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Stanisław Burzyński et les « antinéoplastons »

Dr Saul Green

Contrairement à la plupart des praticiens de « médecines alternatives », Stanisław R. Burzyński a publié de nombreux ouvrages. L’important volume de ses publications impressionne les patients mais, à moins de comprendre ce qu’ils lisent, ils ne peuvent en juger la validité. Pour un scientifique, la littérature de Burzyński est la preuve de ce que ses données ne corroborent pas ses affirmations.

Stanisław Burzyński

Expérience et qualifications de Burzyński

Burzyński a fréquenté l'Académie de médecine de Lubin, en Pologne, où il a obtenu un doctorat en médecine en 1967 et un doctorat de recherche en sciences médicales en 1968. Il n'a pas suivi de formation spécialisée en cancérologie ni aucune formation en internat. Sa bibliographie ne mentionne pas de recherche clinique sur le cancer, les urines ou les antinéoplastons au cours de cette période.

En 1970, Burzyński est venu aux États-Unis et a travaillé pendant trois ans au département d'anesthésiologie du Baylor College of Medicine de Houston, isolant des peptides à partir de cerveaux de rats. (Les peptides sont des composés de faible poids moléculaire, constitués d'acides aminés.) Il a obtenu une autorisation d’exercer la médecine en 1973 et, avec d'autres, une subvention de trois ans pour étudier l'effet des peptides urinaires sur la croissance des cellules cancéreuses en culture. La subvention n'a pas été renouvelée.

En 1976, sans expérience en matière de recherche préclinique ou clinique sur le cancer, Burzyński a fait part d’une théorie de traitement du cancer, basée sur l'hypothèse selon laquelle une régression spontanée se produirait parce que des peptides anticancéreux naturels, qu'il a nommés antinéoplastons, « normaliseraient » les cellules cancéreuses. Comme les urines contiennent beaucoup de peptides, il en a conclu qu’il y trouverait des antinéoplastons. Moins d'un an plus tard et uniquement sur la base de ces hypothèses, Burzyński a utilisé un extrait d'urines humaines (« antinéoplaston A ») pour traiter 21 patients cancéreux dans une clinique qu'il venait d'ouvrir. Sur sa plaque, on pouvait lire : « Stanisław R. Burzyński, Docteur en médecine, Docteur en sciences médicales ».

Le prétendu doctorat de recherche en sciences médicales de Burzyński est discutable. Voici le résultat de mes investigations :

  • Un responsable du Ministère de la Santé à Varsovie m'a informé que lorsque Burzyński était étudiant, les écoles de médecine ne délivraient pas de doctorat de recherche. [1]
  • Des membres du corps professoral de l'Académie de médecine de Lubin m'ont informé que Burzyński avait obtenu son doctorat de recherche en sciences médicales en 1968, après avoir terminé un projet de laboratoire d'un an et réussi un examen [2] et qu'il n'avait effectué aucune recherche indépendante pendant ses études de médecine. [3]
  • En 1973, lorsque Burzinski sollicita une subvention fédérale pour étudier les « peptides antinéoplastons des urines », il se présenta sous le nom de Stanisław Burzyński, Docteur en médecine et en sciences médicales. [4]

Analyse biochimique des antinéoplastons

L’examen de la biochimie impliquée dans la synthèse des antinéoplastons de Burzyński montre que ces substances sont sans valeur en traitement du cancer.

En 1985, Burzyński déclara qu'il utilisait huit antinéoplastons pour traiter des patients atteints de cancer. Les cinq premiers, qui étaient des fractions d'urines humaines, il les a appelés A-1 à A-5. À partir de l’A-2, il a fabriqué l’A-10, qui était la 3-N-phénylacétylamino pipéridine 2,6-dione insoluble. Il a dit que l'A-10 était le peptide anticancéreux commun à toutes ses fractions d'urines. Il a ensuite traité l’A-10 avec un alcali, ce qui a donné un produit soluble qu'il a appelé AS-2,5. Un traitement ultérieur de l'AS-2,5 avec un alcalin a donné un produit qu'il a appelé AS-2,1. Burzyński traite actuellement des patients avec ce qu'il appelle AS-2,1 et A-10.

En réalité, l'AS-2,1 est l'acide phénylacétique (AP), une substance potentiellement toxique produite au cours du métabolisme normal. Dans le foie, l’AP est détoxifié en phénylacétylglutamine (PAG), qui est excrétée dans les urines. Lorsque les urines sont chauffées après y avoir ajouté de l'acide, la PAG perd l'eau et devient la 3-N-phénylacétylamino pipéridine 2,6-dione (PAPD), qui est insoluble. Normalement, il n'y a pas de PAPD dans les urines humaines.

Ce que Burzyński appelle A-10 est en réalité une PAPD traitée avec un alcalin pour la rendre soluble. Mais cela ne crée pas une forme soluble d’A-10. Il réinsère simplement l'eau dans la molécule et régénère la PAG (AS-2,5 de Burzyński). Un traitement ultérieur de celle-ci avec un alcali la décompose en un mélange d’AP et de PAG. Ainsi, l’AS-2,1 de Burzyński n'est rien d'autre qu'un mélange des substances naturelles AP et PAG.

Burzyński affirme que l’A-10 agit en s'emboîtant dans les indentations de l'ADN. Mais la PAG est une trop grosse molécule pour le faire, et Burzyński lui-même a rapporté que la PAG est inefficace contre le cancer [5,6].
L’AP peut ne pas être sûr. En 1919, il a été démontré que l’AP peut être toxique lorsqu'il est ingéré par des individus normaux. Il peut également atteindre des niveaux toxiques chez les patients atteints de phénylcétonurie (PCU) et, chez la femme enceinte, il peut causer des lésions cérébrales à l'enfant à naître.

Burzyński n'a jamais démontré que l'A-2,1 (AP) ou les A-10 solubles (AP et PAG) étaient efficaces contre le cancer ou que les cellules tumorales de patients traités avec ces antinéoplastons ont été « normalisées ». Les tests des antinéoplastons à l'Institut national du cancer n'ont jamais été positifs. La société pharmaceutique Sigma-Tau Pharmaceuticals n’a pas pu reproduire les allégations de Burzyński concernant l’AS-2.1 et l’A-10. Au Japon, l'Institut national du cancer a annoncé que les antinéoplastons n’étaient pas efficaces dans leurs études. Aucun coauteur de Burzyński n’a approuvé son utilisation des antinéoplastons chez des patients cancéreux.

Ces faits me suggèrent que les affirmations de Burzyński selon lesquelles ses antinéoplastons sont efficaces contre le cancer ne sont pas crédibles.

 

Pour plus d'informations

À propos de l'auteur

Le Dr Green (1925-2007) était un biochimiste qui a mené des recherches sur le cancer au Centre de cancérologie Memorial Sloan-Kettering pendant 23 ans. Il était un consultant sur les méthodologies scientifiques et avait un intérêt particulier pour les méthodes non éprouvées. Cet article est une adaptation de son exposé au symposium de l’Association américaine de chimie clinique, à Atlanta en juillet 1997.

Références

  1. Nizanskowski R. Personal communication to Saul Green, Ph.D., Jan 15, 1992.
  2. Kleinrock Z. Personal communication to Saul Green, Ph.D., Nov 22 1993.
  3. Bielinski S. Personal communication to Saul Green, Ph.D., Nov 22, 1987.
  4. Burzynski S. HEW grant application 1973, item 20 (credentials).
  5. Burzynski SR. Purified antineoplaston fractions and methods of treating neoplastic diseases. U.S. Patent No. 4,558,057, 1985.
  6. Burzynski SR. Preclinical studies on antineoplastons AS-2.1 and AS-2.5. Drugs Exptl Clin Res Suppl 1, XII, 11-16, 1986.

 

Cette page a été révisée le 19 janvier 2013.

Traduction en français le 20 mars 2019 par le Dr Jacek Sierakowski.

Dernière mise à jour le 14 avril 2019.

Source: Quackwatch Retour à la page d'accueil

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