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d'après une sélection de blogs sceptiques.

par Brigitte Axelrad- SPS n° 310, octobre 2014 « On ne peut pas, chaque fois que l'on parle d'astronomie, donner la parole à ceux qui croient que la Terre est plate ! », écrit Pierre Sormany, éditeur du magazine Québec Science et ancien rédacteur en chef de l'émission Découverte. Dans un document publié en juillet 2014, « Trust Conclusions on the Executive Report on Science Impartiality Review Actions »[1], le BBC Trust, organe de décision indépendant de la BBC, dont la mission est d'agir dans l'intérêt (...) Un monde fou, fou, fou...
Par Michael Shermer
Comment distinguer entre complot et théorie du complot ?
Rédacteur en chef du magazine américain Skeptic et chroniqueur au Scientific American, Michael Shermer répond dans ce texte à une question récurrente adressée à ceux qui entreprennent de critiquer les théorie du complot : comment faire la différence entre les faux et les vrais complots ? En d’autres termes, comment reconnaître une théorie du complot ?

Selon Shermer, plus l’hypothèse d’un complot comporte de caractéristiques se trouvant dans la liste suivante et plus la probabilité qu’elle corresponde à la réalité est faible :

1/ La prétendue preuve du complot repose sur la connexion entre eux d'événements qui n’ont pas de lien de causalité apparent. Lorsqu'aucune preuve n'étaie ces liens à part l’affirmation qu’il existe un complot ou lorsque les éléments de « preuve » pourraient tout aussi bien avoir d’autres causes – ou être dus au hasard –, il y a de fortes chances pour que l’hypothèse du complot soit erronée.

2/ Ceux qui sont censés avoir organisé le complot devraient avoir des pouvoirs surnaturels pour atteindre leur but. Les gens sont souvent loin d’être aussi puissants que nous le pensons.

3/ Le complot est complexe et sa réalisation exige un très grand nombre de paramètres.

4/ De même, le complot implique un grand nombre de gens qui auraient tous dû garder le silence sur ce qu’ils savent. Plus il y a de personnes impliquées dans le complot, moins l'hypothèse du complot est réaliste.

5/ Le complot inclut une ambition grandiose telle que le contrôle d'une nation ou d'un système économique ou politique. S'il sous-entend la domination du monde, la thèse du complot a encore moins de chances d’être vraie.

6/ La théorie du complot embrasse aussi bien des événements secondaires qui pourraient être vrais que d’autres événements, d’importance beaucoup plus grande et bien plus improbables.

7/ La théorie du complot attribue une signification souvent effrayante et sinistre à des événements anecdotiques ou peu significatifs.

8/ La théorie tend à mélanger des faits et des spéculations sans distinguer entre les deux et sans évaluer leur degré de probabilité ou de réalité.

9/ Le tenant de la théorie du complot nourrit indistinctement des soupçons envers tous les organismes publics ou privés, ce qui tend à montrer une incapacité à distinguer entre vraies et faux complots.

10/ Le théoricien du complot refuse d’envisager des explications alternatives à sa théorie, rejetant ainsi toute preuve qui infirmerait sa croyance, et cherchant uniquement des preuves qui confirment ce qu’il ou elle a décidé de considérer a priori comme étant la vérité.

Le fait que, parfois, des responsables politiques mentent ou que des grandes entreprises fraudent ne veut pas dire que chaque événement soit la résultante d’un complot tortueux. La plupart du temps, les choses arrivent tout simplement, et notre cerveau les relie entre elles pour leur donner un sens.


Source :
* Michael Shermer, “ The Conspiracy Theory Detector. How to tell the difference between true and false conspiracy theories ”, Scientific American, Nov 17, 2010. Traduction française : Sophie Mazet pour Conspiracy Watch. Michael Shermer est l’auteur du best-seller Why People Believe Weird Things (New York: W.H. Freeman, 1997) et, avec Alex Grobman, d’un ouvrage sur le phénomène négationniste, Denying History: Who Says the Holocaust Never Happened and Why do they Say it? (University of California Press, 2002).

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

… Mais un psychologue travaille activement à ce que ce ne soit plus le cas.

Quelquefois, il semble presque surprenant que la science puisse tout simplement fonctionner. En 2005, le monde des sciences médicales a été secoué par une étude au titre provocateur « Pourquoi la plupart des découvertes publiées sont fausses »(1). Écrit par Johan Ioannidis, professeur de médecine à l’université de Stanford, l’article ne pointait aucun résultat en particulier ; au lieu de ça, il montrait que les statistiques relatives à la publications de découvertes « positives » n’étaient pas cohérentes avec celles que l’on aurait attendues. Comme Ioannidis l’a conclu plus récemment, «  de nombreux résultats de recherches publiés sont faux ou exagérés, et on estime que 85% des ressources de recherches sont gaspillées » (2).

Tout se passe comme si certains chercheurs choisissaient consciemment leurs résultats d’expérience pour que leurs travaux soient publiés et une partie du problème réside sûrement dans la politique d’édition des journaux. Mais le problème des fausses découvertes commence souvent avec des chercheur qui s’abusent eux-mêmes involontairement : ils deviennent la proie de biais cognitifs, des modes de pensée qui les entraîne vers des conclusions fausses mais pratiques ou attractives.

« Lorsque l’on regarde les taux de reproductibilité en psychologie et dans d’autres sciences empiriques, on peut dire avec certitude que quelque-chose ne marche pas de la façon dont ça devrait » déclare Susann Fielder, spécialiste des comportements économiques à l’Institut Max Planck pour la Recherche sur les Biens Collectifs de Bonn en Allemagne. « Les biais cognitifs pourraient en être la raison ».

Le psychologue Bryan Nosek de l’Université de Virginie pense que le biais le plus courant et problématique est le « raisonnement motivé » : lorsqu’on interprète les observations pour qu’elles collent à une idée en particulier. Les études ont montré que « la plupart de nos raisonnements sont en fait des rationalisations » dit-il.

En d’autres mots, la décision est déjà prise en ce qui concerne ce qu’il faut faire ou penser et et les « explications » du raisonnement ne sont en fait que des justifications pour ce que l’on voulait faire (ou croire) dès le début.

La Science, bien sûr, est faite pour être plus objective est sceptique que les pensées de tous les jours – mais à quel point en réalité ?

Tandis que le modèle de méthode scientifique basé sur la falsifiabilité défendu par le philosophe Karl Popper postule que les chercheurs cherchent des moyens de tester et réfuter leurs hypothèses (se demandent « en quoi ai-je tort ?») Nosek soutient que les chercheurs se demandent généralement plutôt « en quoi ai-je raison ? » (ou « en quoi avez-vous tort?).

Lorsque surviennent des faits suggérant que, finalement, l’hypothèse pourrait ne pas être la bonne, on a tendance à les classer comme « non pertinents », voire erronés.

Le désormais tristement célèbre épisode de la « fusion froide » de la fin des années 80, initié par les électro-chimistes Martin Fleischmann et Stanley Pons était plein de ces écarts volontaires. Par exemple, quand il fut démontré à Fleischmann et Pons que le spectre énergétique de rayons gamma de ce qu’ils présentaient comme une réaction de fusion était au mauvais endroit, ils l’ont tout simplement déplacé en marmonnant quelque-chose d’ambigu à propos de la calibration.

Les statistiques peuvent sembler constituer un havre à l’abri mais elles sont tout autant sujettes aux mêmes travers. Chris Hartgerink de l’Université de Tilburg au Pays-Bas travaille sur l’influence du « facteur humain » dans la collecte de statistiques, il montre que les chercheurs attribuent souvent plus de solidité aux statistiques qu’elles n’en méritent. « Les chercheurs, les gens en général, sont mauvais en ce qui concerne l’appréciation des statistiques ».

Alors qu’il serait normal qu’une partie des résultats publiés soient des faux négatifs – c’est à dire des résultats qui réfute une hypothèse pourtant vraie – Hartgerink déclare qu’il n’a jamais lu d’étude concluant que ses découvertes en sont.

Ces récentes recherches montre que sur trois publications signalant des résultats non significatifs, près de deux pourraient être des faux négatifs négligés. (3)

Étant donné que la science a dévoilé une quantité vertigineuse de biais cognitifs possibles, le fait que leurs conséquences soient relativement négligées au sein de la Science elle-même est plutôt singulier.

« Je connaissais l’existence des biais cognitif chez les humains en général, mais quand j’ai « appris » pour la première fois qu’on les trouvaient aussi chez les scientifiques, j’ai été stupéfaits, même si en fait c’est évident » déclare Hartgerink.

Une réponse communément admise à ce genre de situation est que même si des scientifiques peuvent s’abuser eux-même individuellement, d’autres n’hésitent pas à critiquer leurs idées et résultats et que la vérité finit toujours par émerger : la Science, en tant qu’œuvre collective, se corrige elle-même.

C’est parfois vrai, mais cela ne se passe pas nécessairement avec la rapidité et la fluidité auxquelles nous aimerions croire.

Nosek pense que le peer-review peut parfois activement entraver une mise à l’épreuve claire et rapide des affirmations scientifiques. Il pointe le fait que lorsqu’en 2011, une équipe de physiciens italiens avaient apporté les preuves de la détection de neutrinos dépassant la vitesse de la lumière (en violation de la théorie générale de la relativité d’Einstein), cette affirmation fut faite (4) , examinée et réfutée (5-6) très rapidement grâce au très efficace système utilisés par les physiciens des hautes énergies et qui consiste en la distribution de pré-version d’articles à travers un dépôt en accès libre.

Si ces tests avaient du être faits en se fiant aux canaux traditionnels du peer-review, cela aurait pu prendre des années.

De la même façon, quand des chercheurs ont suggéré dans Science en 2010 que l’arsenic pouvait se substituer au phosphore dans l’ADN de certains microbes (ce qui aurait réécrit les principes chimiques fondamentaux de la vie), une des chercheuses qui conduisait une des études de réplication a jugé important de donner un accès à ses recherches en cours via un blog open source.

Ce qui contrastait d’ailleurs fortement avec l’équipe de la recherche originale qui était critiquée pour ne pas avoir fourni de preuves ultérieures à leur conclusion controversée (7).

NDT : pour plus d’informations sur cette histoire :  I confess, I wrote the Arsenic DNA paper to expose flaws in peer-review at subscription based journals

Le peer-review semble être un instrument moins fiable que ce que l’on pense parfois, spécialement dans des domaines tels que la médecine ou la psychologie, comme l’atteste la « crise de la réplicabilité« . Le journaliste médical Ivan Oransky et l’éditeur de publications scientifiques Adam Marcus (qui gère un service de surveillance des rétractations) posent le problème de la façon suivante : « quand la science fonctionne comme elle est censé le faire, les nouvelles découvertes augmentent, modifient ou sapent les connaissances antérieures… le problème est qu’en science – ou plus précisément, dans les publications scientifiques – ce processus ne marche que rarement. Beaucoup (voire la plupart) de ce qui est publié aujourd’hui dans les journaux scientifiques n’est que vaguement susceptible de ré-apparaître si un autre labo tente l’expérience à nouveau, et il y a des chances pour que ce ne soit même pas du tout le cas » (8).

Une des raisons qui font que la littérature scientifique est biaisée est que les journaux sont beaucoup plus prêts à publier des résultats positifs que négatifs : il est plus facile de dire que quelque-chose est vrai que de dire que c’est faux.

Les référents (NDT : les personnes qui déterminent si une étude mérite ou pas d’être publiée) peuvent être plus inclinés à rejeter les résultats négatifs (car trop ennuyeux) et les chercheurs ne gagnent généralement que peu de crédit, de stature professionnelle ou de financement avec de telles découvertes. « Si vous faites 20 expériences, l’une d’entre elle est susceptible de donner un résultat digne d’être publié » écrivent Oransky et Marcus. « Mais ne publier que ce résultat ne valide pas votre découverte, en fait c’est même plutôt l’inverse« . (9)

Oransky croit que dans toutes les incitations renforçant le biais de confirmation en science, les exigences de publication sont parmi les plus problématiques. « Pour obtenir un poste, des fonds et une reconnaissance, les scientifiques doivent publier fréquemment dans de grands journaux » dit-il. « Cela encourage les découvertes positives et révolutionnaires, puisque ce dernier critère est se qui rapporte citation et facteur d’impact. Donc il n’est pas vraiment surprenant que les scientifiques se dupent eux-même en chercher des résultats parfaits et novateurs parmi leurs données expérimentales« .

Nosek va dans ce sens, ajoutant qu’une des influences les plus « biaisantes » est le système de récompense qui confère félicitations, chaires et subventions. « Pour avancer dans ma carrière j’ai besoin d’être publié aussi fréquemment que possible dans les publications les plus prestigieuses possibles. Cela signifie que je dois produire des articles qui ont le plus de chance d’être publié« .

Ceux-là, écrit-il, sont ceux qui relatent des découvertes positives (« j’ai découvert… » et non « j’ai réfuté… »), des résultats originaux (jamais « Nous venons de confirmer les découvertes précédentes… ») et des résultats francs (« nous montrons que… » et non « l’interprétation de ces résultats n’est pas très claire… »).

Mais « la plupart de ce qui se passe en laboratoire ne ressemble pas à ça » pour Nosek, au lieu de ça c’est de la bouillie. « Comment est ce que je passe de ma bouillie à de jolis résultats ? » demande-t-il. « Je peux être patient, ou avoir de la chance – ou je peux choisir la façon simple : faire souvent des décisions inconscientes (NDT au sens psychologique du terme !) pour choisir quelles données je sélectionne et de comment je les analyse, afin qu’une histoire nette émerge. Mais dans ce cas je suis sûr que mon raisonnement sera biaisé« .

Non seulement des données de mauvaise qualité et des idées fausses survivent, mais de bonnes idées peuvent être ignorées par le raisonnement motivé et les pressions de carrière. La suggestion dans les années 40 et 50 par la généticienne Barbara McClintock que des séquences d’ADN pouvaient « sauter » d’un chromosome à l’autre ou celle du biochimiste Stanley Prusiner qui déclara dans les années 80 que des protéines appelées prion pouvaient se replier de la mauvaise façon et que cette erreur pouvait se propager aux autres protéines allaient tellement contre l’orthodoxie de l’époque que ces deux chercheurs ont été ridiculisé – jusqu’à ce qu’on découvre qu’ils avaient raison et obtiennent un Nobel.

Le scepticisme à l’encontre des affirmations audacieuses est toujours présent, mais lorsqu’on regarde en arrière on peut voir qu’il vient parfois plus d’une incapacité à s’extraire des biais de la conception prédominante de l’époque que d’un doute véritable concernant la qualité des preuves apportées.

Les exemple de McClintock et Prusiner illustrent le fait que la science s’auto-corrige lorsque la charge des preuves l’y oblige mais selon Nosek « on ne connaît pas les exemples où des percées similaires ont été faites mais ont été retoquées et plus jamais poursuivies« .

Les scientifiques ont une certaine connaissance de cela, pour être clair. Beaucoup s’accordent avec la théorie du philosophe Thomas Kuhn selon laquelle la science avance à travers de brusques changements de paradigmes où les connaissances antérieures sont sapées et une toute nouvelle image du monde émerge.

Entre ces ruptures, on ne voit que la science « normale » qui s’accorde avec le consensus existant – jusqu’à ce qu’un empilement d’anomalies crée suffisamment de pression pour franchir le pas menant à un nouveau paradigme.

L’exemple classique est l’émergence de la physique quantique au début du XXème siècle ; la notion du XVIIIème siècle du « phlogistique » (un principe de combustion) renversé par la théorie de Lavoisier sur l’oxygène rentre aussi dans cette case.

Une citation célèbre attribuée à Max Planck suggère une autre voie par laquelle la science surmonte ses idées préconçues : « la science avance d’un enterrement à la fois ». Les nouvelles idées n’émergent qu’après que l’ancienne garde se soit rendue.

Le rôle des biais en science n’est devenu clair pour Nosek qu’une fois devenu étudiant diplômé en psychologie. « Comme pour de nombreux étudiants, mon idéalisme à propos de comment la science fonctionne a été ébranlé lorsque j’ai commencé à étudier les méthodes de recherches » se souvient-il. « Dans ce cours, on a lu de nombreux articles qui dataient déjà à ce moment-là (des années 50 aux années 70) et qui parlaient de biais de publication, de recherches mal conçues, du manque de réplication, du manque de description de la méthodologie dans les articles publiés, des problèmes d’accès aux données original et du bais du résultat négatif ».

Nosek s’est depuis consacré à améliorer le fonctionnement de la science (10). Il est convaincu que les processus et progrès de la sciences seraient améliorés en mettant ces biais en lumière – ce qui veut dire rendre les recherches plus transparentes dans leurs méthodes, suppositions et interprétations. « Se battre contre ces problèmes n’est pas facile parce-que ce sont des enjeux culturels – et une seule personne ne peut pas changer une culture » affirme-t-il « donc j’ai commencé avec ce que je pouvais contrôler : la puissance de la conception de mes recherches« .

De façon surprenante, Nosek pense qu’une des solutions les plus efficace au problème des biais cognitifs en science pourrait venir de la discipline qui a subi de très fortes critiques récemment pour sa propension à l’erreur et à l’auto-aveuglement : la pharmacologie.

C’est précisément parce-que ces problèmes sont prépondérants dans l’industrie pharmaceutique que cette communauté est, de la façon dont Nosek voit les choses, très en avance sur le reste de la science pour ce qui est de les aborder.

Par exemple, du fait de la tendance connue qu’ont les compagnies pharmaceutiques et leurs collaborateurs à ne publier les résultats d’essais que quand ils sont positifs et de mettre les autres sous le tapis, il y a maintenant une loi aux États-Unis obligeant à signaler tous les essais cliniques dans un registre national avant qu’ils n’aient lieu. Cela oblige les chercheurs à rapporter leurs résultats, quels qu’ils soient.

Nosek a institué une technique de pré-enregistrement similaire pour la recherche appelé Open Science Framework (OSF). Après avoir travaillé dessus pendant quelques années, le projet a vraiment décollé lorsque l’ex-développeur de logiciels Jeff Spies a rejoint son labo en 20009-2010 et s’en est emparé dans le cadre de sa thèse de doctorat.. « Beaucoup de gens se sont impliqués et c’est devenu quelque-chose de beaucoup plus grand assez vite » raconte Nosek. « On a lancé un site web et une communauté s’est rapidement rassemblée autour, bailleurs de fondes compris ». Nosek et Spies ont cofondé le Center for Open Science à Charlottesville en 2013 qui administre désormais l’OSF et peut offrir gratuitement ses services.

L’idée, telle que Nosek la décrit est que les chercheurs « décrivent à l’avance ce sur quoi leur étude va porter et ce qu’ils pensent en tirer ». Puis, lorsqu’ils font leurs expériences, ils s’obligent à n’analyser leurs données que dans le strict cadre défini par le plan original. Cela semble vraiment élémentaire, un peu comme ce que l’on enseigne aux enfants comment faire de la Science, et effectivement ça l’est… mais c’est rarement ce qui arrive dans les faits.

Au lieu de ça, comme en témoigne Fiedler, les analyses sont généralement faites avec toutes sortes de suppositions inconscientes et non mentionnées sur ce qui devrait ou pas être pris en compte. D’après Nosek, les chercheurs qui se sont servi de l’OSF ont souvent été très étonnés des divergences qu’ils constatent lorsqu’ils viennent comparer leur projet définitif aux buts qu’ils avaient initialement fixé.

Fiedler a utilisé le service et pour lui, non seulement cela permet aux recherches de rester honnêtes mais cela rend aussi leur développement plus fluide. « Le pré-enregistrement sur l’OSF me force à examiner tous les détails initiaux et le projet – ainsi qu’une partie de la rédaction – est déjà établi avant même que j’ai commencé à récolter des données » assure-t-elle. « Avoir conscience de cet enjeu m’aide à séparer les résultats dans lesquels j’ai confiance de ceux où c’est moins le cas ». Et pas seulement elle : rendre le processus complet plus transparent « donne à tous les autres chercheurs l’occasion de juger si oui ou non ces résultats vaillent la peine qu’on y accorde du – précieux – temps de recherche ».

Préciser par écrit vos buts est aussi un un bon moyen de vérifier que vous les connaissez bien pour Hartgerink, un autre utilisateur de l’OSF. « Une fois que l’on a décidé de le faire, nous nous sommes rendu compte qu’expliquer les hypothèses était une difficulté en soi » ce qui indique qu’elles n’avaient pas été formulées suffisamment clairement. « Le pré-enregistrement est techniquement un must si vous voulez tester des hypothèses » conclut-il. Fiedler indique qu’elle et tous ses étudiants post-doc ont utilisé les services de l’OSF ces dernières années, « j’ai tellement appris que je ne peux que recommander à tout le monde cette façon de faire ».

Le distinguo entre l’OSF et la méthode habituelle est considérable pour Hartgerink : puisque la plupart des chercheurs ne rédigent leurs manuscrit qu’après avoir conduit les recherches, les hypothèses ne sont pas notées explicitement avant cette étape. « Cela conduit à une formulation plus favorable aux hypothèses une fois que les résultats sont connus ». Le psychologue Ernest O’Boyle de l’Université d’Iowa et ses collègues ont qualifié ce biais d’« effet chrysalide »  (rendre une présentation a posteriori plus belle qu’elle n’aurait du l’être).

L’une des conséquences que voit Hartgerink est qu’il est commun de présenter comme espérés des résultats pourtant inattendus. « Demandez à n’importe qui s’il est correct de faire ça et il vous répondra que non. C’est pourtant ce qui se passe en recherche depuis longtemps ».

Souvent, ce changement des buts et des hypothèses survient sans que cela soit réellement intentionnel ou même sans s’en rendre compte. « Durant le processus, parfois long, qui permet de concevoir une expérience, rassembler des données, les analyser et présenter le résultats à nos collègues scientifiques, la façon dont nous envisageons une question et les résultats correspondant évolue » ajoute Fiedler. « Durant cette période, nous pouvons oublier les premiers tests qui ont échoué et présenter nos nouvelles découvertes comme des réponses à des questions différentes mais basées sur les mêmes données ».

Cette approche de la science beaucoup de valeur prétend-elle : il est important de découvrir des connections imprévues. Mais si cela affecte le but de la recherche, cela peut peut aussi mener les chercheurs à « trop faire confiance à des données fallacieuses ». L’OSF force donc les chercheurs à laisser leurs cibles là où elles sont.

Mais si vous choisissez de vous contraindre à un ensemble d’objectifs précis avant même d’avoir fait les expériences, est ce que vous ne vous fermez pas de possibles champs fertiles que vous n’avez pas pu apercevoir avant ? Peut-être suppose Nosek mais « apprendre à partir des données » n’est pas un bon moyen d’obtenir des conclusions fiables.

« Actuellement, nous mélangeons les recherches d’exploration et de confirmation, or une des bases que nous oublions tout le temps est que l’on ne peut pas générer des hypothèses ET des tests avec les mêmes données ». Si vous trouvez une nouvelle piste intéressante, vous devez l’explorer séparément et ne pas faire comme si cette dernière avait été à la base de votre travail.

Fielder récuse l’accusation que le pré-enregistrement signera la fin de la liberté et de la créativité : « ce n’est pas quelque-chose que tout le monde aura toujours à faire » rappelle-t-elle et la recherche exploratoire qui collecte des données sans partir d’un plan défini d’hypothèses à tester a toujours sa place. Mais nous devons garder à l’esprit la différence entre les deux.

Le principal obstacle que Hartgerink prévoit est l’éducation : les chercheurs n’ont tout simplement pas de formation pour prévoir les choses de cette façon. Mais ils feraient mieux de s’y mettre : «  si les jeunes chercheurs ne commencent pas à utiliser ces techniques maintenant, il se pourrait qu’ils se retrouvent à l’arrière-ban des sciences d’ici une dizaine d’années puisqu’elles commencent à devenir la norme pour concevoir des recherches d’une façon reproductible, transparente et ouvertes » affirme-t-il.

Ultimement, Nosek entrevoit une « utopie scientifique » dans laquelle la science devient un moyen bien plus efficace d’accumulation des connaissances. Mais personne ne prétend que l’OSF sera la panacée qui permettra cela. Comme le souligne Oranski « un des plus grands défi est d’amener les scientifiques à arrêter de se duper eux-même, cela requiert la fin du raisonnement motivé et du biais de confirmation et je n’ai pas encore vu de bon moyen pour ça ».

Nosek en est persuadé : en plus de l’OSF, il faudra nécessairement restructurer la façon dont la science fonctionne pour y inclure publications en accès libre et une méthode ouverte et continue de revue par les pairs. On ne peut pas se débarrasser complètement de nos biais, mais il est possible d’en limiter la portée.

Comme Nosek et son collègue, le psychologue Yoav Bar-Anan du l’Université Ben Gurion, l’ont écrit : « les barrières les plus importantes à lever ne sont pas techniques ni financières, elles sont sociétales. Même si les scientifiques sont les gardiens du statu quo, ils ont également le pouvoir de changer les choses ».

Traduit de : The Trouble With Scientists

NDT : en version courte

1 – Les chercheurs ne sont pas épargnés par les biais cognitifs et ces derniers se retrouvent au cœur même de leurs conclusions.

2 – Il est possible de minimiser certains de ces biais en fixant à l’avance un cadre strict consultable par les pairs.

3 – La publication des résultats négatifs devrait également permettre d’amoindrir le biais de publication.

4 – Le processus sera de toutes façons toujours améliorable et il est du devoir de l’ensemble des scientifiques de s’en charger.

Comme critique évidente, cet article manque un peu de source, le nombre de points de vue pris en compte est trop faible et les éventuels aspects négatifs du projet OSF gagneraient à être développés.

Mais la réflexion reste tout à fait pertinente, d’autant que ces errements de la méthode ne sont quasi jamais mis en avant, le point de vue manquait donc.

Références

1. Ioannidis, J.P.A. Why most published research findings are false. PLoS Medicine 2, e124 (2005).

2. Ioannidis, J.P.A. How to make more published research true. PLoS Medicine 11, e1001747 (2014).

3. Hartgerink, C.H.J., van Assen, M.A.L.M., & Wicherts, J. Too good to be false: Non-Significant results revisited. Open Science Framework https://osf.io. (Last update on April 7, 2015) Retrieved from https://osf.io/qpfnw/

4. Antonello, M., et al. Measurement of the neutrino velocity with the ICARUS detector at the CNGS beam. preprint arXiv:1203.3433 (2012).

5. Brumfiel, G. Neutrinos not faster than light. Nature News (2012). Retrieved from doi:10.1038/nature.2012.10249

6. Cho, A. Once Again, Physicists Debunk Faster-Than-Light Neutrinos news.sciencemag.org (2012).

7. Hayden, E.C. Open research casts doubt on arsenic life. Nature News (2011). Retrieved from doi:10.1038/news.2011.469

8. Oransky, I. Unlike a Rolling Stone: Is Science Really Better Than Journalism at Self-Correction? http://theconversation.com (2015).

9. Oransky, I. Unlike a Rolling Stone: Is Science Really Better Than Journalism at Self-Correction? www.iflscience.com (2015).

10. Ioannidis, J.P.A., Munafo, M.R., Fusar-Poli, P., Nosek, B.A., & David, S.P. Publication and other reporting biases in cognitive sciences: detection, prevalence, and prevention. Trends in Cognitive Sciences 18, 235-241 (2014).


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- édito / , ,

Greenpeace a récemment publié un article sur son site anglais indiquant qu’ils étaient fatigués de recevoir constamment « d’énormes quantités de photos et vidéos » censées prouver l’existence des chemtrails.

Ils rappellent bien pertinemment que, contrairement à ce que pensent les pro-théorie des chemtrails, les photos et vidéos du ciel ne sont pas des preuves. Ils souhaitent donc que les gens stoppent leur envoie de tels documents. Greenpeace indique également qu’ils reçoivent de nombreux articles de blogs et autres sites parlant des chemtrails mais dont les seules preuves se résument généralement, encore une fois, à de simples photos ou vidéos.

Ce que souhaiterait en revanche Greenpeace pour pouvoir débuter des investigations plus avancées, ce serait des preuves tangibles. Ils citent deux exemples : l’analyse d’un expert permettant de montrer que des trainées ont des comportements anormaux et non explicables par les connaissances actuelles, supposant implicitement que ces trainées ne seraient pas des contrails. Ou alors le témoignage d’individus travaillant ou ayant travaillé dans le milieu aéronautique et pouvant affirmer avoir participé au remplissage d’avions avec des produits chimiques par exemple. Ils précisent que ce ne devrait pas être difficile à obtenir puisqu’il y a potentiellement des millions de personnes travaillant dans ce secteur dont certaines très mal payées, du moins, pas assez bien payées pour garder un tel secret.

Greenpeace revient en outre sur certaines confusions faites au sein de la mouvance chemtrails. Ils font ainsi une claire distinction entre les chemtrails et l’ensemencement de nuages qui est une pratique reconnue à la fois par les gouvernements et par les scientifiques. Ils distinguent également les chemtrails de la géo-ingénierie en rappelant que cette dernière est « pour le moment quasi-uniquement théorique » et que les seuls rares tests menés n’utilisent pas d’avions. Il en va de même pour HAARP où aucune preuve ne peut lier ce projet aux supposés chemtrails.

En revanche, Greenpeace rappelle que les avions jouent une réelle part dans la pollution avec le rejet d’émissions carbones, particulièrement au Royaume-Uni où la population utilise grandement ce moyen de transport.

Pour conclure, Greenpeace prend les devants et indique qu’ils ne se soucient pas d’être considérés comme faisant partie de cette supposée conspiration mondiale. Ils sont en effet constamment accusés d’être payés par différents gouvernements et sont donc habitués à la calomnie.

J’ai appris hier qu’une bonne amie, qui du reste n’a pas eu une année facile, vient de perdre son père. Pourquoi mentionner cela ici ? Parce que la perte d’un être cher provoque une telle onde de choc dans les cerveaux humains des proches de la personne disparue qu’un site web qui aspire à parler du cerveau « à tous les niveaux » serait bien mal venu de ne pas considérer comme fondamental cet aspect de l’expérience humaine. Un aspect qui soulève immédiatement un problème difficile, encore plus que celui de la conscience (bien qu’en découlant) : le problème du sens, de la signification de l’existence humaine.

Et donc en cherchant ce matin un sujet pour mon billet hebdomadaire sur ce blogue, mon regard survolait les dizaines d’études amassées dans mon dossier pour leur intérêt certain en sciences cognitives sans qu’aucun ne me donne pourtant le goût d’écrire. Tous me semblaient « hors sujet » par rapport à ce qui me trottait dans la tête. Jusqu’à ce que mon regard accroche sur ce titre d’un résumé de Deric Bownds d’il y a six mois : « E.O. Wilson and « The Meaning of Human Existence » ».

Ma première réaction fut de ne pas me mouiller avec le controversé «père» de la sociobiologie, néanmoins spécialiste des fourmis mondialement reconnu. Mais le fait que Bownds écrive, à propos de son dernier livre « The Meaning of Human Existence » qu’il corroborait sa propre opinion sur le «sens de la vie», à savoir que de faire l’expérience de nous-mêmes en tant que partie prenante de l’évolution biologique est pour lui une voie spirituelle suffisante, m’a rassuré. C’est en effet la conclusion, pour certaines personnes encore étonnante, à laquelle parviennent un grand nombre de scientifiques qui ont été aux confins des connaissances humaines dans leurs domaines respectifs.

Et pas seulement des biologistes, mais de beaucoup d’astrophysiciens, Carl Sagan ou Hubert Reeves pour citer des promoteurs actifs de cette conception du monde sans grand « designer » mais non moins dépourvue du sentiment de faire partie d’un grand tout qui dépasse les frontières de l’humanité. Robert Lamontagne nous rappelait ainsi de belle façon il y a quelques semaines lors de son passage à l’UPop Montréal (voir le 2e lien ci-bas) que chaque atome autre que l’hydrogène qui compose notre corps provient du cœur d’étoiles comme les milliers que nous pouvons admirer dans le ciel nocturne loin des villes. Bien mieux qu’un dieu vengeur pour nous faire prendre conscience de notre petitesse et de nous donner le goût de nous serrer les coudes plutôt que de nous frapper à tour de bras…

Sinon, pour revenir à l’extrait présenté par Bownds du livre de Wilson, il y est fait mention de deux niveaux de sélection, l’un intra-groupe, favorisant selon Wilson la compétition entre les individus, et l’autre inter-groupe, favorisant la coopération des individus du groupe pour supplanter d’autres groupes. Gros débat qui dure depuis longtemps encore ici en biologie sur les « unités de sélection » qui seraient les plus pertinentes.

D’autres théories visant à cerner ces forces naturelles qui ont pu façonner la psyché humaine surgissent alors dans mon petit cerveau ébranlé de ce matin. Par exemple celle des primatologues, que m’avait transmise mon ancien professeur Bernard Chapais, où l’accessibilité aux ressources est détermiante pour le type de relations inter-individuelles au sein d’un groupe : rares et elles suscitent de l’entraide pour se les approprier, limitées et l’on voit surgir divers types de compétition, abondantes et cette compétition disparaît. Nous sommes peut-être agis plus que nous agissons…

Un dernier flash sur ce sujet évidemment impossible à conclure. Sur la vie qui se termine abruptement et qui commence de la même façon. Avec chez la mère des taux maximum d’ocytocine à l’accouchement qu’elle ne retrouvera qu’à un degré moindre lors de l’allaitement et qui créeront entre elle et l’enfant un puissant lien d’attachement.

Dans Origins of Humanness in the Biology of Love, Humberto Maturana et Gerda Verden-Zoller postulent que ce sont les liens de coopération qui ont eu la plus grande influence sur le développement cognitif singulier de la lignée humaine. Ils considèrent comme primordial le flot d’émotions (« émotioning », dans leurs écrits en anglais) qui traverse notre vie quotidienne. Et parmi toutes les émotions, celle qui a fait de nous une espèce « parlante » (« languaging beings ») est ce qu’ils appellent tout simplement « l’amour ». Un mot utilisé à toutes les sauces mais qui réfère ici aux origines évolutives de cette émotion prédisposant à la confiance et à l’acceptation de l’autre.

L’amour ainsi définie serait à la base même des rapports sociaux entre les humains, puisque sans acceptation des autres à nos côtés, il n’y a pas de processus social, et donc pas d’humanité.

Un sujet impossible à conclure, disais-je, parce que la science reste muette devant l’absurdité de la mort d’un être humain (même si elle peut dire pourquoi, biologiquement et évolutivement, on meurt). Mais la science peut nous dire deux ou trois choses qui font du bien pour vivre, il me semble.

i_lien E.O. Wilson and « The Meaning of Human Existence »
i_lien L’infiniment grand: un univers de nombres astronomiques!
i_lien Les trois infinis : le petit, le grand et le complexe

Ardennes : un élu visé par une enquête pour contestation de crime contre l’Humanité
Une enquête préliminaire a été ouverte à l’encontre d’Olivier Badré, conseiller municipal des Hautes-Rivières (Ardennes). Ancien candidat du MNR de Bruno Mégret puis du Front national, ce militant d'extrême droite avait posté le 21 avril dernier sur son compte Facebook une vidéo négationniste intitulée « "Chambres à gaz" : aucune preuve après 33 ans de recherches ».

Ce n'est pas la première fois qu'Olivier Badré fait parler de lui. Comme le rappelle la presse locale, ce dernier s'était fait photographier le 17 janvier dernier en train d'exécuter fièrement une « quenelle au Système », geste de ralliement des partisans de Dieudonné, à l’issue d'un des spectacles du polémiste à Châlons-en-Champagne.

Décrit comme « passionné par les théories du complot, fanatique de Dieudonné, pourfendeur d’un supposé "lobby judaïque qui dirige toutes nos institutions" », l’élu crie à la diabolisation et dénonce « des attaques plus bas que terre ».


Voir aussi :
* Conseiller santé de Marine Le Pen... et fan de Meyssan et de Faurisson
* Départementales 2015 : l'indéfendable « erreur de jeunesse » d’un candidat UDI

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
Par Julie Boulier et Louise Cluny
Vaccin DT-Polio : pourquoi il ne faut pas signer la pétition du professeur Joyeux
Dans une pétition qui a recueilli plus de 350 000 signatures, le professeur Henri Joyeux tente de faire basculer les parents dans le camp des « antivax » en multipliant les contre-vérités. Décryptage.

La pétition, qui dénonce « un scandale d’Etat », a recueilli plus de 350 000 signatures. Des chaînes d’e-mails se la transmettent. Elles invoquent « l’urgence » et la nécessité de briser « la loi du silence ». Ce qui est en jeu ? « La santé de nos enfants. » Evidemment, on regarde.

Dans le rôle du lanceur d’alerte, un vieux monsieur au sourire bienveillant, le professeur Henri Joyeux, longtemps président de l’ultraconservatrice association Familles de France. Il interroge :

« Que feriez-vous si vous deviez vacciner votre bébé pour le protéger contre de graves maladies mais que le vaccin normal, efficace et sûr, n’était plus disponible, et que le seul produit en vente était un prétendu “super vaccin”, pas assez testé et contenant des additifs neurotoxiques et peut-être cancérogènes ? »

L’appel du professeur Joyeux est hébergé sur le site de l’Institut pour la protection de la santé naturelle, une officine belge régulièrement suspectée d’être un repaire de charlatans, ainsi qu’un vaste aspirateur de données personnelles – celles des pétitionnaires, vite transformés en clients potentiels pour la vente en ligne de thérapies alternatives. (...)

Lire la suite sur le Démonte rumeur de Rue89.


Voir aussi :
* Il faut ramener les anti-vaccins à la raison
* 49 % des Américains adhèrent à une théorie du complot en matière de santé

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
  Depuis quelques jours est diffusée sur le net francophone une nouvelle pétition anti-vacciniste. Celle-ci émane des piliers habituels du mouvement en France, dont les sophismes et manipulations courantes trouvent échos dans la rigueur du fact-checking de quelques rationalistes bien esseulées. C’est qu’en effet, si les mythes anti-vaccinistes se répandent comme une trainée de poudre, […]
Cet article est un extrait, légèrement remanié pour l’occasion, d’un essai à paraitre, intitulé Homo ineptus, essai sur l’inaptitude acquise des masses à la démocratie. Je me suis intéressé au conflit entre Imposteurs et Benjamin Sourice de Combat Monsanto...

La psychologie grand public est pleine de désinformation et de contre-vérités et, malheureusement, la grande majorités d’entre elles ne montrent aucun signe indiquant qu’elles doivent quitter les unes des magasines.

En 2009, Scott Lilienfeld, Steven Jay, John Ruscio et Barry Beyerstein ont rassemblé un corpus de 50 plus grands mythes de la psychologie populaire et ont ensuite tenté de les dissiper les uns après les autres. Leur livre est un chef d’œuvre de logique et de raison.

En l’utilisant comme guide, nous avons créé une liste des 10 plus importants mythes psychologiques, inutile d’avoir honte si vous adhérez à l’un d’eux… ou à tous !

1 – Les images subliminales fonctionnent

C’est l’une des conspirations de l’ère télévisuelle les plus en vogue : les publicitaires diffusent de subtiles messages à travers nos écrans (ceux-ci durant parfois moins d’1/3000ème de seconde) qui altèrent la façon dont nous pensons et dont nous achetons.

Rassurez-vous cependant, ces pubs ne marchent pas et votre inconscient ne craint rien. Lors d’une grande étude minutieusement contrôlée en laboratoire, les messages subliminaux n’ont pas réussi à influencer le moins du monde les achats ou les votes des personnes testées. Et lorsqu’ils sont testés dans le vrai monde, ils échouent tout aussi lamentablement.

En 1958, la Canadian Broadcasting Corporation (l’ORTF canadien) a informé ses téléspectateurs qu’ils allaient subir un test de publicité subliminale durant une grande émission du dimanche soir. Ils ont ensuite « flashé » 352 fois les mots « téléphonez maintenant » tout au long du programme. Une fois examinés, les enregistrements des compagnies de téléphone n’ont absolument rien révélé d’anormal.

La fin des preuves confortant la validité de l’effet subliminal n’a cependant pas empêché certains de s’en servir. En 2000, un spot pour les républicains qui visait le vice-président Al Gore a brièvement indiqué le mot « Rats ». En France, on retrouve des histoires semblables à peu près à la même époque.

Plus d’informations : La perception subliminale

2 – Il y a une épidémie d’autisme

« L’autisme ou plus généralement les troubles du spectre autistique (TSA) sont des troubles du développement humains caractérisés par une interaction sociale et une communication anormales, avec des comportements restreints et répétitifs ». (Wikipedia)

Avant 1990, la prévalence de l’autisme aux États-Unis était estimée à 1 naissance sur 2500, en 2007, c’était une sur 150. En Mars, le CDC (Center for Dicease Control) a annoncé un nouveau chiffre saisissant : 1 sur 68.

La montée astronomique du nombre de diagnostics en a poussé beaucoup à crier à l’épidémie et, paniqués, à chercher une raison cette dernière. Souvent, cette raison fut la vaccination.

Mais les vaccins n’en sont pas la cause, en fait les critères de diagnostics de l’autisme ont été considérablement étendus. Chacune des 3 dernière révisions majeures du Diagnostic & Statistical Manual of Mental Disorder a rendu le diagnostic plus aisé pour les psychiatres.

En 2005, une étude menée en Angleterre a recensé les cas d’autisme entre 1992 et 1998 en utilisant des critères constants, et le pourcentage de cas n’a pas bougé.

confL’architecture génétique de l’autisme,
conférence de Thomas Bourgeron au Collège de France

3 – On n’utilise que 10% de son cerveau

Ah si seulement c’était vrai… si on pouvait trouver un moyen de libérer les 90% restants, on comprendrait enfin quelque-chose à ce fichu rapport au boulot, ou on deviendrait un génie des maths, voire on développerait des super-pouvoirs télékinétiques.

Mais… non. En terme de métabolisme, le cerveau est un organe qui coûte cher à l’entretien : il représente 20% de nos dépenses caloriques alors qu’il constitue à peine 2% du poids totale d’un être humain.

Comme l’écrit Scott Lilienfield, psychologue à l’université d’Emory, « il est hautement peu probable que l’évolution ait pu permettre un tel gaspillage de ressources uniquement pour créer et maintenir un organe aussi incroyablement sous-utilisé ».

Il semble que le mythe remonte au psychologue américain William James, qui théorisa l’idée que que la moyenne des gens ne se servait pas de plus de 10% de leurs potentiel intellectuel.

Au fil des années, des gourous auto-déclarés et des charlatans en quête d’argent facile ont transformé cette notion pour aboutir à l’idée que 90% de notre cerveau est « dormant ». Ils connaissent le moyen de le réveiller bien sûr, et vous pouvez acheter la méthode pour pas cher !

Un dossier complet sur cette légende urbaine : Selon Einstein, l’homme n’utilise que 10% de son cerveau, info ou intox?

4 – Les électrochocs sont une thérapie brutale

Quand vous pensez à l’électroconvulsivothérapie (ECT), qu’est ce qui vous vient à l’esprit ? Est ce que vous vous imaginez un individu en camisole de force attaché à une table contre son grè avant que des électrodes soient fixées à son crâne et qu’il commence à se convulser violemment tandis que l’électricité tétanise tout son corps ?

Si l’on en croit les sondages, la plupart des gens voient l’ECT comme une reliquat barbare de la psychiatrie du siècle passé. Si il est vrai que la méthode a été un temps un processus violent et douloureux, ce n’est plus le cas depuis plus de 5 décennies, et oui, on l’utilise encore couramment de nos jours.

Le Pr Lilienfield décrit ainsi le procédé : « de nos jours, commence par mettre le patient sous anesthésie générale et on lui donne un relaxant musculaire et parfois une substance empêchant la salivation ; puis un médecin place les électrodes sur la tête du patient et un choc électrique est administré. Ce choc induit des convulsions qui vont durer de 45 à 60 secondes quoique l’anesthésie et le décontractant musculaire inhibe les mouvements du patient ».

Il n’y a pas de consensus médical sur le pourquoi les ECT marchent mais la majorité des études contrôlées montrent que -pour les dépression sévères – c’est le cas.

De fait,une étude de 1999 a montré qu’une écrasante majorité (91%) des gens ayant eu à subir des ECT en avait une vision positive.

Séance d’électroconvulsivothérapie (ECT)

Institut universitaire en santé mentale de Montréal

NDT : les travaux que j’ai pu trouver en français étant assez difficiles d’accès, je mets donc à disposition :

– Un article du monde manquant malheureusement de sources : Neurologie : volte-face sur l’électrochoc

– La FAQ du CHU de Nantes sur le sujet (destinée aux patients, c’est un document clair et lisible) : questions à propos de l’électroconvulsivothérapie (ECT)

– Un document rédigé par la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation : Indications et modalités de l’électroconvulsivothérapie (RPC 1997)

5 – Les opposés s’attirent :

L’union de deux charges électriquement opposées, une négative et une positive, est la quintessence des histoires d’amour en physique. Les opposés s’attirent !

Mais on ne peut pas vraiment dire la même chose d’un conservateur enragé et d’un libéral enflammé , ni d’un aficionado de l’exercice physique et d’un indécrottable paresseux. Les gens ne sont pas des charges électriques.

Même si Hollywood adore perpétuer l’idée que nous sommes romantiquement attirés par les gens qui diffèrent de nous, ça n’est pas le cas.

« En fait, des douzaines d’études démontrent que les gens ayant des traits de personnalité similaires ont plus de chance d’être attirés l’un l’autre que par des personnes ayant des traits différents » écrit Lilienfeld « et les même règles jouent pour l’amitié ».

NDT : malheureusement, malgré l’aide du groupe Psychologie et Scepticisme Scientifique, il semble qu’il soit difficile de trouver un article vraiment complet et francophone sur le sujet. Il reste cependant la page Wikipedia Attraction interpersonnelle (comme d’habitude avec ce site, la consultation des sources est grandement conseillée).

6 – Les détecteurs de mensonges sont efficaces :

Ceux qui se servent des polygraphes (les détecteurs de mensonges) se vantent souvent de résultats approchant les 99% de précision, la réalité est que personne, pas même une machine, ne peut dire quand est ce que quelqu’un ment.

Ces engins fonctionnent en partant du présupposé que des signaux physiologiques indiquent qu’une personne ne dit pas la vérité . Et les polygraphes mesurent donc des indicateurs comme la conduction électrique de la peau, la pression sanguine ou la respiration.. Lorsque ces signaux marquent un pic dépassant la normale de la personne à qui on fait passer le test, l’opérateur interpréte cela comme étant la manifestation d’un mensonge.

Mais de tels réactions physiologiques n’ont en fait rien d’universel et, bien plus, lorsque l’on apprend à contrôler des facteurs comme le rythme cardique ou la fréquence de sa respiration, on peut tout à fait passer ce genre de test sans aucun problème.

NDT : plus d’informations sont disponibles ici : Le polygraphe, une méthode infaillible ?

Et dans cet article très complet de La Recherche détaillant l’historique de l’invention : Les tours et détours du détecteur de mensonge

7 – Les rêves ont une signification symbolique :

Avez-vous déjà rêvé d’une coupe de cheveux, de perdre vos dents ou d’être décapiter ? Alors c’est probablement que vous avez des complexes de castration, enfin en tout cas d’après Sigmund Freud.

Environ 43% des américains croient que les rêves sont la manifestation de désirs cachés et plus de la moitié sont d’accord avec le fait qu’ils révèlent des vérités enfouies. Certes, le fait de rêver reste en bonne partie une énigme pour la science mais ce n’est certainement pas une boule de cristal permettant de lire dans notre inconscient.

En fait, la théorie qui compte le plus de partisan au sens du monde scientifique ressemble à quelque-chose comme ça : les rêves sont une représentation pêlme-mêle des tentatives de notre cerveau pour assembler et trier les informations et expériences de la journée, un peu comme un système de tri des dossiers. Donc, comme le dit Lilienfeld, tenter de les interpréter serait « hasardeux au possible ».

« Plutôt que de s’appuyer sur un dictionnaire des rêves pour prédire le futur ou vous aider à prendre des décisions, il serait probablement plus judicieux de peser le pour et le contre des différents choix possibles et de consulter des amis de bon conseil ».

La science des rêves

Conférence d’Isabelle Arnulf, neurologue

8 – Notre mémoire fonctionne comme un enregistreur

Environ 36% des américains croient que notre cerveau préserve parfaitement les expériences passées sous forme de souvenirs… ça n’est absolument pas le cas.

« Aujourd’hui, il y a un large consensus chez les psychologues pour dier que la mémoire ne fonctionne pas de manière photographique – elle ne réplique pas à l’identique ce que nous expérimentons – mais en reconstruisant les données.

Ce dont nous nous rappelons est souvent fait d’une mixture floue de réminiscences exactes mêlées d’une sorte de gelée composée de nos croyances, besoins, émotions et intuitions » écrit Lilienfeld.

Notre mémoire est manifestement faillible et cela pose de nombreux problèmes, particulièrement dans les cours d’assises. Des témoignages sincères ont mené à la condamnation de nombreux innocents.

Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée

Conférence de Par Brigitte Axelrad, Professeur honoraire de Philosophie et de Psychosociologie

Pour plus d’informations, le sujet étant aussi fascinant que bien traité, les sources ne manquent pas. En voici une petite sélection accessible à tous :

Une petite bande dessinée, bonne introduction au sujet : Comment fonctionne la mémoire

Le récit d’une expérience de psychologie célèbre d’induction de faux souvenirs : Z’ai palé à Buz Bunny

Le dossier de l’INSERM sur le sujet : Mémoire

Un compte-rendu d’une conférence sur le sujet : Les illusions de la mémoire

9 – Mozart fera un génie de votre enfant :

En 1993, une étude publiée dans Nature montra que des étudiants d’université qui avait écouté une dizaine de secondes d’une sonate de Mozart avaient vu leurs capacité de raisonnement spatial améliorées. Les médias s’emparèrent de l’information, oubliant au passage que l’effet était tout ce qu’il y avait de fugitif, mais trop tard, « l’effet Mozart » était né.

Depuis, des millions de copies de CD de Mozart spécialement « étudiées pour booster l’intelligence ont été vendues, l’état de Géorgie a même fait passer un projet de loi qui permet à chaque nouveau-né d’en recevoir gratuitement une cassette ou un CD.

Des études plus récentes ont tenté de répliquer l’expérience mais n’ont pas pu observer de résultats (hormis quelques effets minimes dans quelques cas). Elles ont par contre suggéré une explication beaucoup plus plausible : la stimulation à court terme.

« Tout ce qui augmente la vigilance est susceptible d’accroître les performances lors de tâches nécessitant un effort intellectuel, mais il est très peu plausible de réussir à produire un effet sur le long terme sur les capacités spatial ou l’intelligence en général » explique Lilienfeld. « Donc écouter du Mozart n’est pas nécessaire pour booster vos performances, boire un verre de limonade ou une tasse de café peut parfaitement faire l’affaire ».

Un contributeur du Café des sciences a rédigé un très bon billet sur ce sujet ici : Spécial anti (neuro)mythes (1)

10 – Il y a des gauchers et des droitiers du cerveau

Il y a des gauchers et des droitiers du cerveau, ceux qui utilisent plus leur hémisphère gauche sont plus analytiques et logiques, ceux pour qui le coté droit prime ont un tempérament plus créatif et artiste.

Sauf que ce n’est pas comme ça que le cerveau fonctionne.

Oui, certaines régions du cerveau sont spécialisées et conçues pour remplir certaines tâches, mais le cerveau ne se crèe pas lui même de handicap en utilisant préférentiellement un coté ou l’autre – les deux hémisphères sont autant utilisés l’un que l’autre.

Ce mythe est répandu depuis des décennies et est perpétué par différents gourous New-Age mais l’émergence des IRM fonctionnels a permis une vision claire et directe, en temps réel , de l’activité du cerveau.

Et, selon Scott Lilienfeld, ils montrent exactement l’inverse : « les deux hémisphères présentent bien plus de similarités que de différences dans leurs fonctions ».

Un article du Huffington Post résume bien l’état des connaissances sur le sujet (enfin, ce sont surtout ses sources qui résument bien) : Cerveau gauche ou cerveau droit, les scientifiques démystifient la question.
Tout comme la page de Futura-Science sur le sujet : La fin du mythe des personnes à cerveau « droit » ou « gauche.

11 – Les femmes savent faire deux choses en même temps…

… Mais elles ne savent pas lire une carte. Vous avez forcément déjà entendu quelque-chose comme ça.

Pourtant, le cerveau des hommes est des femmes est constitué exactement de la même façon et rien ne permet de dire que celui des unes pourraient faire les choses différemment de celui des autres (la gestion de la physiologie exceptée).

Alors oui, il existe bien des différences, d’abord la principale : les hommes préfèrent généralement les femmes et réciproquement, mais en dehors de ceci, il n’existe pas de différence objectivement constatée qui soit très marquée.

On connaît par contre des tâches dans lesquelles hommes et femmes sont en moyenne meilleurs : la rotation 3D pour les premiers et la fluence verbale pour les secondes. Mais ces différences sont si peu marquées qu’il est peu probable pour que cette différence veuille dire quelque-chose si vous vous comparez à votre conjoint…

Ah, et il y a même une étude qui tend à montrer que c’est en fait l’inverse pour ce qui est de faire deux choses à la fois, mais on l’a dit et on le répète, une seule étude, cela ne veut pas dire grand-chose.


Pour les fans de psychologie et de neurosciences, un petit rappel qui ne fait pas de mal : Les 10 commandements pour aider les étudiants à distinguer la science de la pseudoscience en psychologie.

Ainsi que cette conférence :

conf2Les Neuromythes, conférence d’Elena Pasquinelli ,

chargée de recherches à l’ENS


NDT : traduit de : Myth over Mind pour les 10 premiers, le 11ème est un ajout (les mythes liés à l’autisme étant moins répandus en France).


Il nous est arrivé plusieurs fois de critiquer sur ce site l'Agence France Presse pour sa partialité sur des sujets qui agitent la société française. Voici de nouveaux exemples de ce que nous appellerons pudiquement un problème de déontologie journalistique....
Originally posted on Associations Libres:
Lorsque je suivais un cours d’Histoire Américaine, ma prof d’histoire passait une part importante de son temps sur les mythes historiques et sur comment le mythe lui-même devient si important qu’il nous faut lui prêter attention. Comme elle l’expliquait, ces mythes prennent une part significative dans le développement de notre…
par Jacques Bolard - SPS n° 310, octobre 2014 On trouve la machine de Wimshurst (figure) dans le laboratoire de physique de tous les lycées de France. C'est une machine électrostatique dite à influence : la rotation en sens inverse de deux disques isolants recouverts de secteurs métalliques induit la formation d'un arc électrique entre les boules d'un éclateur du fait de la haute tension existant entre elles, avec comme conséquence importante pour notre propos, la production d'ozone (O3). Au-delà de (...) Du côté de la science

J’ai déjà parlé de comment les médias sociaux peuvent être utilisés pour promouvoir la pensée pseudoscientifique et maintenant, il y a à nouveau une étude montrant que les théoriciens du complot se servent de FaceBook comme d’une caisse de résonance et qu’apparemment, ils sont incapables de savoir à quel moment on se paye leur tête.

Des chercheurs italiens ont démontré cela en observant des centaines d’utilisateurs interagissant avec des pages diffusant des infos scientifiques ou des pages de conspirationnistes : ils ont pu montrer que la grande majorité de ceux qui commentaient les secondes n’avaient jamais vraiment d’autres centres d’intérêt.

La partie marrante vient ensuite : les chercheurs ont posté environ 5000 commentaires « trolls » à la fois sur les pages de complotistes et sur les pages scientifiques, partageant des nouvelles ridicules et basées sur rien comme des posts disant qu’on avait analysé la composition chimique des chemtrails (les traînées qui se forment derrières les avions et que l’on nomme normalement – et avec raison – des contrails) et que l’on avait découvert que ces nuages contiennent du viagra. Et oui, le gouvernement nous bombarde avec des aphrodisiaques disséminés dans la haute atmosphère.

Les chercheurs ont découvert que les conspirationnistes étaient beaucoup, beaucoup plus susceptible de partager et liker ces commentaires.

En d’autres termes, ils n’arrivent pas à faire la différence entre sarcasmes et théories conspirationnistes réellement soutenues.

Mais il y a quelque-chose d’important : je ne suis pas capable non plus de faire la différence entre les deux, parce-qu’il n’y en a pas tant que ça. Quand j’ai lu les gros titres disant que des scientifiques avaient prouvé que les conspis avalent n’importe quoi même les trucs les plus débiles, j’ai supposé qu’ils avaient essayé avec des infos vraiment débiles. Au lieu de ça, ils ont testé les nuages au viagra.

Comparez à ce que des gens croient vraiment à propos des chemtrails : qu’ils contiennent des substances changeant votre personnalité mais que vous pouvez les dissiper en pulvérisant du vinaigre autour de vous. A priori, ils imaginent que le vinaigre va traverser des milliers de mètre d’atmosphère pour réduire à néant les effets de toute une série de poisons éjectés à l’arrière d’un avion.

L’autre rumeur « manifestement fausse » était que l’énergie libre a été découverte, quelque-chose que les sites de ce genre racontent au moins une fois par semaine.

Donc l’information ici n’est pas que les paranoïaques de la théorie du complot vont gober tout ce qu’on leur raconte (peu importe la stupidité de la chose) mais qu’ils croiront tout ce qui rentre dans le champ de leurs croyances établies, sans faire de vérification.

Si quelqu’un voulait vraiment tester cette idée, il va devoir travailler plutôt dur pour trouver quelque-chose qui soit encore plus absurde que ce que l’on trouve en moyenne sur ce genre de groupes.

Je veux dire, quand des croient déjà ardemment que l’économie mondiale est contrôlée par des hommes-lézard (de vrais hommes-lézards), est ce qu’on a vraiment besoin de passer du temps à démontrer qu’ils sont incapables de se rendre compte qu’on se paye leur tête ?

Plus d’info sur le même sujet ici : https://latheierecosmique.wordpress.com/2015/04/01/synth-sur-la-reprise-et-la-diffusion-au-premier-degre-de-trolls-pourtant-evidents/


Par Victor Garcia
Ce livre (conspirationniste) sur le 11 Septembre que lisait Ben Laden
La liste des livres que Ben Laden possédait indique de nombreux ouvrages sur la France, mais aussi sur les théories du complot. Un livre en particulier retient l'attention, sur 11 Septembre, du théoricien conspirationniste David Ray Griffin.

Si Ben Laden s'intéressait beaucoup à l'économie française, il semblait aussi passionné par les théories conspirationnistes. C'est ce que révèle la liste des ouvrages saisis dans sa cache - à Abbottabad au Pakistan -, et publiée mercredi par les États-Unis.

Parmi ces ouvrages, Le Nouveau Pearl Harbor : des questions dérangeantes au sujet de l'administration Bush et du 11 septembre, retient particulièrement l'attention. Écrit par le théoricien conspirationniste David Ray Griffin, l'ouvrage, dont les arguments ont été largement critiqués, contre-vérifiés et dénoncés, remet en cause la version officielle du 11 Septembre. "Ce que dit vraiment Griffin dans son livre, c'est que ce sont des bombes qui ont détruit les Twin Towers, que c'est un missile qui a touché le Pentagone, et des choses de ce genre", résume Chip Berlet, un chercheur de Political Research Associates, auteur d'une longue contre-enquête. (...)

Lire la suite sur le site de L'Express.

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot
Encore plus fort que Seymour Hersh : PressTV !‏
Trois jours après la publication de l'article du controversé journaliste américain Seymour Hersh sur les circonstances de l'élimination d'Oussama Ben Laden, PressTV a surenchéri en donnant la parole à un activiste d'extrême droite affirmant sans détour que le chef d'Al-Qaïda n'a pas été tué en mai 2011 au Pakistan mais dix ans plus tôt, en Afghanistan.

Connue pour son ineffable tropisme conspirationniste, la chaîne iranienne en langue anglaise est allée interviewer James Fetzer, présenté comme un simple « chercheur américain ». « Je suis surpris que Seymour Hersh n'ait pas compris, explique Fetzer. Oussama Ben Laden est mort le 15 décembre 2001, en Afghanistan. Il a été enterré anonymement et conformément au rite musulman (...). David Ray Griffin, qui a écrit dix livres sur le 11-Septembre, a publié sur ce sujet. (...) Même Fox News a publié un article annonçant la mort de Ben Laden le 26 décembre 2001, que vous pouvez toujours trouver en ligne. Et Scholars for 9/11 Truth, l'association que j'ai fondée en 2005, a publié des choses à propos de l'utilisation de fausses cassettes audio et de faux Oussama Ben Laden ».

Professeur à la retraite, Fetzer est une figure de la complosphère américaine. Il s'est fait connaître par ses multiples interventions complotistes sur l'assassinat de John F. Kennedy, les attentats du 11 septembre 2001 ou encore le massacre de l'école Sandy Hook de Newtown. Fetzer a participé en 2013 à la 3ème Conférence internationale sur "l'Hollywoodisme" organisée par le régime de Téhéran, aux côtés, entre autres, des Français Thierry Meyssan et Dieudonné.

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

On aurait pu espérer que l’arrivée d’internet ait un effet positif sur l’accès du public à l’information, et ça a peut-être en effet été le cas. Le problème est qu’il a aussi facilité l’accès à la désinformation !

On peut aussi se demander jusqu’à quel point les gens s’adonnent à la recherche d’information (comparativement au temps passé à regarder des vidéos de chats) ?

Il arrive fréquemment à tout le monde de discuter avec quelqu’un et d’arriver à un point de désaccord sur un fait précis ; avant internet, la discussion se serait arrêtée là et sans pouvoir résoudre le point de friction, chaque partie aurait peut-être convenu de faire des recherches de son coté… et n’en aurait généralement rien fait. Maintenant, on peut brandir son smartphone et en moins d’une ou deux minutes, trouver des références sur le fait en question.

Mais en dépit de ça, un fossé préoccupant demeure entre la réalité et la perception que le public en a. On a déjà parlé ici de ces consensus scientifiques qui n’en sont pas pour le public. La plus grande différence concernait les OGM : quand 88% des scientifiques les considèrent comme sans danger pour la santé, seuls 37% des américains pensent de même.

Et ce fossé n’est pas limité aux faits scientifiques mais couvre l’ensemble du champ des questions que le public peut être amené à se poser. Par exemple, 68% des américains croient que les taux de criminalités empirent dans leur pays (et 48% dans leur ville) alors qu’ils baissent constamment depuis deux décennies.

L’institut de recherches sociologiques Ipsos Mori a mené une enquête sur les opinions publiques dans quatorze pays. Les États-Unis ont fini 13ème en terme d’exactitude (c’est à dire de corrélation entre les réponses données et la réalité), la Suède est arrivée première et l’Italie dernière – la France a fait 9ème. Pour des raisons de lisibilité, seules les données françaises seront revues ici.

Lorsque l’on a posé la question du pourcentage de la population pratiquant l’islam, la réponse était en moyenne de 31% alors que la réalité est en dessous de 10, pour les chrétiens c’était l’inverse : les gens donnaient en moyenne 49% (63% en réalité).

Les français semblent également persuadés que 29% d’entre eux sont au chômage (au lieu de 9%), ce qui est vraiment incroyable quand on pense au nombre de fois où on en entend parler dans les médias, d’autant qu’il s’agit d’une moyenne, ce qui signifie que certains ont donné des chiffres encore supérieurs !

Et pour les filles ayant un enfant entre 15 et 19 ans, elles seraient 12% de cette classe d’âge (elles atteignent en fait à peine plus de 0.5%).

Ce ne sont pas de petites différences, et on se rend également compte que quasiment chaque « groupe de revendications » (par exemple les taggeurs, hackeurs, pratiquants de telle ou telle religion, éleveurs de chiens, etc etc), le principal obstacle qu’ils rencontrent est l’image erronée que les gens ont d’eux.

La question intéressante est « pourquoi les gens sont-ils si mal informés ? » Et pour y répondre, on soulève généralement plusieurs facteurs.

Il y a un point commun dans la façon dont beaucoup de questions sont mal appréhendées et c’est peut-être un indice. En effet, l’opinion publique semble considérer les problèmes comme pires qu’ils ne sont : les menaces sont plus grandes, les minorités sont exagérées et les majorités sont en danger.

Même si cela peut partiellement refléter des facteurs psychologiques sous-jacents, il ne faut pas sous-estimer le rôle que jouent deux groupes : les politiciens et les médias.

Les politiciens vont souvent utiliser la technique du cherry picking (qui consiste à ne garder que les études allant dans leur sens quand la majorité le contredit) et savent aussi très bien distordre les statistiques. De plus, exagérer peurs et menaces est souvent un bon moyen de servir une politique donnée.

Les médias eux échouent dans leur mission dans deux domaines. Le premier est celui de l’information, avec le sensationnalisme (en mettant à la une des faits divers souvent peu pertinents pour illustrer une situation) qui crée un « effet de loupe » qui déforme la réalité. Quant au second, ils échouent « par omission » en se montrant généralement incapables de remettre des histoires dans un contexte précis et en fournissant des statistiques qui permettent d’éclairer ce contexte.

Le système éducatif est lui aussi souvent mentionné, car il comporte -au moins pour le moment – assez peu d’éléments permettant de former les élèves à une bonne compréhension des statistiques et une évaluation correcte des travaux scientifiques.

Il y a cependant aussi un certain nombre de facteurs psychologiques qui vont contribuer à cette construction de fausses croyances. Le premier (et non des moindres) et le biais de confirmation qui nous pousse à noter, accepter et retenir uniquement ce qui va dans le sens de nos préjugés.

Le simple fait que nous en ayons est d’ailleurs un facteur en soi : nous avons une tendance à nous « verrouiller » dessus et à ensuite se servir de faits pour les conforter au lieu de faire l’inverse (c’est à dire accepter les faits, reconnaître que nous avons eu tort et changer d’avis). Ce n’est donc pas vraiment une surprise que les faits ayant des implications politiques soient si distordus dans l’étude d’Ipsos Mori !

Conclusion :

Clairement, nous n’allons pas dans la bonne direction. Nous vivons dans une démocratie où le peuple (par définition) tient entre ses mains un pouvoir énorme mais n’est dans le même temps pas bien informé sur la réalité, même en ce qui concerne des faits statistiques basiques.

Il est difficile (voire impossible) de changer la psychologie humaine, mais la connaissance du fonctionnement de cette psychologie peut aider à la transcender grâce à la logique et à la pensée critique. En tant que société, il semble logique d’ambitionner de régler au moins quelques travers basiques.

Le système éducatif a besoin de mettre plus l’accent sur le regard critique, ce qui inclut des principes de base du scepticisme et des modes de fonctionnement de la science.

Les politiciens devraient être plus transparents et dignes de confiance et ne devraient pas être récompensés quand ils disent au public ce qu’il a envie d’entendre (et oui il s’agit d’un vœu pieux NDT…).

Les médias sont moralement tenus à des standards plus hauts que ceux qu’ils portent actuellement avec les lois du marché qui ont flouté la ligne séparant information et divertissement. Le succès des médias plus indépendants comme Mediapart ou Le Canard Enchaîné pourraient servir d’inspiration en ce sens.

Et chacun se doit de porter une attention constante à internet, notamment au travers des médias sociaux. Ce sont des outils incroyablement puissants de distribution d’information qui sont minés par la publicité et les tentatives de désinformations idéologiques.

Les informations de bonne qualité semblent être ensevelies sous une avalanche d’absurdités et de propagandes. Les universités, les experts et les institutions publiques ont le devoir de s’investir plus et mieux dans la diffusion d’informations vérifiables et vérifiées pour contrer cette tendance.

Et il y a certainement beaucoup d’autres choses encore – il faut des solutions créatives.

La désinformation du public est quelque-chose qui coûte à la société, essayer de régler cela vaut la peine qu’on prenne du temps.

Publié by Steven Novella

Traduit (et très largement adapté) de :

http://theness.com/neurologicablog/index.php/why-is-the-public-so-wrong/

http://theness.com/neurologicablog/index.php/why-is-the-public-so-wrong/


par Alain Préat - SPS n° 310, octobre 2014 Le premier puits de gaz naturel est creusé à la pelle, en 1821, à Fredonia (État de New-York, aux États-Unis), à 9 mètres de profondeur, dans des roches carbonifères naturellement fracturées et il est rentable (le gaz remplaçant l'huile de baleine valait 2 000 $/baril en termes actuels). De 1850 à 1900, d'autres puits sont forés en Europe (Angleterre surtout) et États-Unis (Louisiane, Michigan), et exploitent également l'huile de schiste ou shale oil. Ce premier (...) Du côté de la science
Après une première collaboration pour une pétition contre la vaccination HPV, le Professeur Joyeux et l'IPSN s'unissent à nouveau pour faire le buzz. La nouvelle pétition s'intitule « Pénurie de vaccins : on se moque de vous ! ». Et de la même façon qu'on...

Les données sont utiles, elles sont constituées soit de l’ensemble des cas pertinents, ou d’échantillons représentatifs des cas connus. Les conclusions tirées de données correctement acquises mènent à des avancées scientifiques. Les données sont par essence scientifiques, mais elles sont malheureusement arides et ont tendance à être ennuyeuses et elles nous touchent donc rarement.

Les anecdotes sont des histoires et les humains ont certainement commencé à raconter des histoires en même temps qu’ils ont commencé à parler. La capacité à raconter des histoires a probablement aidé à augmenter considérablement les chances de survie des premiers groupes qui l’ont acquise. Nos cerveaux semblent configuré pour gérer des groupes relativement petits, composés de 150 individus ou moins. Le langage et les récits ont joué un rôle important dans le maintien de la cohésion du groupe : une tribu où chaque membres pouvait partager sa propre expérience de localisation de ressources ou de dangers devait pouvoir survivre bien plus facilement. On suppose même que les histoires que sont les commérages aient pu donner naissance à des avantages compétitifs importants.

On aime un bon raconteur d’histoire car nos ancêtres nous ont transmis ce trait qui était pour eux un talent nécessaire. Pour nous, il est donc littéralement naturel d’être ému par une bonne histoire.

On peut tromper 1000 personnes 1000 fois (avec une jolie) histoire

Les problèmes de nos sociétés ne sont plus limitées à de petits groupes de 150 personnes ou moins et ceux auxquels la science médicale s’attaque sont souvent diffus. leurs effets ne peuvent être dévoilés qu’en examinant de très grands nombres de cas. Par exemple, les bénéfices du contrôle de la pression sanguine ou du taux de cholestérol ne deviennent apparent que lorsqu’on compare des groupes de centaines de personnes.

Cela signifie qu’un médecin peut avoir à suivre énormément de gens avant de prévenir une seule tragédie (cf « Nombre nécessaire de cas à traiter » sur la page Statistiques et risques). Lors d’une vaste méta-analyse portant sur les statines utilisées comme médicament pour le cholestérol, on a pu montrer qu’il fallait traiter 27 personnes à risques pour prévenir un seul accident cardiaque. Pour un docteur qui voit une centaine de patients par semaine, réaliser cela peut aider à prévenir de nombreux décès.

Mais cela ne sera évident qu’une fois que l’on aura compris les données. le problème avec la prévention est que quand elle est bien faite, rien de notable ne survient.

La même étude a montré que la même thérapie causait des effets secondaires graves chez un patient sur 197. « Traiter 1000 personnes avec des statines prévient 37 accidents cardiovasculaires et on observera des effets secondaires inhabituels chez 5″ et ces derniers sont en majorité bénins, comme des douleurs musculaires temporaires. Les réactions secondaires sévères – telles que des lésions musculaires – sont infiniment plus rares.

De fait, le nombre requis pour observer un cas sérieux lié aux enzymes musculaire était de 3400, pour la destruction complète d’un muscle, c’était 7428 patients.

Donc, il suffisait de faire suivre 27 personnes à risques pour prévenir un accident cardiaque sérieux mais il fallait donner les statines à plus de 7000 pour endommager les muscles d’un seul.

Maintenant, prenez un patient, appelons-le « Gérard Alarmiste » qui est placé sous statines, il a entendu à la télé que les statines pouvaient induire des dommages musculaires et il rechigne donc à prendre ses médicaments même si son taux de cholestérol est très élevé et qu’il a de forts chance d’avoir une attaque.

Après deux semaines de traitements, il a plus mal au dos qu’avant et remarque que sa jambe lui fait mal lorsqu’il force dessus. Si l’on s’en tient aux statistiques, il y a une chance sur 200 pour que l’augmentation ressentie de la douleur soit due au médicament, mais le journaliste de la téé était plutôt convaincant donc Gérard arrête son traitement. Lors des réunions de famille, il raconte à quel point cette molécule était difficile à supporter : « Plus jamais je ne prendrais de ces trucs ». Sa famille a un lien émotionnel fort avec lui et se crée donc un lien identique avec ce récit.

Étant membre d’une même famille, ils seront sans doute sujets aux même risques de santé, et un docteur leur prescrira vraisemblablement un jour le même médicament. Il est alors très improbable que les données arides de ce docteur puisse rivaliser avec les récits de Gérard (cf l’heuristique de la validité).

C’est quelque-chose que les médecins doivent comprendre, ils comprennent les nombres mais doivent aussi comprendre leurs patients.

Une médecine basée sur l’expérience

Il y a eu énormément de traitements proposés qui se sont en fait avérés inefficaces. Par exemple, la chirurgie arthroscopique de l’arthrose du genou a été pratiquée pendant des décennies, et il semblait plausible que ça marche.

Les docteurs qui réalisaient l’intervention avaient des retours positifs de la part de leurs patients, souvent bien suffisants pour renforcer leur croyance dans l’efficacité de la technique. Ils entendaient des anecdotes venues de patients qui semblaient avoir moins mal depuis leur opération.

Cependant, les données d’essais contrôlés randomisés comparant chirurgies factice (NDT : sham surgery : on fait croire au patient qu’il a été opéré) et réelle n’ont montré aucune différence entre les groupes. En d’autres mots : ça ne marche pas.

Est ce que ça veut dire que les chirurgiens spécialistes de cette opérations ont arrêté de la pratiquer ? Non. Même si les données sont établies, des efforts sont faits pour venir au secours de la théorie réfutée.

De même, des anti-dépresseurs sont souvent prescrits à des patients stressés qui semblent légèrement déprimés. Des essais contrôlés avec placebos ont pourtant réfuté l’idée que ces médicaments fassent le moindre bien pour ces patients, et cependant, on les prescrit à des niveaux alarmants. Pourquoi ?

On a vu dans L’effet Placebo que de nombreuses maladies ont des symptômes qui vont et viennent et d’autres encore se soignent spontanément. Les professionnels qui soignent ces maladies entendent les anecdotes que leurs patients leurs racontent lorsque leur état s’est amélioré. Le biais de confirmation joue à plein et la dissonance cognitive les empêche d’accepter les données réelles.

Pour ces praticiens, ces anecdotes deviennent des données.

Comme le Dr Mark Crislip aime à le dire, les mots plus dangereux en médecine sont « d’après mon expérience… ».

Le marketing de l’anecdote

On est submergé d’anecdotes de « consommateur satisfaits » à la télé, à la radio, dans les journaux et encore plus sur internet : n’importe quelle affirmation de n’importe quel produit peut être étayé par des anecdotes.

Prenons le cas hypothétique du « Produit Lambda ».

« Le produit Lambda a guéri mes douleurs articulaire » prétend un acheteur ravi. « Je ne me suis jamais senti aussi bien » déclare un autre.

Que le Produit lambda soit effectivement efficace ou pas est complètement hors de propos : si suffisamment de gens sont traités avec, quelques uns se sentiront mieux, par pur accident statistique. D’autres pourront simplement déclarer aller mieux du fait du bénéfice collatéral du fait de passer à la télé. Le truc est que si vous voulez vendre le Produit Lambda, tout ce que vous avez à faire est d’interviewer ceux pour qui « ça a marché » et de mettre leurs anecdotes dans les pubs.

Beaucoup de gens sont convaincus par les anecdotes des publicités et de telles « données » peuvent être pires qu’inutiles. Les gens qui achètent le Produit Lambda le feront peut être en lieu et place d’un traitement réellement efficace. En rendant publics de tels témoignages, les types du marketing exploitent illusion de validité et pouvoir de l’anecdote.

Parfois, l’anecdote vient sous la forme d’une figure d’autorité, c’est ce que l’on appelle aussi l’argument (fallacieux) d’appel à l’autorité. Cette dernière peut être une célébrité payée pour promouvoir le Produit Lambda. Pourquoi cette déclaration est d’une quelconque valeur reste un mystère.

Parfois encore, l’autorité est un médecin en blouse blanche avec un stéthoscope, ce dernier peut d’ailleurs être parfaitement sincère lorsqu’il se base « sur son expérience ».

Conclusion

Les gens sont humains et les docteurs sont des gens. Nous nous faisons tous plus ou moins convaincre par des anecdotes car nous sommes des animaux sociaux. Les histoires de nos « compagnons de tribus » nous touchent et nos émotions vont souvent court-circuiter notre raison.

Les médecins qui prennent ceci en compte peuvent éviter certains des pièges qui apparaissent lorsqu’ils transmettent des données scientifiques à leurs patients. Beaucoup n’entendront pas les données mais ils seront nombreux à prendre en compte des faits quand ils sont bien racontés.

John Byrne

Traduit de : https://sites.google.com/site/skepticalmedicine//the-plural-of-anecdote-is-not-data

« Grooming, Gossip, and the Evolution of … – Harvard University Press. » 2010.
<http://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674363366>

« Robin Dunbar: We can only ever have 150 friends at … – The Guardian. » 2010.
<http://www.guardian.co.uk/technology/2010/mar/14/my-bright-idea-robin-dunbar>

« Statins for Heart Disease Prevention (With Known Heart … – The NNT. » 2011.
<http://www.thennt.com/statins-for-heart-disease-prevention-with-known-heart-disease/>

Silva, Matthew A et al. « Statin-related adverse events: a meta-analysis. » Clinical therapeutics 28.1 (2006): 26.

<http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16490577>


Des ouvrages conspirationnistes dans la bibliothèque de Ben Laden
Mercredi 20 mai, les services de renseignement américains ont rendu publique une partie des documents découverts lors du raid du 2 mai 2011 dans la maison d’Oussama Ben Laden, à Abbottabad (Pakistan). La liste de ces documents, conservés sous forme de fichiers PDF, est consultable sur une page intitulée « La bibliothèque de Ben Laden ».

Il apparaît ainsi que Ben Laden détenait plusieurs ouvrages complotistes parmi lesquels des bests-sellers comme Les Secrets de la Réserve fédérale, du nazi américain Eustace Mullins, l’un des livres préférés du blogueur conspirationniste Etienne Chouard. La bibliothèque du chef d’Al-Qaïda recèle également un ouvrage de Fritz Springmeier sur les Illuminati, un livre de Michel Chossudovsky (du site complotiste Mondialisation.ca) et un autre d'Anthony Sutton, l'un des plus importants théoriciens du complot « mondialiste ».

On y trouve aussi un livre de Sayyid Qutb (le théoricien des Frères musulmans), deux d’Abdullah Azzam, membre des Frères musulmans et mentor de Ben Laden, et deux autres signés Noam Chomsky.

Plus surprenant, Ben Laden possédait des exemplaires numériques de livres expliquant que l’Administration Bush est directement impliquée dans les attentats du 11-Septembre 2001 : Le Nouveau Pearl Harbor, de David Ray Griffin, qui est considéré comme la bible des « Truthers », et Crossing the Rubicon, de Michael Ruppert.


Voir aussi :
* Quand Amin Dada conseillait la lecture des Protocoles des Sages de Sion
* Saddam Hussein, les Protocoles des Sages de Sion… et les Pokémon !

Conspiracy Watch - Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

La cure de jus honnête du Pharmachien

Ça te tente tu de JUICER ? Ça tombe bien : je pars ma propre cure de jus !!!

Ces cures sont ultra-populaires et giga-dispendieuses, alors je me suis dit qu’il y a du gros argent à faire avec ça.

Par contre, j’ai voulu créer quelque chose qui n’existe pas : une cure de jus honnête quant aux affirmations qu’elle fait à propos de la santé. Les cures de jus populaires parlent toutes de leur pouvoir détoxifiant, alcalinisant, anti-cancer… mais les gens qui les vendent ne comprennent visiblement rien à (ou exagèrent volontairement) ce que dit vraiment la science.

J’ai donc pris les descriptions de différentes cures de jus trouvées sur le web (barrées en rouge), puis je les ai modifiées à ma façon pour les rendre plus réalistes sur ce que disent vraiment les études scientifiques.

En bonus, dans ma cure, il n’est pas question de boire juste du jus pendant plusieurs jours : tu peux simplement en boire un de temps en temps, quand ça te tente, à travers une alimentation normale. Pas mal plus pratique, non ?

Prépares-toi pour un party de curcuma, de gingembre, de chlorophylle et de charbon activé !

cure de jus 00cacao gingembre cayenne coriandrebetterave curcuma chlorophyllecarotte pomme citron ananas bromélinethé matcha charbon activéAvant et pendant la cure de jusActivité physique et après la cure de jus

  

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Récemment, Chipotle (une grande enseigne de restauration américaine) est devenu le premier des leaders de ce secteur à arrêter de servir des aliments préparés à partir d’ingrédient génétiquement modifiés.

Cette chaîne de restaurants rapides mexicains affiche en effet en grand sur son site web « G-M-OVER-IT », un slogan qui surplombe un article détaillant les raisons de cette décision. cette dernière n’est pas surprenante si on se rappelle que cette compagnie travaille depuis des années sur des moyens d’éliminer les OGM de son offre de sandwichs. En 2013, Chipotle avait commencé à indiquer lesquels de ses produits contenaient des OGM, une première dans le monde du fast-food.

Mais cette caractéristique de Chipotle est surtout remarquable car elle s’appuie sur la méconnaissance que nous avons de la nourriture, et des sciences de la nutrition en général. Nous supposons qu’il y a souvent, sinon toujours, un consensus fiable et lisible indiquant quels ingrédients ou plats doivent être mangés ou pas. Mais lorsque l’on en vient à regarder de près les affirmations que l’on entend le plus souvent, ce qui apparaît est nettement moins tranché.

Voici sept exemples, parmi les plus évidents :

1 – Consommer des OGM est risqué, il vaut mieux les éviter :

Ceci n’est pas vrai, dans le sens où personne ne peut affirmer qu’il est risqué d’en manger. En fait, l’immense majorité des scientifiques (environ 90%) dit le contraire. L’union Européenne a commandité une étude qui est arrivé aux mêmes conclusions, tout comme l’Association Médicale Américaine. Le vrai problème, semble-t-il, est que peu de gens comprennent ce que sont vraiment les OGM.

Tout les maïs, pas seulement ceux qui sont « génétiquement modifiés » selon la définition restrictive que l’on a maintenant, sont techniquement des OGM aussi.

Toujours sceptique ? Pensez que Bill Nye (présentateur d’émissions de vulgarisation, connu pour son intégrité et son sens de la pédagogie – NDT), pendant longtemps un farouche opposant aux OGM a récemment changé son fusil d’épaule !

NDT : concernant les OGM, on gagnera efficacement à consulter le formidable billet OGM = Danger, les preuves scientifiques ou à naviguer dans le nuage de tags du présent site….

2 – L’aspartame donne le cancer ou est au moins mauvais pour la santé :

Rien ne permet de dire ça, en fait de nombreuses études montrent que le contraire pourrait très bien être vrai (et le consensus dans ce sens va grandissant). Cela ne veut pas dire qu’il faut en manger à la petite cuillère, mais cela ne veut pas dire non plus qu’il faut en avoir peur lorsqu’il est consommé en petite quantité.

NDT : L’aspartame est un produit sans danger pour tous, à tous les âges de la vie. Une expertise collective de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) vient de le confirmer de nouveau, reprenant ainsi l’avis qu’elle avait rendu en 2011.

L’avis conclut que l’aspartame et ses produits de dégradation sont sûrs pour la population générale, y compris les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes. Les risques supposés de cancer, d’altération du système nerveux central, de troubles des fonctions cognitives, que ce soit chez l’adulte et chez l’enfant, sont complètement écartés.

Source : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/02/14/21995-laspartame-est-sans-danger

3 – On mange trop de sel :

C’est une affirmation qui est de plus en plus battue en brèche. On sait, assez précisément, que de manger trop de sel est mauvais pour la santé, notamment pour les gens ayant une tension élevée. Mais les scientifiques ne peuvent en fait pas dire ce que « trop de sel » veut dire, il n’y a pas de consensus sur cette question.

Comme Peter Whoriskey l’expliquait récemment, la communauté scientifique est si divisée que beaucoup pensent que « une personne lambda en bonne santé peut consommer jusqu’à 6 grammes de sel par jour« . En comparaison, les recommandations actuelles en terme de nutrition disent que la dose maximale quotidienne tolérable est de 2.3gr / jour, et les américains en consomment environ 3.5gr / jour.

NDT : ce passage est intéressant car il semble que les américains mangent moins salé que nous p’tits frenchies (assez contre-intuitif, mais on ne peut pas pêcher en tout…) Voici que que dit l’Agence de Santé en 2012 :

La réduction de l’apport en sel constitue un objectif phare des Programmes Nationaux Nutrition Santé successifs. Le PNNS 3 (2011-2015) fixe ainsi un objectif de diminution de la consommation de sel dans la population pour atteindre en 2015 une consommation moyenne de :

  • 8 g/jour chez les hommes adultes ;
  • 6,5 g/jour chez les femmes adultes et les enfants.

Cet objectif constitue une étape intermédiaire de l’atteinte de l’objectif fixé par l’Organisation mondiale de la santé qui recommande une consommation maximale de sel de 5 g/j.

Les données les plus récentes montrent que la consommation moyenne de sel contenu dans les aliments en France est de 8,7 g/j chez les hommes, de 6,7 g/j chez les femmes. Chez les enfants de 3 à 17 ans, la consommation moyenne de sel est de 5,9 g/j chez les garçons et de 5,0 g/j chez les filles, avec des variations en fonction de l’âge

Source : https://www.anses.fr/fr/content/le-sel

Donc à retenir ici : il semble qu’en effet les français mangent trop salé.

4 – Le cholestérol est mauvais pour la santé :

Considérer le cholestérol comme un fléau a longtemps été le credo du département américain de la santé. Mais cela est maintenant soutenu par si peu de données que le groupement d’expert qui rédige les directives de santé a récemment retiré ses avertissements après 40 ans passé à alerter les américains sur le danger de manger trop de jaunes d’œuf.

NDT : […] Le taux de « bon » et de « mauvais » cholestérol est un indicateur important du risque cardiovasculaire. Dans l’idéal, il est conseillé d’avoir un rapport LDL/HDL inférieur à 4,5 pour des personnes ne présentant pas de risques particuliers, avec un taux de LDL ne dépassant pas 1,5 g/l et un taux de HDL au moins égal à 0,5 g/l..

Lorsque ce rapport est dépassé, le meilleur moyen de le faire descendre est de modifier ses habitudes alimentaires. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le plus important n’est pas de diminuer la quantité de cholestérol absorbé (la majorité est synthétisée par l’organisme), mais plutôt la quantité d’acides gras saturés absorbés […]

Source : http://www.snv.jussieu.fr/vie/dossiers/cholesterol/cholesterol.html

5 – Le glutamate est « un lent poison » :

C’est tout simplement faux. Ce qui est vrai par contre c’est que de nombreuses agences dans le monde – de la FDA aux Nations-Unis, ainsi que les gouvernements australiens, britanniques et japonais – ont payé des études sur le glutamate et ont ainsi pu conclure qu’il ne pose aucun problème pour les humains.

Un membre de l’Institution Smithsonian conclue dans une longue diatribe sur l’additif controversé « est ce que le glutamate mérite sa mauvaise réputation ? Pour la petite part de la population qui y montre une petite sensibilité, probablement. Mais pour le reste de l’Amérique, il est peut-être temps de réexaminer précisément ce qui nous fait peur quand on pense au glutamate« .

NDT : Le glutamate monosodique a longtemps été décrit comme responsable du « syndrome du restaurant chinois » : nausées, bouffées de chaleur ou tachycardie seraient les premiers symptômes d’une intolérance à cet additif.

La controverse a pris de l’ampleur au fil des années, et la liste des effets négatifs liés à sa consommation s’est allongée. Pourtant, les études scientifiques n’ont jamais mis en évidence des cas d’intolérance au glutamate monosodique. Le syndrome du restaurant chinois serait dû à une réaction allergique à l’un des aliments à problèmes

Source : http://www.observatoire-des-aliments.fr/sante/le-glutamate-un-booster-de-gouts-controverse

6 – Nous devrions arrêter de manger du gluten :

C’est une chose à laquelle beaucoup de gens croient, environ un tiers des américains déclarent qu’ils font des efforts pour éviter d’en avoir dans leurs menus. Il y a des gens – ceux qui souffrent de la maladie coelique – qui doivent éviter le gluten et il peut y en avoir d’autres (même si ce n’est qu’un petit pourcentage de la population) qui y sont allergiques et pour qui ce serait certainement bénéfique.

Mais nous ne savons pas du tout si cela aurait une quelconque influence positive sur la majorité d’entre nous.

Comme le dit Alan Levinovitz (auteur de « The Gluten lie » qui s’intéresse aux origines, prétentions et dangers de la cure sans gluten) « une des choses les plus importantes avec la science c’est de ne pas surévaluer le niveau de ce que nous savons et quand vous parlez aux gens qui font vraiment des recherches sur le gluten, tout ce qu’ils vous disent c’est qu’il y a très peu de choses dont on est certain actuellement« .

NDT  Un petit dessin valant de longs discours (et lisez aussi les commentaires) :

http://lepharmachien.com/gluten/

7 – Le sirop de maïs est pire que le sucre :

On n’en sait rien, en tout cas pas d’une manière qui soit claire et permette d’avoir confiance dans cette affirmation en tout cas. C »est en fait remarquablement similaire au sucre chimiquement parlant, et il faudrait de toutes façon en consommer le moins possible.

NDT : la controverse n’existant pas en France, il est difficile de trouver des liens accessibles francophones. Peut-être chez les québécois ?

Traduit de http://www.washingtonpost.com/blogs/wonkblog/wp/2015/04/28/7-of-the-biggest-facts-about-unhealthy-food-that-actually-arent-facts/?tid=sm_tw


 

 

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