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Le complot Lanctôt

par Georges-André Tessier

Extrait du Québec Sceptique no 34, page 27, été 1995

L'ouvrage du Dr Guylaine Lanctôt, La Mafia médicale, est un livre éparpillé et syncrétique qu'il est bien difficile de critiquer de manière cohérente. Tout dans cet ouvrage est un tissu de contradictions : des présupposés méthodologiques jusqu'aux conclusions. Pour mieux mesurer l'ampleur des incongruités de Mme Lanctôt, nous avons choisi de considérer son propos sous différentes facettes.

Mettre de côté la raison... au profit de la voyance

Parmi les rares qualités de l'ouvrage, on observe le fait que son auteure, tout au début du prologue, formule clairement la méthode de recherche à l'origine de ses prétendues « découvertes ». Mme Lanctôt explique ainsi que ledomaine qu'elle nous invite à explorer avec elle ne se comprendra pas seulement avec la « logique » du cerveau mais davantage avec « l'intuition » du coeur (p. 4).

Pour ses lecteurs qui n'auraient pas compris les implications de sa méthode intuitive, l'auteure de La Mafia médicale précise que si l'on veut vérifier la véracité de ses conclusions, il ne faut pas chercher « les preuves, les références, les chiffres… » Elle nous avoue candidement que nous n'en trouverons pas dans son ouvrage. Mme Lanctôt propose les titres de plusieurs ouvrages dans les marges des pages de son livre, mais elle admet ne pas les avoir lus :

Certains, je les ai lus de bout en bout; d'autres, je les ai seulement feuilletés; d'autres enfin, je ne les ai pas lus du tout. Ça n'a pas d'importance…
(p. 4)

Comme critère de validité, Mme Lanctôt nous propose plutôt ce qu'elle appelle la « voix intérieure » qui loge dans « votre moi profond » (p. 4). Selon elle, toute vérité est subjective et seule la voix intérieure peut permettre aux individus de distinguer le vrai du faux. Plus loin dans le corps de son ouvrage, elle devient plus explicite encore en invitant carrément ses lecteurs à « faire taire leur raison » (p. 114)!

En réalité, Mme Lanctôt se trompe profondément. En matière de santé et de science, il n'est jamais bon de faire taire sa raison au profit de sa « voix intérieure » car, dans ces circonstances, on ne fait que s'enfermer dans ses propres préjugés. Rappelons incidemment que c'est pour défendre leurs préjugés que les Inquisiteurs ont refusé de considérer les mesures de Galilée prouvant le mouvement de la Terre autour du Soleil. C'est aussi pour défendre ses préjugés que l'Église anglicane a longtemps refusé de reconnaître les faits et la justesse des raisonnements de Charles Darwin. Et c'est encore pour s'enfermer dans leurs préjugés que les nazis ont cherché à faire la preuve de l'infériorité de certaines minorités ethniques pendant la Seconde Guerre. En écoutant leur intuition et leur voix intérieure, les nazis sont parvenus à se convaincre que la race aryenne était supérieure aux autres races… Les préjugés ont la vie dure. Seules la raison et l'observation impartiale des faits permettent parfois d'en venir à bout.

En prenant connaissance de l'ouvrage de Mme Lanctôt, nous avons également reconnu un autre mode d'appréhension du réel exploité par l'auteure : la révélation. En effet, celle-ci adhère à la croyance suivant laquelle nous sommes, en plus de notre corps physique, pourvus de quatre corps invisibles. Chacun de ces corps serait caractérisé par des « vibrations » dont la fréquence et la masse fluctuent suivant leur proximité avec l'Esprit divin…

Ces vibrations, Mme Lanctôt nous précise que nous ne pouvons ni les voir ni les toucher et qu'aucun appareil de mesure ne permet de les enregistrer! Si elle connaît leur existence, c'est par l'entremise de voyantes qui ont, selon elle, la faculté « de voir ou de sentir les vibrations des corps et de l'âme, au point de pouvoir les décrire et les quantifier » (p. 19). Elle a reçu cette révélation par l'entremise de deux auteures guérisseuses (Janine Fontaine et Barbara Brennan) en qui elle croit manifestement sans réserve.

Or, notre expérience de Sceptiques nous apprend que les révélations des voyantes méritent toujours d'être vérifiées par d'autres méthodes. Ainsi, c'est en oubliant de vérifier ses intuitions que Luc Jouret est parti vers l'étoile Sirius en entraînant avec lui dans la mort une cinquantaine de personnes. Le Gourou avait décidé d'emprunter une piste qui lui était dictée par ses qualités de voyant.

Une part de vérité

Malgré sa méthode peu orthodoxe, l'ouvrage de Guylaine Lanctôt n'est pas seulement un jardin où fleurit l'imaginaire. L'auteure formule des constats très justes sur les coûts prohibitifs des services de santé et sur le caractère déshumanisant de la pratique médicale. Elle reproche ainsi à la médecine scientifique d'être une médecine de maladie, centrée sur le curatif plutôt que sur le préventif. Elle questionne les mobiles véritables de certains acteurs du secteur de la santé, comme les politiciens, les compagnies pharmaceutiques et les syndicats professionnels dont la compassion et le désintéressement ont en effet souvent été démentis.

Mme Lanctôt fait aussi d'autres observations très justes sur l'hygiène physique et psychologique dans l'approche préventive de la maladie et elle formule quelques lieux communs sur le rôle néfaste de la pauvreté et de la pollution. C'est sur ces quelques vérités qu'elle cherche à se faire un peu de crédit pour ensuite conduire ses lecteurs vers des constructions carrément délirantes.

Ivan Illich : un auteur mal interprété

Parmi la masse des auteurs farfelus ou paranoïaques qu'elle cite dans son livre (voir article suivant), Mme Lanctôt se réfère également, ça et là, à des auteurs sérieux. C'est le cas par exemple d'Ivan Illich, un auteur qui a publié en 1975 une essai critique sur l'institution médicale. Lanctôt reprend à son compte l'une des thèses du célèbre essayiste, suivant laquelle, dans les sociétés industrielles, la médecine nuit à la santé (voir encadré). Cependant, elle déforme complètement la thèse d'Illich pour la détourner au profit de sa propre « théorie ».

D'ailleurs, à ce chapitre, l'auteure de La Mafia médicale joue double jeu avec l'oeuvre d'Ivan Illich. Tantôt, elle porte ce dernier comme un étendard et reproche aux « autorités gouvernementales » de ne pas tenir compte des critiques qu'il a formulées (p. 78). Mais ailleurs, c'est elle qui abandonne, sans explication, l'analyse que propose Illich pour se mettre à défendre des thèses qui contredisent les démonstrations de l'auteur qu'elle chérissait quelques lignes auparavant. Il faut dire que l'ouvrage d'Ivan Illich appartient peut-être à ceux que Lanctôt se vante d'avoir seulement feuilletés!

En effet, si Illich observe dans une certaine mesure que la médecine nuit à la santé, il conçoit ce phénomène comme un effet paradoxal propre aux services publics, évoluant dans une société de production industrielle. Illich est pleinement conscient de la complexité des organisations qu'il critique et de l'emprise limitée des dirigeants d'hôpitaux ou des chefs politiques sur les phénomènes qu'il décrit. Le chapitre IV de son essai est d'ailleurs consacré à considérer ces limites.

Tout au contraire, Lanctôt considère que les dirigeants sont conscients et tout-puissants et que l'institution médicale nuit sciemment à la santé des citoyens dans le but de pouvoir ensuite leur vendre des services et des médicaments. Mais surtout, elle y voit plus précisément encore l'objet d'un complot, d'une « machination » ourdie par la « mafia médicale » et par ses agents (p. 5).

L'Industrie : le grand maître du Complot mondial

Ainsi donc, à partir des constatations réalistes appartenant à une saine critique du capitalisme et des institutions sociales, Lanctôt glisse ensuite progressivement dans une interprétation délirante des phénomènes sociaux. Pour ne retenir que les grandes lignes, considérons ici les aspects saillants de la conspiration que l'auteure de La Mafia médicale croit avoir démasquée.

Le Parrain

D'après elle, un « Parrain » malveillant est à l'origine de toute cette machination :

L'INDUSTRIE: c'est l'exploiteur. C'est le Parrain du système médical. C'est le grand dictateur et bénéficiaire de la maladie. Sous couvert de recherche scientifique et de souci humanitaire, il sème la maladie à tout vent et récolte les profits. (…) Son immense pouvoir occulte lui soumet tous les niveaux des « autorités » aussi bien gouvernementales que médicales et médiatiques.
(p. 86)

Ce serait cette industrie, en association avec les gouvernements, qui exercerait un contrôle omnipotent sur « tous et de tout ». C'est elle également qui veillerait à semer la maladie pour récolter des profits suivant le principe mercantile :

Plus il y a de patients, plus ils sont malades souvent, plus ils sont malades longtemps, plus c'est payant!
(p. 108)

Effets secondaires planifiés

D'après Lanctôt, la grande industrie pharmaceutique ne se contenterait pas de nous vendre des médicaments inefficaces, mais elle s'efforcerait même de retirer les bons remèdes du marché (p. 77). Pire encore, elle chercherait à développer des médicaments conçus pour ne pas être efficaces et même provoquant des effets secondaires qui rendront les patients plus malades et les obligeront à consommer davantage de médicaments :

Pour le fabriquant, plus il [le patient] consomme de produits, meilleur il est. Plus il est malade, plus il est profitable. Il faut donc faire en sorte qu'il soit malade, que les médicaments ne le guérissent pas, qu'il développe de nouvelles maladies.
(p. 86)

Pauvreté planifiée

Au-delà de sa propre activité, la grande industrie piloterait les gouvernements pour qu'ils s'efforcent de maintenir la population dans la pauvreté (p. 76). Pourquoi? Parce que les gens plus pauvres ont davantage de chances d'être malades et que les gens malades consomment plus de soins médicaux (p. 8 et 69).

Cet énoncé n'est pas seulement exagéré, il est en contradiction avec la proposition précédente à l'effet que les compagnies cherchent à faire de l'argent. La population est constituée de fait de clients potentiels de la grande industrie. Or, en vertu du principe mercantile formulé plus haut, il ne serait pas avantageux pour la grande industrie d'appauvrir ses clients… qui ne pourraient plus alors se payer les produits qu'elle vend!

Pollution planifiée

C'est encore pour répondre à la commande de la grande industrie pharmaceutique que les gouvernements négligeraient de légiférer en matière de pollution et en matière agro-alimentaire. La pollution et la mauvaise alimentation, en rendant les gens plus malades, contribuent à faire augmenter la vente des produits pharmaceutiques (p. 108 et 113).

Tous complices

Pour matérialiser son méfait et semer la maladie, la grande industrie a besoin de s'assurer de la complicité de presque toutes les personnes oeuvrant dans le domaine de la santé. Suivant la théorie de Lanctôt, la grande industrie est parvenue par des « pots-de-vin » (p. 109) à s'assurer le silence ou le mensonge des dirigeants et des responsables directs tels que les élus (p. 87), les fonctionnaires (p. 92), les corporations professionnelles et les dirigeants d'hôpitaux (p. 86).

La grande industrie contrôlerait également les agents indirects comme les facultés de médecine (qui abrutissent sciemment les étudiants pour en faire des « inconscients tranquilles ») (p. 86), l'Organisation mondiale de la santé (p. 89), l'ONU et la CIA (p. 126 et 139), qui est, bien sûr, de tous les complots. Ils sont en avance sur leurs émules : les communistes et les islamistes qui ne trouvent une place qu'à la fin du livre de madame Lanctôt (p. 231).

Les scientifiques et les chercheurs seraient eux aussi partie prenante de la machination. D'après Guylaine Lanctôt, ils « falsifient les données au profit des compagnies » (p. 93).

Toujours d'après elle, les médias (p. 77 et 194) et les organismes de charité (p. 77 et 151) seraient aussi impliqués dans la conspiration. Par exemple, les campagnes publiques pour le dépistage précoce du cancer du sein viseraient en réalité à provoquer une peur pathogène qui serait, elle, la véritable cause du cancer :

Les autorités proclament partout qu'une femme sur 3… 4… ou 9 aura le cancer du sein et programment ainsi dans la tête des gens pour que cela se réalise.
(p. 113)

Finalement, même les syndicats d'acupuncteurs (CSN), récemment impliqués dans la reconnaissance de l'acupuncture comme corporation professionnelle, ne font, d'après Lanctôt, que tromper leurs membres dans le but de servir leur véritable maître la grande industrie qui veut rendre les gens malades.

Voilà qui fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de complices!

La vaccination : une opération meurtrière

C'est sur ce ton que l'auteure aborde le problème délicat de la vaccination. Comme les autres produits fabriqués par l'industrie pharmaceutique, les vaccins seraient conçus non pas pour prévenir la maladie mais bien pour la propager!

Mme Lanctôt expose évidemment la liste exhaustive des complications (réactions allergiques, infections, etc…) qui peuvent survenir à la suite d'une vaccination. Il s'agit hélas de dangers réels, connus et documentés. Cependant, elle va bien plus loin que le connu, en évoquant des épidémies survenues dans des pays lointains à cause de campagnes de vaccination et en citant des chiffres épouvantables à cet effet. Malheureusement, ses sources sont nébuleuses…

Elle fait également référence à des problèmes de santé à long terme, comme les troubles d'apprentissage chez les enfants et les mutations « génétiques » :

Voulons-nous attendre de constater l'apparition d'ailes de poulet sur nos petits enfants pour commencer à nous poser des questions sur les bienfaits de la vaccination?
(p. 116)

La vaccination serait également la cause de nombreuses et épouvantables calamités, comme la vague de violence dont la société occidentale est actuellement la proie :

Les conséquences catastrophiques et bouleversantes d'une DÉFICIENCE NEUROLOGIQUE étendue à un grand nombre d'enfants suite aux vaccins : (…) cette vague de violence sociale et de crimes perpétrés par des « personnalités sociopathes » créées par les vaccins.
(p. 118)

Pour Lanctôt, la vaccination est plus que l'objet d'un commerce vicieux et injustifié, c'est une arme biologique servant à « l'extermination des minorités dérangeantes » (p. 126). Ce serait la raison pour laquelle certaines populations (homosexuelles, autochtones et même québécoise) sont ciblées par les campagnes de vaccination. En effet, pourquoi a-t-on procédé en 1993 à une campagne de vaccination contre la méningite à l'intention des jeunes Québécois? Pour Mme Lanctôt, la réponse est évidente :

Comme les Autochtones, le peuple québécois est dérangeant : il tient à sa différence et réclame sa souveraineté.
(p. 128)

Contradictions au sujet du sida

Pour Lanctôt, le sida est l'une des conséquences préméditées des campagnes de vaccination. Sur ce terrain, par contre, son raisonnement est plus difficile à suivre.

Notons ici que les contradictions dans La Mafia médicale ne sont pas rares. Partout, de chapitre en chapitre, le Dr Lanctôt formule des énoncés qui se contredisent les uns les autres. Par exemple, elle dénonce les soins médicaux comme nocifs mais trouve « injuste » que les personnes riches aient accès à plus de soins que les pauvres (p. 225). Elle considère les médicaments comme des poisons, mais déplore que le fabriquant qui développe un nouveau médicament ait le monopole sur le produit pendant des années (p. 110). Elle condamne la vaccination, mais fait la promotion de l'homéopathie qui cherche pourtant à se valoriser en se comparant à la vaccination [Québec sceptique #32/33, hiver 1995, p. 44]. Ces contradictions sont cependant souvent indirectes.

Toutefois, lorsqu'elle aborde le problème du sida, les contradictions deviennent directes. Elle dénonce la campagne mensongère faisant du VIH la source du sida. Selon elle, la vraie cause serait plutôt une combinaison de facteurs tels que les médicaments, les vaccins, la pollution, la malnutrition, la débauche et la peur. Les infections (dont le VIH) ne seraient que des circonstances supplémentaires, accessoires mais non indispensables à l'apparition de la maladie.

D'après Lanctôt, le sida peut apparaître sans le VIH, et le VIH peut être présent sans que jamais le porteur ne développe la maladie (p. 137). Selon elle, encore, certains médecins ont monté ce canular dans le but de vendre le test de dépistage du VIH (p. 139). Pourtant, plus loin dans le même chapitre, l'auteure explique que le VIH est une arme biologique mise au point par la CIA (p. 139) et expérimentée sur les Noirs d'Afrique et les homosexuels d'Amérique par l'entremise des vaccins anti-hépatiques.

Mme Lanctôt réalise donc le tour de force de nous affirmer simultanément que le sida n'est pas une atteinte virale… et qu'il est une atteinte virale! En somme, pour elle, l'important est surtout de nous démontrer que le sida est le résultat d'un complot peu importe quelle en est la nature.

Le complot du cancer

Pour Guylaine Lanctôt, le cancer aussi est une des conséquences de la vaccination, de la pauvreté, de la pollution et de la peur. Comme nous l'avons vu plus haut, elle ne craint pas d'identifier la peur du cancer comme étant une cause importante de cette maladie.

Fait inédit dans le cas du cancer, Lanctôt prétend que les autorités médicales connaîtraient un remède efficace (« une longueur d'onde électro-magnétique précise »), mais qu'elles auraient tué l'inventeur et cacheraient la recette de manière à pouvoir continuer à vendre leur panoplie de médicaments inefficaces (p. 144).

D'un délire à l'autre

Lanctôt n'aime pas Claude Bernard, fondateur de la méthode scientifique en médecine. Elle déteste encore plus Louis Pasteur, à qui elle reproche d'être un « tricheur, un menteur et un voleur » (p. 155). D'après elle, le vaccin contre la rage est un autre canular puisque la rage « n'existe pas » (p. 155); ce serait plutôt le vaccin antirabique qui rendrait malade et qui tuerait, et non la rage elle-même.

Lanctôt englobe dans sa théorie personnelle d'autres discours d'auteurs pas beaucoup mieux documentés. Elle fait aussi la promotion de toutes sortes de théories, comme celle des microzymes inventée par le Dr Béchamp (un contemporain de Pasteur oublié par l'Histoire) ou celle de la somatide de Gaston Naessens, qui s'est sauvé de France après avoir été accusé de charlatanisme. Lanctôt cherche même à amalgamer sa théorie avec un certain discours féministe, sans toutefois que les liens n'apparaissent évidents.

La solution Lanctôt

En opposition à la « médecine de maladie », Guylaine Lanctôt propose un projet composite tout aussi contradictoire et délirant que sa critique de la médecine scientifique.

En résumé, retenons que dans son projet mégalomaniaque, elle propose d'utiliser les médecines douces (homéopathie et remède 714-X de Naessens) comme étape intermédiaire pour se rendre vers d'autres techniques permettant l'autoguérison de l'âme. D'après elle, les pouvoirs religieux ont détourné la vraie spiritualité. Les voies de la santé de l'âme sont maintenant enseignées par des « maîtres spirituels » (p. 59) qui proposent de nouvelles techniques « qui abordent l'âme directement » (p. 59).

L'auteure n'expose pas le détail de ces procédés inédits mais elle nous affirme que ces techniques devraient ultimement nous permettre d'atteindre « la vie éternelle » (p. 233), ou pour mieux dire, « l'immortalité » (p. 8). Rien de moins!

L'auteure de La mafia médicale suggère en effet que, comme dans le cas de la maladie, la vieillesse et la mort seraient le résultat d'une programmation artificielle. Elle en appelle à la physique quantique comme témoin de sa révélation :

En physique quantique, le temps et l'espace sont des illusions. Ils n'existent pas. Leurs corollaires, la maladie, la vieillesse et la mort sont aussi des illusions et non des réalités. Elles ne peuvent exister sauf si nous y croyons… nous les faisons alors se réaliser.
(p. 46)

Conclusion

Il est presque impossible de faire le tour complet de toutes les complications et de tous les appendices de la vaste conspiration que, dans son délire, Mme Lanctôt croit avoir mise à jour. Il n'est pas davantage possible de critiquer tous les emprunts que cette phlébologue québécoise fait à des théories à la mode dans les milieux ésotériques et les groupes d'extrême droite. Il nous semble cependant que les quelques extraits que nous en avons tirés auront suffi à vous faire une idée juste du caractère incongru de son ouvrage.

Mme Lanctôt est probablement de bonne foi, mais les découvertes qu'elle croit avoir faites ne sont pas le résultat d'une enquête ou d'une recherche rigoureuse. Ses conclusions sont manifestement des constructions imaginaires répondant à des besoins personnels et rappelant ceux d'une personne dépressive en proie à un sentiment de persécution.

 

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