Le théonormatisme

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FrançoisDoyon
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Le théonormatisme

#1

Message par FrançoisDoyon » 07 janv. 2020, 16:06

J’appelle théonormatisme le principe d’une vision du monde qui fait de la croyance en une quelconque forme de transcendance ou de spiritualité (au sens de croyance en l’existence d’une substance spirituelle) une norme implicite et qui marginalise et dénigre l’athéisme (ou l’absence de spiritualité) en le considérant comme une forme de religion qui s’ignore. Le théonormatisme repose sur le préjugé faux selon lequel aucun être humain ne peut vivre sans croire à une forme de transcendance ou de sens de l’existence qui serait donné par un être suprême. Toute forme de réserve ou de suspension du jugement de la part d’un non-croyant est considérée comme le signe que la personne va finir par croire un jour. Pour éviter d’avoir à défendre sa croyance en l’existence de Dieu ou de l’affirmer dogmatiquement, on nie plutôt la sincérité des non-croyants. On décrédibilise ainsi les critiques de la religion en disant que les non-croyants sont des croyants déçus par toutes les religions existantes, qu’ils sont donc tellement religieux qu’aucun dieu n’est assez divin pour eux. Il y a bien sûr des distinctions entre les concepts de dieu, de religion et de spiritualité. Je parle ici de la croyance au surnaturel en un sens très général, c’est la croyance qu’il existe quelque chose au-delà de la pure matière qui pourrait donner un sens à la vie ou fonder une forme de spiritualité. Bref, le théonormatisme, c’est présumer que tout être humain croit d’une façon ou d’une autre au surnaturel.

En érigeant la croyance au surnaturel en norme, le théonormatisme rend l’athéisme (ou l’absence totale de spiritualité) culturellement invisible : c’est seulement lorsque des individus affirment clairement leur athéisme ou sont publiquement perçus comme athées qu’ils deviennent visibles et font l’objet d’une discrimination sociale. Ainsi, le théonormatisme n’est pas seulement un système de valeurs personnel, c’est un outil du maintien de la religion et de la discrimination contre les athées, une forme de contrôle social envers les individus qui dévient de la norme de croyance. Voici quelques exemples de théonormatisme :

· La présence d’une croix sur la tombe d’un inconnu;

· L’affirmation « Nous croyons tous au même Dieu, mais nous lui donnons des noms différents » pour avoir l’air inclusif tout en excluant ceux qui ne croient pas à une religion abrahamique;

· Le D. G. Regina (qui est l’abréviation du latin Dei Gratia Regina, reine par la grâce de Dieu) sur les pièces de 25 cents canadiennes;

· La question « Tu dois bien croire en quelque chose? »;

· L’expression « En dehors des croyances et des adhésions religieuses » utilisée dans un manuel écrit par Jean Grondin et Daniel Weinstock pour le cours ECR pour désigner les athées;

· L’affirmation selon laquelle l’athéisme est une forme de spiritualité (Jean Grondin, « La religion comme expérience de vérité », Cités, n° 62, 2015, p. 13);

· Le fait de dire qu’il est à peu près impossible de mourir sans être croyant (Jean Grondin, À l’écoute du sens, Montréal, Bellarmin, 2011, p. 152);

· Le fait de dire à quelqu’un « Tu n’es pas comme les autres athées », ce qui revient à dire que toutes les personnes athées se ressemblent;

· Le fait de souhaiter qu’un mort repose en paix (un mort ne se repose pas dans l’attente de la résurrection de la chair, il se décompose).

Je viens d’énumérer des façons d’affirmer implicitement l’existence d’une divinité ou d’un ordre de réalité surnaturel. Par l’utilisation d’expressions théonormatives, les croyants peuvent imposer leur vision du monde au quotidien et marginaliser les athées, ceux qui sont « en dehors des croyances et des adhésions religieuses », comme le dit le même manuel dont j’ai parlé plus haut, tout en parlant d’eux comme « des membres d’une religion se disent non-religieux ou incroyants » (pour plus de détails, voir mon chapitre «Les vertus antiphilosophiques du cours ECR» dans La face cachée du cours Éthique et culture religieuse, publié chez Léméac).

Une autre stratégie pour maintenir au statut de norme le fait de croire en Dieu consiste à nier la sincérité des non-croyants. Affirmer que les athées sont en quelque sorte des croyants qui s’ignorent ou que le positionnement des athées et des agnostiques est la « religion » de nos sociétés avancées, c’est du théonormatisme. En effet, on entend souvent des croyants dire que l’argumentation des personnes non croyantes présuppose les réponses religieuses, auxquelles elles feraient des emprunts importants quand elles parlent de la dignité humaine ou de l’injustice qu’il faut combattre, mais aussi lorsqu’elles rêvent d’une libération à venir. C’est laisser entendre que toute croyance en quelque chose qui nous rendra heureux est une forme de religion. C’est du révisionnisme conceptuel : on se donne une définition de religiosité qui est si large qu’elle permet de voir des croyances religieuses là où il n’y en a pas. Comme le dit le physicien Steven Weinberg :

«Certains ont de Dieu une vision si large et si souple qu’ils ne peuvent que le trouver partout où ils le cherchent. On entend dire “Dieu est l’être suprême”, “Dieu est le meilleur de nous-mêmes”, ou “Dieu est l’univers”. Bien sûr, comme n’importe quel autre mot, on peut donner au mot “Dieu” le sens que l’on veut. Si vous voulez dire que “Dieu est l’énergie”, vous pouvez le trouver dans un morceau de charbon.»

Le théonormatisme, dans sa logique même, évacue trop rapidement la possibilité même de l’athéisme : il présuppose qu’aucun homme n’existe vraiment sans quelque forme de religion, sans spiritualité. Je vis pourtant très bien sans spiritualité : je constate quotidiennement que l’univers est complètement indifférent à mon sort, et je juge que la vie humaine n’a pas de sens, ce qui ne m’empêche pas de bien vivre. La vie, écrit Camus, « sera d’autant mieux vécue qu’elle n’aura pas de sens ». La thèse selon laquelle l’être humain a besoin de « spiritualité » doit être démontrée. Or, bien des gens semblent la tenir pour acquise, ils se fondent sur ce préjugé théonormatif pour justifier la thèse selon laquelle les athées sont en fait des croyants qui s’ignorent. C’est un raisonnement qui tourne en rond.

La plupart des croyants n’ont pas l’intention de blesser et se considèrent dépourvus de biais discriminants. Les micro-agressions théonormatives sont insidieuses précisément parce que les personnes qui les font n’en sont pas conscientes. Il ne faut donc pas être surpris si une personne s’indigne parce qu’on lui fait la remarque que ces biais sont blessants. Pour en finir avec le théonormatisme, il faut tenter d’être constamment vigilant sur nos propres biais théonormatifs et être ouvert à la discussion sur nos propres attitudes et biais envers les athées.
François Doyon, Ph D, professeur de philosophie, auteur de Les philosophes québécois et leur défense des religions (Connaissances et Savoirs, 2017) ; Nietzsche : généalogie de la morale (CEC, 2019); co-auteur de L’art du dialogue et de l’argumentation (Chenelière, 2008), La face cachée du cours éthique et culture religieuse (Léméac, 2016), Logos (CEC, 2018).

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Tybi
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Re: Le théonormatisme

#2

Message par Tybi » 09 janv. 2020, 09:01

Salut

Une personne, qui croit sincèrement que dieu existe, éprouve nécessairement une grande difficulté à comprendre qu'une autre ne croit pas en dieu.
S'il accepte que l'autre ne croit pas en dieu, il accepte le doute de sa croyance ?
La critique n'est pas de l'intolérance.

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Re: Le théonormatisme

#3

Message par unptitgab » 10 janv. 2020, 02:54

Le théonormatisme est insidieux il se faufile même chez celui qui le met en évidence en lui faisant utiliser pour se décrire le mot athée qui est tout de même illustratif du théonormatisme en obligeant d'user de l'objet de son incroyance le rationaliste.
"Quand elle devient « pure » de toute expérience sensorielle, la raison déraisonne. Elle prétend prouver l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Cette folie s’appelle métaphysique. Le métaphysicien est un savant fou. Il veut tout prouver, il ne montre que son insanité." Jean-Baptiste Botul

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unptitgab
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Re: Le théonormatisme

#4

Message par unptitgab » 10 janv. 2020, 04:21

J'ajouterais qu'à ma connaissance le seul autre mot construit pour désigner une opposition négative à la norme est anarchie, sans commandement, comme pour l'athéisme en faire une attribution positive est plus un pied de nez aux tenants de la normalisation sociétale qui a fabriqué ces deux termes pour désigner les déviants que la marque d'une émancipation linguistique d'une imposition de la norme qui serait de croire en un dieu et de devoir être dirigé.
"Quand elle devient « pure » de toute expérience sensorielle, la raison déraisonne. Elle prétend prouver l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Cette folie s’appelle métaphysique. Le métaphysicien est un savant fou. Il veut tout prouver, il ne montre que son insanité." Jean-Baptiste Botul

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maxaler
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Re: Le théonormatisme

#5

Message par maxaler » 10 janv. 2020, 07:38

unptitgab a écrit :
10 janv. 2020, 04:21
J'ajouterais qu'à ma connaissance le seul autre mot construit pour désigner une opposition négative à la norme est anarchie ...
Et apolitique, asocial, abâtardi ... ?
Tout ce que je sais c'est que je ne sais rien (Socrate)
L'important n'est pas de voir ce qui se profile confusément au loin, mais de faire ce qui est nettement à portée de main (Thomas Carlyle)

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Cartaphilus
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Un peu de vocabulaire...

#6

Message par Cartaphilus » 10 janv. 2020, 13:14

Salut à tous.

[digression]
unptitgab a écrit :
10 janv. 2020, 04:21
J'ajouterais qu'à ma connaissance le seul autre mot construit pour désigner une opposition négative à la norme est anarchie [...]
Anomie (deuxième acception), acratie.

[/digression]
Le sommeil de la raison engendre des monstres. Francisco de Goya.

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David Labrecque
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Re: Le théonormatisme

#7

Message par David Labrecque » 12 janv. 2020, 16:26

Après des années sans fréquenter le forum, j'allais créer une discussion sur la fin du cours d'Éthique et culture religieuse qui ne manquera pas de susciter des débats polarisés quand j'ai vu que le sujet était déjà abordé ici, en quelque sorte. Alors voilà...

Dans l'article ci-dessous, on parle d'«une éclatante victoire de l'athéisme militant», rien de moins.

https://www.ledevoir.com/societe/educat ... e-militant

Corrigez-moi si je me trompe, mais le seul «argument» que je vois pour maintenir la pastorale et un résidu de catéchèse dans ce qui devrait plutôt se rapprocher d'un cours de philosophie, c'est que la spiritualité est une composante essentielle de l'être humain, comme si les athées n'avaient aucune vie intérieure et que la compréhension des religions était absolument nécessaire à l'apprentissage de l'éthique dès la première année du primaire...

Un postulat théonormatif, donc.
«Le plus intelligent de tous, à mon avis, c'est celui qui au moins une fois par mois se traite lui-même d'imbécile, — aptitude de nos jours inouïe !» (Dostoïevski)

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FrançoisDoyon
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Re: Le théonormatisme

#8

Message par FrançoisDoyon » 13 janv. 2020, 15:04

David Labrecque a écrit :
12 janv. 2020, 16:26
Après des années sans fréquenter le forum, j'allais créer une discussion sur la fin du cours d'Éthique et culture religieuse qui ne manquera pas de susciter des débats polarisés quand j'ai vu que le sujet était déjà abordé ici, en quelque sorte. Alors voilà...

Dans l'article ci-dessous, on parle d'«une éclatante victoire de l'athéisme militant», rien de moins.

https://www.ledevoir.com/societe/educat ... e-militant

Corrigez-moi si je me trompe, mais le seul «argument» que je vois pour maintenir la pastorale et un résidu de catéchèse dans ce qui devrait plutôt se rapprocher d'un cours de philosophie, c'est que la spiritualité est une composante essentielle de l'être humain, comme si les athées n'avaient aucune vie intérieure et que la compréhension des religions était absolument nécessaire à l'apprentissage de l'éthique dès la première année du primaire...

Un postulat théonormatif, donc.

Un postulat théonormatif, en effet. Comme je n'ai pas d'âme, je ne peux pas avoir de spiritualité. Et je suis très heureux ainsi.
François Doyon, Ph D, professeur de philosophie, auteur de Les philosophes québécois et leur défense des religions (Connaissances et Savoirs, 2017) ; Nietzsche : généalogie de la morale (CEC, 2019); co-auteur de L’art du dialogue et de l’argumentation (Chenelière, 2008), La face cachée du cours éthique et culture religieuse (Léméac, 2016), Logos (CEC, 2018).

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Nicolas78
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Re: Le théonormatisme

#9

Message par Nicolas78 » 17 janv. 2020, 15:02

Ça dépend largement ce qu'ont entend par spiritualité quand même...Et à quel point ont applique les définitions.

L'humanisme laïque et athée peut être vu comme un système spirituel ou les valeurs morales dépassent/transcendes ce que la matière est pour protéger ce qu'elle exprime (une personne avec une personnalité, matérielle, qui n'existerait pas sans ses atomes, mais qui est considérée comme plus qu'un simple amha d'atome...).
Ceci me permettant d'introduire le concept de l’émergence, qui fait qu'un tout n'est pas uniquement réductible à ses composants, mais à l’ensemble de ses fonctions, peut aussi être vue comme une forme de transcendance (même si ca l'est pas fondamentalement, ca peut être vue ainsi).
La quête d'un sens à sa propre vie, qui anime, je pense, toute personne, peut aussi être une forme de spiritualité.

Au-delà du problème de la définition et du contexte d'utilisation de ce mot "spirituel", qui à été pris en otage par la religion, je suis d'accord avec vous ;)

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Tybi
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Re: Le théonormatisme

#10

Message par Tybi » 17 janv. 2020, 22:13

Quand on joue avec les mots, on peut dire n'importe quoi. Selon le dictionnaire CRISCO en recherchant le mot spiritualité on obtient:

Synonymes: âme, dévotion, esprit, foi, mysticisme, piété, religion, spiritualisme
Antonymes: animalité, matérialité

Il faudrait éviter ce genre de langage abusif. Si je suis un athée matérialiste et évolutionniste, je ne parle pas de spiritualité mais plutôt de fonctionnalité.
La critique n'est pas de l'intolérance.

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Nicolas78
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Re: Le théonormatisme

#11

Message par Nicolas78 » 18 janv. 2020, 12:52

Bha c’est un peu ce que Francois disais.
Meme le mot « spiritualité » est pris en otage par la culture religieuse.

Ce mot à différentes significations. Ont trouve même des athées qui parlent d’une spiritualité athée.
Comme pour libérer et s'approprier le mot.

Par exemple : https://books.google.fr/books?id=_JzXAA ... CD8Q6AEwAg (venant d’une source wiki sur la spiritualité).

Mais pour jouer le jeu de la définition.
D’après le CNRTL, ce mot à bien plusieurs sens, contextuels et de « ou » (donc de sens lié à un contexte), et c’est aussi ce que dit wikipedia tien :
https://www.cnrtl.fr/definition/spiritualité
Mais il reste très relié effectivement à la religion ou au dualisme. Mais pas exclusivement si j’en crois nombre d’auteurs et de façons de desincarcerer ce mot de la religion.

Ca serait dommage de laisser ce mot à l’utilisation seul des religieux...C’est pourtant contre cette culture d’appropriation religieuse que Francois lutte...

Apres pourquoi pas trouver des mots moins ambigus (moins a senteurs religieuse) pour parler des concepts d’ont je parlais plus haut. Pour moi trouver un sens à sa vie, l’introspection, la mise en place d´un système de valeurs liées a ces « recherches » c’est une forme de spiritualité (non religieuse ni dualiste etc). Mais d’autres mots sont dispos pour ca aussi, ca ira.
Mon message s’inscrit dans le contexte de Francois, cad la lutte de la prise d’otage culturel de la religion sur les mots.
Rien de plus. Par ailleurs j’ai donc rien contre ton objection ;)

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Re: Le théonormatisme

#12

Message par Aggée » 18 janv. 2020, 19:33

Nicolas78 a écrit :
18 janv. 2020, 12:52
Citation d'André Comte-Sponville:
Aussi est-il urgent de retrouver une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Église, qui nous prémunisse autant du fanatisme que du nihilisme. André Comte-Sponville pense que le XXIe siècle sera spirituel et laïque* ou ne sera pas. Il nous explique comment. Passionnant.
Bonjour Nicolas,le scepticisme scientifique est matérialiste et donc par essence nihiliste concernant la spiritualité, ce « machin » non mesurable…non démontrable matériellement, si je n’utilise mon cerveau qu’en mode rationnel, matérialiste, le filtre que je m’impose discrédite automatiquement toute les perceptions qui ne peuvent être validées par cette méthode hyper matérialiste.
le XXIe siècle sera spirituel et laïque* ou ne sera pas.
* laïque ne signifie nullement athée ou anti confessionnel, cela signifie que le scepticisme scientifique, avec ses filtres hyper restrictifs, n’aura pas le monopole de la vérité dans des domaines autres que ceux qui traitent exclusivement de la matière, de son étude très matérialiste.

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Cartaphilus
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Précisions.

#13

Message par Cartaphilus » 19 janv. 2020, 04:18

Saut à tous.
Nicolas78 a écrit :
18 janv. 2020, 12:52
D’après le CNRTL, ce mot à bien plusieurs sens, contextuels et de « ou » (donc de sens lié à un contexte) [...]
La première définition de CNRTL : « Qualité de ce qui est esprit ou âme, concerne sa vie, ses manifestations ou qui est du domaine des valeurs morales. » comporte effectivement deux fois la conjonction disjonctive ou, qui indique une distinction entre les terme qu'elle relie.

Cela devrait suffire à dessiller les yeux des beaux esprits qui écrivent :
Aggée a écrit :
18 janv. 2020, 19:33
[...] le scepticisme scientifique est matérialiste et donc par essence nihiliste concernant la spiritualité, ce « machin » non mesurable…non démontrable matériellement, si je n’utilise mon cerveau qu’en mode rationnel, matérialiste, le filtre que je m’impose discrédite automatiquement toute les perceptions qui ne peuvent être validées par cette méthode hyper matérialiste.
On remarquera une manifeste confusion entre matérialisme, rationalisme, et nihilisme ainsi défini:
  1. Doctrine d'après laquelle rien n'existe (d'absolu) [...] ;
     
  2. Doctrine d'après laquelle il n'y a point de vérité morale, pas de hiérarchie des valeurs [...] ;
     
  3. Doctrine d'un parti politique et philosophique russe appelé pour la première fois de ce nom dans le roman de Tourguerneff, Père et enfants (1862). [...]
Lalande, A. Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Presses Universitaires de France, 16e édition, 1988, p. 681.
---------------------------------------------------------------------------------
En fait, il me semble qu'il existe une autre confusion, entre spiritualité et spiritualisme, le second présentant une étroite connexité avec la religion...
Le sommeil de la raison engendre des monstres. Francisco de Goya.

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Nicolas78
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Re: Le théonormatisme

#14

Message par Nicolas78 » 20 janv. 2020, 08:27

Aggée a écrit :Bonjour Nicolas,le scepticisme scientifique est matérialiste et donc par essence nihiliste concernant la spiritualité, ce « machin » non mesurable…non démontrable matériellement, si je n’utilise mon cerveau qu’en mode rationnel, matérialiste, le filtre que je m’impose discrédite automatiquement toute les perceptions qui ne peuvent être validées par cette méthode hyper matérialiste.
Salut Aggée,

Bha non, c'est exactement l'inverse que j'ai dit précédemment... :|
Ya tout un tas de perceptions qui sont personnelles à chacun (toutes en fait, la science permet simplement de changer de "layer" et de les rendre interpersonnelles et intersubjectives afin de les faire sortir de la seule subjectivité [qui en science ne permet rien malheureusement]). Et ya pas besoin de religions, ni même de philosophie matérialiste, ni de rien du tout, pour développer une "forme" de spiritualité sur cette "vie intérieure" qui nous caractérise tous mais est unique en chacun de nous...C'est purement des choses indémontrables (ce que je ressent, la de suite, je peux pas te le faire sentir à coup de science et te le prouver...), mais c'est vraiment de l'ordre de l'évidence...
Ce que j'appel spiritualité, je l'ai développé dans mon post précédent. Mais tu peux y ajouter cela, évidement.
Spiritualité n'est qu'un mot. Mais au fond, l'expérience subjective et les perceptions d'un croyant ou d'un athée, c'est celle d'un homo-sapiens, AVANT.
Je ne connais personne qui est née athée ou croyant (même si certains parents le croient :lol: ).

laïque ne signifie nullement athée ou anti confessionnel, cela signifie que le scepticisme scientifique, avec ses filtres hyper restrictifs, n’aura pas le monopole de la vérité dans des domaines autres que ceux qui traitent exclusivement de la matière, de son étude très matérialiste.
Généralement, la laïcité est compatible avec toutes les religions/croyances/etc.
Quand à la compatibilité des religions avec la laïcité, c'est moins évident. Ce sont les croyants qui rendent ces relations compatibles pour certains. Mais les religion ne sont pas vraiment compatibles avec la laïcité dans le sens générale (cad qui dépasse l'acceptation de vie commune entre gens d'un même socle philosophie, par exemple le monothéisme mais peut importe la religion). Elle ne sont pas faites pour cela, tout simplement. Ce qui permet de les interpréter ainsi est simple : les croyants sont des humains (qui veulent vivre dans leurs époque et société) avant d’être des religieux qui prennent leurs livres au pied de la lettre.
Alors certes, un Chrétien peut se marier avec une Juive, ou une Musulmane avec un Chrétien etc, mais avec un polythéiste (ou même un athée), non. Ceux qui disent qu'en fait, oui, parce-que blablabla...Ce sont en fait des citoyens avant d’être des croyants...
Sauf pour les radicaux. Et évidement, plus personne ne crois que les radicaux sont compatibles avec autre choses qu'eux même et leurs religions ou idéologies politiques.

---
Cartaphilus a écrit :La première définition de CNRTL : « Qualité de ce qui est esprit ou âme, concerne sa vie, ses manifestations ou qui est du domaine des valeurs morales. » comporte effectivement deux fois la conjonction disjonctive ou, qui indique une distinction entre les terme qu'elle relie.

Cela devrait suffire à dessiller les yeux des beaux esprits qui écrivent :
Tout à fait, après je ne nie pas non-plus, comme le dit Tybi, que le mot "spiritualité" est principalement utilisé dans un contexte religieux et de discussions sur des croyances diverses.
Je n'ai donc aucun soucis à trouver un mot plus juste et moins ambigus contextuellement.
Mais je le trouvais possible d'utilisation, voila :) (et je me disais que comme la religion à possiblement "pris en otage ces mots", ils pourrait être utilisés de façon différentes. Et puisque certains le font déjà dans divers littératures, je ne vois pas pourquoi nous nous gênerions. Et encore moins après ce qu'expliquais FrançoisDoyon...Qui d'une certaine façon tombe possiblement dans le piège culturel qu'il dénonce pourtant lui-même, en se refusant l'utilisation de ce mot...Je dit possiblement car je ne suis pas historien des langues ou linguiste :a1: Ça tout le monde le sais :mrgreen: ).

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