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Une visite à Raëland

par Amélie Langlais et Daniel Coulombe

Extrait du Québec Sceptique no 50, page 32, Hiver 2003.

Il y avait belle lurette que nous voulions rendre visite à Raël sur sa base Ufoland, à Valcourt, ouverte depuis l'été 1997. Les dépliants y étaient pour quelque chose : « Montez à bord d'un ovni! » Avec une certaine tendance de type « record Guinness » : « le plus grand bâtiment au monde construit en bottes de paille » (question d'économie davantage que d'écologie, et certainement pas de technologie; en plus, si le feu prend entre les murs, ça va chauffer!) et la plus haute réplique d'ADN au monde (tellement haute que la réplique ne reproduit qu'une partie de l'ADN, alors qu'elle aurait pu être complète si elle avait été un peu plus petite).

Notre première surprise a trait à la durée de la visite : quelque 90 minutes. Avis aux sceptiques qui visiteront Ufoland, prévoir ce délai avant la fermeture du centre. Heureusement, un guide sympathique offre de faire des heures supplémentaires. Nous payons 10 CAD au guichet (ce qui est raisonnable). Le guide, dans son introduction, s'empresse de nous rassurer avant le premier atelier : « Nous respectons vos croyances, il n'est pas question ici de faire un lavage de cerveau. Le but de cette visite est de vous présenter une autre vision du monde, de l'Univers ». C'est gentil, naïf, presque inoffensif. Scientifiques ou ésotériques, peu importe, nous apprécions toujours la gentillesse et l'amabilité des gens. Deux morceaux de robot pour le guide.

La visite comprend sept ateliers, notamment sur la génétique, l'exploration spatiale, la robotique (vie artificielle), l'astronomie, le futur, la révélation de Raël, ainsi que les ovnis dans le monde. On peut trouver plusieurs textes d'information sur le site des raéliens (bien qu'au moment d'écrire cet article, cette section du site ne fonctionnait pas). (Note du webmestre: En date du 4 novembre 2003, le site est bel et bien fonctionnel.) Dans l'ensemble, les ateliers sont de facture intéressante, chacun étant accompagné d'une bande vidéo (d'environ sept minutes) et les décors étant créés en fonction du thème de l'atelier. Le septième atelier nous montre l'ovni que Raël a vu dans le cratère d'un volcan. Le guide nous a rassurés dès que nous avons monté l'escalier menant à l'intérieur du vaisseau : « Ne vous attendez pas à voir un tableau de bord avec plein de petites lumières, les Élohim possèdent une technologie supérieure ». En effet, l'intérieur est vide. Complètement vide, hormis deux sièges gonflables en plastique transparent. De l'extérieur, l'ovni ressemble à un mamelon cosmique, ou encore à un condom sur la table de chevet, au point où on se demande même si Raël n'a pas pensé plus « marketing pansexuel » que théorie scientifique pour la conception de son vaisseau. À côté de l'ovni, dans les airs, plane une image représentant le visage de Jésus (une icône des années 60, les années hippies). N'oublions pas que Raël est le demi-frère de Jésus, que leur père est Yahvé. À notre gauche, on présente une maquette de l'ambassade raélienne. C'est drôle, puisque des numéros sur la maquette nous indiquent l'emplacement de la future salle de conférences des Élohim. Et pourquoi pas les toilettes et la cuisinette, tant qu'à faire?

Si les panneaux sont attrayants, disons que l'orthographe et la grammaire sont légèrement égratignées. Et, sans donner tous les détails des ateliers, ajoutons que les renseignements de nature « scientifique » et « religieuse » sont très généraux, la majorité étant véridiques, mais certains étant douteux, contestables et constituent parfois même une insulte à l'intelligence humaine (alors que dire de l'intelligence extraterrestre!). En effet, le visiteur n'a pas besoin de connaissances exégétiques, théologiques, informatiques, astronomiques, biochimiques ou autres pour reconnaître immédiatement la salade vulgarisée et les faussetés avancées par le raélisme. Il lui suffit d'un minimum d'esprit critique et de bon sens. Finalement, il était évident que le guide n'avait pas de doctorat en chimie ou en biologie. Il s'est fourvoyé à plusieurs reprises dans son discours sur le clonage et la génétique.

À la suite de cette visite, nous constatons que les deux principales tactiques employées à Ufoland sont : la preuve par l'absurde (le cosmos est si grand qu'il est évident que d'autres civilisations comme la nôtre existent) et la conspiration, telle que véhiculée par le cinéma (Contact)1 et la télévision (X-Files). Entre autres, on retrouve sur les panneaux de la visite des citations de l'association des anciens astronautes de la NASA, dont plusieurs membres avouent ouvertement, maintenant qu'ils ont le droit de dire la vérité, avoir été observés par des extraterrestres tout au long de leur mission (sur la lune, dans l'espace), ainsi qu'une photographie de la NASA sur laquelle on peut voir le sphinx et les trois célèbres pyramides d'Égypte (phénomène que la NASA et la science continuent de nier; c'est aussi ce qui explique l'intérêt des États-Unis pour la planète Mars).

Nous avons été étonnés de constater qu'à Ufoland, on n'utilise pas la technique de la « fausse preuve », qui consisterait à démasquer quelques charlatans ici et là, quelques faux ovnis ou quelques arnaques célèbres, afin de renforcer la crédibilité du pseudo-discours scientifique. C'est une méthode connue des charlatans.

Nous arrivons également à cette dernière conclusion : ce site ne devrait pas s'appeler « Ufoland : le monde fantastique des ovnis et extraterrestres », mais plutôt « Raëland : le monde et la salade de Claude Vorilhon » pour la simple et bonne raison que l'on ne retrouve presque pas d'information sur les ovnis et les extraterrestres et que l'omniprésence de Raël et de son message transparaissent tout au long des ateliers.

Dernière note négative : nous avons été déçus du peu de concret que l'on observe à Ufoland. Il est étonnant de constater qu'à Ufoland, où l'on côtoie prétendument des extraterrestres - qui possèdent une si grande technologie - on est encore à l'ère du panneau laminé et du magnétoscope (aucun ordinateur!), ainsi qu'aux portes traditionnelles, avec une poignée (seule la première porte était automatisée). Pourquoi ne pas présenter, au microscope, une cellule humaine, des robots, des plantes clonées, etc.?

À la sortie, on fait face à un comptoir de gadgets ufologiques et d'objets promotionnels raéliens : petits bas Ufoland pour les enfants, serviettes de plage avec la soucoupe des ovnis, extraterrestres en tout genre, bref, tout le bazar traditionnel que l'on retrouve dans des sites similaires, par exemple à Roswell. Toutefois, on ne pousse guère la vente des souvenirs, et nous l'apprécions.

Somme toute, nous avons fait une agréable visite cosmique. C'est toujours plaisant et bienfaisant de sentir que des héros venus de l'espace vont parler à nos gouvernements, d'ici 2030, de notre piètre situation écologique et économique, qu'ils vont rétablir la paix, empêcher la réalisation d'une Troisième Guerre mondiale (nucléaire, bactériologique). Il est toujours fascinant d'espérer un jour pouvoir rendre visite à nos amis à l'autre bout de la galaxie et se cloner, question de tromper son conjoint, d'écoeurer davantage le voisin ou de vivre plus longtemps.

Ne soyons pas trop sceptiques en espérant que ce groupe soucoupiste parmi les plus en vue de la planète disparaîtra avec la mort de Raël. Déjà, tous les changements ont été prévus pour que le raélisme survive à son gourou. Concernant le problème de la venue des Élohim, qu'ils viennent ou non a peu d'importance : « De nombreux mouvements religieux ont eu à faire face à des prophéties qui ne se vérifient pas (p. ex., les Témoins de Jéhovah) et ces mouvements existent toujours aujourd'hui : il devrait en être de même pour le mouvement raélien »2.

Alors, si jamais vous avez envie d'une tournée paranormale estivale, après Valcourt, rendez-vous à Saint-Simon-de-Bagot, près de Saint-Hyacinthe, pour faire dodo sous la pyramide de Saint-Germain. En plus d'absorber de l'énergie cosmique, trois autres options s'offrent à vous : l'anneau transitionnel (perception de l'aura), le cylindre géomagnétique (pour la polarité du corps physique) et le théracube (pour la désintoxication). Comme quoi, pour environ 3 CAD la minute pour chaque « concept », le Québec exploite merveilleusement bien son touriste crédule, friand d'ésotérisme et de parapsychologie.

Notes

1 Les raéliens n'ont d'ailleurs pas tardé à faire cette association. Voici le titre et le résumé de leur communiqué : « CONTACT », 1997 : le film, 1973 :

La réalité, le vrai CONTACT a déjà eu lieu! Ceci n'est pas de la fiction! C'est le 13 décembre 1973 que des extraterrestres ont rencontré un être humain nommé RAËL. Ils lui ont révélé la vérité sur nos origines : nous sommes le fruit d'une création scientifique. Nous pouvons retrouver leurs traces un peu partout sur la Terre. Ces êtres sont à l'origine de toutes les religions. Leur nom fut injustement traduit par Dieu dans la Bible; les ÉLOHIM (ceux qui sont venus du ciel) désirent reprendre contact avec nous et nous léguer leur héritage scientifique. La résurrection de Jésus n'est pas un miracle, mais plutôt la maîtrise du procédé du clonage pour prolonger la vie éternellement. RAËL est présentement leur seul représentant sur terre. Sa mission est de construire au nom de toute l'humanité une ambassade pour les accueillir.

2 CHERBLANC Jacques. Raël et son mouvement au Canada : l'accueil et le développement d'une secte soucoupiste française dans un pays étranger (1976-1999), (mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire), Université Jean Moulin Lyon III, juin 1999, p. 162.

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