu'une tête de serpent de mer accrochée à un petit sous-marin mécanique. Les dessous de l'affaire sont maintenant dévoilés, la mèche a été vendue…

Une légende cousue de fil blanc

Cette intrigue a, au fil des ans, fait l'objet de nombreuses spéculations, mais, malgré le résultat d'échos-sonar ou de « photographies exclusives », rien n'a pu prouver l'existence du « poisson-dinosaure ». Par contre, on taisait volontairement certaines informations qui auraient nui au Mystère…

Ainsi, on sait depuis longtemps que l'auteur de l'article de l'Inverness Courier est en fait Alex Campbel, jeune garde-pêche du Loch Ness et que le couple qui a vu l'« onni » (objet nageant non identifié) était propriétaire d'un hôtel du village de Drumnadrochit. Or, comme par hasard, les belles lucarnes de leur hôtel donnaient directement sur… le lac Ness. Voilà donc une excellente technique de marketing pour attirer la clientèle.

La nature de ces détails fait dire à Henri Broch, dans son ouvrage Au coeur de l'extra-ordinaire, que : « Sans vouloir privilégier aucune hypothèse, je persiste à penser qu'il est anormal que de telles informations aient été volontairement occultées. »

Aujourd'hui, grâce aux révélations de M. Spurling, on apprend que l'auteur de la photo truquée a bénéficié de l'aide de trois complices et d'un employé du quotidien Daily Mail pour concocter l'histoire.

M. Spurling a révélé que son beau-père, Marmaduke Wetherell, cinéaste et grand chasseur sportif, aurait été engagé par le Daily Mail pour débusquer la fameuse bête. Or, ne voulant décevoir quiconque, il aurait demandé à son beau-fils (Spurling) d'en confectionner un de toute pièce. Celui-ci a expliqué que le « monstre » était un sous-marin jouet, long d'une quarantaine de centimètres, auquel il avait ajouté un cou et une tête faits avec de la pâte à bois. L'engin aurait été mis sous l'eau et photographié.

M. Spurling a expliqué que cette petite mise en scène a créé un tel émoi que tous les conspirateurs ont par la suite craint de se confesser. Voilà pourquoi ils auraient gardé le silence durant tant d'années.

Il semble néanmoins que ces révélations ne nuiront aucunement aux « recherches scientifiques » actuellement en cours dans le célèbre lac écossais. En effet, Adrian Shine, du Loch Ness Project, a déclaré aux journalistes qu'il y a tant de témoins (dont la plupart, oh surprise !, prétendent avoir vu quelque chose ressemblant à la fameuse photo truquée), que les études financées généreusement par la chambre de commerce locale se poursuivront. On rapporte que les chercheurs comptent toujours envoyer un sous-marin à la recherche de Nessie…

De son côté, le directeur de l'Office du tourisme d'Inverness soutient que « peu importe que la photo soit vraie ou fausse, ce qui compte, c'est qu'on parle du monstre » !

Comme on le constate déjà avec d'autres légendes, peu importe les éclaircissements qui seront apportés dans l'affaire du Loch Ness, il se trouvera toujours quantité de gens pour y croire… coûte que coûte.

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