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d'après une sélection de blogs sceptiques.

Note de lecture de Jean-Loïc Le Quellec - SPS n° 313, juillet 2015 Ceci est la version intégrale d'une note de lecture abrégée parue dans le SPS n° 313. Ce livre développe et amplifie l'argumentaire des articles dans lesquels Jean-Paul Demoule critique depuis les années 1980 la notion de peuple indo-européen, qu'il qualifie de « mythe ». Une très longue partie (environ la moitié du volume) est consacrée à une histoire de la recherche indo-européaniste, en insistant tout particulièrement sur les dérives (...) Notes de lecture

Tout sceptique s’est déjà retrouvé confronté à un mur : une personne défendant des positions pseudo-scientifiques et refusant d’en démordre, quels que soient les arguments utilisés.

Cela engendre, a minima, de la frustration et au pire de l’agressivité, ce qui fait parfois passer les sceptiques pour – comble de l’ironie – des gens fermés d’esprit..

Et si c’était la méthode qu’il fallait remettre en question plus que la somme de connaissances à mobiliser ?

(NDT)


J’ai reçu un e-mail comportant un lien vers une vidéo du « Dr » Léonard Coldwell, un naturopathe qui est dénoncé sur le RationalWiki comme étant un arnaqueur et un escroc notoire.

Voici quelques exemples des affirmations faites dans la vidéo :

  • tous les cancers peuvent être traités en 2 à 16 semaines

  • à la seconde où votre corps devient alcalin, le cancer s’arrête, un Ph de 7,36 est idéal 7,5 est le mieux pour la phase de guérison (en fait tout le monde est alcalin, le Ph normal se situe aux alentours de 7,35 – 7,45).

  • des injections de vitamine C en intraveineuse font disparaître les tumeurs en quelques jours

  • très souvent, le sel vendu est composé d’1/3 de sel, d’1/3 de verre et d’1/3 de sable, le verre et le sable irritent les membranes des artères, elles saignent et du cholestérol se dépose pour arrêter le saignement

  • les patients des unités pour grand brûlés reçoivent entre 20 et 25 œufs durs par jours car seul le cholestérol peut reconstruire des cellules saines et 87% d’une cellule est fait de cholestérol

  • les docteurs ont la plus faible des espérances de vie, 56 ans (en fait ils ont l’une des plus longues aux États-Unis).

Mon correspondant reconnaissait que cette vidéo était une forme dangereuse de charlatanisme qui pouvait causer du tort à des gens vulnérables et la qualifiait de « ramassis de stupidités, alliant l’imagination à la bêtise crasse ». Sa question portait sur la meilleure façon de convaincre quelqu’un de l’inanité de la vidéo.

« Si on pouvait compter sur les gens pour se renseigner sur les faits basiques évoqués, ce serait d’une simplicité enfantine » pensait-il. « Mais pour le passant lambda qui tombe là-dessus par hasard et qui se dit ‘‘Et bien, ce type semble juste de vouloir que les gens aient une meilleure alimentation », il ne sert à rien de lui mettre le nez dans le n’importe-quoi raconté, il va se sentir agressé ».

Sa question était donc : « Comment présenter les choses de la meilleure façon à quelqu’un qui est a) émotionnellement investi dans ce genre de chose et/ou b) plutôt d’accord avec ce qui est dit… je veux juste avoir l’air compréhensif, sans agresser qui que ce soit qui se sente sur la défensive et faire valoir mon point de vue. Je suis en fait assez surpris de n’avoir aucune idée de comment faire. Quelle serait la meilleure façon de faire pour ça ? ».

Une réponse simple :

Il n’est pas possible d’obliger quelqu’un à changer s façon de voir les choses, il faut le faire de soi-même. Une approche en douceur consiste à poser des questions qui amène à douter et font tranquillement découvrir la vérité sans coaching extérieur.

C’est quelque-chose que Socrate faisait très bien. Il n’est plus là pour le faire mais on peut suggérer le genre de question qu’il aurait pu poser.

Et avant tout, il vaut mieux commencer par (en quelque sorte) valider ce qui est dit « Hé, ça a l’air vraiment pas mal, je comprend que tu sois impressionné ! Par contre, il y a quelques questions que je me pose… »

Si l’alcalinisation marche si bien, pourquoi est-ce qu’il se donne du mal pour recommander tant d’autres moyens de guérir le cancer comme avec de la vitamine C, de l’oxygène ou un régime végétalien ? Pourquoi est ce que les oncologues ne proposent pas eux aussi ces cures à leurs patients ? Quelles chances y a t il pour que cette seule personne ait raison et que la totalité de la communauté médicale ait tort sur tout et n’importe-quoi, du sel aux vitamines en passant par le cholestérol ? Comment penses-tu qu’il en est arrivé à ces conclusions ? Est ce que tu as déjà regardé une vidéo dont tu savais qu’elle était fausse de bout en bout ? Comment ferais-tu pour vérifier si un élément de celle-ci l’est ?

Est-ce que tu as lu ce que les autres docteurs disent sur le sujet de la diète alcaline ? Y aurait il un moyen de vérifier ses affirmations grâces à d’autres sources ? Est ce que ça vaudrait le coup d’aller jeter un œil aux études médicales qu’il cite ? Si tu crois que ce docteur « veut simplement que les gens mangent mieux », tu ne crois pas que c’est aussi le cas pour tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ? Si tu attrapes le cancer et que son traitement n’a pas éliminé la tumeur en deux jours, que vas-tu en penser ? Qu’est ce que tu feras ?

Est ce que tu crois que « très souvent le sel est composé d’1/3 de verre et d’1/3 de sable ? Est ce que tu sais que la FDA demande à ce que le sel soit composé au minimum de 97,5% de chlorure de sodium ? Et que c’est souvent bien plus pur ?

On peut même tester nous-même, le verre et le sable ne se dissolvent pas dans l’eau, le sel va disparaître et tout ce qui reste au fond va couler et former un sédiment visible. Est ce que tu vois un résidu de sable et de verre au fond du récipient ?

Comment est ce que le sable et le verre ingérés pourraient passer dans les artères et les irriter ? Ce sont des matériaux insolubles non ? Est ce qu’il ne devraient pas rester dans le système digestif et finir aux toilettes ?

Ma règle de « Dr Sceptique » est qu’avant d’accepter une affirmation, il faut essayer de trouver qui n’est pas d’accord avec et pourquoi. Il y a quasiment toujours deux camps et il est souvent facile de déterminer lequel est soutenu par les meilleurs preuves et raisonnements.

Si votre interlocuteur refuse de ne serait-ce que les regarder, il est inutile de continuer la discussion.

Il ne faut pas espérer « gagner » : les vrais croyants sont imperméables aux preuves et à la raison. Le mieux que l’on puisse espérer faire est de planter la graine de doute. Et parfois il va falloir beaucoup de graines, arrosées par de nombreuses sources sur de longues années pour obtenir un effet.

Aller plus loin :

Depuis que j’avais écrit ceci, j’ai bien plus appris sur comment parler à un croyant et je suis persuadé que tout n’est pas aussi désespéré que j’ai pu le penser.

J’ai écouté le philosophe et pédagogue Peter Boghossian donner une conférence et j’ai été assez intrigué pour acheter et lire son livre « Manuel pour créer des athées », où il décrit la méthode ise pour discuter avec les croyants afin de les aider à se demander jusqu’à quel point ils sont certains de la véracité des croyances sur lesquels ils basent leur foi, leurs superstitions ou leurs idées préconçues.

Au lieu de discuter d’une croyance en particulier, il essaye d’amener les gens à analyser comment ils en arrivent aux croyances en général. Il semble que la majeure partie de ce qu’il dit puisse tout autant s’appliquer aux tenants des pseudo-médecines qu’aux religieux fervents.

Tout le monde ne veut pas forcément créer des athées mais on peut espérer que tout le monde a envie de développer l’esprit critique.

Interroger l’épistémologie, pas les croyances elles-mêmes :

Plutôt que de questionner des croyances spécifiques, Boghossian questionne l’épistémologie (l’étude de la connaissance, comment nous en venons à savoir ce que nous savons, comment nous en arrivons à accepter qu’une croyance est vraie, fondée.

Son approche est basée sur la méthode socratique : poser des questions à son interlocuteur afin de lui permettre de clarifier sa pensée. On peut le voir en action dans une série de vidéo YouTube par Anthony Magnabosco. Il y fait de « l’épistémologie de rue » en demandant à des gens choisis au hasard comment ils en sont venus à croire en dieu, et s’ils utilisent une méthode possiblement erronée pour cela, en tentant de le leur montrer.

Comment savons-nous ce que nous savons ? En tuyuca, le langage d’une tribu de la forêt pluviale amazonienne, dire que quelqu’un est en train de couper un arbre nécessite aussi de spécifier comment on le sait (1).

Si vous entendez quelqu’un couper un arbre, alors il faut dire « Kiti-gï tii gí », où gí sert à indiquer que c’est quelque-chose que vous entendez. Mais si vous voyez quelqu’un couper un arbre, alors vous dites « Kiti-gï tii-í » où le í précise que vous avez bien vu la scène. Et si vous n’avez pas vraiment vu la scène mais que vous avez de bonnes raison de penser que quelqu’un est en train de couper un arbre, alors vous direz « Kiti-gí tii-hXi » mais si vous avez eu l’information par des on-dits alors cela requiert un marqueur spécial : « Kiti-gï tii-yigï ».

Ça pourrait être utile en français d’avoir de tel marqueur qui indique la source de la connaissance, cela n’existe pas mais on peut tout de même spécifier la chose en ajoutant des mots !

Boghossian donne 5 raisons qui font que les gens adhèrent à des propositions absurdes :

  1. ils ont l’habitude de ne pas baser leurs croyances sur des preuves

  2. ils ont basé leurs croyances sur ce qu’ils pensaient être des sources valables

  3. ils n’ont jamais été exposé à des épistémologie ou des croyances concurrentes

  4. ils cèdent à la pression sociale

  5. ils dévaluent la vérité ou sont relativistes.

Toutes ces options peuvent s’appliquer aussi aux charlatanismes médicaux.

Les vrais croyants changent parfois d’avis. Énormément de gens se sont convertis pour changer leur religion ou la rejeter et énormément de tenants de thérapies bizarres les ont rejeté en faveur de la science.

Swift disait « On ne raisonne pas quelqu’un à propos d’un sujet sur lequel il ne raisonnait pas déjà ». Mais des gens ont été raisonné, y compris beaucoup de prêcheurs.

Comment peut on aider ce processus ?

La méthode socratique :

La méthode socratique a 5 paliers :

  1. Le questionnement (je me demande si il y a de la vie sur d’autres mondes ? )

  2. L’hypothèse (il doit y en avoir vue l’immensité de l’Univers)

  3. L’élenchus – série de questions/réponses où le facilitateur génère de nouvelles idées à propos de ce qui pourrait réfuter l’hypothèse (Et si nous étions les premiers ? Ou les seuls restants ? )

  4. Accepter ou réviser l’hypothèse (Il y en a probablement…. mais peut-être pas)

  5. Agir en conséquence (Arrêter de dire que l’on est certain qu’il y en a).

En version charlatanisme, cela donnerait :

  1. Je me demande si l’arbre à thé peut guérir ma mycose ?

  2. Je sais que oui puisque ça a marché pour mon cousin

  3. C’est vrai, mais si elle avait guéri toute seule ? Et si ça n’était en fait pas une mycose ? Et si une étude contrôlée avait montré que ça ne marche pas ?

  4. Je ne peux pas dire si ça va marcher, mais je vais l’essayer

  5. Si ta mycose guérit, ne va pas raconter partout que tu as prouvé que ça marche.

Mettre en œuvre la méthode :

Cela aide beaucoup d’établir une relation amicale, de confiance, avec son interlocuteur, essayez d’établir ce que vous avez en commun, montrez un intérêt pour ses croyances, faites l’effort de tenter de comprendre exactement ces dernières et de comment cette personne y est arrivée.

Demandez « tu peux m’en dire plus à propos de ça ? » et validez son expérience, ne partez pas du principe que votre interlocuteur a tort, au contraire, supposez qu’il peu avoir raison et montrez que vous êtes prêts à changer vos propres croyances si on vous donne suffisamment de preuves pour ça.

Cela ne doit pas être une relation d’adversité : souvenez-vous que vous pouvez apprendre de tout le monde, chaque personne que vous rencontrez sait quelque-chose que vous ignorez.

Ne parlez pas des faits, si cette personne n’a pas formé ses croyances sur des faits, elle ne les changera pas avec des faits non plus. L’idée n’est pas de changer la croyance mais de changer la façon dont elle se forme. Ne vous concentrez pas sur quelque-chose de précis mais plutôt sur comment se forme une croyance et de comment arriver à en avoir de plus « vraies ».

Est ce que d’autres personnes ont de fausses croyances ? Comment cela peut-il arriver ? Demandez donc des exemples de personnes portant de telles convictions et demandez-vous ensemble comment ces derniers en sont arrivés là ?

Demandez de noter sur une échelle numérique la confiance dans ces certitudes. Magnabosco utilise une échelle de 0 à 100 (100 étant la certitude absolue).

Si vous pouvez penser à une affirmation qui contredise celle du tenant, demandez comment on pourrait procéder pour déterminer lequel de vous deux a raison. Si deux croyants croient aussi forts l’un que l’autre à deux religions, ils ne peuvent pas tous les deux avoir raison ; comment pourrait-on faire pour déterminer laquelle est la bonne.

Si l’un dit que la source de tous les maux sont les sub-luxations, tandis qu’un autre prétend que tout vient de perturbation du qi dans les méridiens, il ne peuvent pas avoir raison tous les deux.

Si la question des preuves vient sur le tapis, demandez « Pour chaque croyance basée sur des preuves, il est possible que l’on puisse trouver d’autres preuves toutes récentes et qui pourraient faire changer quelqu’un d’avis. De quelles preuves aurais-tu besoin pour changer d’avis ? ».

Et si votre interlocuteur se base sur quelque-chose qu’il ressent, posez-lui la question de comment il pourrait faire la différence entre se genre de sentiment et une illusion. Il est bien moins probable que ce soit une illusion si le tenant désire réviser son opinion.

Boghossian utilise cette série de question en salle de classe :

  1. Est-il possible que certaines personnes interprètent mal la réalité ?

  2. Est ce que certains interprètent vraiment mal la réalité ?

  3. Si on désire connaître la réalité, un procédé est-il aussi bon qu’un autre ? Tirer à pile ou face ? Analyser ses rêves ? Faire une expérience scientifique ?

  4. Donc, y a t il des procédés meilleurs que d’autres ?

  5. Y a t il un moyen de découvrir quel procédé est le meilleur et le pire ?

La plupart des étudiants réalisent rapidement que les procédés basés sur la raison et l’évidence sont plus fiables que les autres pour ça.

Il faut comprendre que certaines personnes sont des victimes épistémologiques qui n’ont jamais rencontré d’autres moyens de comprendre la réalité. Certains croyants religieux ont été délibérément isolés et protégé de l’exposition à quelques informations qui entrent en contradiction avec le dogme.

Pour les charlataneries, même certains docteurs et scientifiques échouent à comprendr vraiment ce qu’est la méthode scientifique et à quel point elle est importante.

Les adeptes de ces peudo-sciences cherchent à recruter des gens partageant leur mode de pensée et internet et ses « bulles de filtrage » leur permettent de ne jamais se retrouver en présence d’informations qui contredisent ou infirment leurs croyances.

Ca vaut certainement le coup d’essayer d’aider les gens à réfléchir de façon plus claire, pensez-y comme à une intervention sociale, comme de « déprogrammer » un membre de secte. Il y a des gens qui ont besoin de votre aide.

La certitude est l’ennemi de la vérité, elle supprime la curiosité et étouffe l’envie d’aller voir par soi-même. Susan Jacoby écrit « je pense au premier athée comme à quelqu’un qui, en déplorant la mort d’un enfant, a refusé de dire  »c’était la volonté des dieux » et a commencé à chercher des explications rationnelles à la place ».

Si tout le onde avait pensé que l’homéopathie pouvait tout guérir, les antibiotiques n’auraient jamais été découverts. La réalité est toujours un meilleur guide dans la vie que le fantasme ou l ‘erreur.

Boghossian cite un autre auteur qui voit la religion comme une sorte de virus infectant les gens, se transmettant à d’autres, programmant son hôte pour répliquer le virus, créant des anticorps et des défenses contre les autres religions, supprimant certaines fonctions mentales et physiques et se confondant avec le porteur à un tel point qu’il n’est pas détectable par ce dernier.

Vues comme ça, les charlataneries sont un virus.

Il est cruel d’enlever à des gens leurs chères croyances sans offrir en retour d’autres espoirs d’une vie meilleure. Pour cela, Boghossian a quelques propositions afin de venir en aide aux relapses ayant abandonné leurs croyances et ayant besoin de nouveaux modes de pensée sur lesquels se reposer.

Pour les charlataneries, nous pouvons offrir un moyen réellement efficace de déterminer si oui ou non un traitement marche (la méthode scientifique), les diriger vers des sources crédibles d’informations et les rendre capable de déterminer si quelque-chose relève des pseudo-médecines.

Comme le dit Bill Nye « la Science déchire ! ». Elle ne fournit pas toujours des certitudes, mais un peu d’incertitude n’est il pas préférable à de fausses certitudes ? La science est fascinante, excitante et pleine de surprises, sans compter qu’elle a l’immense avantage d’être dans le vrai.

Si vous échouez :

Si vous pensez que vous avez échoué, vous avez peut-être tort : si votre interlocuteur se met en colère ou semble se raccrocher encore plus fort à ses croyances, c’est peut-être qu’il est déjà en train de douter ou au bord d’une prise de conscience.

Boghossian déclare qu’il est possible qu’il « ait dit des choses, ou pris des positions, qui vont justifier les croyances pour elles-mêmes ». Peut-être avez-vous fait un petit accroc dans leurs certitudes, et cet accroc pourra être le commencement d’une véritable brèche…

Le retour en force final :

Les vrais tenants en arrivent souvent à l’un de ces deux arguments afin de rationaliser leur position lorsque les faits sont décidément trop têtus :

  1. « C’est vrai pour moi »

  2. « Même si ça n’est pas vrai, ça aide les gens » (en fournissant de l’espoir, de la motivation, etc).

A ce moment, vous pouvez demander si cela aide vraiment les gens de leur fournir de fausses croyances.

Un autre approche sceptique :

Benjamin Radford, dans un récent article du Skeptical Enquirer (2), offre lui aussi de très bons conseils : il décrit sa réponse à une femme qui pensait avoir été victime d’un mauvais sort et lui demandait de lui venir en aide.

Il a sympathisé avec elle, l’a assurée qu’il s’inquiétait pour son bien-être et lui a accordé qu’en effet « quelque-chose » se passait. Pour résumer, il a fait preuve d’ouverture d’esprit. Puis il a instillé un peu de doute et a offert une alternative en lui fournissant des informations fiables et crédibles sur les techniques des gourous mentaux.

Il a ensuite montré son sérieux en tant qu’expert sur le sujet, en se concentrant sur la psychologie de la croyance dans les malédictions. Il lui a expliqué que toutes ces choses sont fondamentalement les mêmes et lui a conseillé d’arrêté d’aller voir des médium et de se rappeler que tout le monde souffre de ce qu’elle attribuait au mauvais sort et qu’il valait mieux se concentrait sur les choses positives que sur les négatives.

Le mot de la fin :

Personne ne peut affirmer qu’il existe une étude contrôlée pour montrer que cette méthode fonctionne quand il s’agit de persuader un vrai tenant de changer d’avis, ni qu’elle marche mieux qu’une autre. Mais les autres méthodes ont peu d’histoires couronnées de succès et il semble que ça vaille le coup d’essayer.

Par contre, il faut bien avouer que c’est très loin d’être facile, ayant récemment essayé la méthode de Boghossian dans un échange de mail avec une femme qui avait toutes sortes de croyances étranges, je me suis lamentablement planté.

Dans mon expérience, qui compte de nombreuses discussions similaires, les tenants finissent toujours par faire des affirmations qui sont tellement scandaleuses que je perds mon self-control et que je ne peux tout simplement pas m’empêcher de leur jeter des faits à la figure pour leur montrer à quel point ils ont tort, ce qui met fin à tout espoir d’une discussion constructive.

Mais je continue d’essayer et j’ai envie de pouvoir entendre les récits d’autres personnes ayant réussi (ou même échouer) à appliquer cette méthode.

A aucun moment, le but de Science Based Medecine n’est de convaincre les vrais croyants mais de fournir des informations exactes à des gens dont l’esprit n’est pas irrémédiablement corrompu et peuvent prendre des décisions sensées en terme de santé.

Et nous n’avons eu quelques jolis succès dans ce domaine.

Notes :

  1. The Power of Babel, by James McWhorter. New York: Henry Holt and Company, 2002. P. 180.

  1. Radford, B. “A skeptic’s guide to ethical and effective curse removal.” Skeptical Inquirer 39:4, p. 26-8. July/August 2015 .

Traduit de Answering Cancer Quackery: The Sophisticated Approach to True Believers


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Négationnisme : le double discours de Mahmoud Abbas
Stéphanie Courouble Share est docteur en histoire. Spécialiste du négationnisme, elle fut l'élève de Pierre Vidal-Naquet. Dans ce texte, elle évoque la controverse qui a éclaté en Israël au sujet d'une thèse négationniste - et complotiste - publiée par Mahmoud Abbas à une époque où, déjà quadragénaire, il s'était installé à Moscou pour y suivre un cursus universitaire. Un ouvrage toujours disponible sur le site officiel de l'Autorité palestinienne...

Le 27 avril dernier, comme chaque année, Israël commémorait solennellement la Shoah. À cette occasion, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, longtemps accusé de négationnisme, affirmait : « Ce qui est arrivé aux Juifs durant l’Holocauste est le crime le plus odieux qui soit survenu contre l’humanité pendant l’ère moderne ».

De fait, M. Abbas n’en est pas à son premier communiqué dans ce sens puisqu’en 2010, à Ramallah (Cisjordanie), s’indignant qu’on l’accuse de nier l’Holocauste, il assurait devant un parterre de journalistes, avoir envoyé des délégués à Auschwitz lors de cérémonies commémoratives. A l’unisson, la presse se réjouit de cette annonce émanant de celui qu’elle considère comme un interlocuteur incontournable pour la paix au Proche-Orient.

Toutefois, le discours attendu du leader palestinien ne parvient pas à dissiper le malaise que provoque l’existence d’une thèse de doctorat qu’il soutint en 1982, à l’Université de Moscou. Cette thèse, conservée depuis cette date dans les archives russes, relativise la gravité du génocide nazi perpétré contre les Juifs d’Europe. (...)

Lire la suite sur Nonfiction.fr.


Voir aussi, du même auteur :
* Négationnistes : quand tombent les masques… (1ère partie ; 2nde partie)

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

La chimie est partout, dans nos assiettes, nos vêtements, nos voitures, en nous et tout le monde en parle. Pourtant, elle n’est pas forcément très bien comprise, et beaucoup de gens propagent (souvent en toute bonne foi) beaucoup d’information à son propos.
Des informations qui ont souvent l’air d’être « de bon sens » mais ne le sont pas forcément.

Ce billet essaye de tordre le coup à 5 informations très répandues et que vous avez sûrement du entendre au moins une foi, le ton est… plutôt acide mais c’était le choix de l’auteur initial, même si il est certainement critiquable.

(NDT)


Un des trucs les plus hallucinants à propos des mouvements anti-science, c’est le nombre incroyable d’arguments basés sur le manque de connaissance qui sont pourtant du niveau du lycée.

Ces faits de chimie sont si élémentaires et fondamentaux en science que ces positions anti-scientifiques sont parfois comprises comme de l’ignorance délibérée démontrant, une fois encore, qu’en dépit du fait qu’ils affirment être des « libres-penseurs informés », leurs auteurs ne sont rien de plus que des dénialistes peu ou mal informés.

Cependant, dans ce billet, nous allons tenter d’expliquer 5 faits basiques à propos de la chimie que vous devriez maîtriser avant de pouvoir ne serait-ce qu’imaginer être qualifié pour prendre des décisions vraiment informées à propos des médicaments, des vaccins, de la nourriture, etc etc

1.Tout est chimique

Ça a l’air d’un concept simple mais beaucoup de gens semblent avoir beaucoup de mal avec ça, donc autant le dire clairement : toute matière est faite d’éléments chimiques. Vous êtes faits de produits chimiques, toute nourriture (même les produits bio) sont faits de produits chimiques, les remèdes à base de plantes sont entièrement chimiques, etc etc

Donc, lorsque quelqu’un vous dit quelque-chose du genre « Je ne fais pas les vaccins parce que je ne veux pas injecter de produit chimique à mes enfants », cette personne est tout simplement en train de vous démontrer à quel point elle est mal informée, et vous pouvez être absolument sûre qu’elle ne sait pas de quoi elle est en train de parler parce que toute la matière est composée de produits chimiques.

« Un style de vie sans chimie » est totalement impossible. Vous ne survivriez que quelques minutes sans produit chimique avant de mourir par manque d’oxygène.

A cet instant précis, vous êtes en train de respirer du dioxyde (alias oxygène) et votre corps utilise ce produit chimique comme accepteur d’électron dans un processus connu sous le nom de respiration cellulaire.

Ce procédé utilise des hydrates de carbones comme le sucre (qui est un produit chimique) et casse ces derniers afin de libérer du dioxyde de carbone (un produit chimique), de l’eau (un autre produit chimique) et de l’énergie qui est stockée dans une molécule appelée adénosine triphosphate (ou ATP, un genre de produit chimique) et c’est cet ATP qui sert de combustible à tout votre corps.

Ce processus implique aussi de nombreux enzymes et accepteur d’électrons comme le coenzyme acétyle A et la nicotine adénine dinucléotide (NAD), qui sont tous les deux des produits chimiques.

Vous commencez à piger le truc là ? Vous êtes une machine biochimique et la plus moindre des choses que vous faites est régie par des réactions chimiques ayant lieu à l’intérieur de votre corps.

Le simple fait de lire cette phrase génère de nombreuses réactions chimiques au sein de votre système nerveux central, ce qui vous permet d’assimiler ces informations.

Donc, il n’y a pas de raison intrinsèque d’avoir peur des produits chimiques : vous et l’ensemble de la planète, êtes faits de produits chimiques et sans eux vous ne vivriez pas longtemps !

Ca vaut aussi le coup de remarquer que la longueur du nom d’un produit n’indique absolument pas sa toxicité. Internet est rempli de gens qui veulent vous effrayer et de vendeurs de peurs utilisant des noms très longs.

Vani Hari par exemple (alias The Food Babe) est célèbre pour proclamer partout que vous ne devriez pas manger quelque-chose dont vous n’arrivez pas à prononcer ou écrire le nom. C’est manifestement absurde.

Par exemple, prenez les produits suivants : rétinol, cyanocobalamine, acide ascorbique et cholécalciférol. N’importe quel enseignant pourra attester du fait beaucoup de gens auront du mal à prononcer correctement du premier coups ces noms et on peut raisonnablement penser que le terme « acide ascorbique » n’évoque pas pour vous des choses agréables.

En réalité, ce ne sont que les vrais noms des vitamines A,B, C, et D.

De la même façon, tout ce qui vit contient de l’ADN, ce qui implique que virtuellement tout ce que vous mangez contient de l’acide désoxyribonucléique. Une fois de plus, c’est un très long nom, difficile à prononcer et ça a l’air nocif puisque c’est un acide, mais c’est essentiel à la vie et présent dans à peu près toutes les nourritures.

Il est naïf et enfantin de baser votre régime ou vos pratiques médicales sur ce genre de critère.

2.La dose fait le poison

Il n’existe pas de produit chimique toxique, il n’y a que des doses toxiques. Répétons-le encore : tous les produits chimiques sont sûrs à des doses suffisamment faibles et tous les produits chimiques sont nocifs à des doses suffisamment élevées.

C’est quelque-chose de fondamental et que les mouvement anti-sciences s’obstinent à ignorer. Vani Hari est notoirement célèbre pour ignorer ce fait en faisant des affirmations telles que « il n’y a tout simplement pas de niveau acceptable de produit chimique à ingérer, jamais »

La réalité est plutôt différente. Par exemple, tous les gens lisant cet article ont du mercure, de l’arsenic, du cyanure, du formaldéhyde, de l’aluminium, du plomb et bien d’autres « produits toxiques » dans le corps, là, maintenant.

Pire, vous auriez ces composants en vous même si vous aviez passé toute votre vie à des milliers de kilomètres de quiconque, en ne mangeant que de la nourriture bio que vous auriez fait pousser vous-même et en n’utilisant jamais le moindre vaccin ou médicament.

Ce sont des éléments qui sont naturellement présents dans l’environnement et nous les obtenons à travers l’eau, la nourriture,… Certains comme le formaldéhyde sont même produits par notre organisme et nous sommes même composés aussi en partie d’éléments radioactifs comme l’uranium.

Donc on ne peut clairement pas dire qu’il y a des produits toxiques en soi puisqu’on les retrouve en chacun de nous !

Et inversement, les produits « inoffensifs » comme l’eau sont toxiques à de fortes doses : des gens sont même morts d’avoir bu trop d’eau.

Et ils ne se sont pas noyé : ils ont fait une overdose d’eau, l’eau est vraiment dangereuse pour votre corps à des niveaux suffisamment élevés.

On ne peut pas sous-estimer l’importance de ce fait : aucun produit chimique n’est intrinsèquement sûr ni intrinsèquement nocif. Donc la prochaine fois que quelqu’un essaye de vous effrayer avec des histoires des « produits chimiques » contenu dans votre eau, vos vaccins, vos savons, etc demandez-leur deux choses :

  1. quelle est la dose toxique chez les humains ?

  2. Quelle est la dose contenue dans le produit en question ?

Ces deux informations sont absolument cruciales pour évaluer la dangerosité du produit et il est tout simplement impossible de savoir si ou ou non un produit est toxique sans connaître ces deux paramètres.

Donc si l’ami, le bloggeur ou le youtubeur qui vous informe n’est pas capable de répondre à ces deux questions, alors cette personne est en train de démontrer qu’elle n’a pas fait ses devoirs et ne sait pas réellement de quoi elle parle. Du coup, vous ne devriez peut-être pas l’écouter !

En fait, bien des arguments anti-science s’effondrent lorsqu’on prend cet aspect des choses en compte. Par exemple, vous avez certainement entendu des anti-vaccins vous parler des toxines dans les vaccins, mais la réalité est que ces éléments sont présents à des doses microscopiques et donc absolument sans danger.

3. Il n’y a pas de différence entre version naturelle et synthétique

On entend souvent des gens dire que les produits chimiques « synthétiques » (c’est à dire faits en laboratoires) ne sont pas aussi bons pour vous que leurs contreparties « naturelles ». La réalité est que cela représente une mauvaise compréhension de ce qui est littéralement le concept le plus fondamental de la chimie.

L’unité de base de la matière est l’atome, et il y a différents types d’atomes, que l’on nomme éléments. On peut combiner ces éléments pour créer des molécules et la combinaison des éléments détermine les propriétés des molécules. Le procédé ayant mené à la combinaison de ces éléments n’a absolument aucun effet sur le comportement final de la molécule.

Par exemple, l’eau (ou monoxyde de dihydrogène) consiste en 3 atome : 2 hydrogènes et 1 oxygène (oxygène et hydrogène sont tous les deux des éléments). Il y a littéralement des milliers de réactions chimiques différentes qui produiront de l’eau.

En d’autres termes, nous pouvons créer de l’eau de milliers de façons, mais elle se comportera toujours de la même façon à la fin sans que la méthode ait changé quoi que ce soit puisque ce sont toujours les trois mêmes atomes.

Pour aller plus loin, si on donne à quelqu’un une éprouvette d’eau, il n’y a absolument aucun moyen de savoir comment elle a été produite puisqu’elle est absolument identique à celle créée par les autres méthodes.

Donc, du moment que la structure chimique est la même, cela ne compte pas du tout que cette molécule ait été extraite d’une plante, pompée du sol ou synthétisée en laboratoire.

4. Les produits naturels ne sont pas tous bons, ni les artificiels toujours mauvais

Beaucoup de gens seront arrivés jusqu’à ce point de l’article en étant plutôt d’accord avec ce qui est dit mais insisteront pour dire que les produits « artificiels » (c’est à dire ceux qui ne sont pas présents dans la nature) sont mauvais et ne devraient pas être mangés, respirés, injectés, etc etc

Cela soulève un gros problème : d’abord, comme cela a été dit plus haut, tous les composés chimiques sont dangereux… et aucun ne l’est. Et c’est tout aussi vrai pour les artificiels que pour les naturels.

Ensuite, cette affirmation est une moisissure argumentative nommée « appel à la nature ». cette dernière est pleine de produits comme le cyanure ou l’arsenic qui sont dangereux dès que l’on dépasse une dose infime, il n’y a donc aucune vraie raison de penser que la « naturalité » soit un indicateur de salubrité !

Pour creuser un peu, rappelez-vous que les molécules ne sont rien d’autres que des arrangements d’éléments et il n’y a aucune raison de penser que la Nature ait produit tout ce qu’il y a de mieux et que nous soyons incapables de faire aussi bien voire mieux.

On entend souvent dire qu’on ne peut pas faire mieux que la nature mais c’est une position difficile à entendre et encore plus difficilement défendable et on peut assez facilement mettre quelqu’un au défi d’argumenter en faveur de cette affirmation.

Vraiment, réfléchissez-y quelques minutes et essayez de trouver un moyen de défendre cette position, demandez-vous pourquoi vous avez cette opinion, sur quoi vous la basez ?

Est-ce que vous pouvez donner une seule raison de penser qu’une chose est mauvaise simplement parce-qu’elle n’est pas naturelle ? Et lisez l’article donné plus haut avant de répondre s’il vous plaît !

5.Les propriétés d’un éléments sont déterminées par ceux auquel il est lié :

Les composés chimiques sont créés en combinant différents éléments (ou molécules) et le résultat final peut ne pas du tout se comporter comme le font les parties initiales.

Le chlorure de sodium est un bon exemple de ce concept : le sodium est extrêmement réactif et peut même exploser au contact de l’eau et le chlore est tellement toxique qu’il a été utilisé comme gaz de combat.

Cependant, si nous les combinons ensemble, nous obtenons du chlorure de sodium, plus communément appelé… sel de table. Et vous n’aurez pas de mal à noter que ce sel de table ne se comporte pas du tout comme ses composants : il n’explose pas au contact de l’eau et vous n’avez aucune chance d’être empoisonné au chlore avec quelle que soit la quantité que vous en mangez (n’en mangez pas trop non plus, rappelez-vous le point 2).

La combinaison de ces deux éléments a changé leurs propriétés et il serait absurde de dire que « le sel est dangereux car il contient du chlore et du sodium »). Le sodium du sel ne se comporte plus comme du sodium car il est lié au chlore (et réciproquement).

Donc, lorsqu’on vous certifie qu’un produit est dangereux car il contient un produit chimique dangereux même à très faible dose, assurez-vous que cet élément n’est pas lié à un autre qui le rend inoffensif.

Le thimérosal des vaccins est un excellent exemple de ce que les anti-sciences comprennent vraiment de la chimie. Vous avez certainement lu ou entendu dire quelque-part, si vous suivez un peu ce genre de sujet, que les vaccins sont dangereux car ils contiennent du mercure, et le mercure est toxique, même à faible dose.

Même en ignorant le fait que très peu de vaccins contiennent du mercure (certains vaccins contre la grippe) et qu’il est présent à des doses infimes largement en deçà du seuil de dangerosité, il reste tout de même un problème : le mercure est présent sous forme de thimérosal.

Le thimérosal est composé de mercure lié à un groupe éthyle, ce qui le change en éthyle-mercure. Le mercure qui vous empoisonne (c’est à dire la forme qui s’accumule dans les produits de la mer) est lié à un groupe méthyle (on appelle cela un méthyle-mercure).

Les mercures éthyles et méthyles ne sont pas la même chose, ils se comportent différemment. De la même façon que le chlore a changé les propriété du sodium, les propriété du mercure sont changées par le groupe éthyle.

Ce qui revient à dire qu’affirmer que « le mercure est dangereux, les vaccins contiennent du mercure donc les vaccins sont dangereux » revient à dire que « le sodium est dangereux, le sel contient du sodium donc le sel est dangereux ».


Traduit de 5 simple chemistry facts that everyone should understand before talking about science


N’hésitez pas à jeter un œil à cette excellente vidéo
qui démontre bien que la chimie n’est ni bonne ni mauvaise.
C’est « juste » ce qu’on en fait qui compte.

Et Podcast Science reste bien sûr l’arrêt indispensable

pour parfaire vos connaissances sur le sujet !


AlloDocteurs

Je suis allé faire un tour à l’émission française Le Magazine de la santé d’Allodocteurs.fr pour parler du site web et du livre Le Pharmachien, plus quelques mots sur le mouvement anti-vaccination et les médias. Super cool comme entrevue !

Voici la vidéo :

http://www.allodocteurs.fr/livre/mettez-un-pharmachien-dans-votre-sac-de-plage_16710.html

Merci beaucoup à toute l’équipe de m’avoir invité !

Note de lecture de Martin Brunschwig Inutile d'y aller par quatre chemins : cet ouvrage est une imposture éhontée ! Ou, pour être plus précis, l'un des mots du titre : bien évidemment, vous l'aurez deviné, le mot « vraies ». Imaginons exactement le même livre avec pour titre « Merveilleuses histoires de maisons hantées », ou « Les belles légendes de maisons hantées », etc. Dans ce cas, il n'y a plus aucun problème ! On est dans la fiction, on se fait plaisir à se faire peur (comme le dit la quatrième de (...) Notes de lecture

Nous vivons une époque où toutes sortes de connaissances scientifiques – de la vaccination au changement climatique – rencontrent une opposition féroce. Certains ont même des doutes concernant le fait que nous soyons allé sur la Lune.

Il y a une scène dans le chef-d’œuvre comique de Stanley Kubrik « Dr Folamour » dans laquelle Jack Ripper, un général américain qui est devenu rebelle et a déclenché une attaque nucléaire sur l’Union Soviétique, dévoile sa vision du monde paranoïaque (et l’explication de pourquoi il ne boit « que de l’eau distillée ou de l’eau de pluie et de l’alcool de grain ») à Lionel Mandrake colonel dans la Royal Air Force et malade d’anxiété.

  • Ripper : Vous avez déjà entendu parler d’une chose appelée fluorisation ? La fluorisation de l’eau ?

  • Mandrake : Ah oui, j’ai déjà entendu parler de ça Jack, oui oui !

  • Ripper : Bien, vous savez ce que c’est ?

  • Mandrake : Non. Non, je ne sais pas ce que c’est. Non.

  • Ripper : Est ce que vous réalisez que la fluorisation de l’eau est la machination communiste la plus dangereuse et monstrueusement conçue que nous ayons jamais eu à affronter ?

Le film est sorti en 1964, alors que les bénéfices pour la santé de la fluorisation de l’eau avait été solidement établi et que les théories du complot anti-fluorisation pouvaient devenir des sujets comiques. Alors vous serez peut-être surpris d’apprendre que, près d’un demi-siècle plus tard, la fluorisation continue d’être la source de peurs et de paranoïas.

En 2013, les citoyens de Portland dans l’Oregon (l’une des rares grandes villes américaines à ne pas fluoriser l’eau courante) ont fait bloquer un projet de loi soutenu par les autorités et qui visait à remédier à cet état de fait. Les opposants n’aimaient pas l’idée que le gouvernement ajoute des « produits chimiques » à leur eau et déclaraient que le fluor pouvait être dangereux pour la santé humaine.

En fait, le fluor est un minéral naturel qui, aux faibles concentrations utilisées dans les systèmes de distribution d’eau potable, renforce l’émail des dents et prévient les caries. Un moyen sûr et peu onéreux d’améliorer l’hygiène dentaire pour tout le monde, riches et pauvres, brosseurs consciencieux ou pas. Voilà le consensus scientifique et médical.

Ce à quoi certaines personnes à Portland, se faisant l’écho des militants anti-fluor du monde entier, répondent : « Nous ne vous croyons pas ».

Nous vivons une époque où toutes sortes d’aspects de la connaissance scientifique – de l’innocuité de la fluorisation et des vaccins à la réalité du changement climatique – rencontre une opposition ben organisée et parfois féroce. Confortés par leurs propres sources d’information et et leurs propres interprétations de recherches, ces « sceptiques » ont déclaré la guerre au consensus des experts.

Il y a tellement de ces controverses ces jours-ci que c’est à se demander si une diabolique agence secrète n’a pas mis quelque-chose dans l’eau pour rendre les gens plus accros aux polémiques. Et il y a tellement de discussion autour de ces sujets en ce moment (que ce soit dans des livres, des articles ou des conférences académiques) que le doute envers la science lui-même est devenu un mème de la pop-culture.

Dans le récent film Interstellar, qui se passe dans une Amérique futuriste en voie de désertification où la NASA a été obligée de se cacher, les livres d’écoles disent que la mission Apollo sur la Lune était bidonnée.

Dans un sens, tout ça n’est pas très surprenant, nos vies sont imprégnées de sciences et de technologies comme jamais auparavant. Pour beaucoup d’entre nous, ce monde est merveilleux, confortables et riches de récompenses – mais aussi plus compliqué et parfois énervant. Nous faisons maintenant face à des risques que nous ne pouvons analyser facilement.

On nous demande d’accepter, par exemple, qu’il n’y a pas de danger à consommer des aliments contenant des OGM parce que, déclarent les experts, il n’y a pas de preuves que ça l’est et aucune raison de croire qu’altérer un gène précis en laboratoire est plus dangereux que d’altérer en gros un génome complet comme cela se passe avec les méthodes traditionnelles.

Mais pour certaines personnes, l’idée de transférer un gène d’une espèce à une autre évoque irrésistiblement des savants fous faisant n’importe quoi et donc, deux siècle après que Mary Shelley ait écrit Frankenstein, ils parlent de « Frankenfood ».

Le monde bruisse de dangers réels et imaginaires et distinguer les premiers des seconds n’est pas facile. Devons-nous craindre que le virus Ebola, transmis uniquement par contact direct avec les fluides corporels (sang, sperme, salive) d’une personne infectée, mute et se transforme en une sorte de super-peste aéro-transmise ?

Le consensus scientifique dit que c’est hautement improbable : aucun virus n’a jamais été observé en train de modifier complètement son mode de transmission aux humains, et il n’y a aucun indice montrant que la dernière souche d’Ebola soit différente.

Mais tapez « transmission aérienne Ebola » dans un moteur de recherche et vous pénétrerez dans une dystopie où le virus a acquis des super-pouvoirs, y compris celui de nous tuer tous.

Dans ce monde déroutant, nous devons décider que croire et comment faire face à quoi. En principe, c’est à ça que sert la Science. « La Science n’est pas un corpus de faits » déclare la géophysicienne Marcia McNutt, qui était à la tête de US Geolocial Survey et dirige maintenant la prestigieuse revue Science. « La Science est une méthode pour décider si ce que nous choisissons de croire se base ou non sur les lois de la Nature ».

Mais cette méthode ne vient pas naturellement à la plupart d’entre nous. Et on court donc au-devant des problèmes, encore et encore.

Les problèmes remontent à longtemps bien sûr. La méthode scientifique mène à des vérités qui sont bien peu évidentes, souvent déconcertantes et parfois dures à avaler. Au début du XVIIème siècle, lorsque Galilée a déclaré que la Terre tournait sur son axe et orbitait autour du Soleil, il ne faisait pas que défier la doctrine de l’Église : il demandait aussi aux gens de croire quelque-chose qui défiait le sens commun. Parce-qu’on dirait vraiment que le Soleil tourne autour de la Terre et qu’on ne sent pas cette dernière tourner.

On a intenté un procès à Galilée et il fut forcer de se rétracter. Deux siècles plus tard, Darwin a échappé à ça. Mais son idée que tout vie sur Terre a évolué à partir d’un ancêtre commun et que nous les humains sommes les lointains cousins des singes, des baleines et même des mollusques des abysses est toujours la source de nombreux questionnements pour bien des gens.

Tout comme une autre notion du XIXème siècle : que le dioxyde de carbone, un gaz invisible que nous exhalons tout le temps et qui représente moins d’un dixième de pour-cent de la composition de l’atmosphère, peut affecter l’ensemble du climat de notre planète.

Même lorsque nous acceptons intellectuellement les préceptes de la sciences, nous nous accrochons inconsciemment à nos intuitions – ce que les chercheurs appellent « nos croyances naïves ». Une étude récente d’Andrew Shtulman de l’Occidental College a montré que même les étudiants avec un gros bagage scientifique marquaient un temps d’arrêt dans leurs processus cognitifs lorsqu’on leur demandait si oui ou non nous descendant d’animaux marins ou si la Terre tourne autour du Soleil. Les deux vérités sont contre-intuitives.

Les étudiants, même ceux qui avaient répondu correctement « vrai », mettaient plus de temps à répondre à ces questions qu’à d’autres demandant si les humains avaient des ancêtres arboricoles (vrai aussi mais un peu plus intuitif) ou si la Lune tourne autour de la Terre (toujours vrai mais très intuitif).

Les recherches de Shtulman indiquent qu’en mêeme temps que nous acquérons de la connaissance scientifique, nous réprimons nos croyances naïves mais sans jamais les éliminer complètement.

Elles rôdent dans nos esprits en jacassant tandis que nous tentons de donner un sens au monde.

La plupart d’entre nous font ça en se reposant sur l’expérience personnelle et des anecdotes, sur des histoires plutôt que des statistiques. On peut faire un test sur un antigène spécifique au cancer de prostate, même si ça n’est généralement plus recommandé, parce qu’un ami proche a eu ce cancer – et nous ne faisons pas attentions aux statistiques durement compilées à travers de multiples études (et qui montrent que le test sauve rarement des vies mais conduit souvent à de la chirurgie inutile).

Ou on entend parler d’une vague de cancer dan une ville où se situe une grande décharge de produits chimiques et on en conclue que la pollution donne le cancer. Mais ça n’est pas parce que deux choses arrivent en même temps qu’elles sont forcément liées et ça n’est pas parce que deux événement se produisent au même endroit et au même moment qu’ils ne sont pas tous les deux dus au hasard.

Nous avons du mal à « digérer » l’aléatoire ; nos cerveaux ont besoin de schémas et de signification. La Science nous avertit cependant que nous pouvons nous tromper nous-même. Pour être sur et certain qu’il y a effectivement un lien de causalité entre la décharge et les cancers, vous avez besoin d’analyses statistiques montrant qu’il y a plus de cancers que ce à quoi on s’attendrait, de preuves que les malades ont été exposés aux produits chimiques de la décharge et de preuves que ces produit peuvent vraiment donner le cancer.

Même pour les chercheurs, la méthode scientifique est une discipline difficile. Comme nous tous, ils sont vulnérables à ce qu’ils appellent le biais de confirmation – la tendance que nous avons tous à ne chercher et ne voir que les preuves allant dans le sens de ce que nous croyons déjà. Mais, contrairement à nous, ils soumettent leurs idées au processus de revue par les pairs avant de les publier.

Une fois publiés, s’ils sont suffisamment importants d’autres chercheurs tenteront de les répliquer et – étant congénitalement sceptiques et accros à la compétition – seront ravis d’annoncer qu’ils n’ont pas réussi. Les résultats scientifiques sont toujours provisoires et susceptibles d’être réfutés par des expériences ou des observations futures. Les chercheurs ne déclarent que très rarement que leurs travaux sont des vérités ou des certitudes absolus : l’incertitude est inévitable à la frontière de la connaissance.

Parfois, les scientifique tombent bien loin des idéaux de la méthode. Notamment en recherche biomédicale, où les résultats ont une tendance dérangeante à ne pas pouvoir être reproduits en dehors des laboratoires les ayant annoncés en premier. Une tendance qui est à l’origine d’un mouvement pour plus de transparence à propos de comment les expériences sont réalisées.

Francis Collins, le directeur du National Institut of Health (Institut National pour la santé, NDT) est préoccupé par les « sauces secrètes » (procédures spécialisées, logiciels adaptés, ingrédients inhabituels) que les chercheurs ne partagent pas avec leurs collègues. Mais il a toujours foi dans l’entreprise globale.

« La Science montrera la vérité » pense-t-il. « Elle se trompera peut-être la première fois et peut-être aussi la seconde fois mais au final la vérité finit toujours par émerger ». Cette aspect provisoire de la Science est aussi quelque-chose que les gens ont parfois du mal à appréhender. Pour certains climato-sceptiques, par exemple, le fait que quelques scientifiques des années 1970 s’inquiétaient de la venue d’une ère glaciaire est suffisant pour jeter le discrédit sur les inquiétudes à propos du réchauffement global.

L’automne dernier, le GIEC, qui est composé de centaines de scientifiques travaillant sous la houlette des Nations-Unies, a rendu son 5ème rapport en 25 ans. Ce dernier répétait plus fort et plus clairement que jamais le consensus existant chez les scientifiques du monde entier : la température à la surface de la Terre s’est élevé d’environ 1.5C° dans les 130 dernières années et les activités humaines (y compris la combustion d’énergie fossiles) sont considéré comme étant la source de loin la plus probable de ce réchauffement depuis le milieu du XXème siècle.

Le sénateur de l’Oklahoma James Inhofe, l’une des voix les plus puissantes des démocrates en termes d’environnement a pourtant déclaré que c’était un canular.

L’idée que des centaines de scientifiques partout dans le monde pourrait collaborer pour mettre en place un tel canular est risible – car les scientifiques adorent montrer que leurs concurrents ont tort. Il est très clair, en revanche, que des organisations subventionnées en partie par l’industrie des énergies fossiles ont délibérément essayé de miner la compréhension du consensus scientifique par le public en promouvant quelques « sceptiques ».

Les médias accordent une large attention à de tels francs-tireurs, détracteurs, professionnels de la controverse et autres amoureux des plateaux télé et ils adorent aussi vous faire croire que la science est pleine de découvertes choquantes faites par des génies solitaires. Mais…

L’ennuyeuse vérité est qu’elle avance généralement pas-à-pas, à travers la lente accrétion de données et de connaissances collectés par de nombreuses personnes au long des années.

Et ça a été aussi le cas avec le consensus à propos du changement climatique, ça n’avait rien à voir avec une simple lecture de thermomètre.

Mais les professionnels en relations publiques de l’industrie, même si ils adorent noyer le poisson, ne suffisent pas à eux seuls à expliquer pourquoi seulement 40% des américains (d’après le dernier sondage du Pew Research Center) acceptent que l’activité humaine soit a principale cause du réchauffement global.

Le « problème de communication des sciences » comme l’appellent tellement à propos les scientifiques qui l’étudient a mené à d’abondantes nouvelles recherches sur comment les gens décide de croire à quelque-chose – et pourquoi ils refusent souvent le consensus scientifique.

Non pas qu’ils soient incapables de le comprendre selon Dan Kahan de l’Université de Yale : dans une étude, il a demandé à 1540 américains (un échantillon représentatif) de noter la menace du changement climatique sur une échelle de 0 à 10 puis a corrélé les réponses avec le niveau de connaissances scientifiques des sondés.

Il a découvert que des connaissances scientifiques plus solides étaient associés avec des points de vues plus tranchés – des deux cotés du spectre. Les connaissances augmentaient la polarisation sur le climat, pas le consensus.

Selon Kahan, cela se produit car les gens ont tendance à utiliser leurs connaissances pour renforcer des croyances qui ont été formatées en amont par leur vision du monde.

Les américains finissent par se retrouver dans deux camps pour le chercheur : ceux ayant un esprit plus « communautaire » et « égalitariste » sont généralement soupçonneux vis-à-vis de l’industrie et capables de penser qu’il y a là quelque-chose de dangereux qui mériteraient une régulation au niveau national, ils sont plus susceptibles de voir le danger du réchauffement climatique.

A contrario, les gens ayant une vision plus « individualiste » et « hiérarchisée » respectent les leaders de l’industrie et n’aiment pas que le gouvernement interfère dans leurs affaires, ils sont plus portés à rejeter les avertissement concernant le réchauffement global car ils savent que l’accepter pourrait mener à des taxes supplémentaires et/ou des régulations des émissions de carbone.

Aux États-Unis, le changement climatique est presque devenu un révélateur vous identifiant comme appartenant à l’une ou à l’autre des tribus antagonistes. Lorsque nous nous disputons à ce sujet, selon Kahan, nous discutons en fait de qui nous sommes, à quel groupe nous appartenons.

Nous nous disons « les gens comme ci croient à ça, les gens comme ça croient à autre chose ». Selon Kahan, pour un « individualiste hiérarchisé » il n’est pas irrationnel de rejeter la climatologie communément admise : l’accepter ne changerait pas le monde mais cela pourrait le faire renvoyer de sa tribu.

« Prenez un coiffeur d’une petite vile rurale de Caroline du Sud » écrit Kahan « est ce que c’est une bonne idée pour lui d’aller implorer ses clients de signer une pétition demandant au Congrès de prendre des mesures sur le changement climatique ? Non :si il le fait, il se retrouvera sans travail, tout comme cela a été le cas pour son ancien député, Bob Inglis, lorsqu’il a proposé de tels actions ».

La Science fait appel à notre raison, mais nos croyances sont largement motivées par nos émotions, et la plus forte des motivations est de rester proches de nos pairs. « Nous sommes tous au lycée, nous n’avons jamais quitté le lycée » décrit Marcia McNut. « Les gens ont toujours besoin d’être acceptés, et ce besoin est si puissant que les valeurs et opinions locales écrasent la science. Et elles continueront à l’écraser, notamment lorsqu’il n’y à pas de désavantages clair et immédiat à la rejeter ».

Pendant ce temps, Internet facilite plus que jamais les choses pour les climato-sceptiques et « douteurs » de toutes sortes désireux de trouver leurs propres experts et sources d’informations. Bien loin est le temps où un petit nombre d’institutions puissantes – élites universitaires, encyclopédies, grands médias ou même le National Geographic (le journal ayant publié l’article NDT) – servaient de gardiens à la connaissance scientifique.

Internet a démocratisé l’information, ce qui est une bonne chose, mais en plus de l’accès au câble, il a rendu possible la création de « bulles de filtrage » qui ne laissent entrer que les informations avec lesquelles vous êtes déjà d’accord.

Comment pénétrer ces bulles ? Comment convertit les climato-sceptiques ? Les confronter à plus de faits ne sert à rien. Liz Neely, qui aide les chercheurs à devenir de meilleurs communicants dans une organisation appelée Compass, pense que les gens ont besoin d’entre les choses venant de personnes à qui elles font confiance, qui partage des valeurs fondamentales avec eux.

Elle en a une expérience personnelle : son père est un climato-sceptique et va chercher la plupart de ses informations sur le sujet sur des médias conservateurs. Exaspérée, elle l’a affronté directement « à qui fais-tu confiance, eux ou moi ? » Elle lui a dit qu’elle croyait les scientifiques qui étudient le climat et connaît personnellement beaucoup d’entre eux.

« Si tu penses que j’ai tort » lui a t elle dit « alors tu es en train de me dire que tu ne me fais pas confiance ». Et son opinion sur le sujet a évolué, mais ça n’était pas les faits qui en étaient la cause.

Si vous êtes un rationaliste, il y a quelque-chose d’un désespérant à tout ça. Dans la description de Kahan sur comment nous décidons ce à quoi nous croyons, ce que nous décidons a parfois l’air presque accessoire. Ceux qui travaillent dans la communication scientifique sont tout aussi tribaux pense-t-il. Ils croient aux idées scientifiques non pas parce-qu’ils ont vraiment évalué toutes les preuves mais parce-qu’ils se sentent des affinités avec la communauté scientifique. Lorsque l’auteur de cet article lui a déclaré accepter pleinement la théorie de l’évolution, sa réponse a été « croire à l’évolution est juste une description d’une personne, pas une garantie sur la façon dont elle raisonne ».

Peut-être… sauf que l’évolution se passe vraiment. La biologie est incompréhensible sans elle. Il n’y a pas vraiment deux choix possibles pour ces problèmes. Le changement climatique est réel et les vaccins sauvent des vies.

Avoir raison compte vraiment – et la tribu scientifique a de longues archives concernant le fait d’avoir eu raison à la fin. La société moderne est basée sur ces cas où la Science a eu raison.

Douter de la Science a aussi des conséquences, les gens qui croient que les vaccins donnent la sclérose en plaque – qui sont souvent bien instruits et aisés soit dit en passant – sapent l’immunité de groupe qui protègent de maladies comme la rougeole ou la coqueluche. Le monvement anti-vaccin a bien grandi depuis que le Lancet a publié une étude en 1998 qui établissait un lien entre vaccin et autisme.

Le journal a depuis retiré l’article, qui avait été massivement discrédité, mais la notion d’un lien vaccin/autisme a été reprise par des célébrités et renforcé à travers les filtres des recherches sur Google. La militante antivax et actrice Jenny McCarthy a un jour déclaré dans un talk-show national « J’ai eu mes diplômes à l’Université Google ».

Dans le débat sur le climat, les conséquences du dote sont tout autant globales et durables. Aux États-Unis, les climato-sceptiques ont atteint le but initial d’arrêter les travaux législatifs combattant le réchauffement global. Ils n’ont pas eu à gagner le débat au mérite, ils ont simplement eu à embrouiller suffisamment la question pour éviter que les lois régissant les émissions de gaz à effet s de serre soient promulguées.

Des militants écologistes aimeraient que les scientifiques sortent de leur tout d’ivoire s’impliquent plus dans les batailles politiques. Un scientifique qui désirerait emprunter cette voie devrait faire très attention pour Liz Neeley. « La ligne entre communication scientifique et militantisme ne se franchit qu’une seule fois ».

Dans le débat sur le changement climatique, une des allégations centrales des sceptiques est que le fait que la Science déclare qu’il est réel et une menace sérieuse est quelque-chose empreint de politique, poussé par des activistes écologistes et en aucun cas une donnée factuelle.

C’est à la fois faux et diffamatoire pour les chercheurs, mais cela semblera plus plausible si les scientifiques vont au-delà de leur expertise professionnelle et commencent à se prononcer en faveur de telle ou telle politique.

C’est ce détachement, ce qu’on pourrait appeler le « sang froid de la Science » qui en fait l’outil ultime. C’est la façon qu’à la Science de nous dire la vérité telle qu’elle est et non telle que nous voudrions qu’elle soit.

Les chercheurs peuvent être aussi dogmatiques que n’importe qui – mais leurs dogmes ne résistent jamais devant les avancées des nouvelles recherches. En science, ce n’est pas un péché de changer d’avis lorsque les preuves le demandent.

Pour certaines personnes, la tribu est plus importante que la vérité, pour les meilleurs scientifiques, la vérité est plus importante que tout le reste.

La pensée scientifique doit être enseignée et elle l’est parfois mal pour McNutt. Les étudiants s’en vont en voyant la science comme une collection de faits et non comme une méthode et les recherches de Shtulman ont montré que nombre d’entre eux ne comprennent pas vraiment ce qu’est une preuve.

La méthode scientifique ne vient pas naturellement, mais si on y réfléchit, la démocratie non plus, elle n’ont d’ailleurs pas existé des millénaires durant.

Nous nous combattions les uns les autres en priant les dieux de la Pluie et, pour le meilleur et pour le pire, en faisant les choses comme nos ancêtres les avez faites avant nous.

Aujourd’hui nous assistons à des changement incroyablement rapides, et ils sont parfois effrayants, tout n’est pas toujours un progrès. Notre science a fait de nous les organismes dominants (avec tout le respect du aux fourmis et aux cyanobactéries) et nous modifions la planète entière.

Bien sûr, nous avons parfaitement raison de nous interroger à propos de certaines choses que la science et les technologies ont mis entre nos mains.

« Tout le monde devrait se poser des questions » rappelle McNutt « c’est la marque des scientifiques. Mais il faut le faire en utilisant la méthode scientifique, ou en faisant confiance à ceux qui l’utilisent, pour choisir les réponses aux questions posées ».

Nous devons devenir meilleur pour trouver des réponses, parce-qu’il est certain que les questions ne vont pas aller en se simplifiant.


Traduit de Why Do Many Reasonable People Doubt Science?

Paru en Mars 2015 sur le site internet du National Geographic.


Alors que la Grèce mène son combat ultime contre des mesures d’austérité économiques qui ont appauvri sa population depuis cinq ans, certains gouvernements comme celui du Québec s’entêtent à aller dans cette direction qui soulève l’opprobre populaire. La dernière en lice concernait la semaine dernière les Centres de la petite enfance (CPE) dont l’accessibilité allait être réduite par les coupes gouvernementales. À en croire certains commentateurs cependant, l’État aurait raison de ne pas se « disperser » et de dépenser là-dedans. Le problème, c’est que si c’est le développement du cerveau des individus qui importe ici, ce qui devrait être le cas, les données scientifiques vont à l’encontre des dires de ces commentateurs…

Seulement deux exemples récents, parmi plusieurs autres. Une étude publiée ce printemps par l’Agence de la santé de Montréal concluait que les CPE, qui offrent des activités éducatives aux enfants, sont de loin supérieurs aux autres services de garde pour le développement de l’enfant. Et de tous les enfants qui les fréquentent, ce sont ceux des familles à faible revenu qui en bénéficient davantage, et d’autant plus qu’ils y sont arrivé tôt (avant l’âge de un an).

La fréquentation exclusive des CPE constitue donc pour les enfants issus de familles défavorisées un réel facteur de protection. Du côté des enfants issus de familles plus aisées, l’étude ne fait état d’aucune différence de développement entre le fait de fréquenter un CPE ou de rester à la maison où les enfants jouissent très souvent d’un environnement enrichi.

L’autre étude, qui vient d’être publiée en juin dans Psychological Science par un groupe de collaborateurs de l’université de Harvard, de Columbia et du MIT aux États-Unis, a une portée encore plus large. L’étude part du constat que la différence de réussite académique entre les étudiants en provenance de milieux économiquement favorisés et défavorisés ne cesse de croître. Ce qu’on a voulu voir dans cette étude, c’est si ces deux conditions s’accompagnaient de différences anatomiques dans le cerveau. Et la réponse est oui, ce qui vient appuyer de nombreuses autres études démontrant à quel point la pauvreté est néfaste pour le cerveau.

Les auteurs se sont intéressés à la structure générale du cortex cérébral qui constitue 80% du poids de notre cerveau et qui est impliqué dans nos fonctions dites « supérieures » comme le langage, la pensée, le raisonnement, etc. Le volume de la « matière grise » de ce cortex (là où sont les corps cellulaires des neurones) était significativement plus important chez les adolescents en provenance de milieux aisés et ayant de bons résultats à des tests de performance académique standards.

Certains paramètres comme le volume de « matière blanche » (les axones myélinisés des neurones) où la surface corticale totale ne différaient pas significativement. Mais d’autres paramètres comme l’épaisseur du cortex, donc encore reliés à l’importante matière grise (où l’on trouve aussi les ramifications dendritiques où se font les connexions neuronales), étaient significativement plus faibles chez les individus ayant grandi dans des conditions socio-économiques moins favorables.

Bref, non seulement la pauvreté est mentalement fatigantes, comme l’avait déjà démontré une autre étude, mais elle affecte directement l’intégrité de l’objet le plus complexe de l’univers connu dont on hérite tous d’un précieux exemplaire. Par conséquent, si l’économie était véritablement au service des humains (et non d’un pourcentage infime de ceux-ci), on devrait s’empresser de tourner le dos à toutes mesures qui hypothèque le potentiel de développement du fragile cerveau humain.

i_lien Le CPE supérieur aux autres services de garde, selon une étude
i_lien Neuroanatomical correlates of the income-achievement gap.
a_exp Neuroanatomical Correlates of the Income-Achievement Gap
i_lien What Poverty Does to the Young Brain

Note de lecture de Jacques Van Rillaer Dans la collection « Idées reçues », dont beaucoup d'ouvrages rejoignent les objectifs de l'AFIS, Marc Groenen a publié un livre sur le Paléolithique qui a l'aspect des célèbres « Que sais-je ? » : en 128 pages, une synthèse des idées essentielles sur un sujet. L'auteur est professeur de préhistoire et de philosophie des sciences de l'homme à l'Université de Bruxelles. C'est un spécialiste du Paléolithique, période durant laquelle les hommes utilisaient des pierres (...) Notes de lecture

Jean-Michel Abrassart et Jeremy Royaux discutent du livre “OVNI en Belgique : Contributions sceptiques”.

On en apprend plus sur les vaccins et sur le mouvement anti-vaccination avec notre collaborateur Stéphane Thériault

Note de lecture de Kévin Moris Les auteurs travaillent dans le domaine de la chimie : A. Sevin est directeur de recherche émérite au CNRS, C. Dezarnaud Dandine est enseignant-chercheur à l'Université Pierre et Marie Curie et ils sont tous deux rattachés au Laboratoire de Chimie Théorique de cette université. En introduction, les auteurs rappellent que la « chimie est la science de la matière, de ses structures et de ses transformations » (p. 1), puis font part de leurs objectifs : s'adresser à des « (...) Notes de lecture

L’anthroposophie, Grégoire Perra connaît bien. Et pour cause : il fut un ancien élève des écoles Steiner-Waldorf de Verrières-le-Buisson (Essonne) et de Chatou (Yvelines). De 1995 à 2010, il fut également membre de la Société anthroposophique de France, association ayant pour but de diffuser la doctrine de Rudolf Steiner. Il aura collaboré avec la structure pendant une quinzaine d’années.

Jusqu’à ce qu’en juillet 2011, Grégoire Perra se mette à table et évoque L’endoctrinement à l’anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf. Le numéro 110 de la revue Bulles et le site internet de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu (Unadfi) ont relayé son témoignage.

L’ancien anthroposophe évoque, notamment, « l’endoctrinement des élèves et enseignants »,dénonce une « sorte d’atmosphère religieuse permanente » et relève « une logique de défiance à l’égard des pouvoirs publics et de la légalité ».

Il explique que « l’endoctrinement » est « pratiqué de manière si subtile qu’il échappe à la vigilance de beaucoup : des parents d’élèves et même parfois de ceux-là même qui l’exercent, sans parler des institutions de la République ».

En ciblant onze passages du témoignage de Perra, la fédération des écoles Steiner-Waldorf en France a attaqué les trois parties en diffamation. En mai 2013, la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris relaxait Grégoire Perra, la présidente de l’Unadfi et l’une de ses membres. Sur le motif de la bonne foi.

Lire l’Article…

Attentat de l'Isère : les réactions complotistes
Toute action terroriste génère en temps réel sa lecture alternative complotiste. Ce théorème s'est vérifié une fois de plus hier, après l'annonce de l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère. Invariablement (voir ici, ici, , et encore ), les "marchands de complot" du web plaquent leurs propres obsessions sur la réalité. Passage en revue de quelques-unes des élucubrations les plus significatives lues sur la complosphère le 26 juin 2015.

Pour Alain Benajam, président du Réseau Voltaire-France et proche du théoricien du complot Thierry Meyssan, « ces événements étaient attendus car il importait pour l'impérialisme en déconfiture de continuer à manipuler les masses après le demi succès de Charlie. L'impérialisme qui n'a pas d'imagination continue dans sa lancée à utiliser ses propres mercenaires de DAESH pour contrer la révolte qui gronde en France et maintenir la Tunisie sous le boisseau afin d'utiliser ce pays comme plateforme contre l'Algérie. Pour la France il était important de désamorcer la mobilisation du 14 juillet » (un appel à manifester contre le gouvernement lancé en mars 2015 par Eric Fiorile, du site conspirationniste demosophie.com - NDLR).

Attentat de l'Isère : les réactions complotistes
Salim Laïbi, alias Le Libre Penseur, estime que tout cela « correspond parfaitement à l’agenda mondialiste ». Dans un post de blog repris par le site MetaTV, il écrit :

« il serait grave de ne pas faire le lien entre cet attentat et le scandale des écoutes US en France et, pire encore, la loi liberticide sur le renseignement votée hier ! Effectivement, la synchronisation entre ces événements est troublante, très troublante… Comme par hasard (Providence des imbéciles), un gars vient nous commettre un attentat bien sauvage le surlendemain même de ce scandale d’écoutes US et du vote de la nouvelle loi. La mise en scène de la décapitation est quasi hollywoodienne ! Quel imbécile irait décapiter quelqu’un pour soutenir une cause ? Quant au terroriste, il y a assez de paumés en France, ayant vécu dans des familles déstructurées (cf. famille des frères Kouachi), manipulables à souhait par les services. Ce n’est pas la première fois que cela se produit, ni la dernière ».

Attentat de l'Isère : les réactions complotistes
Le conspirationniste belge Laurent Louis est sur la même longueur d'ondes :

« Nous rejouerait-on le coup de Charlie Hebdo juste avant les grandes vacances ??? Alors qu'un Sommet européen est en cours en Belgique et qu'il ne se passe pas vraiment bien, alors que la France s'enfonce dans la contestation sociale depuis des mois, quoi de mieux qu'un nouvel attentat sous faux drapeau pour détourner notre attention ? (...) En tout cas, premier signe interpellant et inquiétant, l'attaque de ce vendredi a eu lieu sur un site du groupe AMERICAIN Air Products en Isère. Nous sommes en outre en plein ramadan, ne l'oublions pas. Que des Musulmans fassent une telle attaque à cette période est plus qu'improbable. Par contre, que cette attaque renforce les sentiments d'hostilité envers les musulmans de France en plein ramadan est plus que probable ! Nul doute, cet "attentat" sera vite utilisé par certains pour s'opposer à l'accueil des migrants qui se sont réfugiés en Italie et en Grèce à cause des ravages de l'Etat islamique soutenu et financé par la CIA et les différentes déstabilisations politiques et opérations néo-coloniales menées ces dernières années par des pays européens, des pays arabes vendus au sionisme et leurs alliés américains. (...) N'oublions pas que pour les puissants de ce monde comme Bill Gates, il est primordial de restreindre drastiquement la population mondiale. Nos dirigeants s'en chargent... »

Attentat de l'Isère : les réactions complotistes
Pour le site complotiste StopMensonges.com, l'attentat « tombe à pic » pour faire diversion sur les dernières révélations de Wikileaks :

« Hop, l’affaire des écoutes et d’espionnage américain peut désormais tomber dans les oubliettes. En effet, cette affaire qui mettait mal à l’aise au plus haut point les vendus au sommet de l’État va être obscurcie par cet attentat commis par des “islamistes” (le terrorisme provient essentiellement des services de renseignements du monde. Ce sont eux qui recrutent, financent la propagande sur internet etc. Vous verrez aussi prochainement que ce sera un homme connu par les renseignements. C’est toujours le même scénario. Pour combattre ces fous, il faut s attaquer à la source directement pour être efficace. C’est quelque chose qui est irréfutable) qui vient à nouveau de frapper la France en plein milieu du scandale sur les écoutes, un air de déjà vu quelques mois seulement après l’attentat de Charlie Hebdo. Il était temps de remettre un coup de terreur et distraire le bétail pour se débarrasser de cette affaire d’espionnage dérangeante par un de nos alliés ».

Attentat de l'Isère : les réactions complotistes
Le site conspirationniste Les Moutons Enragés n'est pas en reste :

« Une nouvelle attaque terroriste ? Voilà qu’elle tombe à point nommé ! Car actuellement, notre gouvernement tente d’imposer dans le pays, et cela suite aux attentats de Paris en Janvier, une écoute généralisée de tous les français, et bien sur, certains de nos politiques sont contre cette "loi sur le renseignement", ce qui ne peut qu’être une bonne chose. En effet, cette loi va de pair avec le TAFTA qu’ils tentent de nous imposer de la manière la plus malhonnête possible, en douce et sans vaseline. Le souci, c’est que si cette attaque est réellement une attaque de Daesh comme ils veulent bien nous le faire croire, beaucoup de questions vont se poser, de très grosses questions, et les théories conspis ne vont pas tarder. Nous avons une attaque terroriste de Daech en France, une entreprise américaine d’attaquée et qui a passé un très gros contrat sur 20 ans avec les saoudiens, un corps décapité et une tête retrouvée avec nombre d’inscriptions en arabe dessus, ce qui fait beaucoup au final pour une si petite entreprise… »

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
Depuis un article paru dans le Parisien mardi 23 juin (1), les médias s’enflamment à propos de ce qui devrait être considéré comme un non-événement. A cause, semble-t-il, d’une vengeance de deux employés de l’INRA, une agnelle, née d’une brebis génétiquement...

La question des cultures OGM est très débattue au sein de notre société, elle transcende les clivages politiques et fait l’objet de nombreuses outrances de la part des associations écologistes les plus en vue.

Comme tout sujet bien étudié, les OGM sont un problème complexe et la vision que la science en a est très différente de celle que vous avez peut-être. Voici donc quatre question que vous devriez vous poser avant de prendre un avis (ou d’en changer…).

1 – Si vous vous sentez concernés par les pesticides, pourquoi refuser cette technologie ?

Tous les OGM sur le marché ne sont pas liés à la question des pesticides. La pomme « Artic » a été modifié afin de réduire le gâchis de nourriture en ne brunissant pas et la nouvelle pomme de terre Simplot réduit le niveau d’un carcinogène connu pour apparaître lorsqu’on chauffe l’amidon (et ne brunit pas non plus).

Des variétés de papayes et de courges ont été crées pour résister à des maladies.

Les OGM les plus connus, cependant, sont liés aux pesticides : les plantes résistantes au glyphosate et les variétés « bt » sont utilisés par des fermiers partout dans le monde car ils permettent d’économiser du temps et de l’argent.

La caractéristique « bt » a permis de réduire drastiquement l’utilisation d’insecticides, ce qui a contribué à la bonne santé des exploitants ET de leur environnement. Les plants « glyphosate »s ne sont pas là (contrairement à la croyance courante) pour permettre aux exploitants d’inonder leurs champs avec cet herbicide : les cultures sont tolérantes et non résistantes. Ce qui signifie que si on arrose une culture de Round Up (ou d’une de ses innombrables copies), celle-ci sera abîmée, notamment si cela a lieu après certains moments de la croissance. Et une fois que le feuillage est suffisamment haut pour bloquer le soleil des éventuels graines restantes, il n’y a plus besoin de traiter.

Est-ce que ça ne devrait pas être évident pour un mouvement dont les membres déclarent partout adorer jardiner ?

Le glyphosate est l’est des herbicides les plus sûrs de l’Histoire humaine et peut-être utilisé dans des cultures sans labour qui préservent les nutriments du sol et retarde l’érosion. L’OMS a récemment déclaré que c’est probablement un carcinogène, ce qui veut juste dire que ceux qui s’en servent doivent prendre des précautions. Si vous trouvez ça grave, la caféine et l’alcool sont des carcinogènes connus et à des niveaux inférieurs à ceux qui sont couramment consommés.

Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, dites-vous que bannir les OGM ne changera rien : soit les agriculteurs continueront à utiliser cet herbicide, soit ils opteront pour un autre (potentiellement plus toxique).

Si vous vous sentez concernés par l’utilisation intensive des pesticides, alors combattre les OGM n’est certainement pas la meilleure façon de faire.

2 – Si l’étiquetage des OGM est important, pourquoi ne demandez-vous pas à ce que toutes les méthodes de production soient concernées ?

BASF produit sept variété de plants résistants à leur herbicide Beyond, aucune de ces variétés n’est un OGM. Les cultures Clearfield exigent même que le sol soit traité au glyphosate ou labouré avant tout semis. Ils sont prêts pour l’étiquetage « garantis sans OGM » et nécessitent encore plus de pesticides.

Vous vous demandez peut-être comment ces plants ont été créés si ce n’est pas en les modifiant génétiquement ? La réponse est : en utilisant des produits comme le méthyle méthanesulfonate ou l’azoture de sodium pour accélérer leur évolution.

C’est un procédé appelé mutagenèse qui, en plus des composés cités plus haut, utilise aussi des radiations pour augmenter le taux de mutation. La mutagenèse est un procédé qui est approuvé en culture biologique et qui a été utilisé pour améliorer beaucoup de choses, des pâtes aux raisins.

Mais de toutes les méthodes utilisables par les éleveurs, celle qui a causé le plus de torts est celle que les militants anti-OGM préfèrent. La sélection artificielle a causé de réels dommages aux plantes, animaux et même aux humains.

Les humains élèvent des organismes depuis des milliers d’années en se concentrant sur les traits qui leurs sont favorables, et non à la nature, ce qui a mené à d’innombrables conséquences inattendues. Si le principe de précaution était constamment appliqué, nous devrions bannir immédiatement la sélection artificielle en se basant sur des preuves concrètes. Des courgettes, du céleri et des pommes de terres ont été créé de cette façon et ont causé de graves torts à des gens.

Pourquoi est ce que rajouter quelques gènes à une variété de maïs demande des montagnes de tests préalables alors que les fermiers sont tout à fait libres d’élever des cochons ayant des côtes surnuméraires ? Et même sans être vegan, il n’y a pas à chercher trp loin pour se rendre compte des monstruosités auxquelles cette méthode peut aboutir.

Mais peut-être que la méthode ne compte pas tant que ça pour vous, plutôt les brevets en fait ?

3 -Si vous vous intéressez aux brevets, pourquoi ne pas militer pour une réforme du système ?

La brevétisation des cultivars date d’il y a près de 100 ans, nos pourrions bannir les cultures OGM demain et les compagnies pharmaceutiques auraient tout de même toujours leurs brevets sur des organismes transgéniques (environ 25% des nouveaux médicaments synthétises « naturellement » approuvés par la FDA chaque année sont issus des technologies dont nous parlons ici).

Nous pourrions bannir les OGM demain et toujours avoir des brevets sur des semences bio et nous perdrions aussi tous ceux qui ne sont pas soumis à un brevet.

Les exploitants ne sont pas attaqués en justice à cause du vent qui aurait soufflé du pollen venu d’autres fermes et Monsanto n’a même pas de monopole sur une variété précise, allez donc voir dans les catalogues de semences. Par contre Monsanto a de grosses parts de marché car ils font un produit qui est très demandé par les agriculteurs, mais avoir de grosses parts de marché n’est pas la même chose qu’avoir un monopole.

On pourrait débattre des années sur les mérites des brevets et de si oui ou non ils brident ou encouragent l’innovation mais si vous vous y opposez, faire des manifs contre une seule compagnie en brandissant des bannières dénonçant les chemtrails ne va pas vous aider beaucoup à faire changer le système.

4 – Si vous êtes si inquiets du sort des fermiers, pourquoi leur retirer des options ?

Les militants anti-OGM passent leur temps à dire combien ils sont pour la protection des droits des fermiers, mais comment est-ce que réduire leur nombre d’option pourrait les aider ?

Si ils veulent garder des semences, ils le peuvent, il faut simplement qu’ils n’aient pas signé de contrat stipulant qu’ils n’en ont pas le droit. Mais si conserver des graines est ce qu’ils ont de mieux à faire de leur journée, ils n’utilisent probablement pas les méthodes les plus efficaces.

L’industrie du bio a déclaré la guerre aux fermiers conventionnels quand elle s’est mobilisé pour faire faire interdire les cultures issues de l’ingénierie génétique en Oregon. Pourtant les cultivateurs veulent utiliser des OGM parce-qu’ils contribuent à réduire les intrants, ce qui leur permet d’économiser de l’argent.

Les fermiers bio ne s’inquiètent pas des pollinisations croisées car les producteurs voisins s’entendent généralement bien et discutent entre eux, le seul qui ait eu ce problème est un australien qui a refusé de changer ses cultures de place et qui a préféré arracher les OGM qui avaient atterri dans son champs. Cela aurait pu rester très simple puisque ça n’était pas une culture qu’il faisait de toutes façons.

Et surtout : cela marche dans les deux sens : les fermiers d’Oregon ont commencé à s’inquiéter de la contamination de leurs cultures à haute valeur ajouté par les plants bio. Même si on peut être critique envers l’agriculture bio, personne ne songe à demander à ce qu’elle soit rayée des listes. Les paysans devraient être libres de choisir la méthode dont ils pensent qu’elle leur est la plus profitable, même si cela implique d’utiliser des méthodes peu rentables et nécessitant de nombreux intrants, comme l’agriculture bio.

Traduit de : Five Questions For Anti-GMO Activists (la 5ème question concernant surtout la politique interne américaine elle n’était que moyennement pertinente pour ce blog).


Note de lecture de Martin Brunschwig « Pour l'homme qui sait l'utiliser, l'ennéagramme rend livres et bibliothèques entièrement inutiles » (citation de Gurdjieff, p. 7). Ces lignes, écrites par Georges Ivanovitch Gurdjieff, découvreur (ou plutôt inventeur) de l'ennéagramme, datent d'avant 1949 puisqu'il vécut de 1866 à 1949. Il ne parlait donc pas d'Internet… Il s'agissait d'un drôle de schéma à neuf côtés au sein d'un cercle (on le devine sur la couverture), qui fait très ésotérique, un peu maçonnique… et (...) Notes de lecture
Attentats de Boston : les aveux de Djokhar Tsarnaev
Après des mois de silence, Djokhar Tsarnaev, co-auteur des attentats du Marathon de Boston, a exprimé pour la première fois des remords, ce mercredi 24 juin 2015, au cours d'une audience au Tribunal fédéral de Boston. Des propos en forme de désaveu pour les conspirationnistes qui clament depuis deux ans l'innocence des frères Tsarnaev :

« Je voudrais présenter mes excuses aux victimes, aux survivants. (...) Je suis désolé pour les vies que j'ai prises, pour les souffrances, pour les torts que j'ai causés, des torts irréparables. (...) Immédiatement après l'explosion dont je suis coupable, j'ai appris à connaître certaines des victimes, leurs noms, leurs visages, leurs âges. (...) Je suis musulman. Ma religion est l'Islam. Je prie Allah d'accorder sa miséricorde à ceux qui ont été touchés par l'attentat et leurs familles. Je prie pour votre guérison ».

Agé de 21 ans et d'origine Tchétchène, Djokhar Tsarnaev a été condamné à mort pour sa participation aux attentats du 15 avril 2013, qui avaient fait 3 morts et 264 blessés. Au cours de son procès, ses avocats avaient reconnu qu'il avait déposé l'une des deux bombes artisanales qui avaient explosé près de la ligne d'arrivée du marathon de Boston.


Voir aussi :
* Al-Qaida à Ahmadinejad : « Le 11-Septembre, c'est nous ! »
* Huit ans après, Ben Laden revendique toujours les attentats
* Khaled Cheikh Mohammed : « Ces actes, nous les donnons en offrande à Dieu »
* Quand Al-Qaïda s'en prend au conspirationnisme chiite

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
Note de lecture de Kévin Moris « Après que la structure exacte de la palytoxine fut élucidée en 1982, Yoshito Kishi [...] réussit enfin la synthèse totale de ce composé en 1994. Cet exploit fut si exceptionnel que certains l'ont comparé à la conquête de l'Everest ! » (p. 47) Paul Depovere est professeur de chimie émérite à l'Université Catholique de Louvain. Il est connu en France comme auteur d'ouvrages de vulgarisation et traducteurs d'ouvrages de référence parus initialement en anglais. Il a déjà à son (...) Notes de lecture

On sait que Jacques Grimault, l'auteur du film La Révélation des Pyramides, répugne à attribuer aux Egyptiens la construction des pyramides, préférant parler de « Bâtisseurs », sans qu'on sache ce que recouvre cette expression. Il laisse de temps en temps échapper quelques informations sur ces Bâtisseurs, comme par exemple lors d'un échange de questions/réponses sur un chat :
Résumons : il y a beaucoup de « races de Bâtisseurs », ils ont effacé toute trace de leur passage mais continuent d'influencer notre (...)

- Documentaire « La Révélation des Pyramides »
Note de lecture de Martin Brunschwig On ne saurait mieux nommer et sous-titrer un ouvrage : le titre évoque d'emblée le long processus de la science, qui cherche en permanence comment prouver ses assertions et dont les résultats s'établissent parfois sur des siècles. Et le sous-titre explique que les auteurs ont aussi choisi cet exemple dans le but bien précis, et finalement central, d'affirmer haut et fort que l'on fait fausse route si l'on estime que les résultats scientifiques ne seraient qu'une (...) Notes de lecture

 

 

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