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d'après une sélection de blogs sceptiques.


J'ai lu récemment dans La Presse que, selon un sondage, la majorité des Québécois seraient en faveur du retour de la peine de mort. J'en ai été fort déçu. Qu'elle soit encore pratiquée dans quelques pays barbares, comme les États-Unis par exemple, c'est une chose. Mais que les gens d'une société soi-disant progressiste soient majoritairement pour, c'est décevant. Il y a plusieurs excellentes
J'ai été interviewé la semaine dernière par le magazine Grazia à propos de l'humanoïde d'Atacama (qui est très certainement un foetus entre 14 et 16 semaines). Vous pouvez lire l'interview en cliquant ici.
Une chaîne de billets s'est récemment propagée dans la blogosphère scientifique francophone, particulièrement du côté du c@fé des sciences. Le thème en est: Pourquoi je kiffe la science? Elle fut démarrée par Sirtin ici. J'ai dès le début eu envie d'y contribuer. Cependant, je me suis fait la réflexion que je ne kiffais pas uniquement la science: je kiffe ce que Massimo Pigliucci à surnommé la science-philosophie, ou Sci-Phi.

En effet, ma conviction profonde est que ce n'est qu'à travers la pratique des deux démarches (science et philosophie) que nous pouvons construire notre vision du monde. L'une ne va pas sans l'autre. Les deux domaines marchent main dans la main. Toujours selon moi, le scepticisme scientifique (ou rationnel) est justement une vision du monde qui relève de la Sci-Phi.

Il me semble extrêmement important d'avoir une réflexion philosophique sur la science. Par exemple, des principes comme le rasoir d'Ockham sont utilisés par les scientifiques, mais sont de nature éminemment philosophique. Il me semble tout aussi extrêmement important d'avoir sa réflexion philosophique fondée sur les savoirs élaborés par les sciences. Je sais bien que tout le monde ne partage pas cette conception des choses. Certaines personnes kiffent juste la science (et les aspects philosophiques qui traversent les pratiques scientifiques restent alors largement impensés) et d'autres personnes kiffent juste la philosophie (et ils développent alors des réflexions philosophiques déconnectées des savoirs scientifiques).

Mais moi, je kiffe la Sci-Phi.

Ma passion pour la science est née durant mon enfance en regardant l'émission de la RTBF Le jardin extraordinaire. Un été, ils décidèrent de passer le documentaire de Gerald Durrell Le naturaliste en campagne. Certains sceptiques ont découvert le scepticisme avec Cosmos de Carl Sagan, moi j'ai découvert la science avec Le naturaliste en campagne. J'étais accroché. Durant les années qui ont suivi, j'adorais aller visiter le Musée de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique, tout particulièrement les iguanodons de la galerie des dinosaures. Pré-adolescent, lors de vacances en France, je me souviens avoir scié mes parents pour aller visiter l'Harmas de Jean-Henri Fabre.

Évidemment, c'était avant que le système scolaire ne m'explique que je n'étais visiblement pas assez intelligent pour étudier les langues modernes (je suis aujourd'hui professeur de japonais dans une école de cours du soir) et les sciences; et ne me force à aller apprendre la dactylographie dans une école pour les "mauvais élèves". En dernière année, quand j'ai dit que je voulais aller à l'université, mes professeurs m'ont regardé avec un drôle d'air en pensant très fort: mais aucun de nos élèves ne va jamais à l'université, c'est bien trop dur pour eux! Je ne les remercierai jamais assez de m'avoir donné ainsi la motivation pour étudier de toute mes forces et de rattraper mon retard, juste pour prouver qu'ils avaient tort!

Pour la philosophie, je pense que c'est d'abord passé par la case théologie chrétienne, et de très longues discussions durant les repas avec mon père pasteur protestant sur des questions théologiques. De la théologie, on passe facilement à la philosophie. C'est ce qui m'a amené à étudier tout d'abord la psychologie (du côté de la science) et ensuite la philosophie.

Ces éléments autobiographiques n'expliquent pas pourquoi je kiffe la science-philosophie. Je pense qu'il y a une partie qui est innée: je suis en quelque sorte un natural born skeptic. Une autre composante est que mon père m'a transmit la passion de l'érudition. Et que l'école, malgré tout ses efforts, n'a pas réussi à m'en dégoûter. J'étais heureusement un introverti qui adorait lire. J'ai passé mon adolescence à étudier des manuels de jeux de rôles, en commençant par Donjon et Dragon à douze ans. Cela m'a finalement bien préparé à étudier d'autres sujets par la suite...

Est-ce que tout cela explique pourquoi je kiffe la science-philosophie? Probablement pas. Il y a une partie qui relève juste du Parce que c'était lui parce que c'était moi. Je kiffe la science-philosophie parce que je kiffe la science-philosophie. C'est comme ça.

Voici quelques blogues qui sont intéressants pour ceux qui suivent les développements en ce qui concerne la scientologie.

 

Tony Ortega est un journaliste américain et ancien rédacteur en chef du Village Voice de New York. Il s'agit d'un passionné de scientologie et a accès à une multitude de sources provenant d'anciens membres de la secte ainsi que de membres actuels (!).

Le voici (ici) en entrevue avec Allison Hope Weiner de Media Mayhem.

Tony Ortega écrit (en anglais) sur son blogue «The underground bunker» (ici) presque tous les jours sur la scientologie des articles de nature indépendante.

 

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Jonny Jacobsen est un journaliste britannique qui vit en France et publie sur son blogue (an anglais) des articles sur les abus de la scientologie. Il porte son attention sur les démêlés judiciaires de la secte en France. Si vous voulez connaître le compte-rendu complet des procès de la scientologie en France, c'est le bon endroit (ici).

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Un blogue en français a vu le jour dernièrement. Il s'agit de «scientologie-secte.org» (ici) par voltaire2003. Il s'agit d'un blogue qui suit, en français, l'actualité du monde anglophone de la scientologie.

Pour nous joindre: joecalzaghe1[point]yahoo[point]fr
par Brigitte Axelrad - SPS n°302, octobre 2012 Selon une étude américaine et israélienne rapportée par différents médias dont lefigaro.fr le 26 juillet 2012 , l'activité intellectuelle régulière liée à la prière pourrait ralentir le développement de la maladie d'Alzheimer, maladie dégé- nérative du cerveau, qui se manifeste par la détérioration progressive de la mémoire et des capacités intellectuelles et pour laquelle il n'existe pas de traitement, d'où l'importance de la prévention. L'étude, lancée en 2003 (...) Un monde fou, fou, fou...
L'Épisode #48: “Les illusions de la psychanalyse” du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Jacques van Rillaer, co-auteur avec Nicolas Gauvrit de "Les psychanalyses : Des mythologies du XXe siècle ?".

Être à la retraite et avoir fréquenté les allées des petits pouvoirs permet de chercher et de repérer (un peu) plus facilement les choses qui fâchent un citoyen averti et rationnel. Voici donc un complément au récent billet de M. Suwalki [1]. C'est pas bath ! C'est Batho ! Mme Delphine Batho,[...]
La petite entreprise d'Alex Jones ne connaît pas la crise
En s’appuyant sur l’expertise d’une demi douzaine de spécialistes du marketing, Salon.com a récemment tenté d’estimer les revenus d’Alex Jones, le dénonciateur de complots le plus célèbre des Etats-Unis. Le trafic généré sur InfoWars.com et PrisonPlanet.com, les sites web de Jones, n’a en effet jamais été aussi élevé que depuis le double attentat du marathon de Boston.

En 2009, l’entreprise d’Alex Jones faisait déjà travailler une quinzaine de personnes à temps plein sur un studio de 700 m² et dégageait un chiffre d’affaire annuel d’un million et demi de dollars. En 2011, avec le lancement de son programme de télévision quotidien, le Infowars Nightly News TV, Jones a encore élargi son audience. Son chiffre d'affaire est aujourd’hui probablement très largement supérieur à ce qu'il n'était il y a quatre ans. La fréquentation de ses sites web (2,14 millions de visiteurs uniques sur InfoWars.com pour le seul mois de février 2013 ; environ la moitié de ce chiffre pour PrisonPlanet.com) lui rapporteraient entre 3 et 6 millions de dollars par an.

L’émission de radio de Jones lui rapporterait, grâce à la publicité, entre 215 000 et 450 000 dollars par an, et son compte YouTube (avec 560 000 abonnés), environ 35 000 dollars par an.

Mais l'essentiel de son chiffre d'affaire provient sans doute des abonnements à PrisonPlanet.tv. Pour 5,95 dollars par mois, vous pouvez ainsi bénéficier d’un accès illimité à l'univers complotiste d’Alex Jones. En supposant que seulement 2,5 % des 2 millions de personnes qui visitent son site chaque mois souscrivent un abonnement, cela rapporterait à Jones 4 millions de dollars par an (avec 1% : 1,5 millions de dollars ; avec 5 %, ce chiffre monterait à 8 millions de dollars).

En une année, Alex Jones gagnerait ainsi entre 2,7 et 10 millions de dollars. Et cela sans compter l’organisation de conférences payantes et les ventes de livres, DVD, magazines, tee-shirts, tasses, sacs, autocollants et autres produits dérivés.

"Conspiracy entrepreneurs"

Pour l’historien Robert Goldberg, auteur de Enemies Within: The Culture of Conspiracy in Modern America (2001), Alex Jones est issu d'une longue lignée de "conspiracy entrepreneurs", ces théoriciens du complot qui prospèrent sur le terreau de la peur et de la crédulité. Son modèle économique est fondé sur la production perpétuelle d’un nouveau récit complotiste quotidien. C'est pourquoi chaque catastrophe, chaque drame qui choque l'opinion, est présenté, par Alex Jones, comme une opération sous fausse bannière. Pour Goldberg, ce comportement est typique des « entrepreneurs du complot » : « Une fois qu'ils ont fini d’exploiter le filon d’une théorie du complot, ils passent à une autre et essayent de les connecter entre elles, afin de vous tenir en haleine avec de nouveaux détails et de nouvelles conjectures ».

Ce n'est pas qu'ils ne croient pas ce qu'ils prêchent (Goldberg confie que la plupart des théoriciens du complot qu'il a interviewés semblent croire à ce qu’ils disent), mais c’est justement à cet endroit que se rencontrent la psychologie et... le portefeuille. Pour maintenir la croyance, les théoriciens du complot sont contraints d'élargir constamment le nombre des conspirateurs présumés. C’est de cette manière qu’on aboutit à la vision d’Alex Jones d’un gigantesque complot mondial impliquant presque chaque personne qui détient un peu de pouvoir dans le monde, les médias, la communauté scientifique et même… Justin Bieber.


Voir aussi :
* Comment faire son beurre avec les rumeurs
* Alex Jones : Des complots, encore et toujours

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
L'Épisode #60: Le Soi existe-t-il? du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Charles Mougel.
Q: Comme vous le rappelez dans votre essai Les chiens ont soif, l’anarchisme évoque aussitôt, dans les représentations collectives, le [...]
Note de lecture de Gabriel Gohau - SPS n°304, avril 2013 L'auteur est bien connu pour ses travaux sur l'histoire des sciences et des techniques au XVIIIe siècle, notamment sur les auteurs genevois. Il a publié la correspondance scientifique de M-A. Pictet, membre d'une célèbre famille genevoise, et qui fut élève de Saussure. Ancien assistant à l'Université de Genève, il travaille actuellement à l'Observatoire de Paris (chercheur invité). Le présent ouvrage est la version remaniée de sa thèse, d'un volume (...) Notes de lecture
par Jean-Paul Krivine - SPS n°302, octobre 2012 Les différentes associations anti-vaccinales connaissent depuis plusieurs années un regain d'activité et bénéficient d'une audience de plus en plus large. Elles puisent leurs arguments à plusieurs sources. La peur : facile à propager La première est bien entendu la peur : celle des effets secondaires des vaccins. Elles n'hésitent pas à propager rumeurs et fausses informations, parfois les plus incroyables, et effrayantes pour ceux qui y croient. De (...) Articles

Pour se réconcilier avec les techniques d’imagerie cérébrale, sévèrement critiquées dans le billet de la semaine passée, en voici une nouvelle complètement différente. Elle permet ni plus ni moins de rendre un cerveau de souris (et pour l’instant certaines parties du cerveau humain) complètement transparent.

Mais être capable de voir au travers du cerveau ne serait qu’une curiosité amusante si la technique, nommée « Clarity » par l’équipe qui l’a mise au point, ne permettait pas également de préserver toute la structure cellulaire et moléculaire sous-jacente du cerveau. De sorte que l’on peut appliquer sur ces cerveaux devenus transparents les techniques de coloration et de traçage des faisceaux nerveux que l’on connaît déjà. Les voies nerveuses du cerveau de souris deviennent alors visibles dans leurs plus fins détails dans l’ensemble du cerveau ! Une vision globale du trajet des axones que l’on n’avait jamais réussi à voir intégralement avant, et que rend possible ici la transparence du cerveau.

La technique Clarity, publiée en avril dernier dans la revue Nature, a été mise au point par une équipe multidisciplinaire dirigée par le Dr. Karl Deisseroth, le même qui avait développé avec ses collègues de l’université Stanford une autre technique fort remarquée il y a quelques années : l’optogénétique. Cette-fois ci, point de fibres optiques, de photopigments et de gènes modifiés. C’est plutôt une substance chimique appelée hydrogel, formée principalement de molécules d’eau tenues ensembles par de plus grosses molécules, qui est la clé de la technique.

L’hydrogel pénètre le tissu cérébral et forme une sorte de maillage qui relie la plupart des molécules sauf les lipides. Le cerveau est ensuite mis dans une solution savonneuse et un courant électrique permet alors de faire migrer les lipides hors du cerveau parce qu’ils ne sont justement pas attachés à l’hydrogel. C’est alors que le cerveau devient transparent et prêt à être traité avec des colorants spécifiques à certaines molécules, puisque l’intégrité et l’emplacement de celles-ci est préservé.

Les efforts se poursuivent pour raffiner la technique, en particulier pour réussir à éliminer tous les lipides d’un cerveau humain qui est autrement plus volumineux qu’un cerveau de souris. Mais déjà les données recueillies chez la souris montrent l’énorme potentiel de la technique.

i_lien Hydrogel Process Developed at Stanford Creates Transparent Brain
i_lien Brains as Clear as Jell-O for Scientists to Explore
i_lien Clarity Brain Imaging from Stanford’s Deisseroth Lab
a_exp Structural and molecular interrogation of intact biological systems

112343123« Quel piètre sceptique vous faites! » me lançait un détracteur pensant gagner l’argument par une attaque personnelle. Il n’avait peut-être pas tout à fait tort finalement, un sceptique n’est-il pas censé douter de tout? Et au fond, c’est quoi « être sceptique »?

Sceptique ou scientifique?

Parlons d’abord de ce terme. Le terme « sceptique » dont je parle fait référence au scepticisme scientifique – à ne pas confondre donc avec le scepticisme philosophique. Ce terme, qui en France est souvent remplacé par « zététique », désigne tout simplement quelqu’un qui défend la science et la méthode scientifique. On peut alors se demander quel est le lien avec le scepticisme au sens de douter de tout… le lien n’est effectivement pas direct. Il s’agit de toujours appliquer la méthode scientifique pour faire la balance entre un scepticisme stérile et non productif qui annule toute certitude et une crédulité sans limite envers toute affirmation. L’état d’esprit est donc celui de quelqu’un d’ouvert et de curieux mais toujours attentif aux éléments scientifiques avancés. N’est-ce pas là la définition du scientifique? Pourquoi alors ne pas tout simplement se déclarer comme tel? Je vois d’abord dans la démarche sceptique une pointe de militantisme qu’on ne retrouve pas forcément chez le scientifique de base. Ensuite, défendre la méthode scientifique revient de fait à étudier des sujets aux frontières de la science, d’où le scepticisme.

Le sceptique finit donc par devenir un spécialiste de ce qui est scientifique et de ce qui en a les parures mais qui n’en est pas, ce que l’on appelle communément pseudoscience. Cette expertise a même fini par déboucher sur un « baloney detection kit », une sorte de boite à outils qui reprend les bases de la méthodologie scientifique et donne des armes contre les biais cognitifs, principaux obstacles pour tendre vers une certaine vérité scientifique. Ce kit indispensable permet de ne pas céder au chant des sirènes des pseudosciences.400692_368578483258667_1553786584_n

Le sceptique, au final, est quelqu’un qui juge l’état des connaissances scientifiques en fonction des preuves qui sont avancées à un moment donné de l’histoire. Il peut changer d’avis suivant les avancées scientifiques et cherche constamment à répondre à la question de savoir quels sont les faits qui lui permettent de défendre une position donnée.

Pourquoi le scepticisme n’est pas une nouvelle forme de nihilisme

Pour en revenir à la critique formulée en introduction de cet article, on peut effectivement se demander – comme nous l’avons rapidement évoqué au début – si être sceptique ne signifie pas « douter de tout » ou, dit autrement, être « sans aucune certitude ». Le rejet de toute autorité, la défiance généralisée en France contre les institutions notamment scientifiques n’est-elle pas déjà le triomphe du scepticisme? Malheureusement non, car cette attitude n’a rien à voir avec le scepticisme scientifique que je viens d’exposer.

Détruire toute forme de vérité officielle peut effectivement être grisant mais généralement derrière cette déconstruction, il ne reste plus rien ou pire encore, chacun peut y mettre à peu près ce qu’il estime être une vérité. Le sceptique peut, quant à lui, effectivement contester les vérités officielles mais il le fait avec méthode. Cela implique de comprendre le fonctionnement de sa propre pensée et en premier lieu, de se méfier de ses propres intuitions. Le droit au doute doit s’accompagner d’un devoir de reconstruction scientifique.

Pourquoi nous avons besoin des sceptiques

Dans une société où la science est en première ligne dans de nombreux débats, certains n’hésitent pas à réclamer une place encore plus importante à la culture scientifique dans le cursus scolaire. Je pense personnellement que c’est dans ce contexte que le scepticisme montre sa supériorité et l’urgence de sa popularisation. Car ce n’est pas de plus de sciences dont nous avons besoin, mais d’expliquer plus clairement la méthode scientifique; comment se forge le savoir, comment élimine-t-on les biais: le « baloney kit » dont je parlais plus haut devrait être la boite à outils de tous les écoliers dès le plus jeune âge!

Plusieurs arguments fondamentaux sont à la base de cette idée. En premier lieu, la science est devenue tellement complexe qu’apprendre plus de concepts scientifiques à l’école ne permettrait pas de mieux comprendre les enjeux sous-jacents – pensez par exemple aux nanotechnologies ou au nucléaire. Il faudrait au moins une thèse dans chacun de ces domaines pour suivre techniquement le débat. En revanche, donner des outils pour permettre à chacun de comprendre comment les scientifiques en sont arrivés à telle ou telle conclusion, quelle est la fiabilité des preuves avancées, comment ne pas se laisser piéger par notre propre intuition souvent trompeuse, me semble bien plus primordial.

En second lieu, intégrer le scepticisme dans le cursus déjà existant des sciences est possible et même plutôt aisé. Cela demande bien sûr pour les enseignants une formation plus spécifique à ces méthodes mais je ne considère pas vraiment cela comme un obstacle. De nombreux thèmes déjà abordés dans le cursus pourraient être une formidable introduction à la démarche sceptique. La théorie de l’évolution? La théorie de Newton? Le très populaire Cédric Villani, dans l’une de ses conférences, profite d’une question simple – comment a-t-on découvert l’âge de la Terre ? – pour faire un véritable exposé sur la démarche scientifique et les méthodes qui permettent d’aboutir à une connaissance donnée de la nature. Cette démarche, si elle était largement généralisée, est indispensable si l’on veut se défendre intellectuellement contre les charlatans et éviter d’avoir un jugement biaisé sur une question donnée.

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Extraordinary claims require extraordinary evidence

Je ne pouvais finir cette présentation du scepticisme scientifique sans faire référence à son mot d’ordre de ralliement : « Des affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires ». Ce slogan est une première étape pour s’immuniser contre les discours souvent complexes de nombreuses pseudosciences: plus le discours vous semble incroyable plus vous êtes en droit d’être sceptique et exiger des preuves irréfutables. Finalement, le scepticisme ne serait-il pas un nouveau vaccin contre le charlatanisme à généraliser?

sham (Facebook, Twitter, Google+)

PS: cet article a été originellement publié sur le site de Jean-Michel Abrassart dans le cadre du concours organisé par ce dernier: http://scepticismescientifique.blogspot.fr/2013/05/quest-ce-quetre-sceptique-nima.html

Régulièrement, la propagande relance l’idée que l’EFSA, l’agence de sécurité alimentaire européenne, et les instances de l’UE telle que la Commission européenne sont entre les mains des lobbies des biotechnologies. Si l’on croit un récent rapport d’Europa bio (*), la situation est complètement[...]

Placentophagie : cannibalisme amateur ou comment manger son placenta

Grillé, en lasagne, style « beef jerky », en smoothie, cru, en capsules… toutes les façons sont bonnes de manger son placenta!

À Hollywood, c’est simplement une chose stupide de plus que font les célébrités… mais elles ne sont pas seules! Des « entreprises » d’encapsulation de placenta, menées par des “accompagnatrices de grossesse” ou “doulas,” existent partout dans le monde, dont au Québec. Votre voisine en a peut même une et vous l’ignorez.

Bien sûr, vous n’avez pas à manger le placenta : vous pouvez le jeter, l’enterrer, l’empailler ou même faire des beaux dessins avec.

Le 18 avril dernier, j’ai eu l’occasion d’en discuter à l’émission radiophonique Médium Large de Radio-Canada. Voici ce que j’ai dit en résumé :

  • On ne sait pas vraiment quelles substances se retrouvent dans le placenta et en quelle quantité;
  • Les substances que pourraient contenir le placenta se retrouvent dans une alimentation normale ou sont déjà produites par le corps;
  • Il y a des risques sanitaires et infectieux évidents reliés à cette pratique;
  • Étrangement, on n’entend jamais parler des histoires d’horreur où ça a mal tourné;
  • Il faut absolument parler à un médecin avant de faire quelque chose du genre!

Mais comme le temps était limité, je n’ai pas eu la chance de sortir mes meilleurs arguments! Je vous les présente donc dans cette courte bande dessinée.

Introduction sur la mode de manger son placentaLes animaux le font : les mammifères mangent leur placentaManger son placenta est commun dans la médecine traditionnelle chinoiseManger son placenta est culturel : les tribus africaines et d'autres communautés le fontLa recherche en placentophagie : les études à propos de manger son placentaConclusion et manger son rein nécrosé

 

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Comme vous le savez peut-être, le nouveau plan autisme a enfin été publié par la ministre déléguée aux personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, le 2 mai dernier ; et il crée des remous, que ce soit parce qu'on le juge nettement insuffisant du point de vue des moyens accordés et de la volonté politique (pour information, on lui a seulement donné 205 millions d'euros, à comparer, par exemple, avec le budget de la garde républicaine qui est de 280 millions d'euros, ou d'un essai de missile sous-marin, qui est de 206 millions d'euros !), ou à cause de son orientation "comportementaliste" plus ou moins claire et assumée, ce qui déplaît évidemment à tous les praticiens d'orientation psychanalytique, et il y en a encore beaucoup en France.

Il y a d'abord cet article de Libération, écrit par Eric Favereau, qui a suscité cette réponse très intelligente de Franck Ramus (le "pauvre" Favereau s'est fait en effet défoncer dans les commentaires en ligne sur le site de Libé). Mon commentaire de l'époque était le suivant :

"Un enfant sur 150... de nombreuses études avancent même le nombre de 1 sur 100, voire 1 sur 88 (le plus élevé que j'ai vu était 1 sur 66). 

Autrement, j'ai quand même franchement du mal à croire qu'un personnage apparemment aussi haut placé que Bursztejn utilise, pour se justifier, la langue de bois la plus creuse et qu'il soit pris au sérieux par un journaliste comme Favereau, sans interrogation critique. Si je ne me trompe pas, Favereau est d'ailleurs celui qui a été à l'origine de la "fuite" sur les recommandations de la HAS dans un article de février 2012.
Celui-ci me semble assez représentatif d'une petite partie de l' "élite" des médias français établis, arc-boutée sur ses traditions intellectuelles, son milieu social et – n'ayons pas peur des mots ! - ses préjugés, à l'encontre des idées et théories qui ne rentrent pas dans ses schémas de pensée. 

Il suffisait pourtant de s'intéresser, ne serait-ce qu'un tout petit peu, à ce qui se fait chez nos voisins, y compris les plus proches, d'aller à la rencontre des familles d'enfants autistes – et on ne peut que regretter que cela n'ait pas davantage été fait, hélas ! - pour mieux se rendre compte des difficultés que celles-ci peuvent connaître dans leur parcours, et comprendre un peu mieux pourquoi la psychanalyse et la situation actuelle ont si mauvaise presse chez la plupart d'entre eux.

Favereau n'a pas complètement tort sur un point, lorsqu'il parle de "la vacuité d’un plan fait à la va-vite (et pourtant, il a traîné !), sans cohérence et avec un financement incertain". Mais malgré ses imperfections et ses insuffisances flagrantes, ce plan me semble tout de même tendre vers une approche de l'autisme sans a priori théorique - et c'est tout à son honneur, d'ailleurs. C'est quelque chose qui mériterait d'être salué plutôt que conspué ; certes, on peut critiquer ce plan autisme, mais certainement pas au motif qu'il raviverait "une guerre entre thérapeutes" qui aurait été ravivée, de toute façon, puisqu'on semble être obligés d'en passer par là pour améliorer la situation de l'autisme en France et mieux diffuser les connaissances à ce sujet."


Il suffisait en effet d'avoir fréquenté des familles d'enfants autistes pour connaître leurs attentes en la matière et agir en conséquence, et en l'occurrence privilégier l'approche comportementaliste ; ce n'est pas une question de droite ou de gauche, et cela ne devrait pas l'être normalement, si les journalistes faisaient bien leur boulot.

Mais ce n'est que le début, hélas.

En effet, le Collectif des 39, déjà évoqué en ces lieux, en réaction à la publication de ce nouveau plan autisme, a publié sur son site une vague de nouveaux articles ; le rapprochement est pour le moins suspect.

Le premier, Déclaration de l'AFPEP-SNPP, rappelle d'un côté des évidences (sur les gènes, etc) mais on ne sait y user que de l'homme de paille face aux adversaires supposés du Collectif : ainsi, les comportementalistes nieraient l'existence de l'inconscient et la subjectivité et auraient pour but de dresser l'individu ; il montre également, dans toute sa splendeur, l'arrogance insupportable associée à ce courant, il y est en effet sous-entendu qu'il aurait un monopole sur "l'activité de penser" ! C'est un article à vrai dire assez stéréotypé pour qui est familier avec les productions habituelles du site, et qui ne vaut pas tripette, comme on dit.

Le deuxième, ma foi, énonce des préoccupations assez légitimes et ne sera donc pas décortiqué ici (bien qu'on puisse le trouver hypocrite et/ou peu cohérent avec leur pratique effective ou d'autres de leurs positions, je suis d'accord, et que la journée proposée puisse être décevante en pratique).

Le troisième, Appel à mobilisation, ne vaut guère mieux que le premier ; sous leurs dénonciations se cache un corporatisme à peine voilé. Je n'ai pas lu l'article de la revue Prescrire, mais l'article de Franck Ramus sur son blog laisse suggérer que, si cette revue est effectivement très compétente pour remettre en cause les croyances les plus solidement installées chez les médecins français, l'article auquel il est fait référence est très décevant, d'un manque de rigueur indigne d'un journal de qualité. Celui-ci aurait pu se limiter à discuter les biais, erreurs et autres problèmes méthodologiques possibles des études déjà disponibles (comme le fait, dans un autre genre, Laurent Mottron) ce qui aurait été tout à fait acceptable, mais il affirme carrément que les méthodes comportementales sont «sujettes à caution, car non évaluées» ce qui est de toute évidence un mensonge flagrant. Comme le dit Franck Ramus :

Est-ce par simple ignorance, ou par malhonnêteté, que l'auteur anonyme de cet article dans la revue Prescrire passe sous silence la trentaine d'essais cliniques et les méta-analyses publiés dans les revues scientifiques internationales, établissant la supériorité de ces interventions éducatives et comportementales sur un certain nombre d'interventions ou de situations contrôles? Cf. les références en bas de cette page.

Le reste de l'article est toujours à base de caricatures, déformations, et arrogances - comme celle qui consiste à revendiquer le monopole du label "progressiste". Ainsi par exemple, alors que le plan se situe, certes assez timidement, sur le chemin d'une séparation progressive de la psychanalyse et de l'Etat, c'est précisément ce que craignent les auteurs de ce texte, car ils assimilent cette politique à une "mise au pas", alors que l'Etat se situe parfaitement dans son droit (ou alors, il y a des "mises au pas" tout le temps, à chaque fois que des employés publics sont concernés) et qu'aucune interdiction véritable des approches psychanalytiques n'est envisagée pour le moment. De plus, ce devrait être une évidence, que l'Etat ne doive accorder de moyens qu'aux approches scientifiquement reconnues, sans considération ni a priori théorique ou idéologique ; mais les membres du Collectif ne sont pas encore prêts à lâcher leur cagnotte et continuent vaillamment à défendre leur poule aux œufs d'or, au détriment de l'intérêt général. Ils semblent aussi adhérer à une conception selon laquelle tout ce qui n'est pas promu par l'Etat devient interdit ou impossible, ce qui est un peu totalitaire comme raisonnement et vision des choses. Par ailleurs, j'aimerais bien savoir à quoi "les résultats sont donnés avant même que la recherche soit effectuée" fait référence, par hasard... (Je dois préciser par ailleurs qu'à titre personnel, je ne me reconnais pas vraiment dans les objectifs de la fondation Fondamental citée dans le texte)

Le quatrième article, Communiqué de presse - plan autisme 2013 est une quasi-redite du précédent, sur le fond comme sur la forme, et répète les mêmes erreurs : ainsi, par exemple, en ce qui concerne la dénonciation de la pseudo-suppression du "choix des méthodes" ou la référence à l'article de la revue Prescrire, qui semble d'ailleurs être l'un des seuls moyens de défense des psychanalytiques à l'heure actuelle. Les associations d'enfants autistes pro-comportementalisme y sont décrites comme "minoritaires" - alors que rien qu'Autisme France, une association tout ce qu'il y a de plus mainstream, regroupe tout de même plus de 10000 familles ! Il faut souvent chercher pour trouver des familles pro-psychanalyse, la plupart d'entre elles pouvant être des chanceuses concernant leur praticien et/ou l'évolution de leur gamin, ou correspondre déjà aux prédictions des théories psychanalytiques, ou - il faut le dire - être mal informées, isolées et/ou naïves. Derrière cette critique apparente du "manque de choix" entre les méthodes se cache en fait, le plus souvent, un rejet de toute approche comportementale, qui, lorsqu'elle est présente, est généralement reléguée loin dans l'arrière-plan. Par ailleurs :

"Il est honteux de diaboliser la psychanalyse dans son ensemble au prétexte de propos stupides tenus par certaines personnes s’en réclamant, qui ont blessé des mères et des familles."

Le gros problème, c'est que ce genre de dérive est endémique dans la théorie psychanalytique, et lui est probablement intrinsèque : selon celle-ci, la majeure partie de notre personnalité et de nos "travers" se fixent durant la petite enfance, donc d'abord par le contact avec les parents. Je n'ai d'ailleurs jamais compris en quoi cette théorie était censée conduire vers une meilleure acceptation de la différence et un progressisme sociétal ; en fait, pour moi, c'est plutôt l'inverse, c'est une approche qui serait plus volontiers compatible avec un certain conservatisme, qui voit la famille et la société comme des machines aisément détraquables et donc à surveiller de loin, et qui préfère faire culpabiliser les familles plutôt que de s'intéresser à d'autres facteurs, comme le contexte social ou les variations biologiques individuelles - sans pour autant tomber dans l'eugénisme, comme certains semblent le penser.

Bref, on ne sort pas des écueils habituels, notamment celui du procès d'intention concernant une supposée "normalisation" alors que l'objectif affiché est avant tout celui d'une meilleure reconnaissance, ce dont on ne pourrait que se réjouir habituellement.

Le cinquième article n'est ni plus ni moins qu'une LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE. Outre les arguments précédemment évoqués, les membres du Collectif s'appuient, de façon trompeuse ici, sur l'acte de fondation de leur mouvement, qui n'avait pas grand chose à voir avec la problématique qui nous occupe (c'était au sujet d'un discours de Sarkozy sur les malades mentaux) ; on les voit également se réfugier derrière le concept, fourre-tout et mal défini, de "folie" (est-ce un hasard si seuls les psys français l'utilisent encore ? Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu le mot madness utilisé de la même façon sur une page, un site, un blog, un article ou un papier anglophone, ou uniquement concernant Foucault), dont ils sont particulièrement friands. On retrouve l'argument conservateur selon lequel, s'il faut s'opposer aux méthodes d'évaluation, c'est parce qu'elles s'opposent "à notre histoire et à notre culture..." 

La comparaison avec la bureaucratie et les nouvelles techniques de management est plutôt malvenue et reflète une certaine inquiétude, plus ou moins bien justifiée,  par rapport à l'avenir de leur profession, c'est-à-dire l'idée selon laquelle le relationnel disparaîtrait avec le changement de méthodes et l'apparition de l'évaluation. Il y a plus gros à parier que celui-ci ne ferait que changer de forme : à l'étranger, où la psychanalyse est le plus souvent passée de mode depuis longtemps, le relationnel n'a pas disparu, bien au contraire ; mais on voit qu'il y a de fortes réticences et que les professionnels français ne sont, hélas, sans doute pas prêts pour des changements dans leur pratique.

Autrement, les critiques sont du même ordre que concernant les autres articles, notamment concernant le rôle de l'Etat. En tout cas, j'espère sincèrement que le Président de la République, (tout comme la ministre de la Santé Marisol Touraine qui a elle aussi reçue une lettre ouverte il y a quelques mois), a autre chose à faire que de prêter attention à un petit lobby hostile au changement, et qu'il se focalise davantage sur des questions autrement plus importantes concernant la France, pour réhausser sa popularité ; et, même si cela ne fait certes guère de différence au final, il a aussi probablement plus de chances la remonter en soutenant et défendant le plan actuel, voire en voulant aller plus loin, qu'en cédant face à ce genre de pression malvenue.

Au final, il est désolant de voir à quel point le discours du Collectif des 39 peine à se renouveler ; cela n'augure rien de bon pour la suite, malheureusement... à moins d'accélérer les prises de conscience, et de construire une opposition argumentée face à leurs raccourcis et à leurs exagérations.
Le biologiste américain PZ Myers (de la plate-forme freethoughtblogs ou FTBlogs) a annoncé récemment qu'il "divorçait" officiellement du mouvement sceptique. La raison invoquée derrière cette déclaration théâtrale est que le mouvement sceptique "exempterait" prétendument la religion de la critique, et ce pour des raisons stratégiques (de type accomodationnistes).

Une première remarque à faire est que (en tout cas pour moi) PZ Myers n'a jamais véritablement été un sceptique. Il est avant tout et surtout un athée militant - et non, ce n'est pas la même chose. Après tout, son grand moment de gloire médiatique vint en 2008 quand il jeta une hostie à la poubelle, ce qui est un acte blasphémateur pour les catholiques. La popularité de son blog avait à l'époque attiré l'attention des sceptiques, qui se mirent à l'interviewer sur leurs balados et à l'inviter à leurs conférences. Le point de rencontre principal était qu'il y critiquait les créationnistes, mais il fut d'emblée une figure controversée à cause de la question du "ton".

En effet, PZ Myers a toujours été un grossier personnage, se complaisant dans les attaques ad hominem. Au départ, cette agressivité fut concentrée sur les personnes religieuses. Sa popularité de l'époque dans la communauté des rationnels généra parmi les sceptiques des discussions sur la question du ton, qui culminèrent en 2010 avec la conférence de Phil Plait "Ne soyez pas un connard!" (angl. "Don't be a dick!"). Si PZ Myers avait ses fans, beaucoup n'appréciait pas son agressivité vis-à-vis de la religion. J'en faisais partie, étant moi-même plutôt de tempérament accomodationniste (dans la lignée de l'humanisme séculier de Paul Kurtz). Si mes souvenirs sont bons, il n'est pas nommé explicitement dans la conférence de Phil Plait, mais à mes yeux il était clair qu'elle avait été écrite en réaction au ton qu'il infusait dans l'ensemble de la communauté des rationnels.

On aurait pu penser que cela en resterait là, mais en réalité les choses n'allèrent qu'en s'aggravant avec le temps. L'ElevatorGate se produisit en 2011 et, à sa suite, une chasse au sorcière débuta dans la communauté des rationnels pour déterminer qui n'était pas "suffisamment" féministe (et bien entendu vous devez entendre par-là un type bien précis de féminisme, comme le démontra l'histoire du T-Shirt d'Harriet Hall). PZ Myers s'allia très rapidement à Rebecca Watson et ils instaurèrent des "tests de pureté idéologique" pour trier les bons athées (qui seraient acceptés dans la communauté A+) des mauvais. Richard Carrier (un autre membre de FTBlogs) expliqua sur son blog qu'on était soit "avec eux" ou "contre eux". Vous me permettrez ici de citer Star Wars: "Only A Sith Deals In Absolutes"! Ce qui allait devenir l'alliance skepchick/FTBlogs attaqua tout d'abord Richard Dawkins, puis Sam Harris, Michael Shermer, Justin Vacula, Thunderf00t, etc.

Ce qui nous amène aujourd'hui au "divorce" de PZ Myers avec le mouvement sceptique. La raison invoquée est que le mouvement sceptique "exempterait" prétendument la religion de la critique, mais je pense que l'historique que je viens d'évoquer joue aussi un grand rôle dans ce départ mélodramatique. Massimo Pigliucci ("PZ Myers quits skeptic movement, should we care?") et Daniel Loxton (“Testable Claims” is Not a “Religious Exemption”) ont déjà proposé d'excellentes réflexions à cette annonce de "divorce". Néanmoins, voici la mienne en quelques lignes.

Les sceptiques évitent-ils la question de la religion? La réponse est non. 

Nous sommes ici devant un argument d'épouvantail. Dès l'origine du mouvement les sceptiques se sont intéressés de très prêt à la question des miracles (voir par exemple "The Science of Miracles: Investigating the Incredible"de Joe Nickell), qui est bien entendu une question éminemment religieuse. De plus, les sceptiques défendent le naturalisme méthodologique (si pas philosophique), par exemple dans les débats avec les créationnismes ou encore autour de la "fin du paradigme matérialiste" appelée de leurs vœux par bon nombre de parapsychologues. D'ailleurs j'en tiens pour preuve que les parapsychologues accusent souvent les sceptiques d'être des "apologistes du matérialisme". Dans mon billet "Les objectifs du mouvement sceptique", j'ai aussi explicité que la contre-apologétique relevait des dérivés du cœur du scepticisme.

Au final, quand on y pense, les sceptiques engagent énormément la question de la religion, mais ils ne le font généralement pas de la même manière que les athées militants dans le style de PZ Myers. Le scepticisme scientifique, c'est un processus (la pensée critique) et pas une conclusion (l'athéisme). Les sceptiques se concentrent sur les affirmations empiriques de la religion (comme les miracles ou le créationnisme), parce qu'il s'agit de celles que l'on peut légitimement réfuter scientifiquement. Ils engagent aussi le débat philosophique au niveau de la contre-apologétique (voir par exemple l'excellent balado "Reasonable doubts - Your skeptical guide to religion"). Ils font en général mieux la démarcation entre science et philosophie que les athées militants dans le style de PZ Myers, qui tendent bien trop souvent vers le scientisme. Ce que les sceptiques ne font pas, s'est casser du sucre sur le dos des religions (on revient ici au "Ne soyez pas un connard!" dont je parlais plus haut). Pour le dire autrement, les sceptiques tendent à être plus accomodationniste que confrontationniste.

De plus, les athées militants dans le style de PZ Myers ont une définition extrêmement limitée de ce qu'est la religion. Il s'agit des religions institutionnelles et de l'idée d'un Dieu monothéiste (ou "l'hypothèse Dieu" si vous préférez). Mais la religiosité est très loin de se limiter à cela! Le mouvement Nouvel Age (dont les sceptiques critiquent les dérives pseudo-scientifiques), c'est aussi de la religiosité. Le soucoupisme (la croyance dans l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni), c'est aussi de la religiosité. Lorsque les sceptiques critiquent les médiums, ils engagent le débat avec la religion spirite (et oui, c'est aussi une religion!). La religiosité ne se limite pas aux religions institutionnelles, elle s'étend aux croyances dans le surnaturel et aux superstitions (comme la croyance dans l'astrologie, etc.). Et ce ne sont que quelques exemples...

Le problème de PZ Myers est que pour lui sa manière de faire est (par définition) la seule manière valide de faire les choses. Et quand des gens osent résister à sa tentative d'imposer ses pratiques (et son idéologie par la même occasion), il commence par une chasse aux sorcières et puis quand il constate que cela ne fonctionne pas (et que la popularité de son blog est en chute libre), il finit par proclament théâtralement qu'il "divorce" du mouvement sceptique. En ce qui me concerne, je trouve cela tout simplement pathétique. Ma réaction à son annonce a été: "bon débarras!". Le mouvement sceptique n'a pas besoin d'un PZ Myers. Et je pense que le mouvement des rationnels mérite des figures de proue bien plus éclairée que lui.
Les Illuminati, la banlieue et nous
Dans un texte mis en ligne aujourd'hui sur Rue89, deux internautes témoignent de leurs expériences respectives en banlieue : elle travaille dans l'associatif, lui est prof d’histoire à la fac. Tous deux font le constat que le conspirationnisme, notamment à travers la figure chimérique des "Illuminati", est devenu omniprésent dans l'imaginaire historico-politique des jeunes avec qui ils travaillent. "Damien H." rapporte par exemple que dès qu'il parle du 11-Septembre, « les étudiants sont persuadés – et ils sont nombreux – que les attentats ont été commis par le complot (n’importe lequel). Plus compliqué, l’idée même que Roosevelt ait pu ne pas être au courant de l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 est devenue presque inenseignable : il l’a fait exprès, pour pouvoir retourner l’opinion publique américaine et lancer son pays dans la Seconde Guerre mondiale ».

Il y a déjà deux ans, Brain Magazine s'était déjà penché sur ce phénomène inquiétant en publiant le témoignage de Nathalie, "prof de philo dans le 93".

Contemporain de la Révolution française, le mythe de la "conspiration illuminati" est un lieu commun de la contre-culture complotiste. Il a été remis à la mode en 2000 par Dan Brown dans son roman Anges et Démons. Comme le montre le sociologue Gérald Bronner dans son livre, La Démocratie des crédules (PUF, 2013), les recherches faites par les internautes sur Google avec le terme "Illuminati", véritable « marqueur de l’imaginaire conspirationniste », n'ont cessé de progresser au cours des cinq dernières années.


Voir aussi :
* « Je retrouve ces thèses du complot dans les copies de mes élèves »
* Un élève à un prof d’histoire : « Pas un juif dans les tours »

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
par Jean-Paul Krivine « Pesticides : les Français en ont plein le sang ». C'est sous ce titre alarmiste qu'Annabel Behaim, journaliste à l'Express, publie sur le site de l'hebdomadaire un billet bien inquiétant : « Les Français ont plus de pesticides agricoles dans le sang que les Américains et les Allemands. C'est ce qui ressort d'une étude inédite de l'Institut national de veille sanitaire (InVS). », et ce, dans des proportions « au moins trois fois plus élevées ». Elle met particulièrement en garde (...) Dans les médias
Par Yann Kindo et Jean-Paul Krivine Dans cette sordide et incroyable affaire de séquestration à Cleveland, un élément illustre le rôle néfaste des charlatans médiums qui se posent parfois en auxiliaires de police dans les enquêtes sur des disparitions. Ils ne peuvent jouer aucun rôle positif, n'ayant aucune compétence particulière, mais ils peuvent parfois être à l'origine de drames à l'intérieur du drame, comme c'est peut-être le cas ici. Cette exploitation des enlèvements d'enfants n'est pas nouvelle. (...) Articles
Samedi 1er Juin à 15 heures Amphithéâtre Tisserand - AgroParisTech 16 rue Claude Bernard, Paris 5e Entrée libre dans la limite des places disponibles En prolongement de son livre Alterscience (Odile Jacob 2013), Alexandre Moatti décrit certains courants intellectuels et mouvements politiques contemporains sous l'angle de leur instrumentalisation de la science. L'alterscience correspond à une frange plus diffuse que les pseudo-sciences comme l'astrologie ou l'ufologie, qui souhaitent être (...) Afis Infos
Note de lecture de Martin Brunschwig - SPS n°304, avril 2013 Est-il encore besoin de présenter Michel Onfray, philosophe prolifique très apprécié du public et des médias, dont certains ouvrages ont été des best-sellers ? Son opus sur Freud, notamment, a frappé l'opinion et il nous avait fait l'honneur de participer à notre hors-série sur la psychanalyse. Aussi ai-je été enchanté à l'idée de découvrir son tout dernier ouvrage, dont le titre semblait providentiel : non seulement on ose afficher son attachement (...) Notes de lecture

 

 

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