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Comment et pourquoi se protéger des activités de certains guérisseurs?

par Ken Holland

Extrait du Québec sceptique no 30, page 44, été 1994.

Lors de leur réunion mensuelle du 23 septembre 1993, les Sceptiques du Québec m'ont invité à présenter une conférence dont le thème portait sur les nouveaux cas de guérisseurs québécois. Il me fait plaisir de vous exposer dans ce bulletin la teneur de cette conférence : il s'agit en fait de se doter d'un mécanisme d'alerte intérieur afin de se protéger des activités de certains guérisseurs.

Mais tout d'abord, je profite de cette occasion pour féliciter le travail accompli par le groupe des Sceptiques du Québec, qui tend à maximiser la liberté de choix du public en lui transmettant de l'information fiable.

Il est certain que la majorité d'entre nous a d'une façon ou d'une autre, par la voix des médias, été informée de certains détails sur les victimes des « Médecins du Ciel », de la « Secte de Moïse », etc. Cependant, à titre de poursuivant dans certains de ces dossiers de pratique illégale de la médecine, il est préférable de m'abstenir ici de tout commentaire pour la simple raison que plusieurs causes sont actuellement en cours de procédures devant les tribunaux. Néanmoins, j'aimerais à titre d'introduction, vous donner un exemple du genre de plaintes qui parviennent à nos bureaux.

Désordres alimentaires : jeûne, aliments naturels, homéopathie…

Vers la fin des années 1980, une jeune femme oeuvrant elle-même dans le domaine de la santé s'est rendue avec sa mère dans une clinique de jeûne intégral, dans un État du centre-ouest américain. Après quelques jours de jeûne, la mère a dû sortir d'urgence de cette clinique à cause de son état diabétique non traité.

La jeune fille, elle, suite à cette expérience en clinique de jeûne, s'achemina graduellement vers l'anorexie et la boulimie. Ainsi, pour se nourrir, elle consommait un mélange de plusieurs comprimés de vitamines et d'aliments dits naturels et, lorsqu'elle voyait son poids diminuer, tentait de manger des aliments provenant de source animale; mais son esprit rejetait ces aliments, ce qui la forçait à régurgiter le tout.

Pendant l'un de ces durs moments de transition entre l'anorexie et la boulimie, elle décida de consulter en homéopathie, par le biais du personnel d'un magasin d'aliments naturels. La raison de sa consultation était des rages de sucre, des troubles de digestion ainsi qu'une douleur au côté droit. Après avoir complété le questionnaire habituel en homéopathie, elle a reçu un diagnostic de dysfonction de la glande thyroïde et des surrénales.

On lui prescrit donc des gouttes homéopathiques. Quelques jours plus tard, elle a avisé la préposée du magasin d'alimentation que, suite à la prise des gouttes homéopathiques, elle avait fait une rechute de boulimie, des éruptions de boutons au visage étaient apparues et elle avait constaté une recrudescence des rages de sucre. Elle est devenue très dépressive, avec des tendances suicidaires et était également sujette à l'insomnie. Elle s'est de nouveau plainte à la préposée du magasin d'aliments naturels qui l'a avisée de rester calme. Il s'ensuivit un problème de diarrhée. Cette jeune femme a finalement dû se faire traiter par un psychiatre.

Sur le comptoir de ce même magasin d'alimentation naturelle, à la disposition de tous les clients, on trouvait un feuillet qui revendiquait ce qu'un seul produit pouvait faire, notamment :

Avez-vous des problèmes de santé? Amaigrissement, anémie, mauvaise circulation, fatigue, nervosité, insomnie, mauvaise digestion, manque de mémoire, constipation, maux de tête, foie lent, arthrite, rhumatisme, etc. L'organisme entier peut être guéri. De cette façon, les affections les plus aiguës sont quelquefois guéries en quelques minutes, et généralement en quelques heures. Les maladies chroniques et peu aiguës disparaissent en proportion. Nous pouvons facilement dire qu'il n'y a aucune maladie qui ne puisse être guérie de cette manière…

La fraude

Un tel cas peut se retrouver aussi bien dans le quartier d'une grande ville que dans le centre d'achats d'une plus petite localité, ou encore au magasin de la rue principale d'un petit village éloigné. Le consommateur, à cause de sa routine quotidienne ou d'une information véhiculée par le « bouche à oreilles », subit consciemment ou non les pressions d'un marketing omniprésent. Peut-on les appeler « guérisseurs modernes »?

Les guérisseurs modernes, grâce à l'accessibilité aux médias de tout genre et à un battage publicitaire, ont su s'adapter et raffiner leurs méthodes de guérison qui émanent de pratiques populaires du passé, de traditions ancestrales. En fait, l'histoire se répète. Voici un exemple plus récent.

En janvier 1989, à la suite d'une recommandation au ministère de la Justice, un juge de la Cour supérieure du Québec accordait l'émission d'une injonction permanente contre un individu du Québec, l'enjoignant de cesser toute forme de pratique illégale de la médecine, tel que le prévoit la loi médicale, en lui précisant que, s'il récidivait, il serait traduit en justice pour outrage au tribunal.

Pourtant, en décembre 1991, celui-ci récidivait…

Une dame de l'Alberta, en visite chez ses parents à Québec, apprenait que cet individu pouvait guérir son problème de phobie de l'obscurité. Elle le consulta et accepta de lui verser la somme de 3000 CAD. Comme traitement, il lui demanda de se dégager le sein droit afin de pouvoir le palper et de lui transférer de l'énergie.

Ensuite, il lui indiqua qu'elle devait suivre la cure suivante : une vitamine plus douze minéraux par jour, prendre un bain de pieds dans la glace suivi d'une friction au « Vicks » avant de se coucher, manger du foie et du poisson tous les jours, penser à lui à 19 heures et, pour terminer, placer une petite lumière bleue dans sa chambre à coucher celle-ci signifierait sa présence. La dame se rendit vite compte de son erreur et tenta de récupérer son argent, mais en vain. Elle porta alors plainte à la Corporation.

Comment détecter la fraude.

En février 1993, le New York State Journal of Medicine dédiait ses 150 pages à la fraude dans le domaine de la santé. En outre, cette revue mettait en évidence une annonce publicitaire créée dans le cadre de la semaine d'éducation en santé, parrainée par le Département de la santé de New York. Intitulée « La fraude dans le domaine de la santé et le charlatanisme », le slogan énonçait : « Si ce que l'on vous propose est trop invraisemblable pour être vrai, il en va probablement de soi ». Cette avis se terminait par un sommaire d'informations sur la fraude dans le domaine de la santé présenté sous la forme des questions et réponses qui suivent.

En quoi consiste la fraude dans le domaine de la santé?

Elle consiste à faire la promotion de remèdes inefficaces et non éprouvés dans un but lucratif, en les qualifiant habituellement de « curatifs » ou pouvant aider à la guérison de diverses maladies ou problèmes.

Qui sont les victimes de la fraude dans le domaine de la santé?

Environ 40 millions d'Américains utilisent chaque année des produits frauduleux. Personne n'en est exempt; les victimes vont de l'enfant au berceau jusqu'aux personnes âgées.

Quels sont les coûts rattachés à la fraude dans le domaine de la santé?

Il est estimé que les Américains dépensent environ 30 milliards annuellement pour se procurer des produits et des traitements inefficaces et souvent nocifs. Il ne faut pas non plus oublier l'aspect émotif et physique de ces coûts. Un individu sur dix ayant utilisé des remèdes frauduleux a subi des effets secondaires. D'autres abandonnent les traitements reconnus, souvent avec des résultats tragiques.

Qu'est-ce qu'un charlatan?

Un charlatan est une personne qui prétend pouvoir guérir une maladie ou un problème de santé. Il s'agit d'un « guérisseur » qui sait que ses revendications sont fausses. Les charlatans ont tendance à simplifier les choses en mettant l'accent sur les besoins psychologiques de l'individu plutôt que sur le problème d'ordre physique.

Quels sont les moyens les plus utilisés dans les fraudes du domaine de la santé?

Selon les énoncés de la Food and Drug Administration, les moyens les plus utilisés se rattachent aux fausses cures pour soulager l'arthrite, aux fausses cliniques pour cancéreux, aux fausses cures du sida, aux pertes de poids instantanées, aux prétendues aides sexuelles, aux faux traitements de rajeunissement et aux fausses diètes.

Quelle est la meilleure protection contre la fraude dans le domaine de la santé?

Il s'agit d'avoir accès à la bonne information, de devenir un consommateur « sceptique » en matière de produits, d'appareils et de traitements reliés au domaine de la santé.

Comment peut-on reconnaître les fausses prétentions dans le domaine de la santé?

Lorsque vous considérez un produit ou un service inconnu, recherchez les mots-clés tels que : « Guérison rapide et facile », « Découverte scientifique », « Ingrédients naturels », « Diagnostic par ordinateur » et « Succès garanti »!

Qui peut vous aider?

Il existe une série d'organismes et d'institutions qui peuvent vous aider, notamment [au Québec] :

  • Office de la protection du consommateur
    Village olympique
    5199, rue Sherbrooke Est
    Bureau 3671, Aile A
    Montréal (Québec) H1T 3X2
    Tél.: (514) 873 - 3701
  • Santé et Bien-être Canada
    Direction générale de la Protection de la santé
    1001, rue Saint-Laurent Ouest
    Longueuil (Québec) J4K 1C7
    Tél.: (514) 646 - 1353
  • Office des professions du Québec
    276, rue Saint-Jacques Ouest
    Montréal (Québec) H2Y 1N3
    Tél.: (514) 873 - 4057
  • Conseil des normes de la publicité
    4823, rue Sherbrooke Ouest, Suite 130
    Montréal (Québec) H3Z 1G7
    Tél.: (514) 931 - 8060
  • ACEF-Centre Montréal
    1215, rue de la Visitation
    Montréal (Québec) H2L 3B5
    Tél.: (514) 598 - 7288
  • Info-Secte
    5655, avenue du Parc, Bureau 305
    Montréal (Québec) H2V 4H2
    Tél.: (514) 274 - 2333
  • Société d'arthrite
    2075, rue Université, Bureau 1206
    Montréal (Québec) H3A 2L1
    Tél.: (514) 842 - 4848
  • Fondation québécoise du cancer
    2075, rue Champlain
    Montréal (Québec) H2L 2T1
    Tél.: (514) 527 - 2194
  • Société canadienne du cancer
    5151, boulevard de l'Assomption
    Montréal (Québec) H1T 4A9
    Tél.: (514) 255 - 5151
  • Corporation professionnelle des diététistes du Québec
    1425, René-Lévesque Ouest, Bureau 402
    Montréal (Québec) H3G 1T7
    Tél.: (514) 393 - 3733
  • Département de nutrition.
    Université de Montréal
    C.P. 6128, Succursale A
    Montréal (Québec) H3C 3P8
    Tél.: (514) 343 - 6398

Quel est le plus important message relié à la fraude dans le domaine de la santé ?

Si ce que l'on vous propose est trop invraisemblable pour être vrai… il en va probablement de soi. Ou : se poser la question, c'est déjà y répondre!

Thérapeutes improvisés… et faux traitements.

Pour terminer, j'aimerais aborder deux points qui se sont révélés préoccupants au Québec et aux États-Unis au cours des derniers mois.

Le premier point est le nombre inconnu de thérapeutes autodidactes, formés à gauche et à droite, qui traitent certaines personnes pour des maladies sérieuses ou parce qu'elles traversent une période de remise en question.

Ces guérisseurs/euses se disent qualifiés, soit par un don, soit par une connaissance acquise, pour communiquer avec des entités, ou encore permettre aux individus de régresser dans leur passé ou dans leurs vies antérieures pour retrouver des incidents soi-disant occultés qui, à leur insu, leur causent tous leurs problèmes de santé ou de comportement.

Ce qui est grave, et c'est là où l'on doit se poser des questions, c'est lorsqu'un thérapeute demande ou suggère à la personne en traitement, donc suppose, que celle-ci a eu une relation incestueuse avec un membre de sa famille. S'agit-il de la vérité ou d'un syndrome de faux souvenir acquis à force d'en parler et de tenter de le visualiser?

Il y a quelques années, j'ai rencontré une jeune femme d'environ 25 ans qui avait un psoriasis à la vulve. Son thérapeute lui a tout simplement dit qu'elle avait mis en veilleuse le fait d'avoir eu des relations incestueuses avec son père. Aussi, après m'avoir relaté dans le détail ses séances de « psychothérapie », cette jeune femme a terminé en me posant cette question : « Monsieur, la thérapie a eu lieu dans les mois précédant la période de Noël; or, je devais aller visiter mon père. Comment croyez-vous que j'ai pu me sentir lorsqu'il m'a prise dans ses bras pour m'accueillir ? » Ce cas n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

Le tout m'amène au deuxième et dernier point : une formation adéquate desdits « thérapeutes ». Il en va définitivement de la protection du public. Je suis d'avis que le grand nombre de personnes qui se prétendent praticiens de telle ou telle thérapie serait manifestement réduit si le gouvernement légiférait en établissant des critères minimaux de formation professionnelle à l'égard de tout organisme ou individu désirant prodiguer un enseignement quelconque dans le domaine de la santé. Car aujourd'hui, il est facile de constater que la personne privilégiée dans le domaine des « thérapies alternatives » est celle qui dispense les cours et en retire les bénéfices, laissant à ses élèves les tracas de la pratique et la possibilité des poursuites.

Bibliographie

Reader's Guide to Alternative Health Methods, American Medical Association, 1993.

New York State Journal of Medicine, Vol. 93, no 2, février 1993.

Pour le « libre choix » médical?

Louis Lamarre, qui milita en faveur des guérisseurs, n'a pas été tendre pour ceux qui spéculaient sur la douleur. Dans son ouvrage Guérisseur, qui es-tu?, Éditions La Palatine, il cite la lettre-piège adressée à huit cents guérisseurs, et ainsi conçue :

Ma femme est atteinte d'une petite tumeur au sein, et ce depuis un mois environ. Une biopsie a révélé qu'il s'agissait malheureusement d'une tumeur maligne. Le chirurgien consulté nous a garanti la guérison à 100 pour cent parce que le mal est pris à son début. Ma femme redoutant cette opération, pensez-vous l'éviter par un traitement approprié?

Sur huit cents « guérisseurs », rapporte Louis Lamarre, sept cent soixante-douze déconseillèrent l'opération chirurgicale et promirent de guérir la malade en échange d'honoraires substantiels. Onze incitèrent la malade à subir l'opération. Les autres indiquèrent seulement qu'ils ne soignaient pas le cancer.

Philippe Lebaud, Le Guide des guérisseurs et autres thérapeutes, p. 37.


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