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Naturopathie, analyse critique

Dr Barry L. Beyerstein
Susan Downie

La naturopathie est la plus éclectique des pratiques « alternatives ». Elle a changé ses méthodes en fonction des modes et des croyances populaires. Elle ne pratique aucun système cohérent de méthodes diagnostiques ou thérapeutiques. Les éléments les plus remarquables qui unissent ses praticiens sont un penchant pour la pensée magique, une faible compréhension de la science fondamentale et un rejet de la biomédecine scientifique, qu’ils appellent « allopathie ». Étant donné que la naturopathie manque de logique cohérente, les patients peuvent faire face à des recommandations allant de simples conseils de style de vie (alimentation saine, repos, exercice et réduction du stress) à un éventail de remèdes de charlatan et de gadgets scientifiquement invraisemblables [1].

Ce qui unit le patchwork varié et changeant des pratiques naturopathiques, c’est l’adhésion aux enseignements du mouvement romantique du début du XIXe siècle appelé Naturphilosophie. Le principe central de ce mouvement, qui a touché les poètes romantiques et les artistes de l’époque ainsi que certains scientifiques de renom, c’est l’existence d’une force unificatrice sous-jacente à l’ensemble de la nature, une force qui oriente tous ses composants en un ensemble harmonieux et indivisible [2]. Tout comme le concept du Qi de la philosophie et de la médecine chinoise, cette force mystique est supposée imprégner tous les êtres vivants. Les croyants en la médecine traditionnelle chinoise (MTC) affirment que les déséquilibres dans le flux du Qi sont responsables des maladies, de la fatigue, etc., et qu’un équilibre entre les variantes yin et yang du Qi est essentiel à la santé. L'acupuncture, les herbes chinoises etc. sont censées restaurer le bien-être en rééquilibrant le flux de cette essence spirituelle [3]. Les naturopathes expliquent ce qu’ils font en recourant à des usages métaphoriques des termes « équilibre », « harmonie » et « flux », qui se résument en fin de compte à des synonymes de « bon » et n’ont pas de signification scientifique. Les similitudes de leurs théories peuvent expliquer pourquoi la MTC est enseignée dans les collèges de naturopathie.

La Naturphilosophie a pour corollaire que, pour comprendre la nature, il faut en faire l'expérience dans son ensemble, c'est-à-dire de manière intuitive plutôt qu'objectivement et analytiquement. L'ouverture aux sentiments subjectifs est considérée comme le moyen le plus fiable de révéler le fonctionnement du monde naturel. Il n’est donc pas surprenant que la naturopathie se soit rapidement ralliée au mouvement « santé holistique ». Cet accent mis sur l' « holisme » contribue à expliquer l’indifférence et/ou l’antipathie apparentes de la plupart des naturopathes face à la recherche scientifique objective.

La naturopathie considère la maladie comme une dégradation généralisée du corps en réponse à des événements « non naturels » dans l'environnement, auxquels il est possible de remédier en renforçant globalement la résistance du corps. Cela va à l'encontre de l'opinion de la biomédecine scientifique selon laquelle la maladie est un dysfonctionnement dû à des agents pathogènes spécifiques ou à des processus impliquant des systèmes d'organes identifiables. La biomédecine adapte ses traitements au système et aux processus pathologiques impliqués, alors que la naturopathie prétend « traiter toute la personne ».

Bien que la naturopathie utilise des termes scientifiques et assume certaines des caractéristiques de la science, elle présente davantage de caractéristiques d’une pseudo-science [4] et a des racines magiques et quasi religieuses [5]. Son affirmation selon laquelle la guérison découle d'une force vitale surnaturelle ressemble beaucoup au principe abandonné de la biologie préscientifique connue sous le nom d'élan vital [6]. Les biologistes croyaient autrefois qu'une force qui distinguait la vie de la matière inanimée provenait d'un cosmos dont l'ordre naturel était régi par des lois morales, par opposition aux lois mécanistes de la science moderne. Pour les partisans de la naturopathie, les lois naturelles ne sont pas des généralisations à partir d'observations et d'expérimentations, mais semblent être les préceptes moralistes d'une « Nature » anthropomorphique, généralement avec une majuscule pour en souligner les propriétés ciblées et théistes. Ils postulent également que la santé est attribuée ou retirée en fonction de la capacité de chacun à rester en harmonie et en équilibre avec les forces animistes et vitales de l'univers. En s’engageant dans le vitalisme, la naturopathie place les fonctions corporelles hors du domaine de la physique, de la chimie et de la physiologie. C'est ce qui ressort de l'extrait suivant des écrits de Harvey Diamond, défenseur du mouvement Natural Hygiene : « La véritable cause d’une détérioration de la santé réside dans notre incapacité à nous conformer aux lois et aux exigences de la vie. Tous les problèmes de santé découlent du non-respect des lois naturelles. Vivre sainement n’est pas un art que nous devons apprendre, c’est un mode de vie instinctif auquel nous devons revenir ! » [5:98]

D'où proviennent les diktats naturopathiques ?

Tout comme la naturopathie reflète le romantisme du XIXe siècle dont elle est issue, celui-ci porte à son tour l'empreinte d'une tradition plus ancienne, le culte des mystères de la Grèce antique et des enseignements des philosophes présocratiques Héraclite et Parménide [7]. Leurs descendants ont inspiré la contre-culture des années 1960 et 1970 avec sa passion pour l'égalitarisme, le naturel et le primitif, enlacés dans un narcissisme qui assimile la vérité à l'émotion plutôt qu'à la raison [8]. En même temps, le mouvement de la psychologie humanistique a développé la réalisation de soi, la complétude de l'esprit et du corps, la responsabilité personnelle pour sa santé et la conviction que les conflits mentaux favorisent la maladie. La réaction de la contre-culture au matérialisme a permis de faire revivre la naturopathie et d'autres pratiques populaires dans le cadre de la santé holistique et du Nouvel Âge [9-11]. Cette perspective métaphysique fait confiance à la bonté fondamentale de l'univers naturel et à la conviction que nous nous garantissons des résultats favorables si nous suivons nos inclinaisons naturelles. La maladie est une forme de démesure qui se produit quand on fait confiance à la raison plutôt qu'à l'instinct. On se tourne vers des choix sains si on suit son intuition.

La naturopathie affirme également qu'une force curative vitale (que les naturopathes confondent avec ce que les disciples d’Hippocrate appellent vis medicatrix naturae, c.-à-d. le pouvoir de guérison de la nature) passe par des canaux vaguement conceptualisés s'apparentant aux méridiens de la MTC. L'impédance, ou le déséquilibre du flux de cette force, peut provoquer la maladie. Le traitement consiste donc à rétablir le flux normal en équilibrant, en nettoyant ou en détoxifiant le système. Des restrictions du flux vital peuvent résulter de causes telles que des aliments dévitalisés, des tensions psychologiques, une auto-intoxication (les toxines pénétrant généralement dans le corps par l'intestin), des déséquilibres métaboliques, une toxicité du côlon, une malabsorption des nutriments et une inefficacité du foie [5:102]. Les germes ne sont pas vus comme des entités pathogènes spécifiques, mais comme des parasites qui attaquent un corps affaibli, en état de déséquilibre. Comme les naturopathes croient que les maladies découlent de cette cause sous-jacente commune, toute maladie pourrait être dans les limites de leur capacité d'aider.

Comment les naturopathes détectent-ils la maladie ?

Les « énergies » et les « vibrations » de la naturopathie ne peuvent pas être détectées par des instruments scientifiques. La plupart des naturopathes utilisent des dispositifs diagnostiques et thérapeutiques non rationnels, basés sur ces « forces vitales » douteuses. (Un célèbre naturopathe de la Colombie-Britannique a montré avec fierté à la télévision une boîte noire avec des lumières de couleurs différentes pouvant être projetées sur des échantillons de cheveux, de crachats, de sang, etc. En lisant des modifications dans la lumière réfléchie que seul le naturopathe pouvait voir, il a diagnostiqué les maux de plusieurs donneurs. Les diagnostics se révélèrent uniformément faux.) Les naturopathes défendent également la « kinésiologie appliquée », une technique pseudo-scientifique pour diagnostiquer les « toxicités » en évaluant subjectivement les faiblesses musculaires prétendument précipitées par le sucre raffiné, les additifs alimentaires, voire l’éclairage fluorescent. Au milieu des années 1970, une commission d'enquête du gouvernement australien [12] a conclu qu'une majorité de naturopathes utilisait l'iridologie, une technique de diagnostic reposant sur l'idée qu’une pathologie localisée n'importe où dans le corps signale sa présence par le biais de signes situés dans l'iris de l'œil. Nous avons constaté que la plupart des naturopathes à la recherche d'énergies spirituelles défendent la photographie Kirlian en tant qu'outil de diagnostic. Cependant, ce processus, qui de l'avis des spiritualistes permet de photographier l'aura humaine, a une explication physique simple et normale : une décharge coronale est créée dans les molécules de gaz entourant des objets animés ou inanimés placés dans un champ électrique de haute intensité. Cette décharge est enregistrée par un procédé photographique classique et il n'a pas été démontré qu'elle ait une quelconque valeur diagnostique [13].

Certains naturopathes ont recours à la radiesthésie, une forme de rhabdomancie. Le naturopathe fait passer un pendule autour du corps du patient et surveille les déviations qui localisent le problème. Un paraticien nous a dit qu'il aime utiliser une capsule d'antibiotique comme poids pour son pendule parce que, étant une mauvaise substance, l'antibiotique résonnerait à proximité d'organes malades. Les rhabdomanciens et les radiesthésistes ne reconnaissent pas le fait que leurs propres contractions musculaires inconscientes (action idéomotrice) déplacent le pendule [14].

Comment les naturopathes traitent-ils la maladie ?

Les naturopathes déclarent que leurs remèdes sont à la fois spirituels et physiques. La Trinity School of Natural Health propose un doctorat en naturopathie à toute personne ne disposant d'aucun prérequis, après achèvement de 12 modules par correspondance. Sa littérature promotionnelle déclare : « L’école ne présente aucune excuse pour sa position sur des questions de foi, telles que la création et la nature de l’homme, la résurrection, l’éternité ou tout autre sujet ne se prêtant pas à des études à double insu, à des duplications ou à des investigations scientifiques, mais qui sont essentielles à l'aspect spirituel de la personne dans sa globalité ». Les pratiques que nous avons rencontrées lors de notre enquête allaient du supportable à l’improbable et au réfuté. La liste inclut : herbes naturelles et suppléments nutritionnels, biofeedback, techniques de relaxation, acupuncture, ventouses et moxibustion (également empruntées à la MTC) [3], massage, lavements (irrigation coloniques), bains (hydrothérapie), traitements thermiques, aromathérapie, jeûne (« purification »), hypnose, réflexologie, manipulation des articulations (Rolfing p.ex.), « réalignement » des os du crâne, bioénergétique, respiration consciente, guérison magnétique, potions homéopathiques, contact thérapeutique, guérison par la foi, bracelets de cuivre contre l'arthrite, et diverses pratiques de guérison ayurvédiques et amérindiennes. Une page d’accueil sur la naturopathie que nous avons visitée nous a recommandé de porter des chaussettes rafraîchies à l’eau glacée pour tonifier le système immunitaire, et son opérateur a admis pratiquer la guérison par les cristaux. Ces traitements et aides au diagnostic sont inefficaces ou non prouvés. Certains naturopathes que nous avons interrogés se sont moqués de certains éléments de la liste, mais en ont adopté d'autres encore moins crédibles.

Histoire du mouvement naturopathe

La naturopathie revendique une affinité avec Hippocrate et les pratiques médicales de l’Égypte ancienne. La naturopathie du XXe siècle a une dette encore plus grande envers le mouvement des stations thermales d'Europe centrale des années 1700 et 1800 [11]. Par exemple, de nos jours, la « guérison naturelle » peut être attribuée à un berger silésien, Vincenz Priessnitz (1791-1851). En s'occupant de ses troupeaux, Priessnitz a observé que les animaux blessés recherchaient souvent des cours d'eau, puis en ressortaient apparemment en meilleur état. Il en conclut que l'eau froide était la panacée naturelle. Il a testé l'eau sur lui-même et sur les villageois, en commençant par des entorses et des contusions, puis passant au choléra et aux maladies du cœur, des poumons, des reins, du foie et du cerveau [5:100]. Il a été le pionnier d'un réseau de stations thermales à travers l'Europe, qui a évolué pour donner des variantes telles que les communautés thérapeutiques allemandes connues sous le nom de Kurorte. Grâce à ces institutions, un naturopathe allemand (Heilpraktiker) peut proposer une thérapie alternative (Kur), conformément à la philosophie de la guérison naturelle de Priessnitz [15].

À l'instar de leurs collègues nord-américains, les Heilpraktikers prêchent l' « holisme » et s'opposent aux substances ciblées et pharmacologiquement actives. Le cadre agréable et souvent rural de ces retraites s'inscrit dans la conviction de Priessnitz quant aux avantages thérapeutiques des environnements bucoliques. La fascination ancestrale de « prendre les eaux » perdure, de nombreuses stations thermales continuant d’être situées dans des décors pittoresques dont les eaux de source ont été vantées (quelquefois depuis l’époque romaine), de façon quelque peu paradoxale tant pour leur pureté que pour leur contenu minéral. Différentes sources minérales ont une réputation d'efficacité particulière dans certaines maladies. Dans les stations thermales, les bains minéraux peuvent être complétés par une gymnastique de groupe ; un massage ; des bains imprégnés de champs électriques galvaniques, d'herbes et de vitamines ; des randonnées ; du repos ; des manipulations alimentaires ; et de la boue chaude. En Allemagne, de nos jours, le mouvement Kur se propose généralement comme une stratégie préventive et une thérapie de réadaptation, qui renforcent pendant une période de récupération plutôt que comme un antidote à des maladies spécifiques.

Au XIXe siècle, l'hydrothérapie européenne et la Naturphilosophie ont traversé l'Atlantique pour inspirer des personnalités telles que Joel Shew et Russell Thacker Trall, qui ont ouvert une station thermale hydropathique à Lebanon Springs, New York, en 1845. L'herbalisme vanté par les influences européennes a été bâti sur un terrain préparé par une croisade radicale pour la médecine botanique. Elle était dirigée par Samuel Thomson, un habitant de la Nouvelle-Angleterre sans éducation formelle qui enseignait que, puisque toutes les maladies étaient liées à une perte de chaleur corporelle, le remède consistait à rétablir la chaleur interne [16]. Thomson affirmait que cela pourrait être accompli soit directement en éliminant les obstructions intestinales afin que la digestion puisse produire la chaleur supplémentaire, soit indirectement en causant de la transpiration. Les principaux moyens utilisés par Thomson pour y parvenir étaient la lobelia inflata et le piment rouge, fortement émétiques, combinés à des bains chauds et des bains de vapeur. Il s'opposa à l'utilisation de toutes les substances minérales car, venant du sol, elles étaient par définition mortelles. D'autre part, comme les herbes poussent vers le soleil, source de chaleur donnant la vie, Thomson a fait valoir qu'elles devaient régénérer la santé. Les adeptes du thomsonisme présentaient le mélange de populisme et d'anti-intellectualité qui imprègne encore la communauté naturopathique aujourd'hui. La méfiance de Thomson vis-à-vis des références orthodoxes était exprimée dans cette analogie : l'apprentissage par les livres est au bon sens commun ce que l'aristocratie est à la démocratie et les médecins aux guérisseurs traditionnels. Nous connaissons maintenant l'inefficacité et la nocivité des thérapies orthodoxes du début du XIXe siècle. Le scepticisme des Thomsoniens et leur préférence pour des alternatives moins violentes aux pratiques alors orthodoxes telles que saignées, vésicatoires et purges, n'étaient pas totalement déraisonnables.

La naturopathie américaine a également des racines indigènes dans le mouvement hygiéniste de réformateurs de la santé tels que Sylvester Graham dans les années 1830. Prêtre presbytérien, Graham prêcha l'évangile du végétarisme, de la modération sexuelle, de l'abstinence d'alcool, des vertus de l'air pur et de l'exercice, ainsi que bien sûr de l’hydrothérapie [17]. Graham, dont les biscuits Graham ont débuté dans la vie en tant qu'aliment naturel par excellence, a également influencé John Harvey Kellogg, un autre réformateur de la santé inspiré par la religion et médecin au Battle Creek Sanitarium, fondé par la prophétesse adventiste du septième jour Ellen G. White. C’est là que Kellogg a concocté sa recette originale de flocons de maïs en tant que source végétarienne complète d'éléments nutritifs. À son apogée de 1840 à 1870, l'hydropathie préconisée par Kellogg était pratiquée dans plus de 200 stations thermales aux États-Unis et soutenait plusieurs publications telles que le Water Cure Journal et la Hydropathic Review.

Le mouvement américain pour l'hygiène est entré dans l'une de ses périodes de régression périodique après le décès de son leader charismatique Russell Trall en 1877. L'hydrothérapie avait pratiquement disparu avant d'être régénérée dans les années 1890 par les disciples d'un autre Européen, Sebastian Kneipp. Prêtre catholique bavarois, Kneipp a ravivé l’enthousiasme pour le traitement par l’eau ainsi que l’intérêt pour l’herboristerie et les aliments santé. Il recommandait également, à juste titre, un style de vie vigoureux au grand air. Cependant, il a également fait preuve de zèle pour des remontants naturels comme le port de sous-vêtements bruts faits à la maison, la course pieds nus dans la neige et la marche sur l’herbe couverte de rosée.

La naturopathie américaine a été largement régénérée grâce aux efforts de Benedict Lust, qui a fusionné l'idéologie de Kneipp avec les mouvements américains d'hydrothérapie et d'hygiène naturelle [11]. Lust était un immigrant allemand qui avait contracté la tuberculose, était rentré en Europe et avait récupéré après avoir été soigné par Kneipp. Lust est devenu le grand prosélyte du Kneippisme aux États-Unis, où il a été chargé de créer des écoles, des sociétés, des magazines, des magasins de produits de santé et des sanatoriums, afin de promouvoir le traitement par l'eau. Lust a acheté le terme « naturopathie » à John Scale, qui l'avait inventé en 1895 pour désigner son système de santé. La Société américaine de naturopathie a été fondée par Lust à New York en 1902 et a été renommée Association américaine naturopathique (ANA) en 1919. L’ANA espérait accueillir sous sa bannière pratiquement tous les guérisseurs ayant rejeté les principes du domaine émergent de la biomédecine scientifique. Une des publications de l'ANA vantait les diplômés de Nature Cure, l’hydrothérapie, la diète, la chiropraxie, l’ostéopathie, la mécanothérapie, la naturopathie, l’électropathie, les thérapies mentales et suggestives, la photothérapie, l’héliothérapie, la phytothérapie et d’autres écoles de guérison naturelle [11:372]. Les naturopathes utilisent encore beaucoup de ces méthodes malgré l’absence de recherche les validant.

Parce que Lust manquait du charisme des fondateurs des autres modalités concurrentes de « guérison sans médicament », Andrew Taylor Still (ostéopathe) et Daniel David Palmer (chiropraticien), il était incapable d'imposer un dogme uniforme à ses disciples. Malgré une période de croissance rapide dans les années 1920 et 1930 lorsque 25 États ont autorisé sa pratique, la naturopathie a recommencé à décliner dans les années 1940. La décision prise en 1906 par l'American Medical Association, de refuser de délivrer un permis d'exercer à tous sauf aux diplômés d’universités agréées par son Council on Medical Education, commençait enfin à faire effet et le nombre de naturopathes a commencé à diminuer. À la mort de Lust en 1945, l’ANA s’est scindée en une demi-douzaine d’organisations distinctes. Les écoles de chiropraxie, dont beaucoup avaient offert des diplômes en naturopathie, ont en grande partie arrêté cette pratique, et des écoles de naturopathie concurrentes se sont multipliées pour combler le vide, la plupart proposant des diplômes par correspondance. Chacune a greffé ses propres excentricités sur les vertus de l'air frais, de l'exercice, des aliments non raffinés, de l'eau pure, de la lumière et des herbes. Un certain nombre de groupes dissidents ont tenté en 1956 de former un front uni sous l’enseigne de l’Association américaine des médecins naturopathes (AANP). En dépit de quelques succès, les progrès sont restés lents alors que la médecine scientifique prospérait et que l'AMA s'opposait aux « guérisseurs sans médicaments » et rendait publics leur faible niveau de formation et leur fragile base scientifique.

Au cours des années 1950, les droits législatifs acquis par les naturopathes précédents ont été rapidement érodés. La pratique de la naturopathie est devenue un délit dans les États du Tennessee et du Texas et a été déclarée inconstitutionnelle en Californie, bien qu'une loi de temporisation de 1964 autorise les praticiens en place à continuer. La côte nord-ouest a toutefois résisté à cette tendance, conservant ainsi sa réputation de sanctuaire pour les mouvements sociaux et les systèmes médicaux non conformistes. L’État de Washington, l’Oregon et la province canadienne de la Colombie-Britannique ont continué à offrir un environnement relativement convivial aux sanipraticiens, comme les naturopathes ont commencé à s’appeler. Néanmoins, la naturopathie devait attendre la maturation des vestiges de la contre-culture des années 1960, des prophètes du naturalisme et de l’holisme du Nouvel Âge pour retrouver sa popularité passée. Aujourd'hui, les naturopathes sont agréés en tant que praticiens indépendants dans 13 États (Alaska, Arizona, Californie, Connecticut, Hawaii, Kansas, Maine, Montana, New Hampshire, Oregon, Utah, Vermont et Washington), dans le district de Columbia et dans plusieurs provinces canadiennes (Colombie-Britannique, Manitoba, Ontario et Saskatchewan) et ils peuvent exercer légalement dans quelques autres juridictions. Certains praticiens détiennent une licence d’acupuncture ou de chiropraxie qui leur permet de pratiquer la naturopathie dans les juridictions où les naturopathes ne sont pas agréés.

Éducation des naturopathes

Le doctorat en naturopathie est actuellement offert par quatre écoles de naturopathie à temps plein aux États-Unis, et deux au Canada. En 1956, le Collège national de médecine naturopathique (NCNM / NUNM) a été créé à Portland, en Oregon. Un certain nombre de petites institutions et d'écoles par correspondance ont suivi, beaucoup d'entre elles n'étant guère plus que des usines à diplômes à but lucratif [11]. En 1978, trois diplômés du NCNM basés à Seattle ont fondé le Collège de médecine naturopathique John Bastyr, devenu plus tard l'Université Bastyr. Le Southwest College, institut de médecine naturopathique et de sciences de la santé, a été fondé en 1992 à Scottsdale, en Arizona. L'Université de médecine naturelle de Bridgeport, dans le Connecticut, a commencé ses cours en 1997. Selon Raso [5], la majeure partie du financement du Southwest provenait d'entreprises qui commercialisaient des suppléments alimentaires, des remèdes homéopathiques et des herbes médicinales. D'autres, comme Ulett [18], se sont interrogés sur l'éthique des relations entre naturopathes et fabricants et distributeurs de ces produits.

À la fin des années 1970, Bastyr a reçu sa candidature à l’accréditation de la Northwest Association of Schools and Colleges, une première pour une institution de naturopathie. En 1987, le Secrétaire américain à l’Éducation a approuvé le Conseil de l’éducation médicale en naturopathie (CNME) en tant que conseil d’accréditation des écoles de naturopathie. La plupart des jurys d'accréditation des études évaluent les mérites académiques du programme et la compétence professionnelle du corps professoral. Mais le Ministère de l’éducation et le Conseil d’accréditation ne se préoccupaient pas du mérite académique, mais uniquement de « facteurs tels que la tenue des dossiers, les actifs matériels, la situation financière, la composition de l’organe directeur, les caractéristiques du catalogue, la politique de non-discrimination, et le système d'auto-évaluation » [5:104]. Une demande de renouvellement de la CNME a été rejetée en 2001, mais une nouvelle demande a été approuvée en 2003.

Les établissements à temps plein exigent généralement un diplôme du premier cycle, mais pas nécessairement en sciences. Notre enquête sur les conditions d'admission a révélé que la moyenne minimale d'admission était assez inférieure à celle de la plupart des programmes post-baccalauréat. Le programme comprend généralement deux années de sciences fondamentales, y compris l'anatomie et la physiologie humaines, et deux années de naturopathie clinique. Les éléments de base des programmes requis dans les programmes scientifiques semblent acceptables, mais nos enquêtes nous incitent à croire que les résultats réels ont peu progressé depuis que la Commission d’enquête australienne susmentionnée a publié ses conclusions en 1977. Après avoir assisté à certains de ces cours en personne, cette Commission a conclu :

Bien que la Commission ait constaté que les programmes de nombreux collèges [naturopathiques] couvraient de manière raisonnable les sciences biomédicales fondamentales sur papier, l’instruction proprement dite avait peu de rapport avec le cours [publié]. Les cours étaient des exposés de la terminologie des sciences médicales d’un niveau de définitions de dictionnaire, sans le bénéfice de la profondeur ou de la compréhension des mécanismes ou d’une signification plus large des concepts [12:74].

Les programmes actuels de naturopathie publiés comprennent les cours de sciences de base enseignés au cours des deux premières années de formation biomédicale standard, mais nos discussions avec les diplômés de ces programmes ont révélé des lacunes flagrantes dans leurs connaissances de la physiologie humaine. Cela concorde avec la conclusion de l’équipe d’enquête australienne selon laquelle les normes scientifiques de base des écoles de naturopathie étaient décevantes [12]. Comment un diplômé pourrait-il sérieusement croire qu'il existe des liens anatomiques entre l'iris de l'œil et le foie, la rate, le pancréas et d'autres organes, ou qu'il soit possible ou efficace de réaligner les os du crâne ?

Le catalogue du Collège canadien de médecine naturopathique inclut également des offres scientifiquement suspectes telles que l'homéopathie, l'hydrothérapie (traitement par l'eau) et la manipulation des tissus mous. Nous nous demandons comment les étudiants de cette institution, qui exige trois trimestres de chimie de niveau universitaire pour être admis, peuvent ne pas être perplexes devant l'homéopathie, dont les prémisses sont contredites par pratiquement tout ce à quoi ils ont été exposés dans ces cours préalables. La littérature sur la page Web du NCNM basée à Portland prône également l'homéopathie, affirmant qu'elle « fonctionne à un niveau électromagnétique subtil mais puissant pour renforcer la réponse immunitaire et curative du corps et fournir un traitement durable ». « Subtil » dans de tels contextes est un euphémisme largement utilisé pour « scientifiquement indétectable ». Les auteurs semblent ignorer les torts causés à leurs prétentions scientifiques par cette révélation publique de leur ignorance de l'électromagnétisme et de l'immunologie.

Le développement de la naturopathie au Canada est en grande partie parallèle à celui aux États-Unis. Jusqu'en 1978, les naturopathes canadiens dépendaient entièrement des écoles américaines pour leur formation [19], et les naturopathes canadiens de la Colombie-Britannique avaient aidé à fonder les collèges américains de la côte nord-ouest. Le premier établissement de naturopathie au Canada, le Collège de médecine naturopathique de l’Ontario, a ouvert ses portes en 1978. Il a par la suite changé de nom pour devenir le Collège canadien de médecine naturopathique. Initialement, les candidats devaient être certifiés dans une profession apparentée à la santé. Le programme était enseigné les week-ends, sur une période de trois ans. Un programme de quatre ans à temps plein a été institué en 1983. Au Canada, les commissions d'enquête fédérales et provinciales ont recommandé de ne pas inclure les services de naturopathie dans le système national d'assurance maladie, estimant qu'ils manquaient de fondement scientifique et étaient définis d’une manière si vague qu’ils empêchaient l'établissement de normes de pratique acceptables [19]. Depuis, il est apparu que les réponses de certains naturopathes aux questionnaires envoyés par l’un de ces organes d’enquête, la Commission royale canadienne sur les services de santé, avaient été « corrigées » par des agents de l’association de naturopathie avant d’être transmises à la Commission. En outre, lorsque l'Association canadienne de naturopathie (ACN) a appris que ses membres pouvaient être soumis à un contrôle personnel de la Commission, son président a envoyé aux membres un aide-mémoire pour normaliser leurs bureaux afin d'éviter toute gêne si les commissaires se présentaient. La lettre comprenait les éléments suivants :

Votre bibliothèque a-t-elle une apparence professionnelle ? Ceci est très important : ces hommes sont des rats de bibliothèque. Époussetez bien vos livres même si vous ne les avez pas utilisés récemment. Débarrassez-vous de tous les diplômes non directement liés à la médecine naturopathique. Le libellé de vos documents devrait être vérifié. Aucune formulation ou affirmation charlatanesque ne doit être faite, débarrassez-vous-en immédiatement [20].

L’ACN a également été invitée à soumettre un mémoire officiel à la Commission royale. Dans leur déclaration, les naturopathes ont appuyé la création d'un programme national d'assurance maladie financé par le gouvernement, mais ils se sont battus pour « la liberté de choisir chaque méthode de traitement reconnue et acceptée ». Gort et Coburn ont qualifié les arguments à l'appui de la naturopathie comme manquant de pertinence et ont indiqué que l'ACN n'avait pas répondu à la demande de données scientifiques présentée par la Commission pour étayer leurs pratiques. De même, des naturopathes ont témoigné devant un comité du gouvernement de l'Ontario, contestant l'efficacité de la vaccination contre la poliomyélite et attaquant le concept des vaccinations. Le président de l'Ontario Naturopathic Association, à l'époque, a été interrogé sur une « machine radionique » qui avait été vue dans son bureau. Il a nié que de tels dispositifs existent [19]. La machine radionique est la version actuelle du dispositif inventé par le médecin anticonformiste de San Francisco, Albert Abrams, au début des années 1900. Surnommé le « doyen des charlatans à gadgets » par l'AMA, Abrams a amassé une immense fortune en louant des boîtes noires de diagnostic. Ouvrant l'un des appareils d'Abrams, son contemporain le physicien Robert Millikan, a décrit le fouillis inutile de fils et de composants comme « le genre d'appareil qu'un garçon de dix ans construirait pour duper un enfant de huit ans ».

Les recommandations des commissions d'enquête officielles canadiennes qui se sont penchées sur la naturopathie ont toutes été négatives. Cette conclusion a été tirée de manière indépendante par une commission d'enquête similaire créée par le gouvernement australien. À la page 99 de son rapport final, le groupe australien a conclu : « La Commission ne recommande pas l'octroi de licences aux naturopathes en tant que groupe professionnel, car elle considère que ces licences peuvent conférer une sorte d'imprimatur officiel à des pratiques que la Commission considère comme non scientifiques et, au mieux, d'une efficacité marginale. » [12] Cependant, le comité a recommandé une surveillance officielle afin de protéger le public sans méfiance de praticiens scientifiquement discutables. À en juger par l'expérience d'un observateur dont la femme avait été traitée par un naturopathe australien, les normes d'éducation et de soins ne se sont pas améliorées parmi les naturopathes australiens après la publication de la présente condamnation par le jury [1]. Pour des raisons similaires, la naturopathie a été exclue du régime d'assurance maladie canadien mis en place en 1965. Au lieu de s’efforcer d’améliorer le statut scientifique de la profession, l’Association canadienne de naturopathie a opté pour une vaste campagne de lobbying. Ses dirigeants ont recommandé que les membres rejoignent les clubs fréquentés par les membres du Parlement, invitent les législateurs à dîner et contribuent à leur budget politique.

La province de la Colombie-Britannique offre des services de naturopathie partiellement assurés depuis 1965. Nous nous sommes demandé comment cela s'était passé. Dans nos entretiens avec des naturopathes et leurs associations, nous avons maintes fois demandé une justification scientifique de leurs procédures. Tout en ne produisant rien d’important, de nombreux praticiens ont fait valoir que la couverture partielle de leurs services par le Régime de services médicaux de la Colombie-Britannique signifiait que le Ministère de la Santé les trouvait scientifiquement acceptables. Décidant de poursuivre cette démarche, nous avons contacté le Ministère à Victoria en mars 1997. Après avoir souligné notre demande d’information, nous avons été référés à un fonctionnaire qui s’est identifié mais a préféré, de manière compréhensible, parler de manière officieuse. Interrogé sur les raisons pour lesquelles la couverture avait été étendue à certains traitements naturopathiques, ce haut responsable a répondu que : (a) la décision était fondée sur des motifs politiques plutôt que scientifiques ; b) le Ministère n'était au courant d'aucune recherche scientifique à l'appui de la naturopathie ; et c) la couverture des services avait été étendue pour répondre à la demande des consommateurs et au lobbying intensif des naturopathes. Il a également laissé entendre que les économies de coûts avaient également joué un rôle, car les naturopathes sont indemnisés à un taux inférieur à celui des médecins et ils détournent une partie des personnes qui présentent des affections vagues ou subjectives, ou qui souffrent de maladies chroniques, qui encombreraient autrement le secteur des services médicaux à un coût beaucoup plus élevé par patient.

La naturopathie est-elle une pseudo-science ?

Bunge [4] a dressé une liste de critères utiles pour la reconnaissance des pseudo-sciences. Alors que la naturopathie serait admissible pour presque tous les critères de Bunge, quatre de ceux-ci sont particulièrement remarquables. Ils sont paraphrasés dans les déclarations numérotées ci-dessous.

1. Les pseudo-sciences sont stagnantes, préférant perpétuer un dogme du passé plutôt que de progresser à mesure que de nouvelles connaissances émergent de l’effervescence intellectuelle, du débat, de la critique interne et, surtout, des nouvelles recherches. Lorsque les idées changent dans les pseudo-sciences, elles le font de manière cosmétique et généralement en réponse à la mode populaire plutôt qu’à la recherche empirique.

En cette ère électronique, on pourrait s’attendre à ce que la page Web d’une organisation vante ses dernières théories et ses dernières avancées scientifiques. En visitant la page Web de la Société canadienne d’éducation et de recherche en naturopathie, nous avons trouvé du respect pour le passé, comme par exemple dans une nécrologie élogieuse du regretté Joseph Boucher, ND. Boucher avait été membre du Conseil d'administration de la British Columbia Naturopathic et avait contribué à la fondation du John Bastyr College - en d'autres termes, quelqu'un qui aurait sûrement été à la pointe de la technologie (s'il y en avait une). Porte-parole de la naturopathie de renommée internationale, Boucher resta, avec l'approbation des créateurs de la page Web, un ardent défenseur du naturopathe excentrique de Californie, Stanford Claunch, dont les idées remontent au début du XXe siècle. Claunch était l'un des fondateurs de la « thérapie de polarité », selon laquelle de nombreuses maladies sont provoquées lorsqu'une prétendue polarisation électrique gauche-droite du corps devient désordonnée. Ceci est traité intuitivement par le naturopathe en « se synchronisant » avec le « champ énergétique » du patient et en lui imposant les mains pour corriger le « déséquilibre ». Claunch a également préconisé la « thérapie cranio-sacrée », qui soutient que ce déséquilibre énergétique provient d'un désalignement des os du crâne, qui doivent être replacés manuellement dans une configuration saine. Quatre-vingt-quinze pour cent de la population souffrirait d'un mauvais alignement crânien. Bien sûr, chez l'adulte, les os crâniens sont soudés et non ajustables. De plus, aucun électrophysiologiste compétent n'a jamais détecté les champs électriques postulés par Claunch. Inébranlables, ses partisans affirment encore que les mouvements des os du crâne provoquent des mouvements dans le sacrum et inversement, offrant de nouvelles possibilités de manipulation thérapeutique. L'autre contribution majeure de Claunch a été son traité Exploding the Germ Theory, une amusante fantaisie biologique, encore et toujours citée élogieusement sur la page Web de la société.

En 1997, après avoir recherché de meilleures opportunités en contactant en personne la Société canadienne pour l’éducation et la recherche en naturopathie et le Département de recherche de l’Université Bastyr, nous avons dû conclure que la recherche effectuée par des naturopathes à l’appui de leurs pratiques ne restait qu’une promesse. Ils n’ont été en mesure de ne citer pratiquement aucun résultat empirique essentiel, aucun processus de révision institutionnalisé, aucune procédure de subvention évaluée par arbitrage, aucune méthodologie rigoureuse, etc., qui caractérisent toute entreprise scientifique légitime. Carlo Calabrese, ND, porte-parole de la société Bastyr, a indiqué que leurs recherches avaient été principalement axées sur des enquêtes de satisfaction des utilisateurs, qui utilisaient des critères subjectifs tels que des auto-évaluations de la qualité de vie. Il a ajouté qu'une vaste étude était en cours sur un échantillon de patients séropositifs qui utilisent des traitements « alternatifs ». Étant donné que presque tous recevaient également des soins biomédicaux conventionnels et qu'il semblait y avoir peu de tentatives de contrôle de ces facteurs confondants, il était difficile de savoir comment ils pourraient déterminer ce qui causerait des différences dans leurs mesures. Nos efforts concertés, visant à amener plusieurs autres associations de naturopathie à nous orienter vers des recherches scientifiques étayant leurs arguments, n’ont produit que quelques références de revues légitimes testant l’efficacité de certaines herbes. Rien ne permettait de soutenir les croyances excentriques des associations quant à la nutrition ni aucune des thérapies marginales évoquées précédemment. Les preuves présentées par les naturopathes eux-mêmes étaient presque entièrement composées d'anecdotes et de témoignages personnels. Notre propre recherche de la littérature scientifique pertinente n’a trouvé aucun support convaincant, mais nous avons trouvé d’autres résultats d’évaluations empiriques qui remettent en question la valeur de l’approche « holistique » de la naturopathie [21,22].

Très peu de recherches en naturopathie ont été publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture. En 2003, le Journal of the American Medical Association a publié une étude selon laquelle l’échinacée n’était pas plus efficace qu’un placebo dans le traitement d’enfants atteints d’infections des voies respiratoires supérieures [23]. Il semble maintenant que la communauté académique de la naturopathie puisse effectuer d'importantes recherches, mais il reste à déterminer dans quelle mesure les résultats d'études bien conçues influenceront les théories erronées et les pratiques irrationnelles de la naturopathie.

2. Les pseudo-sciences présentent un point de vue général qui admet des entités et des processus immatériels et des hypothèses non vérifiables qui sont acceptées sans preuves logiques et empiriques.

La radionique, la thérapie de polarité et le toucher thérapeutique sont quelques-uns des principes de la naturopathie qui postulent des champs d'énergie immatériels que les scientifiques légitimes ne peuvent pas détecter. L'homéopathie, elle aussi, suppose de subtiles vibrations pour expliquer comment une eau pure peut se souvenir afin de produire les effets de molécules qu'elle ne contient plus. Comme nous l’avons vu, la naturopathie est profondément vitaliste, truffée de forces uniques mais indétectables et de concepts de flux et d’équilibre qui ne peuvent pas être testés empiriquement. Les déclarations de mission naturopathiques que nous avons rencontrées répétaient généralement la nature spirituelle de la guérison.

3. Les pseudo-sciences sont isolées des domaines scientifiques pertinents desquels elles doivent apprendre et auxquels elles doivent contribuer. Les sciences fictives ont peu d'interaction avec les sciences authentiques dont les découvertes portent sur leurs allégations et elles sont souvent fières de leur isolement. Les pseudo-sciences évitent les contacts avec des disciplines avec lesquelles elles devraient avoir des relations régulières.

Il est révélateur que la naturopathie ait toujours dû créer ses propres collèges pour enseigner sa philosophie et ses pratiques, car aucun établissement d'enseignement supérieur réputé n'a été disposé à délivrer des diplômes de naturopathie. Comme nous l'avons vu, les naturopathes ne font pratiquement jamais de recherches qui pourraient être acceptées par les revues biomédicales conventionnelles. Ils ne sont affiliés à aucun des groupes de coordination universitaires (tels que l'Association américaine pour l'avancement des sciences, l'Académie nationale des sciences des États-Unis, les Sociétés savantes du Canada ou la British Royal Society) qui promeuvent la coopération et le partage d'informations entre disciplines spécialisées.

4. Les pseudo-sciences prônent des hypothèses contredites par une masse considérable de données issues de domaines de recherche légitimes.

La kinésiologie appliquée, la radionique, la manipulation cranio-sacrée, l'homéopathie sont des exemples de pratiques douteuses qui se heurtent aux connaissances scientifiques. De même, les naturopathes, qui se targuent d’être des spécialistes de la nutrition, souscrivent généralement aux allégations infondées véhiculées par l’industrie des « aliments santé ». Des diététiciens formés scientifiquement ont documenté l'opposition entre la naturopathie et la science traditionnelle à cet égard [24,25]. La Commission australienne, mentionnée précédemment, a constaté que les naturopathes de ce pays diffusaient des conseils nutritionnels potentiellement dangereux, tels que d'éviter toutes les sources de protéines aux enfants de moins de cinq ans. Des publications naturopathiques affirment que les vitamines « naturelles » (par exemple, la vitamine C de l’églantier) sont meilleures pour la santé que les molécules identiques synthétisées en pharmacie. Une orientation magique est évidente dans les propos souvent entendus selon lesquels les vitamines fabriquées doivent être mauvaises, car elles sont dérivées du goudron de houille. Cela revient à dire qu'une maison construite avec des briques recyclées provenant d'un bordel sera inférieure à une maison construite avec des briques provenant d'une église démolie.

Si la naturopathie est si peu validée, pourquoi des thérapeutes apparemment bien éduqués et leurs clients acceptent-ils ces approches antiscientifiques de la médecine ? De nombreux biais cognitifs peuvent amener les prestataires et les utilisateurs à penser que les thérapies factices sont bénéfiques [26]. Une tradition historique et des habitudes mentales ont contribué à la volonté de croire en de telles pratiques. Celles-ci comprennent les erreurs de causalité et d'attribution (penser qu'un traitement entraîne une amélioration car il précède cette amélioration), le pouvoir du rituel (applications physiques, prise de suppléments) et la suggestion.

Curieusement, des enquêtes montrent que la clientèle des naturopathes a des revenus supérieurs à la moyenne, ce qui suggère également un avantage relatif dans le domaine de l'éducation [19,27]. De plus, la distribution de la clientèle est biaisée en faveur des femmes par rapport aux hommes.

Conclusion

Notre enquête a fourni aux naturopathes et à leurs associations professionnelles de nombreuses occasions de réfuter les conclusions de plusieurs grandes commissions d’enquête qui estimaient que leur justification thérapeutique manquait de crédibilité scientifique. Aucun de nos informateurs n'a été en mesure de nous convaincre qu’il avait pris à cœur ces anciennes critiques. En fait, peu semblaient reconnaître qu'un problème existait encore et toujours. Dans l'ensemble, nous avons constaté une sous-estimation du pouvoir du placebo. En même temps, nos propres recherches bibliographiques n’ont pas permis de découvrir d’essais cliniques correctement contrôlés à l’appui des allégations des naturopathes, sauf dans quelques domaines limités où les conseils des naturopathes concordent avec ceux de la science médicale orthodoxe. Lorsque la naturopathie et la biomédecine sont en désaccord, les preuves sont systématiquement au détriment de la première. Nous concluons donc que les clients attirés par les naturopathes ignorent les carences scientifiques de la pratique naturopathique ou choisissent de ne pas en tenir compte pour des raisons idéologiques. La naturopathie semble faire appel à la pensée magique chez des personnes nostalgiques d'un âge d'or révolu de simplicité, lorsque les choses évoluaient à un rythme plus tranquille. Un monde paisible qui n'a probablement jamais existé [28]. Malgré les lacunes scientifiques de la naturopathie, la satisfaction des clients reste considérable. En plus de bénéficier de l’effet placebo, beaucoup trouvent que leur vision sociopolitique est nourrie par la position antiestablishment et antitechnologie des naturopathes, tandis que d’autres trouvent un renforcement de leur foi en un univers bienveillant, centré sur l’être humain. Les naturopathes attirent également des personnes qui pour l’une ou l’autre raison ont été mécontentes de leurs contacts avec la biomédecine. Ils s'adressent aux personnes souffrant de maladies à forte composante psychosomatique et à celles qui souffrent de maladies chroniques pour lesquelles la biomédecine ne peut actuellement offrir que très peu. L'anamnèse élaborée des naturopathes et les interactions pratiques prolongées offrent le contact humain et le soutien social que bon nombre d’inquiets recherchent, peut-être sans le savoir. Ils s'adressent également à ceux qui craignent exagérément les effets secondaires des traitements médicaux classiques.

À leur honneur, les naturopathes insistent sur les avantages d'un mode de vie sain, sur l'importance de la prévention et sur l'intérêt d'utiliser l'intervention la moins intrusive possible. Cependant, leurs moyens d'atteindre ces idéaux laissent beaucoup à désirer tout en favorisant l'analphabétisme scientifique. Comme la plupart des systèmes pseudo-scientifiques, la naturopathie offre un réconfort à ses adhérents. Mais le réconfort offert n'implique pas la vérité.

 

Le Dr Beyerstein est biopsychologue à l'Université Simon Fraser de Burnaby, en Colombie-Britannique, au Canada. Une version antérieure de cet article avait été publiée en 1998 dans The Scientific Review of Alternative Medicine.

 

Références

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Cet article a été publié le 12 mai 2004.

Traduction en français le 9 juin 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 30 juin 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

© 2019 Dr Stephen Barrett (version anglaise)
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