Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

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Dash
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Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#1

Message par Dash » 20 mars 2018, 23:39

Un article que j'ai vu passé sur FB. Si les chiffres sont exacts (ce qui semble être le cas, ayant retrouvé l'article original), c'est quand même très inquiétant! Le premier lien en français sur lequel je suis tombé via FB. Mais il y a trop de pubs sur ce dernier. Un autre lien reprenant l'étude, mais le texte est sensiblement différent du premier résumé. Finalement, j'ai retrouvé l'article original, en anglais, paru dans The Atlantic. Le texte est une adaptation d'extraits du livre de Jean M. Twenge PhD (Professor of Psychology at San Diego State University, is the author of more than 130 scientific publications and 6 books, including iGen: Why Today's Super-Connected Kids Are Growing Up Less Rebellious, More Tolerant, Less Happy–and Completely Unprepared for Adulthood).

Extrait du résumé du premier lien en français :
résumé de l'article en fr sur www.osonsrever.fr a écrit :
L’effet des smartphones sur nos jeunes est plus qu’effrayant

Personne, je pense, n’avait anticipé la catastrophe historique provoquée par les smartphones. La psychologue américaine Jean M. Twenge étudie depuis vingt-cinq ans le comportement social et affectif des jeunes. Elle a observé ces dernières années un séisme. Dans un article intitulé « Les smartphones ont-ils détruit une génération ? », elle explique que tout a changé à partir de 2012.

Cette année-là, plus d’un ado sur deux était équipé d’un smartphone. Aujourd’hui, c’est quatre sur cinq.

Durant cette période, les évolutions suivantes se sont produites. Elles concernent toutes les classes de la population, riches ou pauvres :
  • les symptômes dépressifs se sont accrus de 50 % chez les filles et de 21 % chez les garçons, de 2012 à 2015 ;
  • le nombre de filles qui se sont suicidées a triplé entre 2007 à 2015, et celui des garçons doublé ;
  • le nombre de jeunes qui voient des amis tous les jours a baissé de 40 % entre 2000 et 2015 ;
  • actuellement, les jeunes de 16 ans sortent moins que ne le faisaient ceux de 12 ans en 2009. Ils sont en train de cesser progressivement de sortir et de se socialiser dans les parcs, squares, etc., et restent seuls chez eux avec leur smartphone ;
  • en 2015, seuls 56 % des élèves de terminale sont « sortis » avec quelqu’un, contre 85 % des jeunes dix ans plus tôt, un chiffre qui était stable depuis les années 1960 ;
  • le nombre d’enfants qui manquent de sommeil a augmenté de 57 % entre 1991 et 2015 ;
  • aux États-Unis, où l’obtention du permis de conduire était le rêve de tous les jeunes autrefois, le passeport pour la liberté, on observe un désintérêt massif des adolescents, qui préfèrent rester dans leur chambre sur leur smartphone et se faire conduire par leurs parents ;
  • concernant la consommation d’alcool, les rencontres amoureuses, les adolescents se comportent comme nous le faisions à 15 ans, et ceux de 15 ans comme nous le faisions à 13 ;
  • s’ils sortent moins souvent, les rares fois où ils le font sont abondamment communiquées sur Snapchat, Instagram ou Facebook. Ceux qui ne sont pas invités se sentent donc cruellement exclus : le nombre de jeunes filles se sentant rejetées et isolées a augmenté de 48 % de 2010 à 2015 et le nombre de garçons de 27 %.
Bon, il m’était déjà évident que les smartphones, les TI et les réseaux sociaux ont transformé les mœurs et habitudes (et pas tjrs pour le mieux), mais de voir un pro qui a recueilli des données d’études et qui présente des stats précises, ça donne une autre dimension à ce que l’on se doutait déjà. S’il ne s’agit pas de corrélations erronées/fausses, c’est plutôt inquiétant! :?
Penser savoir est une chose, savoir penser en est une autre !

yquemener
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#2

Message par yquemener » 21 mars 2018, 02:03

Alors, première chose, quand la source originale est un bouquin, fut-il écrit par un toubib, c'est généralement un signe que les «découvertes» ne sont pas assez solides pour une publi scientifique. Ensuite, le coté «ce truc nouveau qui m'inquiète cause la fin du monde» m'agace profondément quand on a des titres aussi alarmistes sur des bases aussi faibles.
les symptômes dépressifs se sont accrus de 50 % chez les filles et de 21 % chez les garçons, de 2012 à 2015 ;

le nombre de filles qui se sont suicidées a triplé entre 2007 à 2015, et celui des garçons doublé ;
La dépression est également mieux dépistée et prise en charge. Ce serait intéressant d'avoir la source pour connaître la méthodologie parce qu'une hausse de 50% en 3 ans, j'y crois assez peu.

Sur les suicides, ces chiffres m'étonnent d'autant plus qu'en France, on sait que les suicides baissent:
https://www.20minutes.fr/societe/221530 ... dolescents
le nombre de jeunes qui voient des amis tous les jours a baissé de 40 % entre 2000 et 2015 ;
Mais le nombre d'ami par jeune ainsi que la fréquence de leurs échanges a augmenté énormément.
actuellement, les jeunes de 16 ans sortent moins que ne le faisaient ceux de 12 ans en 2009. Ils sont en train de cesser progressivement de sortir et de se socialiser dans les parcs, squares, etc., et restent seuls chez eux avec leur smartphone
Quand j'étais jeune, on s'inquiétait de ce que les jeunes aiment «traîner dans la rue» et c'était vu comme une mauvaise chose. Les conservateurs stressent dés que le moindre truc change ma parole...
le nombre d’enfants qui manquent de sommeil a augmenté de 57 % entre 1991 et 2015 ;
Encore une fois, où, quelle méthodologie. Parce que la télé a été accusée de ça aussi. Et que là on confonds quand même beaucoup corrélation et causalité.
aux États-Unis, où l’obtention du permis de conduire était le rêve de tous les jeunes autrefois, le passeport pour la liberté, on observe un désintérêt massif des adolescents, qui préfèrent rester dans leur chambre sur leur smartphone et se faire conduire par leurs parents
Ben oui, les jeunes aujourd'hui, comme les jeunes d'hier, veulent pouvoir communiquer avec leurs amis. Autrefois c'était en se déplaçant, maintenant c'est via smartphone. Et là encore, à mon époque, l'«ado en mobylette» était vu comme un des signes de la fin des temps.
concernant la consommation d’alcool, les rencontres amoureuses, les adolescents se comportent comme nous le faisions à 15 ans, et ceux de 15 ans comme nous le faisions à 13 ;
Et nous nous faisions à 15 ans ce que nos parents faisaient à 18.

Je dis pas que ça ne pose pas de problème (le sommeil est le truc le plus crédible à mon avis) mais la plupart de ces sujets sont souvent les rationalisations de gens qui stressent sur les changements qu'ils comprennent mal ou qui font le commerce de la peur auprès de parents inquiets.

thewild
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#3

Message par thewild » 21 mars 2018, 04:18

Dash a écrit :
20 mars 2018, 23:39
S’il ne s’agit pas de corrélations erronées/fausses
Dans tous les cas, ce ne sont pour l'instant que des corrélations. Comme ycquemener, j'ai un scepticisme a priori face à ce genre de prophéties apocalyptiques.
L'alarmisme et la nostalgie ne mènent jamais très loin. Cependant, il ne faut pas non plus basculer dans l'inaction et le déni : que la situation psychologique, affective ou sociale des jeunes se dégrade est peut-être un fait avéré, il ne faut pas faire comme si le problème n'existe pas.
De là à dire que tous ces problèmes viennent du temps que les jeunes passent sur leur smartphone plutôt qu'à sociabiliser "en chair et en os", c'est aller un peu vite en besogne.
Après tout, depuis 2012 tous les parents aussi ont un smartphone sur lequel ils passent des heures... si vous voyez ce que je veux dire...
"Assurons nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause." Bernard Le Bouyer de Fontenelle

"Plus un fait est extraordinaire, plus il a besoin d'être appuyé de fortes preuves." Pierre Simon Laplace

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Wooden Ali
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#4

Message par Wooden Ali » 21 mars 2018, 05:10

Comme yquemener l'a dit, la télé a été chargée en son temps de tous les maux avec à peu près les mêmes mots. Comme l'ont probablement été, le feu, la poudre à canon, l'imprimerie, le chemin de fer, l'eau courante, les jeux vidéos et ... la fermeture des bordels !

Des prévisions apocalyptiques basées sur des corrélations* ont toujours été la caution "scientifique" des pisse-copies, hommes politiques, charlatans ... Un peu de chiffres et de statistiques et vous voila "expert" ! C'est ce que certains appellent "être crédible".

Ça ne veut pas dire, bien sûr, qu'il n'y ait pas quelques éléments à creuser. Certains le font sérieusement et trouvent des résultats qui vont parfois à l'encontre des commentaires alarmistes de la prétendue étude.

Il y a un marché pour inquiéter, un autre pour rassurer. Croyances et Savoir se les disputent. Les premières semblent pouvoir faire les deux. Le Savoir, au contraire et malheureusement, semble moins doué pour rassurer.

Donc, avec ce genre d'étude, il convient de sortir les pincettes.




* Il ne faut pas oublier que tout paramètre variant de façon à peu près monotone au cours du temps sera automatiquement corrélé avec tout autre paramètre possédant cette même caractéristique. La corrélation temporelle qui ne devrait être qu'un élément initiateur d'une investigation vraiment scientifique en devient par je ne sais quel miracle, un résultat.
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Cogite Stibon
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#5

Message par Cogite Stibon » 21 mars 2018, 05:23

Entraînez votre Bullshitomètre - leçon 12 : le cherry picking sur les intervalles de date.
Quand on a un phénomène fluctuant, en choisissant bien une date de début et une date de fin, on peut montrer une évolution entre ces 2 dates sans rapport avec la tendance réelle du phénomène.

Toute phrase indiquant "entre la date X et la date Y", où les dates en questions semblent avoir été choisies au hasard, doit automatiquement entraîner la méfiance.

Dash a écrit :
20 mars 2018, 23:39
elle explique que tout a changé à partir de 2012...
  • les symptômes ... de 2012 à 2015 ;
  • le nombre ... entre 2007 à 2015
  • le nombre de ... entre 2000 et 2015 ;
  • que ne le faisaient ceux de 12 ans en 2009
  • un chiffre qui ... depuis les années 1960 ;
  • le nombre ... entre 1991 et 2015 ;
  • le nombre de ... 2010 à 2015
Dash a écrit :
20 mars 2018, 23:39
S’il ne s’agit pas de corrélations erronées/fausses, c’est plutôt inquiétant! :?
Au delà du cherry picking, on n'a que 2 points de données à chaque fois - la date de début et la date de fin. La significativité de ce genre de corrélation est pour ainsi dire nulle.
Wooden Ali a écrit :
21 mars 2018, 05:10
* Il ne faut pas oublier que tout paramètre variant de façon à peu près monotone au cours du temps sera automatiquement corrélé avec tout autre paramètre possédant cette même caractéristique. La corrélation temporelle qui ne devrait être qu'un élément initiateur d'une investigation vraiment scientifique en devient par je ne sais quel miracle, un résultat.
+1000
Pour les échantillons statistiques, comme dans d'autres domaines, il n'y a pas que la taille qui compte.
Raisonner a l'instinct sur des problemes de probabilites, c'est le desastre assuré. (Spin Up)
Une graphe sans échelle, c'est bon pour la poubelle

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Totoche
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#6

Message par Totoche » 21 mars 2018, 05:26

[Post effacé, commentaire pas pertinent, j'ai lu trop vite]

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Nicolas78
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#7

Message par Nicolas78 » 21 mars 2018, 07:33

Je pense que la technologie chez les jeunes à des bons et mauvais effets, et chez les adultes aussi. Comme presque tout.
Je le voit tout les jours.

Perso, je suis très casanier et si je sort c’est en famille ou avec un amis ou deux, et généralement en foret ou alors chez eux directement (plus rarement dans un bar pour boire une mousse).
Mon beau fils est encore dépendant dans sa mobilité et sort donc encore moins pour voir ces potes qui eux même sortent peut.
Donc, le petit sort peut et nous casse littéralement les burnes pour acceder à la tablette ou le phone même en pleine activité/jeux.
Et ya bcp de gens dans ces cas la. Il est vrai que ça peut poser soucis.
Moi ça me va, sortir pour surveiller des marmaux me déprime moi même, et les laisser seul j'aime pas ça (même si quand il aura 11/12 ans j'essayerait de le pousser un peut dehors histoire qu'il goutte à la vie :a2: )
A coté de ça, ce pti bonhomme accède a des trucs incroyables. Je l’ai inscrit à quelques Youtubeurs qui font du vrai contenus (j'en profite pour l'induire à l'esprit critique du contenus, indispensable dans l'éducation de nos jours je pense). Et il me sort des truc en science que jetait à 1000 lieux d'imaginer à sont âge...Çà, je trouve ça géniale. Le danger, c'est l'accès à des sites violents ou à caractère sexuel. La est pour moi le vrai danger !
Et par expérience, même avec une bonne surveillance, ça fini par arriver. Internet est un outil superbe, mais avec des fonds de cales pleines de merde.
Sur ce point, amha, on peut s’inquiéter.

Pour le coté asociale, je pense qu'un jeune poussé à l'activité pro la développera de toute façon.
Le danger est le coté addictif du téléphone (socialement, psychologiquement, pour les études et la concentration), qu'il faut éviter. Et en cela, l'utilisation du téléphone doit être très restreinte (proche de zero) à l’école, amha.

Pour le reste, je partage l'analyse de yquemener même si je doute pas que ces objets ultra-connecté et addictif poses des problemes à toutes les franges de la population.
+1 yquemener, même si le commerce de la peur ne va pas sans le commerce du smart-phone et du web (bourré de pub à destination des jeunes) dans l'autre sens...(j'ai aucune pitié à activé AdBlocker quand le ptit utilise le web, amha, il le FAUT).
Dernière modification par Nicolas78 le 21 mars 2018, 07:54, modifié 5 fois.

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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#8

Message par Raphaël » 21 mars 2018, 07:34

Je ne sais pas si les smartphones détruisent les ados mais je sais que les ados détruisent souvent leur smartphone.

Smartphone typique d'un ado

Jean-Francois
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#9

Message par Jean-Francois » 21 mars 2018, 08:10

Dash a écrit :
20 mars 2018, 23:39
Si les chiffres sont exacts (ce qui semble être le cas, ayant retrouvé l'article original), c'est quand même très inquiétant!
Socrate professait quelque chose à l'effet que l'écriture allait atrophier la pensée de ces concitoyens, leur donner l'illusion d'être savant mais sans vraiment l'être. On le sait grâce au Phèdre de Platon, un texte écrit donc. Comme quoi craindre le développement de la technologie remonte à loin :D

À mon avis, les outils technologiques ne sont pas forcément nocifs par eux-mêmes. Mais ils transforment les habitudes donc la manière dont on utilise notre cerveau, donc nos comportements, ce qui inquiète certains. Sauf que, comme d'autres intervenants le remarquent, si on ne voit que des côtés négatifs, on biaise l'analyse.

Et on peut rater les causes véritables d'un problème en présupposant la réponse: est-ce que les adolescents deviennent sédentaires et casaniers parce qu'ils ont des téléphones intelligents ou est-ce qu'ils utilisent plus leur téléphones parce qu'ils sont sédentaires et casaniers? Peut-être que le problème est plus large: que la facilité d'accès à la technologie aggrave une tendance sociale à l'isolement?

Personnellement, je serais beaucoup plus inquiets si on faisait reposer l'apprentissage sur le modèle de la publicité, pour combler des besoins immédiats mais éphémères.

Jean-François
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#10

Message par unptitgab » 21 mars 2018, 08:30

Les ado je ne sais pas, mais la patience et le temps de repos plus surement étant donné le nombre de personnes qui répondent en conduisant ou au cinéma, en devenant dangereux ou juste chiants alors que jusqu'à preuve du contraire mis à part les médecins ou pompiers strictement personne n'a besoin d'intervenir dans les 5 minutes. Ainsi que tous ceux qui acceptent que leur téléphone professionnel sonne les jours de congés et pendant leurs vacances. Un mobile reste un outil super pratique, mais il ne doit pas rendre servile vis-à-vis de l'appelant et il s'éteint.
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#11

Message par Dash » 21 mars 2018, 09:59

Re à tous,

J'ai moi-même, à priori (par habitude sceptique maintenant intégrée), suspecté le fait que certaines corrélations puissent avoir été confondues avec des causes. Mais j'étais curieux de lire vos avis. J'avoue que je suis quelque peu surpris de l'unanimité et de la rapidité avec laquelle certains se prononcent, mais encore plus du fait que la plupart se contentent de dire ce qu'ils en pensent, de façon générale, sans vérifier (et causer de) les publications et la réputation/crédibilité/domaine d'expertise de l'auteur. Les commentaires de Cogite Stibon et yquemener me paraissent être les plus pertinents àma, car soulignant de possibles erreurs/biais précis(e)s en rapport avec des chiffres/dates de l'article.
yquemener a écrit :
21 mars 2018, 02:03
Alors, première chose, quand la source originale est un bouquin, fut-il écrit par un toubib, c'est généralement un signe que les «découvertes» ne sont pas assez solides pour une publi scientifique.
Mouais. Ça m'est venu à l'esprit aussi, sauf que quand je scrute le site web de l'auteur, j'observe qu'elle a publié plus de 130 articles dans des journaux scientifiques (lien/liste) et que plusieurs des sujets de ces articles ont un rapport avec le thème de son livre. Du coup, j'ai présumé qu'il était raisonnable de penser que son livre est un recueil (pour grand public) de ses recherches/article scientifiques et que l'auteur était crédible (domaine d'expertise qui concorde, selon les titres de plusieurs articles). Me trompé-je?

Aussi, est-ce que « Dr. Twenge’s 100+ scientific journal publication » n'est qu'une belle formulation ou bien cela veut-il dire que ses articles ont bel et bien été « peer-reviewed » par un comité de lecture?

:interro:
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#12

Message par Dash » 21 mars 2018, 10:18

Dans les FAQ's, sur son site, j'ai trouvé ça :

What about correlation vs. causation – do we know that screen time actually causes unhappiness or depression?

The original research I present in iGen finds that teens who spend more time on screens are less happy and more depressed (in a large, nationally representative sample of U.S. teens). For example, 8th graders who spend 10 or more hours a week on social media sites are 56% more likely to be unhappy than those who spend less time. The link holds when gender, race, and socioeconomic status is taken into account. But those analyses are correlational, so it is possible that unhappy or depressed teens spend more time on screens.

However, three other studies using different research designs have come close to ruling out that possibility. Two longitudinal studies (here and here ) find that social media use leads to unhappiness, but unhappiness does not lead to social media use. A third study is a true experiment, meaning it can show causation. People were randomly assigned to either give up Facebook for a week or continue their normal Facebook use. Those who gave up Facebook ended the week happier, less depressed, and less lonely. [here]

Also: Depression causing social media use doesn’t explain why depression would increase so suddenly after 2011-12. In that model, something else would have to cause teen depression to rise so sharply, which would then lead to more smartphone and social media use. It seems much more likely that smartphone and social media use increased, and depression and unhappiness followed.

______

Traduction DeepL :

La recherche originale que je présente dans iGen révèle que les adolescents qui passent plus de temps sur les écrans sont moins heureux et plus déprimés (dans un grand échantillon représentatif à l'échelle nationale d'adolescents américains). Par exemple, les élèves de 8e année qui passent 10 heures ou plus par semaine sur des sites de médias sociaux sont 56% plus susceptibles d'être mécontents que ceux qui passent moins de temps. Ce lien existe lorsque le sexe, la race et le statut socioéconomique sont pris en compte. Mais ces analyses sont corrélatives, de sorte qu'il est possible que les adolescents malheureux ou déprimés passent plus de temps sur les écrans.

Cependant, trois autres études utilisant des modèles de recherche différents ont failli exclure cette possibilité. Deux études longitudinales (ici et ici) montrent que l'utilisation des médias sociaux entraîne le mécontentement, mais que le mécontentement n'entraîne pas l'utilisation des médias sociaux. Une troisième étude est une véritable expérience, ce qui signifie qu'elle peut montrer la causalité. Des personnes ont été assignées au hasard pour abandonner Facebook pendant une semaine ou pour continuer leur utilisation normale de Facebook. Ceux qui ont abandonné Facebook ont terminé la semaine plus heureux, moins déprimé et moins solitaire. [source]

Aussi : La dépression qui cause l'utilisation des médias sociaux n'explique pas pourquoi la dépression augmenterait si soudainement après 2011-2012. Dans ce modèle, quelque chose d'autre devrait entraîner une hausse aussi marquée de la dépression chez les adolescents, ce qui mènerait à une utilisation accrue des téléphones intelligents et des médias sociaux. Il semble beaucoup plus probable que l'utilisation des smartphones et des médias sociaux a augmenté et que la dépression et le mécontentement ont suivi.

Traduit avec www.DeepL.com/Translator
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#13

Message par Jean-Francois » 21 mars 2018, 10:30

Dash a écrit :
21 mars 2018, 09:59
Aussi, est-ce que « Dr. Twenge’s 100+ scientific journal publication » n'est qu'une belle formulation ou bien cela veut-il dire que ses articles ont bel et bien été « peer-reviewed » par un comité de lecture?
Faudrait regarder au cas par cas pour le savoir sur l'ensemble de ses articles mais on trouve au moins 44 de ses papiers indexés sur PubMed (recherche avec "Twenge JM"). Cela ne garantit pas la qualité du peer-review de chaque article mais ça supporte l'idée d'une compétence reconnue par les pairs sur les sujets qu'elle aborde.

Comme elle n'a pas un nom courant, il est difficile de supposer une homonymie. Donc, oui, il y a de nombreux indices qui suggère que son opinion est éclairée par une bonne connaissance du sujet et une approche scientifique de la question. Reste que, sur un sujet social comme celui-là, j'ai plutôt tendance à me dire qu'il faut a) attendre que la discussion académique se fasse (i.e., laisser passer quelques années*), b) ne pas faire reposer notre vision des choses sur un seul chercheur.

Jean-François

* Sur Pubmed, il n'y a qu'un seul papier d'elle concernant les smartphones ("twenge jm and smartphone") et il n'est même pas encore paru officiellement.
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#14

Message par Dash » 21 mars 2018, 10:39

Merci JF.

En fait, je pense que, comme souvent, les sites qui reprennent l'article sont plus « catastrophiques/catégoriques » que l'auteur et l'article original. Sinon, elle semble tout à fait consciente du biais de corrélation/causalité et y répond dans sa FAQ. Ses livres/sujets me semblent intéressants.
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#15

Message par Cogite Stibon » 21 mars 2018, 12:39

Dash a écrit :
21 mars 2018, 10:18
Cependant, trois autres études utilisant des modèles de recherche différents ont failli exclure cette possibilité. Deux études longitudinales (ici et ici) montrent que l'utilisation des médias sociaux entraîne le mécontentement, mais que le mécontentement n'entraîne pas l'utilisation des médias sociaux. Une troisième étude est une véritable expérience, ce qui signifie qu'elle peut montrer la causalité. Des personnes ont été assignées au hasard pour abandonner Facebook pendant une semaine ou pour continuer leur utilisation normale de Facebook. Ceux qui ont abandonné Facebook ont terminé la semaine plus heureux, moins déprimé et moins solitaire. [source]
Le problème, c'est que, quand je lis le résumé des 2 première études, je ne vois rien dedans qui laisse penser qu'ils aient établis autre chose qu'une corrélation. Quant à la 3ème, elle montre un effet positif sur une semaine pour des gens à qui on demande de changer une habitude par rapport à des gens à qui on ne demande rien. L'effet Hawthorne peut jouer, et rien ne dis que ça se généralise.

Tu as des références de ses articles disponibles en ligne ?

et sinon :
Entraînez votre bullshitomètre, leçon 3 : n'oubliez pas le dénominateur.
L'évolution du "nombre d'individus ayant la propriété machin" ne dit rien sur l'évolution de la "propriété machin" si on se sait pas quelle est l'évolution du "nombre d'individus" tout cours. Il faut toujours comparer des taux, c'est à dire le "nombre d'individus ayant la propriété machin" divisé par "le nombre d'individus".

Ici, J.M. Twenge dis, par exemple :
le nombre d’enfants qui manquent de sommeil a augmenté de 57 % entre 1991 et 2015
Si le nombre d'enfants tout cours a augmenté comme la population américaine entre 1991 et 2015, alors il a augmenté de 27%, et le taux d'enfants manquant de sommeil a été multiplié par 1,24 entre 1991 et 2015, pas par 1,57.



Entraînez votre bullshitomètre, leçon 1 : comparez ce qui est comparable
L'évolution d'un chiffre n'a de sens que si ce chiffre mesure toujours la même chose. Ça devrait être évident, mais on s'y laisse facilement prendre
actuellement, les jeunes de 16 ans sortent moins que ne le faisaient ceux de 12 ans en 2009. Ils sont en train de cesser progressivement de sortir et de se socialiser dans les parcs, squares,
A 12 ans, je sortais tout le temps jouer dehors avec mes amis. A 16 ans, j'étais plus renfermé - comme beaucoup des mêmes amis, devenus adolescents. Comparer ces chiffres sur 2 période différente n'a pas de sens.
en 2015, seuls 56 % des élèves de terminale sont « sortis » avec quelqu’un, contre 85 % des jeunes dix ans plus tôt
Les "jeunes" d'il y a 10 ans, c'était aussi des élèves de terminale ? Ou les jeunes de 18 à 25 ans ? Ou autre chose ?
Pour les échantillons statistiques, comme dans d'autres domaines, il n'y a pas que la taille qui compte.
Raisonner a l'instinct sur des problemes de probabilites, c'est le desastre assuré. (Spin Up)
Une graphe sans échelle, c'est bon pour la poubelle

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julien99
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#16

Message par julien99 » 21 mars 2018, 13:19

Bizarrement personne n'a mentionné l'accès extrêmement facilité à de contenus pornographiques via smartphones.
Je doute fort qu'à l'âge de 10/11 ans ce genre de vidéos puissent avoir un effet positif sur les chérubins. Sauf peut-être la banalisation de nombreuses pratiques sexuelles au profit d'éventuels prédateurs pédophiles.
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LePsychoSophe
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#17

Message par LePsychoSophe » 21 mars 2018, 17:05

Fil très intéressant.
Je ne rentre pas dans le débat de la vérité absolue du bien ou du mal des smartphones... trop de facteurs à prendre en compte pour l'heure tardive...

Ce que je peux dire de façon anecdotique, c'est que je n'ai plus de smartphone depuis début 2018 (bonne résolution? ou mauvaise...) et je vis très bien comme ça.
Je ne suis certainement pas plus heureux ou plus jenesaisquoi mais je n'ai rien perdu... Ah si, je gagne 10€ d'économie par mois!

Je limite à deux/trois heures par semaines les dessins animés pour mes gosses et pas de tablette ni téléphone. Je ferai au mieux pour repousser l'âge d'acquisition de ce truc qui est selon moi d'une inutilité absolue (téléphoner => le fixe, Internet => la box... point barre).

J'aime être sans ce truc. C'est une conviction profonde ni plus ni moins. Chacun est libre d'utiliser ce truc. Après, les études... en sciences humaines...

Dans le même genre chez les enfants, j'avais été séduit par les études sur les effets néfastes de la TV et des tablettes tactiles.

J'ai trouvé ce beau document de l'académie des sciences qui a l'air bien référencé au niveau des articles scientifiques.
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#18

Message par Florence » 22 mars 2018, 03:11

julien99 a écrit :
21 mars 2018, 13:19
Bizarrement personne n'a mentionné l'accès extrêmement facilité à de contenus pornographiques via smartphones.
Je doute fort qu'à l'âge de 10/11 ans ce genre de vidéos puissent avoir un effet positif sur les chérubins. Sauf peut-être la banalisation de nombreuses pratiques sexuelles au profit d'éventuels prédateurs pédophiles.
Ce n'est pas particulièrement lié aux smartphones. L'accès facile à des contenus perturbants pour de les enfants et jeunes adolescents ne date pas d'hier, qu'il s'agisse des bouquins cochons mal cachés dans la bibliothèque paternelle, de films super-8, de cassettes vidéo ou maintenant d'internet sur smartphone, le problème a toujours existé.

Mais il est souvent plus facile d'incriminer la technologie que de faire face aux difficultés à éduquer ses enfants ...
Je dis lâche et traître celui qui se plaint des fautes d'autrui ou de la puissance de ses ennemis A. de Saint-Exupéry, "Citadelle".
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#19

Message par MaisBienSur » 22 mars 2018, 04:22

julien99 a écrit :
21 mars 2018, 13:19
Je doute fort qu'à l'âge de 10/11 ans ce genre de vidéos puissent avoir un effet positif sur les chérubins. Sauf peut-être la banalisation de nombreuses pratiques sexuelles au profit d'éventuels prédateurs pédophiles.
Les prédateurs pédophiles existent depuis des siècles, donc bien avant une quelconque banalisation du sexe, on va seulement pouvoir observer dans une ou deux décennies l'impact de la pornographie accessible sur la sexualité des générations qui arrivent.
Et ce ne sera pas forcément si négatif que ça.

La pornographie est mal vue surtout par une population mal préparée à sa propre sexualité.
Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu.

Avant, j'étais indécis, maintenant je n'en suis plus très sûr...

Les marmottes qui pissent au lit passent un sale hiver (Philippe Vuillemin)

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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#20

Message par Vathar » 22 mars 2018, 06:07

Florence a écrit :
22 mars 2018, 03:11
Ce n'est pas particulièrement lié aux smartphones. L'accès facile à des contenus perturbants pour de les enfants et jeunes adolescents ne date pas d'hier, qu'il s'agisse des bouquins cochons mal cachés dans la bibliothèque paternelle, de films super-8, de cassettes vidéo ou maintenant d'internet sur smartphone, le problème a toujours existé.

Mais il est souvent plus facile d'incriminer la technologie que de faire face aux difficultés à éduquer ses enfants ...
Il y a deux aspects différents ici.

1 - L’accès de l'enfant à du contenu non sollicité
2 - La facilité pour le pré-ado à trouver du contenu pornographique quand il commence à s'intéresser aux "choses de la vie".

Pour le second point; ayant moi meme amplement puisé dans "les bouquins cochons mal cachés dans la bibliothèque paternelle" quand j'étais plus jeune, je ne vois aucun problème à ce qu'un ado aille en douce "s'instruire" sur un site porno. Oui je sais, c'est mal, interdit au moins de 18 ans et tout et tout, mais soyons réalistes!

Le premier point est un peu plus épineux et j'admets qu'il n'est pas souhaitable qu'un enfant plus jeune et peu intéressé par la question se retrouve bombardé de contenu porno des qu'il se connecte au net mais, dans ce cas précis, la technologie, ca se configure. Tout bien considéré, je n'ai pas non plus envie de recevoir du contenu non sollicité quand je traîne sur le net et ca tombe bien car je n'en reçois pas considérant que j'utilise des bloqueurs de pubs, de scripts indésirables et autres saloperies du genre.

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Nicolas78
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#21

Message par Nicolas78 » 22 mars 2018, 06:11

julien99 a écrit :
21 mars 2018, 13:19
Bizarrement personne n'a mentionné l'accès extrêmement facilité à de contenus pornographiques via smartphones.
Je doute fort qu'à l'âge de 10/11 ans ce genre de vidéos puissent avoir un effet positif sur les chérubins. Sauf peut-être la banalisation de nombreuses pratiques sexuelles au profit d'éventuels prédateurs pédophiles.
Si tu lisait vraiment, tu aurait vue que si...

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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#22

Message par Dash » 22 mars 2018, 09:47

Cogite Stibon a écrit :
21 mars 2018, 12:39
Le problème, c'est que, quand je lis le résumé des 2 première études, je ne vois rien dedans qui laisse penser qu'ils aient établis autre chose qu'une corrélation. Quant à la 3ème, elle montre un effet positif sur une semaine pour des gens à qui on demande de changer une habitude par rapport à des gens à qui on ne demande rien. L'effet Hawthorne peut jouer, et rien ne dis que ça se généralise.

Tu as des références de ses articles disponibles en ligne ?
Tu as écrit « ses », donc tu parles de ses articles à elle (ceux listés sur son site web) ou des 2 études que tu viens de critiquer plus haut? Anyway, je n’ai rien de plus que ces liens et que ce qui est disponible sur son site web.

Sinon, pour tes rappels « bullshitomètre », j’apprécie tjrs quand tu nous expliques ces types d’erreurs. Ne cesse surtout pas, c’est utile (peu importe les sujets). ;)

___________
@tous

Bon, par contre, je dois avouer que je suis quelque peu perplexe concernant ce cas précis. Depuis que je fréquente ce forum, il m’est souvent arrivé de voir des membres (surtout zozo) présenter un « scientifique » à la réputation/crédibilité douteuse (sans publication « peer-reviewed »). Ou, encore, un scientifique atteint du syndrome du prix Nobel qui se mets soudainement à adhérer à des théories douteuse (ou hors de son champ d’expertise). Ça, je comprends et ça me parait évident (facile à discerner) quand je fais moi même une recherche et que je constate qu’en fait, il ne s’agit que d’un auteur qui se dit « scientifique » (sans l’être) ou d’un « vieux scientifique » qui a bifurqué vers des trucs new-ages, etc. Mais, dans ce cas-ci, pour moi qui ne suis qu’un « quidam/lambda », c’est-à-dire un mec qui s’intéresse à la pensée critique et au scepticisme, mais qui n’a pas (à l’origine) une grande instruction, aucun diplôme, et qui ne bosse pas dans un domaine ayant un quelconque rapport avec la science, je ne m’explique pas comment un individu qui détient un baccalauréat, plus une maîtrise de l’Université de Chicago ainsi qu’un doctorat de l’Université du Michigan, qui à, en plus, publié 130 articles dans des revues scientifiques (dont 44 sont référencés/trouvés sur PubMed) et qui ne semble pas du tout « égaré » dans des thèmes/sujets farfelus, pourrait ne pas avoir conscience et ne pas tenir compte de tout ce que nous soulignons/relevons dans ce sujet. :?

Ce n’est pas tant une question d’impressionnabilité (face à ses diplômes/publications) de ma part qu’une question de probabilité. Moi-même, avant toutes vos remarques, j’ai suspecté le biais de corrélation/cause et je saisis très bien les explications de Cogite sur les passages (chiffres-dates) qu’il souligne. Mais alors comment une professionnelle comme elle pourrait ne pas voir/comprendre/réaliser ce que je vois moi-même, « simple lecteur lambda sans diplômes » que je suis?

:interro:

Ça me dépasse complètement et ça me semble improbable étant donné le nombre de ses publications scientifiques et son parcours. Si, encore, c’était un sujet qui servait une cause/organisation, je pourrais suspecter un biais favorisant un but/intérêt (comme certaines scientifiques féministes dont cause Kraepelin), mais là, je vois pas du tout. Je ne suis pas en train de défendre cette femme, j’arrive juste difficilement à concilier le fait qu’elle puisse faire des erreurs aussi grossières tout en ayant ce type de parcours, de niveau d’études et toutes ces publications à son actif. Bref, dans un sens, ça me décourage. Comment espérer que « M. & Mme tout le monde » qui ne s’intéressent même pas au scepticisme arrivent à démêler le vrai du faux quand ils lisent ce genre d'article? Même moi, je ne passerai pas tout mon prochain week-end à investiguer et vérifier toutes ses publications, à analyser la « qualité » des comités de lecture ayant approuvé ses publications (comment pourrais-je le faire? Je devrai investiguer le parcours de tous les noms trouvé?). Bref, le scepticisme, ce n’est pas de tout repos! :grimace:
Penser savoir est une chose, savoir penser en est une autre !

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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#23

Message par Florence » 22 mars 2018, 10:14

Vathar a écrit :
22 mars 2018, 06:07
Il y a deux aspects différents ici.

1 - L’accès de l'enfant à du contenu non sollicité
2 - La facilité pour le pré-ado à trouver du contenu pornographique quand il commence à s'intéresser aux "choses de la vie".

Pour le second point; ayant moi meme amplement puisé dans "les bouquins cochons mal cachés dans la bibliothèque paternelle" quand j'étais plus jeune, je ne vois aucun problème à ce qu'un ado aille en douce "s'instruire" sur un site porno. Oui je sais, c'est mal, interdit au moins de 18 ans et tout et tout, mais soyons réalistes!
Bien d'accord. Et le point important est "le contenu non sollicité".
Le premier point est un peu plus épineux et j'admets qu'il n'est pas souhaitable qu'un enfant plus jeune et peu intéressé par la question se retrouve bombardé de contenu porno des qu'il se connecte au net mais, dans ce cas précis, la technologie, ca se configure. Tout bien considéré, je n'ai pas non plus envie de recevoir du contenu non sollicité quand je traîne sur le net et ca tombe bien car je n'en reçois pas considérant que j'utilise des bloqueurs de pubs, de scripts indésirables et autres saloperies du genre.
Pareil pour moi, et c'est bien pourquoi j'ai écrit : "Mais il est souvent plus facile d'incriminer la technologie que de faire face aux difficultés à éduquer ses enfants ..."
Je dis lâche et traître celui qui se plaint des fautes d'autrui ou de la puissance de ses ennemis A. de Saint-Exupéry, "Citadelle".
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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#24

Message par Jean-Francois » 22 mars 2018, 10:30

Dash a écrit :
22 mars 2018, 09:47
Mais alors comment une professionnelle comme elle pourrait ne pas voir/comprendre/réaliser ce que je vois moi-même, « simple lecteur lambda sans diplômes » que je suis?
Elle peut être consciente de la possibilité de biais mais défend quand même sa thèse car a) elle a des arguments et b) s'il s'agit d'une cause potentielle de problèmes sociaux à venir, vaut mieux prévenir que guérir. D'ailleurs, sa position est peut-être plus proche de la conclusion nuancée de l'article:
"Cyclical economic indicators such as unemployment were not significantly correlated with well-being, suggesting that the Great Recession was not the cause of the decrease in psychological well-being, which may instead be at least partially due to the rapid adoption of smartphones and the subsequent shift in adolescents' time use" (je souligne.)

L'article dans The Atlantic me semble avoir pour but d'avertir les adultes de la possibilité que leurs enfants/ados passent trop de temps sur leur téléphone. (En fait, je tire plutôt l'impression que le message en filigrane est: ils n'ont plus vraiment de liberté irl alors ils compensent par la prothèse artificielle.) Et on peut plus difficilement encore juger de sa pensée au travers des articles qui reprennent ses propos, avec transformations comme l'article sur "osonsrever".

Je pense qu'elle soulève une donnée qui mérite qu'on s'y attarde mais il est clair que pour avoir une perspective correcte sur une question aussi multi-factorielle, il faut laisser le temps à ce qu'un consensus sorte du dialogue entre ceux intéressés à discuter sérieusement de la question.
Bref, le scepticisme, ce n’est pas de tout repos! :grimace:
Dans ce cas-ci, je pense que le scepticisme permet quand même de ne pas penser qu'une génération a été "détruite" (titre puta-clic) par la technologie. Maintenant, il y a peut-être un problème potentiel et faut creuser si on veut comprendre plus à fond.

Un truc pas mal aussi, c'est d'éviter l'hyper-critique.

Jean-François
“The more implausible the hypothesis — telepathy, aliens, homeopathy — the greater the chance that an exciting finding is a false alarm, no matter what the P value is.” (Nuzzo R (2014) Nature 506:150)

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Re: Les smartphones ont-ils détruit les adolescents ?

#25

Message par Vathar » 22 mars 2018, 10:36

Dash a écrit :
22 mars 2018, 09:47
Mais alors comment une professionnelle comme elle pourrait ne pas voir/comprendre/réaliser ce que je vois moi-même, « simple lecteur lambda sans diplômes » que je suis?
Il faut faire la différence entre un livre destiné au grand public, et publié à but commercial, et une publication scientifique peer reviewed.

je ne veux pas faire un procès d'intention à une personne dont je ne connais que le nom mais, meme sans que ce livre soit une simple maniere de faire du fric, il est possible que l'auteur croie vraiment à ses conclusions mais préfère des exemples plus frappants, quitte à ce que la rigueur y laisse des plumes.

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