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Différentes approches face à la réincarnation

par Michel Bellemare

Extrait du Québec Sceptique no 35, page 37, automne 1995.

Nous avons vu dans les articles précédents plusieurs chercheurs émettant des réserves sur l'existence des vies antérieures et par conséquent sur la croyance en la Réincarnation. Vous avez pu remarquer que bien que témoignant du même esprit critique face à ce phénomène, les approches différaient sensiblement.

Dans l'étude du professeur Sarah G. Thomasson sur les travaux du chercheur Ian Stevenson, on nous apporte de sérieux arguments basés sur la linguistique, et qui mettent en doute l'existence de langues apprises dans des vies passées. Ce qui m'a frappé dans cette étude, c'est que l'on ne met pas en doute (ou si peu) la bonne foi des sujets qui affirment avoir un comportement paranormal, en l'occurrence parler une langue sans l'avoir apprise. Ceci m'apparaît comme une lacune, car si l'on ne peut sans preuve présumer de la mauvaise foi des sujets, l'on ne peut non plus écarter cette hypothèse de prime abord. Les chercheurs Thomasson et Stevenson sont de bonne foi et ont projeté cette caractéristique sur leurs sujets sans la vérifier suffisamment.

Ainsi, dans la prémisse de son travail, le professeur Sarah G. Thomasson nous dit :

Si vous pouvez prouver que votre sujet parle une langue issue d'une récente vie antérieure, vous aurez évidemment une belle preuve en faveur de la réincarnation - pourvu bien sûr, que cette langue ne soit pas la langue maternelle du sujet et que vous puissiez aussi démontrer que l'individu n'a pu apprendre cette langue « passée » dans sa vie présente.

Malheureusement, vous ne pouvez démontrer qu'un individu n'a pu apprendre une langue « passée » dans sa vie présente, vous devez le croire sur parole. Nous aurions une certitude si nous avions suivi pas à pas cet individu durant toute sa vie, ce qui est évidemment impossible. Nous ne pouvons non plus négliger le fait qu'il n'est pas nécessaire de suivre un cours institutionnalisé pour baragouiner quelques mots d'une langue étrangère, lire une « méthode rapide » dans un trajet de bus peut suffire. Si une personne peut mener une double vie et cacher à son entourage un amant ou une maîtresse, elle peut certainement aussi apprendre une langue étrangère à l'insu de tous. C'est à la personne qui affirme accomplir un prodige paranormal qu'il revient de prouver ce qu'elle avance, nous n'avons pas à la croire sur parole.

Pourquoi ces personnes nous mentiraient-elles? Pourquoi des personnes affirment-elles avoir vu des extraterrestres devant des millions de téléspectateurs à « Claire Lamarche »? Plusieurs réponses existent : pour attirer l'attention, pour se rendre intéressants, et pour se valoriser en étant le pôle d'attraction des autres au moins une fois dans leur vie. Ces comportements sont humains et compréhensibles.

Cela dit, ceci n'enlève rien à la qualité « technique » des arguments apportés ensuite par le professeur Sarah G. Thomasson, qui est sans contredit une linguiste de renom.

L'étude du professeur Nicholas P. Spanos ne présente pas cette lacune. Il s'interroge en effet sur la bonne foi de ses sujets. La principale qualité de son travail repose sur les preuves qu'il amène du manque de crédibilité de leurs témoignages. Il n'est pas facile de prouver que quelqu'un fabule et nous joue la comédie. Une des grandes contributions du travail du professeur Spanos a été d'attaquer la crédibilité du phénomène de l'hypnose. L'hypnose, selon la croyance populaire, est supposée révéler ce qui est caché au plus profond des êtres. De là à conclure que les individus hypnotisés sont incapables de mentir ou d'ajouter foi en leur propres fabulations, il n'y a qu'un pas que franchissent allègrement la majorité des gens. L'hypnose devient alors une sorte de sérum de vérité psychologique, de « penthotal » psychique. C'est cette réputation qui donnait leur vraisemblance à toutes les élucubrations proclamées par des sujets hypnotisés.

Il n'a été question dans ces articles que d'allégations à propos des vies antérieures, mais nous pouvons aussi penser aux récits d'enlèvement par des extraterrestres révélés lors de transes hypnotiques. Dans un domaine moins farfelu et ayant des conséquences beaucoup plus sérieuses, ces révélations sur la véritable nature de l'hypnose nous font voir sous un nouvel éclairage les accusations de viol ou d'abus sexuels « oubliés », portées suite à des suggestions hypnotiques.

Le phénomène de la régression hypnotique dans les vies antérieures est si farfelu qu'il embarrasse même les hypnotiseurs, ainsi que nous avons pu le remarquer dans l'article de M. Jonathan Venn. Comme il le dit si bien, ce phénomène jette un discrédit sur leur profession, en d'autres mots : La régression hypnotique dans les vies passées est la « Jojo Savard » de l'hypnotisme. Si les études précédentes ont mise en doute l'existence des vies antérieures, nous pouvons tout aussi bien nous attaquer à la croyance même en la réincarnation. Bien que cette croyance soit très à la mode actuellement, elle peut être réfutée par un très simple argument de nature mathématique.

Le concept de réincarnation n'a de sens que si la population mondiale est constante ou diminue. Ce n'est malheureusement pas le cas, car celle-ci augmente de façon quasi exponentielle. En d'autres termes, nous avons beaucoup plus de naissances que de morts et nous devrions avoir un déficit « d'âmes ». Pour que la croyance en la réincarnation reste fondée, il faudrait qu'au moins une des hypothèses suivantes soit vraie :

a) Une entité peut se réincarner dans plusieurs corps en même temps.

Si pour les fins de mon exemple je suppose que la population mondiale au temps de Cléopâtre était de dix millions et qu'elle est aujourd'hui de cinq milliards. Ceci veut dire que Cléopâtre se réincarne aujourd'hui simultanément dans 500 personnes. N'oubliez pas que selon cette croyance, les âmes ne se réincarnent pas perpétuellement. Elles finissent par « aboutir » et se fondre dans Dieu ou dans la grande énergie cosmique si vous êtes d'allégeance « nouvel-âgeuse ». Cinq cents personnes sont donc un minimum.

Bien sûr, si vous considérez toutes les personnes qui lors de « régression » dans leurs vies antérieures se disent la réincarnation de Cléopâtre, 500 personnes c'est bien peu. Curieusement nous avons beaucoup de « Cléopâtre » et de « Napoléon » et bien peu de servante de « Cléopâtre& » ou de boulanger de « Napoléon ». En fait, plus vous avez une biographie bien détaillée et plus vous avez de chances de vous réincarner. Cela dit, tant que je ne croiserai pas sur la rue un autre moi-même dans un autre corps, je suis forcé de rejeter cette hypothèse.

Je rejette aussi cette explication parce que je la trouve injuste. Je travaille très fort à l'élévation de mon âme. Je mène une vie d'ascète et de mystique. En fait, je suis presque un saint. Qui me dit que pendant que je me tape tout le travail, les 499 autres moi-même ne font pas la fête et ne mènent pas une vie de débauche et de luxure? Cependant, à la défense des autres moi-même, je dois avouer que le fait d'être tombé sur un autre corps que le mien, peut les aider à mener une vie de conquêtes sexuelles et d'orgie.

b) Il existe des corps dépourvus d'âme.

Nous pourrions aussi supposer qu'il existe des corps sans aucune entité à l'intérieur : des espèces de « zombies » sans aucune personnalité. Je reconnais avec vous que cette hypothèse est séduisante si nous observons le comportement de certains politiciens. Malheureusement, puisque la population mondiale s'est accrue récemment de plus de cinq milliards d'individus et qu'il ne semble pas y avoir autant de « zombies » autour de nous, je dois aussi la rejeter.

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