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Une soirée des plus morbide. Au menu : mets italiens et suicide collectif!

par Danny Lemieux

Extrait du Québec sceptique no 31, page 13, automne 1994

Le 23 mai dernier, l'auditoire sceptique a les yeux rivés sur du jamais vu; elle devait assister à une tentative de suicide collectif! Sans angoisse ni râlement, Alain Bonnier, Pascal Forget et Michel Virard, trois membres des Sceptiques du Québec, devaient se moquer de la mort. Ils cognaient aux portes du repos éternel.

Dans l'assistance, pas de curé pour l'extrême-onction; la confiance est reine. Apparemment, personne ne s'inquiète du risque que courent leurs amis. La dose à ingurgiter est pourtant massive. Chaque « suicidé » avalera dix fioles homéopathiques au contenu fatidique : pas de petit zinc inoffensif ni de potassium curatif, mais plutôt des dérivés d'arsenic et de strychnine. Sont-ils héroïques ou cinglés? Reste à voir.

Les trois braves sceptiques se dirigent vers la table. Là, un bol à salade, une cuillère et trente fioles apocalyptiques les attendent. On se croirait à l'époque des pendaisons publiques. Incroyable! La tentative de suicide sera une opération sans anicroche, assurent les organisateurs. Tout est calculé (on ne pourrait dire mieux).

Selon la théorie homéopathique, plus une substance est diluée, plus puissants sont ses effets. Les organisateurs n'ont donc pas lésiné sur la dose; rien de moins des dilutions allant jusqu'à 30 cH pour bousiller les entrailles de convives. Aucune possibilité pour eux de s'en sortir.

Sourire aux lèvres et sans remords, la pharmacienne Lysandre Donaldson s'approche du micro. Elle prend soin de bien expliquer la sort qui attend les trois intrépides. « La dose létale, ou meurtrière, dit-elle, pour une intoxication aiguë à l'arsenic est de 120 mg c'est-à-dire l'équivalent de quelque grain de poussière [?]. Pas de chance, la mort apparaît en quelques minutes. Les principales manifestations sont la diarrhée liquide et sanguinolente, la peau devient froide et humide. La mort survient par défaillance du système circulatoire. Pour ce qui est de la strychnine, la dose létale est de 15 à 30 mg seulement; ce poison est l'un des plus virulent. Suite à son absorption, des convulsions se manifestent, des raideurs dans les genoux apparaissent, tous les muscles de l'organisme se contractent simultanément. La mort survient par défaillance respiratoire… »

Ma gorge se noue. Si ce n'était que de moi, je dénoncerais l'insouciance et les sauverait d'une mort affreuse! Je jettes pourtant un coup d'oeil dans la salle et je suis stupéfait : les gens jouissent du traitement choc que nos amis s'apprêtent à subir.

L'heure du crime approche. Sans crispation faciale visible, les trois futurs défunts déversent les fioles dans leur bol. Encore là, personne ne se lève pour intervenir. Que dois-je faire? Deux minutes s'écoulent. Les bols sont pleins de ces granules homéopathiques. Personne ne réagit : ni le président des Sceptiques ni même la conjointe de l'un des suicidés ne bronchent.

Visiblement heureux, nos trois suicidés se sourient pour la dernière fois. Ils portent un toast, cuillère en l'air. Cric, crac, croc!, les granules s'affolent dans leur bouche. La mastication semble ardue, mais aucune douleur ne fige leur figure joyeuse. On dirait des enfants devant des plats de bonbons. C'est à rien n'y comprendre.

Sans craindre d'être accusé de complot en vue de causer la mort, le psychologue Georges-André Tessier s'avance au micro. Un sauveur? « Je vais vous expliquer pourquoi ils survivront au suicide homéopathique » annonce-t-il calmement. Ma tension stagne et ma confiance de les revoir vivants reprend. Sur un ton humoristique, l'historique, les principes douteux et les études cliniques de l'homéopathie sont exposés au grand jour. Mes nerfs se détendent. Avant son discours, quinze bouteilles d'eau avaient été alignées devant la table des convives. Était-ce pour asperger nos amis en cas de surchauffe métabolitique?

Non. On se prépare plutôt à nous servir une expérience à la sceptique : le « café homéopathique »! Le procéder : mettre deux onces de café dans un litre d'eau. Agiter le tout en donnant deux secousses fortes. Prendre deux onces de ce mélange pour ensuite le diluer dans un autre litre d'eau. Refaire cet étape autre fois et pour obtenir un café homéopathique… dilué à 15 cH (seulement).

Le doute s'installe en moi…

La conclusion est claire : l'homéopathie n'est rien d'autre que du bonbon placebo. Comme nous l'a expliqué le biochimiste Jean-René Dufort, on trouve autant d'arsenic dans ces bonbons qu'il y en a dans un verre d'eau ordinaire.

Sans aucune prétention scientifique, le but de ce souper-suicide était de montrer l'absurdité des traitements homéopathiques. Même en tant que néophyte de la médecine, j'ai pu clairement établir le fait que nos trois collègues sceptiques étaient bien portant.

Avec tout le stress que j'ai subit ce soir-là, un bon petit café 15 cH m'aurait sûrement fait grand bien!

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