La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

Mythes, bouche-à-oreille et ragots populaires : séparons ici le vrai du faux.
Avatar de l’utilisateur
LePsychoSophe
Messages : 489
Inscription : 19 sept. 2017, 11:34

La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

#1

Message par LePsychoSophe » 02 févr. 2018, 07:37

Bonjour à tous,

Je regardais une vidéo du Psylab (deux psychiatres vulgarisant la psychopathologies) et à la fin il donne cette phrase : " la folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité"...

J'avoue que cela fait grincer mon oreille et je voulais partager avec vous mon avis et surtout recueillir les vôtres.
Bien sûre face à une phrase comme ça, on pourrait déjà s'intéresser aux termes.
Chaque terme de cette phrase révèle une réalité peut-être un peu trop flou pour savoir ce qu'elle signifie vraiment.

Je donne donc mon avis et je vous laisserai me passer au crible tout ça...

Ce que j'ai entendu d'emblée c'est que notre cerveau doit s'adapter au mieux à la réalité pour survivre. Cela me semble une bonne base mais peut-être que là-dessus vous auraient déjà des trucs à redire.
Si c'est donc uniquement pour survivre, c'est-à-dire ne pas mourir tout simplement peu importe le degré souffrance, on va considérer d'après eux (mais c'est surtout une idée partagée par beaucoup de gens du domaine de la psychiatrie) que la folie permet alors à celui qui en est atteint de survivre...

Si j'en reviens à l'idée que notre objectif en tant qu'êtres vivants et de survivre et même de transmettre nos gènes à une descendance afin de perpétuer l'espèce le plus longtemps possible... je ne vois pas trop en quoi la folie permet cela.

Peut-être qu'il s'agit d'une phrase beaucoup trop générale donc qui contient un biais de généralisation excessive mais dans ce cas je ne manquerai pas (après avoir longuement débattu avec vous) de leur faire remarquer dans un commentaire. En effet beaucoup de sceptiques ne se gênent pas d'aller faire des contre vidéos afin de critiquer de façon constructive le travail de certains...

Si l'on prend les plus grosses pathologies mentales, on se rendra compte facilement que le taux de suicide est extrêmement élevé par rapport aux personnes ne souffrant pas de pathologie mentale avérée. Je ne pense pas que l'être humain mettre fin à ses jours sans raison.
Ce qui fait que les gens se donnent la mort est la plupart du temps une souffrance mentale que l'on peut appeler folie même si je déteste ce terme est qu'il ne devrait pas sortir de la bouche au moins de gens spécialisés dans la santé mentale. Ce raccourci vulgaire fait des victimes encore aujourd'hui...

On voit déjà que la notion d'adaptation à la réalité et franchement limiter puisque cela conduit à augmenter le degré de mortalité volontaire.

Il en va de même pour la mortalité involontaire, c'est-à-dire le fait d'avoir un risque plus grand de décéder si l'on est atteint d'une pathologie mentale notamment avec la moindre considération de l'intérêt de sa survie ou encore les prises de risque plus ou moins consciente.

Si l'on prend donc le phénomène de la folie comme la maladie mentale, on va rapidement se rendre compte au fil des lectures des articles scientifiques que c'est un facteur de risque de décès important. Je n'irai pas jusqu'à les comparer avec d'autres facteurs de risque comme les cancers, les accidents de voiture... ou autre.

Évidemment si l'on restreint le terme de folie aux pathologies psychotiques (notamment schizophrénie et autres), on réduit le nombre dans l'échantillon mais on retrouve les mêmes écueils vis-à-vis de la mort.

Conclusion numéro un : la maladie mentale est un facteur de risque de décès significatif.

Donc il est difficile de parler de meilleure adaptation à la réalité ou même d'adaptation à la réalité.

L'autre point concerne la transmission du paquet génétique autrement dit la survie de notre espèce au-delà de notre propre mort. En effet, lorsque les personnes sont atteintes de maladies mentales... il y a de fortes chances pour que les enfants souffrent et donc de façon logique perpétue également ce risque suicidaire ou ce risque de mort "naturelle" et ainsi de suite. Pour ce qui est donc de l'adaptation à la réalité... je trouve que c'est largement plus que limité.

Je n'ai pas trouvé d'article scientifique donc je sens que je vais me faire débunker à mort mais mon observation d'une population atteint de troubles mentaux me montre (notamment pour les patients atteints de schizophrénie ou d'une autre pathologie mentale mais avec une intensité importante) qu'il présente un taux de natalité plus faible (j'espère me tromper sur ce point).

Le fait qu'il semble y avoir une corrélation entre le degré et la complexité de ce qu'ils appellent la folie et le taux de natalité ne va pas trop dans le sens d'une adaptation à la réalité pour l'espèce humaine.

Je m'arrête là sur ce point car ça c'était vraiment la version survivaliste.



L'autre point concerne l'aspect pathologique dans le sens où je veux bien qu'une partie d'une symptomatologie soit une adaptation à la réalité... puisqu'il y a des symptômes sur le plan somatique qui sont signes que le corps tente de se mettre à l'équilibre pour survivre ou ne pas souffrir ce qui n'est donc pas pathologique en soi. Il s'agirait là d'un fonctionnement normal de rétablissement et d'homéostasie.
Cet équilibre malgré un niveau de souffrance tolérable et de handicap palliable et je pense une vraie notion d'adaptation.

Dans la pathologie mentale et le fonctionnement psychologique, on va retrouver à peu près la même chose. Psychologiquement il peut y avoir des dérangements, des souffrances jusqu'à un niveau modéré, des phénomènes viennent perturber la vie du quotidien mais dans une mesure où cela retrouve son niveau d'homéostasie. On va donc appeler cela l'équilibre psychologique, une personne équilibrée mentalement...
mais lorsque l'on parle de folie, donc de pathologie... je ne vois pas en quoi c'est un mécanisme adaptatif et surtout je ne vois pas en quoi ce serait le meilleur pour faire face à la vie. Il s'agit d'un dysfonctionnement. Est-ce que les épidémies de maladies graves ou le cancer sont des moyens de s'adapter à la réalité? à la vie? Point être est-ce une question de point de vue...

Il y a un fonctionnement attendu du cerveau et donc du mental pour justement s'adapter à la réalité... le ressenti agréable de la vie à une fonction d'adaptation à la réalité selon moi. Sinon pourquoi alors notre cerveau nous offrirait des ressentis et des humeurs agréables?
Le modèle de vulnérabilité aux stress étant assez prédominant en neuroscience (psychologie), il explique que de nombreuses pathologies mentales sont un défaut de réactivité face aux agents stressant de la vie quotidienne et qu'ils (les malades souffrant de schizophrénie, de trouble bipolaire, de dépression, des troubles anxieux... pour ne citer que cela) ne parviennent pas à absorber les coups de la vie (des plus banals ou plus rares) et qu'ils présentent alors des réactions internes et externes qui s'entretiennent et se dégradent parfois jusqu'à la mort donc encore une fois... parler d'adaptation à la réalité... :ouch:
Dernière modification par LePsychoSophe le 02 févr. 2018, 08:57, modifié 1 fois.
"ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα" Σωκράτης

Avatar de l’utilisateur
MaisBienSur
Messages : 4404
Inscription : 13 sept. 2012, 10:43
Localisation : N/E France

Re: La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

#2

Message par MaisBienSur » 02 févr. 2018, 08:19

LePsychoSophe a écrit :
02 févr. 2018, 07:37

Ce que j'ai entendu d'emblée c'est que notre cerveau doit s'adapter au mieux à la réalité pour survivre. Cela me semble une bonne base mais peut-être que là-dessus vous auraient déjà des trucs à redire.
Je suis déjà en désaccord (et sans source :a2: ) avec ce premier point.
Je pense personnellement qu'aujourd'hui, les espèces qui ont survécu étaient adaptées, sinon elles n'auraient pas traversées les millénaires.
Donc pour moi notre cerveau ne s'est pas adapté mais il y était par défaut.
LePsychoSophe a écrit :
02 févr. 2018, 07:37
Si j'en reviens à l'idée que notre objectif en tant qu'êtres vivants et de survivre et même de transmettre nos gènes à une descendance afin de perpétuer l'espèce le plus longtemps possible... je ne vois pas trop en quoi la folie permet cela.
Faisant suite à mon idée première, il n'y a pas d'objectif à survivre ou a se reproduire (voir par exemple au Japon...).
Si l'on est encore là, c'est que la conception génétique, nos envies sexuelles et de vivre font parties intégrantes de nous dès le début.
LePsychoSophe a écrit :
02 févr. 2018, 07:37
Je n'ai pas trouvé d'article scientifique donc je sens que je vais me faire débunker à mort mais mon observation d'une population atteint de troubles mentaux me montre (notamment pour les patients atteints de schizophrénie ou d'une autre pathologie mentale mais avec une intensité importante) qu'il présente un taux de natalité plus faible (j'espère me tromper sur ce point).
Toujours sans sources, ne serait-il pas dû tout simplement à leurs isolements thérapeutique ou une protection familiale qui évite de les laisser seuls livrés à eux mêmes et donc à la possibilité de se reproduire, avec les risques d'une progéniture atteinte de troubles mentaux également ?
Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu.

Avant, j'étais indécis, maintenant je n'en suis plus très sûr...

Les marmottes qui pissent au lit passent un sale hiver (Philippe Vuillemin)

Jean-Francois
Modérateur
Modérateur
Messages : 20918
Inscription : 03 sept. 2003, 02:39

Re: La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

#3

Message par Jean-Francois » 02 févr. 2018, 08:38

LePsychoSophe a écrit :
02 févr. 2018, 07:37
Chaque terme de cette phrase révèle une réalité peut-être un peu trop flou pour savoir ce qu'elle signifie vraiment
Je n'ai pas vu la vidéo. Ce qui m'énerve dans ce genre de phrase c'est que c'est un slogan, donc simplificateur et caricatural, qui donne une vision anthropomorphique du cerveau: comme si le cerveau était l'individu et qu'il faisait des choix normatifs (ici, de devenir "fou"). C'est un peu comme nier le caractère de dérèglement physiologique pour en faire une sorte de qualité. Et il m'est difficile de voir dans quel but puisque cela n'est pas vraiment aider ceux qui sont victimes de pathologies mentales puisque c'est un peu nier leurs besoins réels.

Je suis donc plutôt d'accord avec vous. Je suppose toutefois que leur discours ne se borne pas à cette phrase-slogan.

Jean-François
"Both life in general and consciousness in particular are embodied, meaning that they depend on a material body and a material brain, respectively, for their existence."
("Autant la vie en général que la conscience en particulier sont incarnées, ce qui signifie qu'elles dépendent, respectivement, d'un corps matériel et d'un cerveau matériel pour leur existence.")
P. 19, Feinberg & Mallatt (2017) The ancient origins of consciousness. The MIT Press

Avatar de l’utilisateur
Cadenas
Messages : 337
Inscription : 04 mai 2017, 09:49

Re: La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

#4

Message par Cadenas » 02 févr. 2018, 08:51

LePsychoSophe a écrit :
02 févr. 2018, 07:37
Je regardais une vidéo du Psylab (deux psychiatres vulgarisant la pathologies) et à la fin il donne cette phrase : " la folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité"...
Il manque un mot crucial dans ta citation. Je la mets telle qu'elle est dite.
"La folie est parfois le meilleur moyen de s'adapter à la réalité."

Ça fait une belle différence tout de même. ;)

alessandro pendesini
Messages : 74
Inscription : 30 déc. 2017, 17:36

Re: La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

#5

Message par alessandro pendesini » 03 févr. 2018, 15:23

Depuis belle lurette on a mis la "réalité" à toutes les sauces !
Mais, en fait, qu'est-ce que la REALITE' ?

Avatar de l’utilisateur
Stilnox
Messages : 201
Inscription : 12 janv. 2018, 20:17

Re: La folie est le meilleur moyen de s'adapter à la réalité...

#6

Message par Stilnox » 03 févr. 2018, 16:23

Je pense que nous n'avons pas encore un langage suffisamment développé, ainsi que le cerveau pour décrire la réalité.
Nos langages sont sûrement trop limités pour exprimer toutes les nuances et les complexités.
Vivement les transmissions de pensées :)

Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit