L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

Homéopathie, acupuncture, reiki, urinothérapie, etc. Des preuves???
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David Labrecque
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L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#1

Message par David Labrecque » 12 juin 2016, 18:19

Voici un article sur un livre à paraître bientôt (et que je me procurerai), où un spécialiste de l'autisme dénonce l'intervention comportementale intensive précoce (ICIP), une méthode béhavioriste jugée scientifiquement non valable au Royaume-Uni, mais encore appliquée et encouragée aux États-Unis, au Québec et en France.

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2650

Entrevue radiophonique avec l'auteur diffusée ce dimanche à 13h25 :

http://ici.radio-canada.ca/emissions/le ... 2015-2016/

Qu'en pensez-vous ?
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#2

Message par David Labrecque » 08 août 2016, 20:55

En attendant de vous offrir mon résumé de lecture du livre de Laurent Mottron (je prends des notes, mais suis quelque peu occupé ces temps-ci avec mon déménagement dans la charmante ville de Québec, la fin de l'écriture de mon roman et bientôt la recherche d'emploi), voici un article paru dans le dernier numéro de La Recherche en kiosque actuellement :

http://www.larecherche.fr/lintervention ... nt-mottron

N'étant moi-même pas abonné à ce magazine, j'irai le consulter à la bibliothèque.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#3

Message par David Labrecque » 30 août 2016, 09:11

L'article complet dont je parlais précédemment :

http://pressreader.com/@David_Labrecque ... yPaZqKqAs1

J'amènerai beaucoup plus de contenu et de matière à débattre la prochaine fois que je publierai quelque chose ici, promis ! ;)
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#4

Message par Kraepelin » 30 août 2016, 11:19

Salut David

Je suis surpris que tu te laisses séduire par ce fatras. J'espère que tu n'es pas le père d'un enfant autiste. Ce sont généralement les parents qui se laissent embobiner dans ces pièges intellectuels.

Le déni de la maladie est un symptôme chronique connu qui guette les parents en détresse et les rêveurs qui se baladent trop longtemps en psychiatrie. Régulièrement, on voit revenir cette idée aussi séduisante que fausse qui voudrait que la maladie soit simplement une «autre forme de conscience» et de raison plutôt qu'un dérèglement pathologique de la conscience et de la raison.
À ce chapitre, la schizophrénie a donnée plus souvent qu'à son tour. Les rêveurs ignorants l'ont décrite comme une forme de "surconscience", d'éveil à une dimension de la réalité qui échappe aux autres (les personnes non schizophrènes) et patati et patata zinzin new âge …

Ici c'est simplement de l'autisme qui prend la place de la schizophrénie et un professeur d'université qui prend la place du gourou, mais la dérive est la même.

Pose-toi les questions suivantes:
- Si l'autisme n'est pas une maladie pourquoi l'importance de la comorbidité? Pourquoi l'autisme augmente-t-elle épouvantablement le risque de présenter d'autres maladies concomitantes, comme la déficience intellectuelle (70% - 80% des autistes) et les troubles psychiatriques de l'Axe I et même des risque de maladies génétiques?
- Si nous sommes «neurocentriste» et si l'autisme est en fait un état de conscience égale à celle des non autistes pourquoi les autistes profond sont si épouvantablement dépendant des non autistes pour leurs survit?
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#5

Message par David Labrecque » 30 août 2016, 15:02

Kraepelin a écrit :Pose-toi les questions suivantes:
- Si l'autisme n'est pas une maladie pourquoi l'importance de la comorbidité? Pourquoi l'autisme augmente-t-elle épouvantablement le risque de présenter d'autres maladies concomitantes, comme la déficience intellectuelle (70% - 80% des autistes) et les troubles psychiatriques de l'Axe I et même des risque de maladies génétiques?
- Si nous sommes «neurocentriste» et si l'autisme est en fait un état de conscience égale à celle des non autistes pourquoi les autistes profond sont si épouvantablement dépendant des non autistes pour leurs survit?
Oui, je suis père d'un enfant autiste (sans déficience intellectuelle, mais pas Asperger non plus) et j'ai vu les ravages de l'ICIP. Il ne s'agit pas de nier que l'autisme pose problème et de ne rien faire, mais de fonder l'intervention sur les forces et les intérêts de l'enfant pour favoriser son développement atypique, empruntant d'autres chemins que ceux des enfants «neurotypiques» (par exemple, un autiste peut très bien apprendre à lire avant de parler, on ne peut pas l'évaluer avec les critères habituels), au lieu de penser qu'on peut «traiter» ou «guérir» l'autisme en le définissant d'abord comme un déficit social (c'est un critère diagnostique, certes, mais pas la cause dont découlerait le TED — terme d'ailleurs exclu dans le DSM-V) de telle façon que ceux qui sont dans cette condition deviendront un jour «normaux», et ce, en employant des techniques de dressage fondées sur des postulats erronés et qui enfreignent non seulement l'éthique, mais aussi la démarche scientifique, en plus de coûter une fortune. Un bref résumé ne rend pas justice au livre; j'y reviendrai avec beaucoup plus de détails et des citations quand j'aurai fini de le lire. Nous pourrons alors mieux en discuter.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#6

Message par Kraepelin » 30 août 2016, 15:34

David Labrecque a écrit : Un bref résumé ne rend pas justice au livre; j'y reviendrai avec beaucoup plus de détails et des citations quand j'aurai fini de le lire. Nous pourrons alors mieux en discuter.
OK!
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#7

Message par spin-up » 30 août 2016, 17:04

Kraepelin a écrit : Le déni de la maladie est un symptôme chronique connu qui guette les parents en détresse et les rêveurs qui se baladent trop longtemps en psychiatrie. Régulièrement, on voit revenir cette idée aussi séduisante que fausse qui voudrait que la maladie soit simplement une «autre forme de conscience» et de raison plutôt qu'un dérèglement pathologique de la conscience et de la raison.
À ce chapitre, la schizophrénie a donnée plus souvent qu'à son tour. Les rêveurs ignorants l'ont décrite comme une forme de "surconscience", d'éveil à une dimension de la réalité qui échappe aux autres (les personnes non schizophrènes) et patati et patata zinzin new âge …

Ici c'est simplement de l'autisme qui prend la place de la schizophrénie et un professeur d'université qui prend la place du gourou, mais la dérive est la même.
Je trouve que tu fais une interpretation extreme, et exagérée de ce bref resumé.
L'enjeu, tu l'auras compris est dans la strategie de prise en charge plus que dans l'appellation maladie ou pas maladie. L'autisme n'est evidemment pas "une conscience alternative", ni un "eveil a une autre dimension", c'est une condition gobalement handicapante parfois "legerement" (leger est tres relatif) avec des points forts qui compensent, parfois lourdement.

Ce qui est contesté par Laurent Mottron c'est le paradigme maladie=traitement avec comme objectif une évolution de la condition et une elimination ou attenuation des symptomes. Rien ne laisse penser actuellement que ca soit un objectif atteignable. Au contraire l'autisme semble bien etre un mode de fontionnement du cerveau structurellement different, et non pas un "derèglement pathologique" d'un cerveau normalement fontionnel. Les approches allant dans ce sens* releveraient donc plus de la maltraitance (on constate d'ailleurs leur echec, non?). Forcer la sociabilisation d'un autiste, par exemple, est contestable: ca provoque de la fatigue et de la détresse, pour lesquelles il n'y a pas d'habituation, au mieux l'autiste developpera ses strategies d'evitement.

*Une adaptation comportementale est utile si elle ameliore le quotidien (avec un rapport benefice/cout positif), mais ca ne fait pas evoluer la condition
Kraepelin a écrit : Pose-toi les questions suivantes:
- Si l'autisme n'est pas une maladie pourquoi l'importance de la comorbidité? Pourquoi l'autisme augmente-t-elle épouvantablement le risque de présenter d'autres maladies concomitantes, comme la déficience intellectuelle (70% - 80% des autistes) et les troubles psychiatriques de l'Axe I et même des risque de maladies génétiques?
- Si nous sommes «neurocentriste» et si l'autisme est en fait un état de conscience égale à celle des non autistes pourquoi les autistes profond sont si épouvantablement dépendant des non autistes pour leurs survit?
Prends le cas d'une personne atteinte de nanisme (achondroplasie), incontestablement une maladie avec une comorbidité non negligeable.
Lui faut elle un logement, un véhicule et un mobilier adapté ou lui faut elle un traitement?

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#8

Message par Kraepelin » 31 août 2016, 09:06

spin-up a écrit : Je trouve que tu fais une interpretation extreme, et exagérée de ce bref resumé.
J'ai trouvé un autre article plus "étoffé" sur la perspective de Mottron et, en effet, il y apparait bien moins délirant. Reste que les formules comme «une autre forme d'intelligence» reviennent. Elles alimentent l'espoir des parents et auront donc bonne presse, mais elles demeurent un dérapage. Que certains autistes sur-développent des fonctions intellectuelles ou des aptitudes pour colmater les brèches ça semblent très plausible. C'est également le cas de aveugles qui sur-développent leur ouïe et leur sens du touché pour parvenir à s'orienter. Mais, la cécité reste un lourd handicape et ne pas le constater relèverait du déni.
spin-up a écrit : Ce qui est contesté par Laurent Mottron c'est le paradigme maladie=traitement avec comme objectif une évolution de la condition et une elimination ou attenuation des symptomes. Rien ne laisse penser actuellement que ca soit un objectif atteignable.

Euuu! Quand même!
On n'a pas fait et on ne fera pas d'étincelles avec la psychothérapie, mais je crois que certaines avenues en recherche médicale se sont ouvertes récemment.
spin-up a écrit : Au contraire l'autisme semble bien etre un mode de fontionnement du cerveau structurellement different, et non pas un "derèglement pathologique" d'un cerveau normalement fontionnel.
:a7: mauricemaltais sort de ce corps!
Voilà bien une affirmation à la sauce Mottron.
Cou donc, es-tu toi aussi le père d'un enfant autiste?
spin-up a écrit : Les approches allant dans ce sens* releveraient donc plus de la maltraitance (on constate d'ailleurs leur echec, non?).
Tout ce qui ne respecte pas la réalité de l'enfant (ou l'adulte) autiste peut vite dégénérer, mais je ne dirais pas que toutes les approches ont aboutie à des échecs. Je ne suis plus dans la course depuis 25 ans, mais avec TEACCH, on à quand même permis à des autistes profond de faire des bons de géants et de quitter le milieu institutionnel.
spin-up a écrit : Forcer la sociabilisation d'un autiste, par exemple, est contestable: ca provoque de la fatigue et de la détresse, pour lesquelles il n'y a pas d'habituation, au mieux l'autiste developpera ses strategies d'evitement.
Oui
spin-up a écrit : Prends le cas d'une personne atteinte de nanisme (achondroplasie), incontestablement une maladie avec une comorbidité non negligeable. Lui faut elle un logement, un véhicule et un mobilier adapté ou lui faut elle un traitement?
Je comprend ta position.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#9

Message par David Labrecque » 31 août 2016, 09:58

Je comprends que l'expression «autre intelligence» puisse faire sursauter un esprit sceptique et rappeler certaines dérives psychédéliques ou nouvel-âgeuses... Mais dans le contexte présent, on l'emploie pour insister sur le fait que, chez les autistes sans déficience intellectuelle, il y a bel et bien, derrière le handicap, une intelligence intacte, mais fonctionnant différemment.
Kraepelin a écrit :Que certains autistes sur-développent des fonctions intellectuelles ou des aptitudes pour colmater les brèches ça semblent très plausible. C'est également le cas de aveugles qui sur-développent leur ouïe et leur sens du touché pour parvenir à s'orienter. Mais, la cécité reste un lourd handicape et ne pas le constater relèverait du déni.
Les propos de Mottron vont exactement dans ce sens et il utilise la même comparaison pour parler de la plasticité cérébrale (que les tenants de l'ICIP ont très mal comprise, selon lui, puisque, pour utiliser le même exemple, on ne peut pas entraîner un aveugle à voir, comme on ne peut pas entraîner un autiste à devenir non-autiste).
Kraepelin a écrit :Tout ce qui ne respecte pas la réalité de l'enfant (ou l'adulte) autiste peut vite dégénérer, mais je ne dirais pas que toutes les approches ont aboutie à des échecs. Je ne suis plus dans la course depuis 25 ans, mais avec TEACCH, on à quand même permis à des autistes profond de faire des bons de géants et de quitter le milieu institutionnel.
Personnellement, je n'ai pas de problème avec l'approche TEACCH telle qu'elle a été appliquée avec mon garçon à l'école jusqu'à maintenant, et qui semble être la plus commune dans les classes adaptées TSA du Québec, pour ce que j'en ai vu. Ce qui est spécifiquement critiqué dans l'ouvrage que je souhaite résumer (je suis rendu à la moitié), c'est l'ICIP.
Dernière modification par David Labrecque le 31 août 2016, 13:10, modifié 1 fois.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#10

Message par spin-up » 31 août 2016, 10:20

Kraepelin a écrit :
spin-up a écrit : Au contraire l'autisme semble bien etre un mode de fontionnement du cerveau structurellement different, et non pas un "derèglement pathologique" d'un cerveau normalement fontionnel.
:a7:
Voilà bien une affirmation à la sauce Mottron.
Cou donc, es-tu toi aussi le père d'un enfant autiste?
Ceux la aussi tu les vois partout? :a2: :mrgreen:
Non plus serieusement, tu dois mal interpreter ce que ca signifie. J'ai écrit que c'etait un mode de fonctionnement structurellement different, ce qui ne veut pas dire fonctionnellement equivalent a un cerveau non autiste.
J'ai aussi bien precisé que c'etait une condition handicapante, a differents degrés, parfois extrême, et meme pour les Asperger surement bien plus handicapante que l'idée que les gens s'en font en general.

Je parle d'un point de vue cognitif ou neurophysiologique, c'est l'image qui se dessine des travaux recents sur l'autisme. Ce n'apparait pas comme un "derèglement" qu'on pourrait annuler mais plutot comme une structure dysfonctionnelle avec laquelle il faut composer.

Mais c'est vrai que si une modification structurelle est envisageable, c'est dans la petite enfance la ou la connectivité cerebrale est encore en formation, d'ou l'interet potentiel des interventions précoces, avec des resultats positifs rapportés mais contestés.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2720512/
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4475272/

D'ailleurs Laurent Mottron ne combat pas l'intervention précoce elle meme, mais l'approche trop agressive et trop normative de la plupart des méthodes. Je n'ai pas lu son livre, on peut en voir quelques extrait ici: http://www.youblisher.com/p/1390954-Feu ... -autistes/

Je n'ai pas d'avis definitif. Ca semble interessant, et il est incontestablement competent dans le domaine, meme si ca manque cruellement de reférences.
Kraepelin a écrit : Tout ce qui ne respecte pas la réalité de l'enfant (ou l'adulte) autiste peut vite dégénérer, mais je ne dirais pas que toutes les approches ont aboutie à des échecs. Je ne suis plus dans la course depuis 25 ans, mais avec TEACCH, on à quand même permis à des autistes profond de faire des bons de géants et de quitter le milieu institutionnel.
Je vois, peut etre a tort (je ne connais pas si bien que ca), les approches commes TEACCH plus comme des adaptations ergonomiques (une sorte de prothese comportementales). Utiles donc, meme vitales, mais ne pense que ca rende physiologiquement/cognitivement "moins autiste".

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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#11

Message par David Labrecque » 27 oct. 2016, 07:08

NOTES DE LECTURE SUR L’INTERVENTION PRÉCOCE POUR ENFANTS AUTISTES DE LAURENT MOTTRON (2016)
par David Labrecque


En France, le rejet légitime de la psychanalyse en matière d’autisme a provoqué un engouement presque unanime pour l’approche béhavioriste. Or les postulats, cibles et techniques de cette dernière sont à revoir de fond en comble. Ce livre critique l’ICIP et propose des principes alternatifs qui devront être validés par des études en double aveugle.

AUTISME :

Maladie (qui se soigne, se traite, se guérit, etc.)
= Façon d’être à part entière (variant humain)

Déficience intellectuelle (même s’il peut y avoir comorbidité, donc autisme avec déficience intellectuelle)
= Intelligence atypique au-delà du handicap

Déficit social
= Socialisation différente au-delà des signes de socialisation déficitaire d’un point de vue normatif ; les autistes ne sont ni psychopathes, ni socialement anxieux, quoiqu’ils puissent développer cette anxiété à force d’expériences malheureuses ; ils réagissent selon la manière dont ils sont intégrés dans leur famille, à l’école, etc.

L’autiste qui semble ne rien faire est en réalité très actif : il accumule de l’information.

« En somme, l’ambition de faire disparaître les comportements problématiques ne se justifie pas, à la fois parce que leur présence marque une étape développementale normale pour un autiste et parce qu’il ne s’agit que d’une étape pour les autistes prototypiques. » (p. 51)

« Une littérature consistante montre que les comportements problématiques sont associés à la déficience intellectuelle. » (p. 54)

Flottement dans le recueil des données = diagnostic de déficience intellectuelle

« […] [C]hez les autistes adultes, ce que l’on appelle les ‘‘pics d’habileté’’ correspondent à leur niveau d’intelligence non verbale. […] [O]n peut s’appuyer sur le résultat du meilleur des sous-tests pour inférer le niveau d’intelligence général. » (p. 56)

Chez les autistes, perception (+ performante, jouant un + grand rôle, + autonome) > mémoire, langage, émotions (p. 57)

Perception plus performante :

« […] surcapacité dans la détection et la reconnaissance des formes qui peut impliquer une meilleure discrimination des détails, mais d’une manière telle que ceux-ci restent toujours intégrés dans une forme globale reconnaissable. » (p. 58)

« […] développement, tout au long de la vie, d’une perception orientée vers certains types de formes associées à un intérêt particulier finit par aboutir à une expertise. » (p. 58-59)

Perception jouant un plus grand rôle :

Perception des formes rapide et précise, sans recours à l’intermédiaire du langage (l’autiste n’utilisera pas de mots pour produire la réponse à sa question) ; perception plus précise du timbre ou de la courbe intonative, ou de la hauteur sonore de la voix, nuisant par concurrence au traitement sémantique. (p. 59)

Perception plus autonome :

Non biaisée par un processus de raisonnement, donc « plus véridique, moins déformée par les attentes, les émotions, le langage ou les connaissances. » (p. 60)

« [L]e choix des buts de l’intervention auprès des enfants, et des moyens qu’on se donne et dont on se prive pour parvenir à ces buts, devrait impliquer au moins cinq voix » : celle des familles, celles des juristes, celle des scientifiques, celle des professionnels et celle des autistes adultes. Or « [s]ur cinq voix, deux paraissent se faire entendre de façon disproportionnée : celle des professionnels, et dans une moindre mesure, celle des familles ou surtout de leurs représentants associatifs. Les familles ayant, du moins le pensent-elles, à prendre des décisions rapides, s’en remettent généralement aux professionnels, sans questionner leurs postulats et leurs objectifs, et à peine leurs techniques. » (p. 69)

En confondant les signes diagnostiques de l’autisme (parmi lesquels les signes sociaux prédominent dans le DSM-IV, alors qu’ils sont équivalents aux signes non sociaux dans le DSM-V) et les cibles d’intervention, l’ICIP s’appuie sur un modèle obsolète de l’autisme perçu d’abord comme déficit social plutôt que variant développemental.

Entraîner des indices de socialisation « neurotypique » chez un enfant autiste en croyant que l’adoption de comportements « normaux » l’aidera à se développer, c’est comme crier après un enfant sourd au lieu de lui apprendre la langue des signes.

Vouloir rendre l’enfant autiste pareil aux autres en espérant que ceux-ci l’intègrent est d’autant plus absurde que, de toute façon, il sera marginalisé à cause de sa différence.

Au lieu de définir la socialisation comme l’imitation du groupe, il faudrait plutôt la définir comme le fait d’avoir une place dans le groupe.
« Si l’on accepte que les autistes aient une motivation pour le monde social, mais que celle-ci diffère en fonction et en quantité, les indices sociaux des non-autistes pourront être appris, tant bien que mal, mais ils n’embrayeront pas sur des émotions sociales propres à leur groupe humain. L’apprentissage de la coexistence entre deux groupes humains n’ayant pas les mêmes indices de socialisation et pour qui cette dernière fonctionne selon des principes distincts ne passe pas par une assimilation d’un groupe à l’autre, mais par une reconnaissance et une acceptation de leur distinction. » (p.92)

« La plupart des manuels d’ICIP amalgament comportements répétitifs et comportements problématiques et leur donnent la même réponse : tout ce qui est répétitif est problématique. » (p. 94)

« Dans une revue récente non systématique de plus de 350 articles sur l’utilisation des punitions dans l’autisme, qui englobe les conditionnements aversifs (Lydon et al., 2014), les comportements répétitifs (stéréotypies motrices, alignements d’objets et manipulations ‘‘inappropriées’’ d’objets) figurent encore en première place des comportements faisant l’objet de punitions. » (p. 95)

Pourtant, à part le fait qu’ils puissent paraître bizarres, rien ne prouve que les comportements répétitifs nuisent à l’apprentissage (sauf lorsqu’on tente d’installer une intervention béhavioriste, justement), au contraire. Mottron formule « l’hypothèse que ceux-ci constituent des équivalents de comportements d’exploration et d’apprentissage. » (p. 97) « Supprimer les comportements répétitifs revient à supprimer l’accès à une information et à supprimer l’occasion d’émotion positive qui y est attachée. […] De plus, supprimer ce type de comportements va à l’encontre de la socialisation de l’enfant, en lui donnant de l’adulte la représentation de quelqu’un qui l’empêche de faire ce qui l’intéresse ; on perd ainsi une occasion de rendre les humains intéressants pour l’enfant. […] Ceci apprend à l’enfant que les autres humains ont des fins qui sont contraires ou non pertinentes par rapport aux siennes. » (p. 97)

L’analyse fonctionnelle des comportements problématiques en vue d’une intervention sur ceux-ci « doit intégrer l’intelligence autistique et dépasser la simplification contextuelle propre à l’animal en cage. La compréhension d’un comportement autistique, problématique ou non, s’appuie sur une connaissance de l’enfant, échelonnée sur de multiples épisodes possiblement différents les uns des autres, et la présomption de son intelligence. » (p. 104)

L’ICIP s’appuie d’abord sur 2 principes que son nom indique : elle doit être intensive et précoce.

Intervention comportementale intensive (« le plus, le mieux ») :

- Usage de la répétition (jusqu’à plusieurs milliers de fois) afin d’inculquer les « bons » comportements en compétition avec les « mauvais ».

- Malgré de multiples biais et l’absence de preuves concluantes, l’étude de Lovaas (1987), où l’intervention était appliquée pendant 40 h/semaine, est demeurée un dogme sans remise en question depuis des décennies.

- Croyant que l’autisme est d’abord et avant tout un déficit social duquel découle le reste (trouble envahissant du développement), on veut combler cette lacune en consacrant un maximum d’heures à l’apprentissage de la socialisation « neurotypique » (au détriment des activités d’exploration de l’enfant).

Critique de l’intensité de l’intervention :

- Inutile dans l’ignorance de ses ingrédients actifs. « Il n’existe pas d’arguments empiriques sur la notion d’un effet dose de l’intervention globale, analogue à celui qu’on observerait pour un médicament pour lequel l’augmentation d’une dose se traduirait par l’augmentation, linéaire ou non, d’un effet. » (p. 108)

- La répétition « [accroît] la sélectivité de l’apprentissage, et dont [peut] être responsable de la difficulté à généraliser les apprentissages, difficulté avouée des interventions ICIP de type ABA. » (p. 108)

- « Ce qui coûte le plus cher et demande le plus d’effort, la durée de l’intervention, n’a pas le moindre fondement scientifique. » (p. 108) On devrait plutôt investir cet argent dans ce qui amène « un bénéfice immédiatement positif et quantifiable sur la condition des enfants autistes et leur famille (nombre de places en garderie et à l’école, nombre de lieux de répit ou de gestion de crise professionnalisés, nombre d’aides à l’intégration).» (p. 109)

- Effets délétères sur la famille.

- Accaparement du temps utile pour l’enfant. « [L’]ICIP prive l’enfant autiste d’une possibilité d’interagir seul, et à sa façon, avec un matériel adéquat […] qui soit pour lui équivalent à ce que sont des jouets pour des enfants typiques, matériel qui lui aura été présenté. » (p. 110)

- « Une intervention intensive demande un effort attentionnel sans commune mesure avec ce qu’un enfant de cet âge peut assurer. […] Là encore, la considération que l’autisme est une maladie amène à outrepasser des règles éthiques, ou simplement des usages de bon sens valables pour l’enfant typique. » (p. 111)

Intervention comportementale précoce (« le plus tôt, le mieux ») :

- S’appuyant sur « une conception de la plasticité [cérébrale] dont on ne précise jamais les limites et les contraintes, dans le cadre d’une altération génétique par exemple, ou d’un calendrier développemental » (p. 114), on croit corriger le cerveau autistique pour le rendre normal.

Critique de la précocité de l’intervention :

- S’appuie sur une mauvaise compréhension de ce qu’est la plasticité cérébrale. Le cerveau d’un aveugle s’adapte à la cécité en sur-développant d’autres sens ; il en est probablement de même chez les autistes, ce qui expliquerait leurs intérêts particuliers.

- Le calendrier de maturation de l’enfant autiste est différent de celui de l’enfant typique, mais l’ICIP n’en tient pas compte. On se trompe sur l’âge en essayant d’imposer des apprentissages impossibles à intégrer pour l’autiste à cette étape de son développement, mais qu’il intégrerait spontanément plus tard, et on se trompe de cible en essayant d’imposer des comportements inutiles, ne contribuant ni à l’autonomie, ni au bien-être, ni à la capacité d’accès à la culture de l’enfant autiste.

- Plus le diagnostic est précoce, plus il risque d’être inexact.

- La prétention des tenants de l’ICIP selon laquelle cette dernière permettrait d’économiser à long terme est sans fondement. Rien ne prouve que les autistes adultes en ayant « bénéficié » seraient mieux adaptés. Les coûts immédiats, par contre, sont bien réels.

L’ICIP s’appuie, de façon plus technique, sur 3 principes fondamentaux : l’apprentissage doit être décomposé, renforcé et structuré.

Décomposition de l’apprentissage en éléments distincts :

- Efficace pour faire acquérir un comportement étape par étape, sans erreur, en vue de le répéter sans réfléchir (exactement le principe du dressage, bref), mais dépourvu de sens, de finalité, sans valeur adaptative pour l’enfant autiste qui n’est pas intellectuellement déficient et qui, donc, comprend les relations de cause-effet.

Apprentissage renforcé :

- Dans l’étude de Lovaas (1987), on utilisait les récompenses, mais aussi le conditionnement aversif : « décharges électriques, fessées, vaporisations d’eau froide ou odeurs désagréables » (p. 128), méthodes éthiquement douteuses qui font partie intégrante du résultat que l’on cite encore en exemple même si aujourd’hui on utilise surtout le renforcement positif.

- Le problème n’est pas tant le système de récompense en soi, que n’importe quel parent utilise minimalement, mais d’en faire le principe de base de tous les apprentissages en court-circuitant l’intelligence de l’enfant autiste pour le forcer à adopter des comportements « normaux » au lieu de l’accompagner dans son développement de manière humaine et sensée, au-delà du dressage animal, selon son calendrier atypique et en misant sur ses intérêts particuliers. « La motivation à accomplir la tâche vient de la réussite même de celle-ci autant que de l’approbation qu’elle suscite, et cette dernière n’a pas à être artificiellement rehaussée pour jouer son rôle. Sa réussite passe par sa compréhension. » (p. 134-135)

Apprentissage structuré :

- Le terme « structuré » peut vouloir dire 2 choses contraires, c’est-à-dire que l’approche TEACCH met en place un milieu structuré qui favorise les apprentissages spontanés de l’enfant autiste, tandis que l’enseignement structuré béhavioriste est un programme rigide imposé par le thérapeute.

- Les autistes détectent les patterns et les différentes étapes d’une action ou d’un événement par eux-mêmes, sans système de récompense.

- La critique ici ne concerne pas le « dirigisme parental dans l’éducation » (règles, interdits, etc.) qui est le même pour tous les enfants, autistes ou pas, mais le fait « que les principes éducatifs de l’ensemble des enfants autistes [soient] édictés à partir du niveau de dirigisme qu’on met en place pour les cas extrêmes. » (p. 140)

Intervention professionnalisée et « manuélisée » :

- Hormis dans le cadre de situations de crise majeure, inutile de faire subir aux familles un tel niveau d’intrusion, psychologiquement et financièrement très lourd. Il faudrait aider les parents à intégrer profondément la différence autistique dans leur quotidien de manière à ce qu’ils s’adaptent à celle-ci pour le mieux de leur enfant.

Les effets de l’ICIP ne sont pas scientifiquement prouvés. Les rapports ou méta-analyses aux conclusions favorables à la thérapie comportementale en autisme se basent sur des études méthodologiquement faibles : « En somme, l’essentiel des évaluations positives de l’ICIP viennent d’Amérique du Nord (et maintenant de France, avec le rapport de la HAS), et sont fondées sur un grand nombre d’études, donc acceptent des standards de preuve de bas niveau, alors que les discours les plus sévères viennent de Grande-Bretagne, et mettent en doute la qualité de ce standard. » (p. 159)

« [L]es outils utilisés pour évaluer les changements produits par l’intervention restent fondés sur les critères diagnostiques, alors qu’ils devraient mesurer les changements en général. » (p. 161)

La magnitude des effets est faible.

Nature des effets :

- L’augmentation du score à des tests de QI n’est pas le signe d’un progrès de l’intelligence, mais d’un progrès dans le respect et la compréhension des consignes.

- Le langage oral se développera -– ou pas -– avec ou sans l’ICIP : cette dernière n’a aucun effet là-dessus. Pour une large proportion d’autistes, il apparaîtra naturellement entre 4 et 6 ans, et ce, de façon très variable, impossible à prévoir.

- Absolument rien ne peut modifier « la disposition autistique inhérente à la production de comportements répétitifs et d’intérêts restreints. » (p. 168)

- Une étude (Boyd et al., 2014) dont la méthodologie a été jugée respectable dans le guide du NICE, comparant l’effet des programmes LEAP (béhavioriste) et TEACCH (éclectique) en classe sur 2 groupes d’une vingtaine d’enfants, le tout comparé à des programmes ne suivant aucun modèle particulier, a conclu après 2 ans que les 3 groupes avaient progressé au niveau socio-communicatif, sans que l’on puisse identifier les ingrédients actifs des interventions utilisées.

- « Il n’existe […] aucune étude sur l’effet à l’âge adulte d’avoir privé l’enfant des comportements et intérêts dits ‘‘répétitifs’’, ce qui représente un des objectifs de l’ABA. » (p. 169) Bref, l’ICIP est peut-être néfaste à long terme, mais on ne le sait pas et n’a pas cherché à le savoir.

- Aucune étude sur l’adaptation des autistes adultes.

- En somme, l’ICIP modifie les indices socio-communicatifs qu’elle surentraîne sans gain adaptatif mesurable.

En matière d’autisme, on est aujourd’hui là où l’on en était avec la schizophrénie il y a 50 ans : une approche ségrégative et déshumanisante qui transgresse les droits fondamentaux de l’enfant en le forçant à subir, dès son plus jeune âge, un conditionnement intensif (et relevant ni plus ni moins du dressage animal) qui nie son besoin d’être heureux et rejette ses goûts (par ex. : intérêt pour la lecture) en les considérant comme des symptômes de sa « maladie » qui l’empêchent de socialiser, donc d’apprendre.

L’auteur propose 9 nouveaux principes d’intervention pour l’autisme non verbal.

Principe #1 :

Les postulats éducatifs sont les mêmes pour un enfant autiste que pour un enfant typique. Il faut donc obliger les garderies régulières à intégrer des autistes (avec, au besoin, embauche d’intervenants à plein temps qui répartiront leur action sur plusieurs enfants à besoins particuliers). À la maison, en dehors de quelques adaptations, faire comme avec n’importe quel enfant. Le séjour en garderie spécialisée ou à l’hôpital de jour ne sera qu’une solution temporaire en cas de crise majeure.

Principe #2 :

Il faut parier sur l’intelligence non verbale de l’enfant en mesurant celle-ci avec des tests actualisés. S’il y a déficience intellectuelle, on aura couru le risque de surestimer le niveau, mais on ne l’aura pas sous-estimé et l’intervention pourra s’adapter sans dommages.

Principe #3 :

Miser les forces et les intérêts spécifiques de l’enfant en l’exposant à du matériel généralement apprécié des autistes (on fournit une liste d’exemples) afin de savoir ce qu’il aime pour ensuite complexifier le matériel au fur et à mesure que progressent les apprentissages.

Principe #4 :

Respecter la séquence autistique d’apprentissage du langage, donc l’écrit avant l’oral, et expliquer en montrant (et en paraphrasant) sans exiger d’attention conjointe ni d’imitation immédiate.

Principe #5 :

Les activités solitaires (et même répétitives) de l’enfant autiste ne sont pas inutiles ou néfastes : il explore, découvre, apprend. Cela ne veut pas dire de l’abandonner à lui-même, mais de l’exposer à du matériel qui l’intéressera et grâce auquel il progressera.

Principe #6 :

Remplacer le jeu en face-à-face par ce que Mottron appelle la tutelle latérale : faire des activités à côté de l’enfant de telle façon qu’il puisse observer sans se sentir envahi et puisse reproduire l’action seul, en différé, à sa guise.

Principe #7 :

Les enfants autistes n’apprennent pas de la même façon que les enfants typiques : ils peuvent mémoriser des situations et les appliquer beaucoup plus tard, donc l’imitation immédiate n’est pas chez eux un signe d’apprentissage à long terme. Les techniques ABA surentraînent des indices de socialisation (attention conjointe, regard direct, demandes verbales) en postulant a priori que ce sont des prérequis généralisables à partir desquels se développera le langage. Or l’enfant autiste maîtrise le langage avant de l’utiliser ; il lit et répète des chansons, des publicités, etc., avant de parler. Contrairement aux retombées adaptatives de l’apprentissage de la propreté, qui sont immédiates et directes, les retombées adaptatives de l’hyperlexie sont différées et indirectes, sans gain socio-communicatif apparent à court terme ; elles se manifesteront par l’écrit des années plus tard.

Principe #8 :

Favoriser une socialisation de type autistique, donc renoncer à vouloir que l’enfant ait l’air le plus normal possible dans le vain espoir qu’il se fonde dans la masse, assumer qu’il sera toujours marginal à cause de sa différence intrinsèque et, au lieu de s’attendre à ce qu’il ressemble aux autres, l’intégrer tel qu’il est en informant le groupe de sa particularité –- le handicap clairement reconnu étant socialement mieux accepté que l’excentricité d’un incompris.

Principe #9 :

Il faut repenser les comportements problématiques. L’auteur en distingue 3 catégories :

1) Les manifestations atypiques, que l’on doit accepter, voire encourager (dans les cas des comportements répétitifs d’exploration).
2) Les manifestations envahissantes, que l’on doit gérer en adaptant le milieu.
3) Les manifestations dangereuses (plutôt rares et surtout liées à la déficience intellectuelle), que l’on doit empêcher.

Aux parents d’un enfant autiste qui vient de recevoir un diagnostic d’autisme, Laurent Mottron recommande de ne pas se précipiter vers l’ICIP et de plutôt prendre le temps d’observer leur enfant afin d’apprendre à le connaître. Ils verront ensuite, lors de séances avec des professionnels, si le programme béhavioriste est vraiment ce qu’ils souhaitent, mais surtout, il est important de regarder cela d’un œil critique, de se garder le droit à « ne sorte de désobéissance civique ». (p. 224)

Au niveau politique, « en matière d’encadrement par l’État du marché de l’intervention autistique, la plus mauvaise solution est la solution québécoise. » (p. 229) En effet, au Québec, l’ICIP issue de l’ABA est l’unique méthode préconisée par le gouvernement –- elle est même obligatoire –- qui, par le fait même, y sacrifie la plus grande partie du budget des centres de réadaptation, aux dépens des services aux adultes.

L’ouvrage se termine avec des propositions concrètes pour les décideurs politiques.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#12

Message par Cogite Stibon » 28 oct. 2016, 05:56

Bonjour David,
David Labrecque a écrit :Ce livre critique l’ICIP et propose des principes alternatifs qui devront être validés par des études en double aveugle.

AUTISME :

Maladie (qui se soigne, se traite, se guérit, etc.)
= Façon d’être à part entière (variant humain)

Déficience intellectuelle (même s’il peut y avoir comorbidité, donc autisme avec déficience intellectuelle)
= Intelligence atypique au-delà du handicap

Déficit social
= Socialisation différente au-delà des signes de socialisation déficitaire d’un point de vue normatif ; les autistes ne sont ni psychopathes, ni socialement anxieux, quoiqu’ils puissent développer cette anxiété à force d’expériences malheureuses ; ils réagissent selon la manière dont ils sont intégrés dans leur famille, à l’école, etc.
J'ai du mal à concevoir quels protocoles d'étude en double aveugle permettrait de valider ces principes. Aurais-tu des détails ?

Merci
Cogite
Pour les échantillons statistiques, comme dans d'autres domaines, il n'y a pas que la taille qui compte.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#13

Message par David Labrecque » 28 oct. 2016, 06:31

Cogite Stibon a écrit :Bonjour David,
David Labrecque a écrit :Ce livre critique l’ICIP et propose des principes alternatifs qui devront être validés par des études en double aveugle.

AUTISME :

Maladie (qui se soigne, se traite, se guérit, etc.)
= Façon d’être à part entière (variant humain)

Déficience intellectuelle (même s’il peut y avoir comorbidité, donc autisme avec déficience intellectuelle)
= Intelligence atypique au-delà du handicap

Déficit social
= Socialisation différente au-delà des signes de socialisation déficitaire d’un point de vue normatif ; les autistes ne sont ni psychopathes, ni socialement anxieux, quoiqu’ils puissent développer cette anxiété à force d’expériences malheureuses ; ils réagissent selon la manière dont ils sont intégrés dans leur famille, à l’école, etc.
J'ai du mal à concevoir quels protocoles d'étude en double aveugle permettrait de valider ces principes. Aurais-tu des détails ?

Merci
Cogite
La forme que j'ai donnée à mon texte semble prêter à confusion... Ces 3 lignes par lesquelles j'ai voulu résumer ce qu'est et n'est pas l'autisme ne sont pas les «principes alternatifs qui devront être validés par des études en double aveugle», mais de simples constats de base à propos de l'autisme prototypique, sans déficience intellectuelle. Il ne s'agit pas de nouvelles données scientifiques. Je sais qu'on peut s'obstiner sur le concept de «maladie», mais ce qui compte ici n'est pas tant le mot que la façon d'y réagir concrètement, avec ceux pour qui c'est leur façon d'être depuis toujours.

Bref, l'objet du livre, susceptible d'être vérifié et contre-vérifié, est plutôt l'intervention et ses effets.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#14

Message par Cogite Stibon » 28 oct. 2016, 07:12

David Labrecque a écrit :La forme que j'ai donnée à mon texte semble prêter à confusion... Ces 3 lignes par lesquelles j'ai voulu résumer ce qu'est et n'est pas l'autisme ne sont pas les «principes alternatifs qui devront être validés par des études en double aveugle», mais de simples constats de base à propos de l'autisme prototypique, sans déficience intellectuelle. Il ne s'agit pas de nouvelles données scientifiques. Je sais qu'on peut s'obstiner sur le concept de «maladie», mais ce qui compte ici n'est pas tant le mot que la façon d'y réagir concrètement, avec ceux pour qui c'est leur façon d'être depuis toujours.

Bref, l'objet du livre, susceptible d'être vérifié et contre-vérifié, est plutôt l'intervention et ses effets.
OK, je comprends mieux, merci.
Pour les échantillons statistiques, comme dans d'autres domaines, il n'y a pas que la taille qui compte.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#15

Message par Loupa » 30 oct. 2016, 22:08

Pour dire vrai, étant une TSA moi-même et ayant vécu de la discrimination à l'école, et pour le peu que j'en sais (je peux me tromper), ce genre d'interventions ne permet pas d'apprendre véritablement des compétences plus « globalisantes » par rapport à celles plus spécifiques.

Je donne seulement un exemple : Lorsque je vais dans un endroit bruyant ou dans un groupe de personnes parlant en même temps, je ne réussis pas à suivre la conversation. C'est plus fort que moi. Brigitte Harrison, une spécialiste de l'autisme (appelé dorénavant TSA) explique très bien qu'il y a certains niveaux de compréhension qui doivent être obtenues avant d'arriver à une parfaite maîtrise d'un sujet (disons le social) par la convergence de différences connaissances sur la façon dont le TSA doit se comporter dans différentes situations particulières. En gros, il doit comprendre que le précis va au global, car son cerveau fonctionne de cette manière. Il voit l'arbre plutôt que la forêt. Sa méthode a été validée par les spécialistes. Je ne me rappelle plus le nom de sa méthode, mais elle fonctionnerait mieux que ICIP qui prend les TSA pour des gens n'ayant pas les habilités cognitives nécessaires pour apprendre d'une façon moins directive. Car on ne se le cachera pas (et si je me rappelle bien) le ICIP sert à inculquer de forces des façons de se comporter dans une situation donnée, sans avoir de libre arbitre. Même un bébé peut en avoir un peu en appréciant ou pas certains aliments. C'est pas difficile à comprendre, non ?

Personnellement, j'aurais préféré qu'on me donne des outils pour pallier à mes difficultés comme avec l'écriture manuscrite (qui n'est d'ailleurs pas encore tout à fait réglée) afin que j'ai accès à un agenda plus tôt dans mon parcours social, plutôt que s'évertuer à m'envoyer dans la fosse aux lions en espérant que je devienne autonome par la force des choses. Dans le cas du ICIP, c'est un peu brutal comme méthode. On nait TSA. Pour moi, c'est un état mental, une condition, certes handicapante par moments, mais qui permet d'avoir certains avantages... c'est du moins ce qu'on me dit.

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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#16

Message par spin-up » 31 oct. 2016, 05:06

Les resultats d'une etude sur la methode PACT viennent de sortir, c'est une des premieres evaluations d'interventions precoces a montrer des resultats positifs.
La technique PACT consiste a filmer les interactions de l'enfant avec ses parents, les videos sont analysées par des specilaistes qui donnent ensuite aux parents une formation personnalisée pour leur permettre de mieux décoder le comportement de l'enfant.

http://blog.santelog.com/2016/10/28/aut ... he-lancet/

Ceci dit, la facon dont les resultats sont resumés est un peu trompeuse par rapport aux resultats rapportés dans la publication:

-L'etude montre un effet fort sur les interactions parents->enfant et enfant->parents
-L'effet est moins fort sur les interactions entre l'enfant et une personne exterieure
-Pas d'effet significatif observé sur l'adaptation au milieu scolaire

En bref, l'effet s'estompe plus on s'eloigne des conditions de la therapie, il y a pour le moment un échec a generaliser les benefices dans des contextes differents (scolaire notamment), mais cette methode permet une considérable amélioration de la communication dans le milieu familial qui est positive pour l'enfant.

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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#17

Message par David Labrecque » 31 oct. 2016, 15:56

Loupa a écrit :Car on ne se le cachera pas (et si je me rappelle bien) le ICIP sert à inculquer de forces des façons de se comporter dans une situation donnée, sans avoir de libre arbitre.
Exactement, et c'est l'une des choses que Laurent Mottron dénonce vivement dans son livre.

Avec mon fils, les effets de cette méthode ont été désastreux, il n'écoutait plus de musique (alors que c'est l'un de ses principaux intérêts), il se levait la nuit pour accomplir les tâches que l'éducateur spécialisé voulait lui inculquer, on a essayé de lui apprendre à ne pas avoir peur d'aller dehors en utilisant la nourriture comme récompense (ce qui l'a traumatisé au lieu d'avoir pour résultat de le faire sortir de l'appartement), etc.
spin-up a écrit :En bref, l'effet s'estompe plus on s'eloigne des conditions de la therapie, il y a pour le moment un échec a generaliser les benefices dans des contextes differents (scolaire notamment), mais cette methode permet une considérable amélioration de la communication dans le milieu familial qui est positive pour l'enfant.
Les Britanniques ont renoncé à l'ICIP et misent plutôt sur la guidance parentale. Cette étude est un pas dans la bonne direction.
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Re: L'intervention comportementale intensive précoce (ICIP)

#18

Message par David Labrecque » 02 avr. 2018, 12:36

En ce deux avril, j'actualise ce fil de discussion en y partageant ceci, car, beaucoup plus que les niaiseries d'anti-vaccins et de régimes sans gluten, la prétention pseudo-scientifique de l'intervention comportementale intensive précoce (ou méthode ABA), obligatoire au Québec depuis 2003, nous empêche d'avancer dans la voie d'une prise en charge efficace en accaparant la plus grande part du budget public consacré à l'autisme, et ce, pour des résultats médiocres.
Au final donc, après cinq années d’application de la méthode ABA dans des conditions très favorables pour ces 28 institutions pilotes, les sorties dites positives s’avèrent inférieures à 19 sur 578 (3%), ce qui est très éloigné de l’hypothèse de 47% de réussite qui était l’élément moteur de la création de ces structures destinées à devenir des établissements modèles.
(Source : https://blogs.mediapart.fr/lezhaen/blog ... a-le-bilan)

Je viens d'écrire un courriel à la Fédération québécoise de l'autisme pour leur demander si, quinze ans plus tard, on avait revu les priorités en matière de prise en charge.
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